A8<iTTiç (v
l'expression des idées morales : LE STYLE i43
féminine*; d'autres sont un indice de Timportance plus considérable que prennent les questions sociales >.
Ces termes étrangers à la poésie homérique ont-ils été créés par Hésiode? sont-ils empruntés à d'autres poèmes? appartenaient-ils à la langue parlée? Quelques-uns, de forme simple, et qui ont plus tard été employés par les prosateurs, devaient faire partie du vocabulaire courant; mais ils sont en petit nombre^. Ailleurs, Tabsence d'intérêt didactique fait soupçonner une imitation de l'épopée :
ÎT) yxp t6t6 Seiptoç ârri;p 32tov biàp ice^aX^ç xtjptTpEçécov àyQp'orcov
La composition de ces derniers adjectifs est absolument épique : ils sont formés d'un qualificatif et d'un nom, ou — ce qui est plus fréquent chez Hésiode — d'un nom et d'un radical verbal. Les poètes peuvent ainsi créer à leur fantaisie des mots où se fondent soit deux notions, soit deux images; la difficulté est de savoir si le preniier écrivain chez qui nous les trouvons ne les doit pas lui-même à quelque ouvrage antérieur aujourd'hui disparu^. Quelquefois seulement, cette création semble porter la marque de son origine : c'est, par exemple, à l'aide d'un qualificatif qu'Hésiode compte les jours, calcule une ration ou fixe les dimensions d'un outil ^; ce ne peut être du langage imagé des Ioniens que viennent ces épithètes,
1. Mi'/Xoc (v. 586, contesté), iwyo(tt6>oç (v. 378), itiir*o\6xf\i (v. 704).
a. Mouvoyevtj; (v. 876), iroXuÇetvoç et aÇeivo; (v. 716); cf. le mot nouveau eu8ai- {iidv (v. 8a6), accompagnant Thomérique ^6to;; il est vrai que Ton trouve une fois dans Vniade (HI, v. i8a) le terme très voisin oX6io3xiVti>^- — Citons encore quelques a4Jecti(!i qui expriment des qualités abstraites appartenant à des choses : àpicaxT6c et son contraire 6e6a5oTo; (v.Sao), 4niïXM|iiiT6; (v. i3), Yvio66po; (v.66), eijxptvio; (v. 670), éyKi^Ixtoc (v. 344) distinct de son homonyme homérique), xa(jiaT(d6y}c (v. 584, 664), etc.
3. Faiiexéç (v. 4o6), yr^iiç (v. 878), ëvSoiiW); (v. aaô), xotv6; (v. 738), oixi^Voç (v. 457), ôxup6ç (v. 439), TpoxaU; (v. 5i8), wpato; (v. 3a, 807, 617, 63o, 64a, 665, 695).
4. Tr., V. 417-419. Cf. âYi^âiv icoixtX68stpo; (v. ao3), vije; noXuyoïifoi (v. 660), Bpi^xY) ticTcotpiçoc (v. 507).
5. On trouve un grand nombre de ces mots parmi les adjectifs hésiodiques non homériques déjà cités. Ajoutons les suivants : àXe^otpv) (v. 464, suspect), ivôpoYovo; (v. 788, 788, 794), 'AtXxysvtjÇ (v. 383), aÙTÔyvo; (v. 438), TrpwTYipdTQÇ (v. 490), et quelques adjectifs pris substantivement : T)(iep6xoiTo; (v. 6o5), ûXtixottat (v. 5a9), çspéoixoc (v. 571).
6. AexâéiApoc (v. 4a6), SuuiôexaiiYjvo; (v. 763, suspect), ôxTà6Xu)|jLo; (v. 44a)i oxTaiiiÎYi; (v. 4a5), irlvroCo; (v. 74a), Te(i(T«p«xov?aeTTQ; (v. 44 1), terparpuço; (v. 44a), TptWTQxw; (v. 4a3), Tpncd8r|Ç {ibid.) Tpi(Tm6a|jLoç (v. 426). L'adjectif éirtaicWïjç (v. 4a4) est le seul de ces mots qui se trouve dans V Iliade (XV, v. 739).
l44 HÉSIODE
sèches et ternes dans leur extrême précision ; pourtant le mode de composition est bien le même que dans les termes plastiques et sonores des descriptions homériques. Les formes ainsi créées, réunissant en un seul mot un nombre et un nom de mesure^ offraient l'avantage d*une brièveté que la langue ordinaire ne pouvait égaler. Hésiode seul a pu adapter à une fin aussi pratique les procédés de la poésie la plus désintéressée.
Au contraire, les noms composés sont rares chez Hésiode'. Lorsqu'il veut nommer un objet de la vie familière, il le désigne généralement par un mot simple, assurément usité dans le langage courant des cultivateurs, mais étranger à celui de l'épopée. Ce sont les bêtes et les plantes des champs : le coucou, les bourdons, l'araignée, animaux ignorés de la poésie homérique 3; le figuier, la mauve, la férule, la vigne, l'yeuse, le chardon^. Ailleurs, ce sont les diverses parties de la charrue qui sont énumérées en termes techniques d'une extrême exactitude : le manche, le corps, le timon, la pièce qui porte le soc, la cheville, et la courroie qui lie les bœufs ^; puis d'autres instruments agricoles : le hoyau, le pilon, la corbeille du moissonneur^. Le vêtement, la nourriture, l'habitation ou le travail du paysan, objet d'un souci nouveau pour la poésie, y introduisent aussi des mots qu'elle ignorait 6. Il ne semble pas y avoir ici de véritables créations : on n'imagine un nom que si l'on invente une chose 7; ces noms si simples
I. *IffTo6oeuc (v. 43 1, 435), xaxoOY)tio(ruvy) (v. 672), otvox^v) (y* 744)f x^'^P^icou; (v. 7^8). Ces mots ne sont pas homériques ; Hésiode o*a ici emprunté à VlUade que deux adjectifs substantivés : 0Xot6)xoc (v. 807, et IL, XXIII, v. ia3), et Çsivodoxo; (v. i83, et //., Ill, V. 354, etc.). — Nous ne comptons pas, bien entendu, les nombreux substantifs composés à Taide de préûxes.
a. K6xxuÇ (v. 486), xyjçîjvb; (v. 3o4), àpâx^^ (^' 777)»
3. KpâÎTi (v. 681), jiaXax*J (^* ^0» vâpÔYjÇ (v. 5a), oîvr, (v. 570), icptvo; (v. 436), ax^Xujio; (v. 58a).
4. 'Ex^tXyi (v. 467), yu^ç (v. 437, 436), WtoSoeu; (v. 43i, 435), îXm[l<x (v. 43o, 436), i^vÔpuov (v. 469), |ié<ja6ov (ibid.).