Gf. Bergk, p
6. Gf. Theon, Progymn.,^; on a supposé que le nom de (lûôoc désignait le passage de Vlliçide (XIX, v. 408-617) où un animal — le cheval d* Achille — prend la parole. Gf. p. iig, n. I.
7. Babrios, par exemple, en attribuait l'invention aux Assyriens. 11 est certain qu'on trouve dans la littérature grecque des fables d'origine phrygienne, libyenne, égyptienne, chyprienne et même indienne (cf. Bergk, p. 371); mais cette influence n'a pu s'exercer qu'à une époque où la fable était déjà très en honneur chez les Grecs. La pensée populaire revêt, d'ailleurs, spontanément les mêmes formes dans divers pays, si bien qu'on ne peut attribuer à aucune nation déterminée l'invention d'un genre comme la fable.
8. On trouve également les débris d'une fable dans un scolie cité par Athénée, XV, p. 695 b (= scol. i5 Grusius) :
*0 xapxivo; co6' ï<^ol XaXâ xbv ôçiv XaSoSv* e'jOuv xpt) Tov êxaîpov t\L\i.vi xai UT) oxoXià ^povclv.
lO HÉSIODE
S'il n'y a pas eu, à proprement parler, de fabuliste avant le Ti* siècle, cela prouve uniquement que la fable ne constituait pas encore un genre littéraire bien défini; le légendaire Ésope fut moins un créateur qu'un vulgarisateur ; la grande innovation de cet écrivain — ou du groupe d'auteurs que ce nom symbolise — fut de donner à la fable une existence autonome; il en a fait une œuvre indépendante, tandis que jusqu'alors elle n'était admise dans la littérature que comme une des formes de la pensée lyrique, didactique ou satirique i. Ainsi doit s'interpréter l'histoire d*Ésope, qu'elle soit en partie authentique ou totalement fictive. Mais les narrations fantaisistes touchant la vie du Phrygien sont pour nous d'un autre intérêt : aucun document ne nous fait connaître avec autant de précision l'usage que lès premiers moralistes ont fait de l'apologue dans leur enseignement. Quand on parcourt un recueil de fables ésopiques, on remarque aussitôt combien d'idées difTérentes y sont exprimées tour à tour, à combien de points la morale touche sans en approfondir aucun. Il arrive que la même question soit examinée dans plusieurs fables sous divers aspects : l'auteur nous répète volontiers qu'il est bon d'être prévoyant a; peut-être opposait-il à dessein l'ingratitude du cerf ou celle du loup à la reconnaissance du rat et de la fourmi 3. Mais le plus souvent, dans les jugements qu'il porte sur l'ambition, Tégoïsme ou la fanfaronnade des hommes, n'apparaît que la préoccupation d'un moment, et non une vue d'ensemble sur la vie humaine; que le souci de résoudre tel problème de détail, et non le désir de coordonner ses leçons en un système complet. Ce ne serait pas chose aisée que de dégager avec quelque netteté l'essence de sa doctrine morale. C'est précisément ce caractère que nous expliquent les anecdotes transmises par l'antiquité, en nous montrant que les récits d'Ésope s'accommodaient chacun à
I. Ésope avait déjà cette réputation du temps d'Hérodote, qui l'appelle Atdcaicoç h Xoyoiroi6; (II, i3^i).
a. Voir ù Sanglier et le renard, V Hirondelle et les oiseaux; des idées voisines sont développées dans le Renard dont le ventre a enflé, le Rossignol et l'épervier, la Femme et ses servantes, etc.
