‹ Hésiode et son poème moralChapitre 143 sur 165 · VII, V · texte numérisé non relu

VII, V

Tev^e* <JM\ri<TOLÇ çepExu» xoiXa; siA vy)«;, 9(i>{jia 5à otxaS* E|jibv 56|iEvai nàXiv...

5. Tr., y. 641 : T^5vr, 6', «L HÉpaY], epywv |iE|jLVY)(iêvo; eîvai (opat(i)v.

C'est le seul vers où l'infinitif soit accompagné d'un vocatif, ce qui est au contraire normal chez Homère (IL, V, v. ia4: Oapo'ôîv vOv, Ai6{iy]6eç, éni Tpcosa^t liâxc^Oai) et chez les prosateurs qui ont conservé cette construction (Thucydide, V, 9: 9Ù Se, KXEap{8a,...Ê7CEx6eIv).

c'est de Timperalif qa*il fait usage >; l'infinitif est le mode qtûy par son impersonnalité, convient aux conseils d'une portée oniverselle, beaucoup plus fréquents chez Hésiode que les admonestations particulières >. La distinction n'est pas absolue : quelques impératifs sont mêlés aux infinitifs des préceptes généraux, qui d'ailleurs s'adressent, eux aussi, à Perses^. Ce n'est donc point une règle formelle que le poète s'est imposée; mais il réservait instinctivement le mode personnel pour les exhortations qui visaient en particulier un de ses interlocuteurs; tandis que l'emploi de l'infinitif était un artifice matériel pour rappeler aux auditeurs que les conseils du maître n'étaient pas destinés uniquement à l'un d'eux, que chacun pouvait et devait en prendre sa part^.

Au lieu de contenir une injonction positive, un précepte peut avoir pour but de signaler une précaution à prendre, un danger à éviter. La plupart de ces conseils préservatifs et prohibitifs sont groupés à la fin du poème, en une longue et

1. Ix>r^ifil s'adresse à Perses (v. 37 et 627 : Èvixàt^Eo, — 107 : paXXeo, — ai3 : àtxowS, oçsÀXe, — J74 sq. : ^âÀXso, ÈtcâxouE, imXàOeo» — agg et 397 : ipystsEU, — 611 : iirôopsTcs). aux rois (v. a48 : xaxaçpiCeff^e, — a63 : XdOeffOe, lO'jvere), aux Muses (v. 2 : èvZxi, èvv£icrr£), à Zeus (v. 9 : xÀOOt); ^it eu tout dix-sept exemples. a. Tr., V. 336 sq. :

Kài6 S*jva(itv S* s p 9e IV Up* àOavâtoiffi Oeotaiv ôtY^tt»; xat xaOapà»;, iic\ S" oY^aà (iT)p(a xateiv* àtXXotc fie oirovfiriVt Oveavt tc IXaaxeaOai.

V, 34a sq. :

Tbv çiXsovr* liri iatra xaXetv, tov i* èxOpov ÊSvai* Tov Ô€ («.âXtOTa xaXetv, Stcic «Oev ty^nSéi vaUi.

Cf. V. 3^9, 35a, 353 sq., 368 sq., 371, 38a, 384, 407, 4io, 4aa, 4a3, 4a6, 4a7, 43a, 437, 448, 43a, 457, 459, 46i sq., 465, 5o5, 536, 538, 539, 54a, 544, 546, 554, 557, 56a, 570, 573, 574, 576, 59a, 596, 597, 600, 604, 606, 608, 61a sq., 616, 6aa, 6a4, 6a9, 63o, 63i sq., C'iS, 67a sq., 674, 689, 690, 694, 695, 699, 700, 706, 713, 734, 758, 760, 766, 767, 773, 780 sq., 791, 793, 797, 798, 800, 807, 809.

