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CHAPITRE VI

L'EXPRESSION DES IDÉES MORALES (fin) LA LANGUE ET LA VERSIFICATION

ai vv TcoO' 'HaCodov xaXTjv eôîfiaÇav oiotÔi^v. {Théogonie, t. 1, 22.)

Syntaxe

S'il y avait une impossibilité logique et pratique à ce que le style d'Hésiode présentât exactement les mêmes caractères que celui d'Homère, l'insufiBsance de la langue épique à exprimer les idées morales et la nécessité d'avoir recours à des formes plus ou moins nouvelles ne pouvaient se faire sentir aussi fortement en matière grammaticale. En effet, les lois de la grammaire sont assez universelles et assez rigoureuses pour n'être pas soumises, suivant les convenances de chaque genre et la fantaisie de chaque auteur, à de profondes variations ; on ne saurait établir entre la syntaxe de l'épopée et celle de la poésie exhortative des distinctions aussi tranchées qu'entre le stylé épique et le style didactique. D'autre part, alors même que le choix est possible entre deux constructions, il n'intéresse pas directement l'expression de la pensée, tant que le sens de la phrase n'en est pas modifié. Qu'Hésiode construise indifféremment le subjonctif avec ou sans xs ', qu'il emploie

I. Subj. avec xe : r. 67-58, aïo, a68 (a\ xe), etc.; — avec av : v. ao8, a58, agi (eutIv), 33g, Aa7, etc.; — sans particule: v. aa/i, a^i, ag5, 3a i, 3a7, 33a, 33g, 680, etc. Homère exprime de préféreace la particule (cf. Kûhncr-Gerth, AusfûhrL Gramm, der Griech, Sprache, II, 1, p. ai7-ai8).

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le datif — concurremment avec le génitif — pour désigner une époque indéterminée i, qu'il mette le verbe au pluriel après un sujet neutre ', ou qu'il applique au complément des verbes passifs telle construction exceptionnelle 3, on ne voit guère quelles conclusions l'étude de la poésie morale pourrait dégager de ces faits. D'autres particularités marquent un progrès plus réel : d'après le texte des meilleurs manuscrits, Hésiode a employé une fois au moins le pronom réfléchi alwj absolument étranger à la syntaxe homérique ^ ; mais au point de vue spécial qui nous occupe, cette remarque reste également sans conséquence.

Ce n'est pas que les questions grammaticales soient ici indifférentes. La limite entre la syntaxe et le style n'est pas rigoureusement déterminée. La division traditionnelle entre les figures de grammaire et de rhétorique est toujours assez artificielle; appliquée à un poète aussi peu rhéteur qu'Hésiode, elle serait tout à fait arbitraire. H est évident que l'ellipse ou le pléonasme, par exemple, constituent à la fois une recherche du pittoresque dans l'expression et une atteinte portée à la construction régulière; comment pourrait- on se placer à l'un des deux points de vue en négligeant l'autre? De ces deux figures, l'une insiste sur un détail important, l'autre

I. Oipet (v. 6Ao), ïa^i (v. A6a, suspect), à côlé de ïxtoi (y. 173), T}b>oc (v. 5^8), opOpou (v. 577), etc. Cet emploi du datif est rare chez Homère : IL, U, v. &68 (...vtHa YtYv«ai topTi)» — Od„ XV, V. 34 (vuxt\ 8* 6|tfa>c nXetetv).

a. 7r.« V. 808 : (^jXa) xà t' ap|i£VQi vrivo-i iréXovxat. Ce fait est assez rare, surtout après un pronom (Kûhner-Gerth, H, x, p. 66).

3. Tr., V. 3o5 : icsicappLéw) à\Lff* w^x^ooi. Cette construction ne se retrouve que chez des poètes plus modernes, tels qu*Apollonios de Rhodes (IV, v. 1066) ou Pindare {Pyth,, I, V. la, — VUl, V. 34). L'emploi du datif avec vic6, en pareil cas (v. iSi : Xetpcafftv viicb trtfixip^di Sa(iévTs;), est au contraire fréquent chez Homère, surtout avec les mots xetpC et x^P^'^''^ C^*-» ^ï» ^- ^7*1 860, — IV, v. agi, — XIII, v. 816, — Ul, v. 35a, — V, V. 559, — VIII, V. 344, SSg, etc.).

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