3. Cf. le Loup et le héron, le Cerf et la vigne, la Fourmi et la colombe, le Lion et le rat.
une circonstance déterminée : c'est au cours d'un différend ou d'une simple conversation qu'il invente ou cherche dans ses souvenirs une allégorie capable de lui fournir l'argument le mieux adapté aux événements dont il discute ou à l'interlocuteur qu'il veut convaincre. On connaît le stratagème dont il usa pour avoir raison d'un batelier récalcitrant : le conte que fit alors Ésope n'aurait pour nous aucune signification, si nous ignorions à quel propos il l'imagina >. Si, pour se faire entendre de la foule, il employait volontiers cette forme très concrète de l'argumentation oratoire, il y voyait surtout une manière originale et détournée de présenter des faits tout personnels; ses fables sur l'Aigle et Vescarhot ou sur le Renard et le hérisson ont beau contenir l'application d'une remarque très générale, la portée en résidait essentiellement dans les allusions à l'auteur, à l'auditoire, aux événements contemporains 3. La morale grecque fonde volontiers ses théories sur l'expérience individuelle^; mais elle s'élève rapidement des considérations particulières aux règles universelles. Pour les premiers fabulistes, l'apologue n'était qu'un commentaire de la réalité quotidienne, commentaire fécond et suggestif il est vrai, mais éclos au jour le jour, suivant le hasard des circonstances; il y manque une idée directrice, qui constitue un lien entre les récits détachés et fasse des antiques collections de fables ce qu'est l'œuvre de La Fontaine, une histoire de l'humanité.
Préceptes directs, maximes générales, allégories, telles sont
I. Cf. Aristote, Météores, II, 3, 3 : Ésope, pour effrayer le batelier, lui raconta comment Scylla, en ouvrant la bouche, avait fait baisser le niveau de la mer et émerger les montagnes, puis les îles; comment, enfin, un troisième bâillement engloutirait la mer entière.
a. Cf., sur VAigUet l'esearbot, Aristophane, Guêpes, v. i648 (et scol. v. iM sq.), — Paix, V. i39-i3o; — sur le Renard et le hérisson, Aristote, Bhét., II, ao, p. iSgS biSg^ a, — Plutarque, Mor., p. 790 d. Une remarque analogue peut se faire sur la portée morale des Loups et les brebis (apologue raconté aux Samiens pour les dissuader de livrer Ésope à leur ennemi Crésus) et du Rat et la grenouille (récit d^iné à faire réfléchir les Delphiens sur les conséquences du meurtre qu'ils allaient commettre); mais les anecdotes relatives à ces fables paraissent d'invention assez moderne. — Sur ce qui concerne la légende d'Ésope en général, cf. Welcker, Kleine Srhriften (Bonn, i845), t. II, p. aa8-a63.
3. Hésiode a également usé de l'apologue pour exprimer sous forme allégorique des faits personnels; mais nous verrons que l'idée développée dans la fable du Rossignol fait partie d'un système de morale complet et cohérent.
les formes simultanées — bien qne logiquement issues l'une de l'autre — sous lesquelles la sagesse populaire se fixa dès la plus lointaine antiquité ; en consultant ceux qui possédaient ces notions, puis en répétant leurs paroles, on favorisait le développement et la diffusion de ces créations primitives.Mais, pour peu que l'esprit investigateur des Grecs avivât leur désir de savoir et de comprendre, l'expérience ou la raison humaine se trouvait bientôt en défaut; il était nécessaire, pour suppléer à cette insuffisance, d'avoir recours à une autorité plus absolue, plus infaillible, en un mot divine; les causes des événements actuels et leurs conséquences à venir, qui représentaient aux yeux des Grecs les décisions secrètes des maîtres de l'univers, ne pouvaient être révélées que par une divinité >. Tel fut le rôle que, de très bonne heure, jouèrent en Grèce les oracles >, en particulier celui d'Apollon Pythien, dont l'influence s'étendit d'abord sur le monde dorien, puis sur la nation tout entière. Il était surtout florissant au temps des guerres médiques, époque troublée où les Grecs, voyant leur perte imminente, plaçaient leur unique espoir dans un appui surnaturel, et, se défiant de leur propre pensée, s'en remettaient, pour toutes les coiyonctures importantes, à la sagesse du dieu; mais même avant Hésiode, l'oracle de Delphes jouissait d'une réputation dès longtemps établie 3. La plupart du temps, sa réponse consistait simplement dans la prédiction d'un événement prochain ^, ou prescrivait la conduite à tenir dans un cas très déterminé ^ ; les députations que les cités envoyaient à Delphes pour parer à un danger public en rapportaient l'indication plus ou moins