3. Tr., V. 491 (çuXaffffgo), 493 (itip ô' iBi), 5o2 (fieixvue), 760 (ûicaXrjeo); soit en tout quatre exemples seulement. Le dernier se rencontre dans le même vers que rinflnitif coô' ^pâsiv, et la valeur en est exactement identique; le vers 760 se trouve d'ailleurs dans la partie des Travaux où Perses n'est pas nommé (v. 695-8a8). Au contraire, Hésiode paraît encore penser avant tout à son frère, quand il signale comme un danger à éviter les séductions des réunions hivernales; la seule difTérence avec les exemples cités n. i, c'est qu'il n'y a ici aucun vocatif qui précise la portée de l'apostrophe.

4. Delbrûck et Wagner (cités par Kûhncr-Gerth, II, a, p. a3) considèrent l'infinitif grec (de même que le «jussif» latin en -(0) comme un impératif moins immédiat, donc — comme nous le montrons pour Hésiode — d'une portée moins particulière. Kûhner (p. a4) y voit seulement une forme plus pressante de l'injonction.

l'expression des IDIÊES MORALES: LA LANGUE ET LA VERSIFICATION 176

monotone série de phrases commençant invariablement par la même négation :

[ATiSà (}/£yîeff6at yXcSarjtîç ^rapiv...

\>.r^ï zoXuÇetvov ixt^S' àÇstvsv xaXisaBai".

Cette partie des Travaux est précisément celle où Perses n'est jamais nommé; il n'est donc pas étonnant de trouver dans tous ces vers l'infinitif des prescriptions générales : l'impératif exprimant une défense est exceptionnel chez Hésiode >.

Enfin, dans une dizaine de préceptes, le verbe, avec ou sans négation, est mis à l'optatif. Ce mode, « forme atténuée de la prière et de l'injonction 3, » en présente toujours la réalisation comme une chose souhaitable, mais que Ton ne veut ou que l'on ne peut pas exiger absolument. Les indications données sur le nombre d'enfants à mettre au monde, sur l'époque où il faut se marier, constituent un idéal dont on doit se rapprocher le plus possible; ce ne peuvent être des ordres inflexibles^. De même, malgré la régularité de la vie hésiodique, l'âge d'un serviteur, la nourriture à prendre, le moment précis d'un travail ne peuvent pas toujours être déterminés avec une rigueur invariable : le poète souhaite seulement que ses auditeurs soient en état de suivre exactement le programme qu'il leur trace. « Le mieux serait, peut-on traduire, que le bouvier eût quarante ans,... que les bœufs eussent (en hiver) une demi-ration, les hommes une ration plus abondante,... que (le 3o) la femme dressât son métier et mit son ouvrage en

I. Tr.,y. 707, 709, 7i5; cf. v. 72a, 724, 727, 783 8q., 785 sq., 787 sq., 74a sq., 744, 746, 748 sq., 75o, 753, 757-769. Cette construction ne se retrouve que quatre fois dans le reste du poème, aux vers 4 10 ((iLT)6' àvaêâUeaBai xt>.), 6a a (xa\ t^ts [LrflLixi vîja; ^x"^ xtX,), 674 ((&r)Sè jiévetv qÏvov...v|ov), 689 (jirjÔ* ivi vrjuoiv airavra... T{6e(r0ai).

a. On ne le trouve qu'une seule fois après (ii^, au vers6o4 (t&T) çetSeo vfxou); après {AY^Sé, on le rencontre deux fois à la seconde personne, aux vers ai3 ((i.t)5' C6ptv o^eXXe) et 718 ((&Y)$à... xitlotb' ovscSiCeiv), et une fois à la troisième, au vers 878 (\Lt^Sk fjyri ve... iloLnxxâxui); enfin, au vers 729, on trouve après la négation (&iq le subjonctif aoriste, équivalent d*un impératif présent : fiY^T* ev à^iù.,. oûp^crY);-

3. Kûhner-Gerth, II, i, p. 229 : aMiidere Form der Bitte und der Aufforderung. »

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