V. 698 : *H 6è yuvT) tsTop' r\6t&oi, ttIjaictw 6è yoLikoixo
train*.» Dans tous ces passages, Toptatif exprime plutôt an vœu qa*ane volonté; son emploi témmgne d*an adoucissement dans la parole autoritaire du maître, et parfois peut-être de rintérêt qu*il prend au succès de ses disciples >.
Dialecte
Étant donné le caractère familier de la poésie pratique telle qu'Hésiode Ta conçue, on s'étonne au premier abord qu'il n'ait pas employé le dialecte en usage dans le pays où il composait ses vers. Sans doute, les dialectes grecs ne sont que des formes diverses de la même langue et non des idiomes difiTérant foncièrement les uns des autres 3. Mais quand il s'agit de conseils h faire écouter, quel moyen serait plus efficace, pour aller au cœur de ceux à qui l'on s'adresse, que de leur parler leur langage ordinaire, sans apprêt, sans aucune de ces savantes variations, qui devaient parfois résonner d'une manière étrange & l'oreille des simples montagnards béotiens? Cependant le fond du dialecte d'Hésiode, tel que les manuscrits des Travaux nous Tont transmis, est manifestement ionien, c'est-à-dire extri^mcment éloigné du béotien. Hésiode, qui a passé à Ascra
I. Tr., V. dUi : Tôt; S'ocpia Teao'apaxovTae'n); alÇvjoc éicoito. V. 55q : Ty)|io; x(ji\Lt9\j ^ouo'lv, ii:* otvlpi Sk icXéov cTt)
àp(JLa>ir);.
V. 779 : Tt) 6' (r|(jLipa) lorbv «rTi^aatto yuvTj icpo6àXoiT6 xe epyov. Cf. V. /170, 60 1| 588 (où nous remplaçons rfiti par t^r„ en supprimant le vers 589), Û17.
a. Par exemple au vers h-jb (ex S' àyY^cov èXàaetac àpâx^ia), à moins qu'on ne nitUtclio h cet optatif le xtv du vers 473 (Sittl); Toptalif serait alors le mode de l'ttlllrmation atténuée (cf. v. 188, etc.)i comme il l'est, même sans particule, aux vori 970 iq. :
NOv àr\ iyiù |ai^t* auTo; èv àvOpcoTtoivi dfxato; cl'r)v |iy)T* êfAo; vlé;...
(^ Jo 110 «aurai» étro Juste). Cet emploi do l'optatif sans âv (ou xe) est homérique (cf. Il, XV, v. 197, — 0(i., III, V. a3i, etc.), ainsi que celui de l'optatif impératif (0</., IV, V. lyS 5 x«\ vOv... TffOoKJ jioi, •— XV, V. a4, etc.)
.H. La poéulo, nous semble- t-il, n'aurait pas adopté une langue composite, néuuMMalromont artiûciollo, si tout le monde n'avait pu la comprendre, bien qu'elle ne tdi parlée par personne.
l'expression des IDEES MORALES: LA LARGUE ET LA VERSIFICATION I77
la plus grande partie de sa vie, avait pu à la rigueur séjourner en Éolie, d'autres disent même chez les Locriens Ozoles ; or il né s'exprime pas plus dans i'éoiien de Gymé que dans le dorien d'au delà du Pinde. C'est le dialecte des poèmes homériques qu'il a emprunté à ses modèles de l'Ionie. Il ne s'agit plus ici d'une imitation portant sur des termes plus ou moins nombreux ; c'est l'adoption à peu près complète — à une trentaine de formes près — d'une langue que ni Hésiode ni son auditoire n'avaient jamais parlée. Le dialecte d'un ouvrage n'en est pourtant que le caractère le plus superficiel, le moins essentiel; malgré son éducation épique, Hésiode pouvait aisément se dégager ici de ses modèles. Il y aurait même dans ce choix, de la part d'un poète didactique et d'un moraliste, une aberration ou tout au moins une maladresse assez difficile à expliquer, si notre raisonnement a priori n'était infirmé par toutes les traditions de la poésie grecque. Dans tous les monuments qui nous en sont restés, il est aisé de reconnaître 'que le dialecte n'est pas « un » : l'ionien de VIliade et de V Odyssée est parsemé d'éolismes; dans les odes de Pindare et les idylles de Théocrite, aussi bien que dans les chœurs tragiques, les formes épiques se mêlent constamment aux formes doriennes ; et ces faits sont de plus en plus fréquents chez les poètes d'époque plus récente. Le dialecte de la poésie grecque a toujours été composite, donc artificiel ' ; tous les âges ont fait la même distinction entre la prose et les vers, c'est-à-dire entre la langue qui se parlait et celle qui s'est d'abord chantée, puis déclamée. Gela tient en partie à ce que la langue homérique, qui a plus ou moins réagi sur le dialecte de tous les genres poétiques, s'était ellemême constituée, sur les confins de TÉolie et de l'Ionie, par une combinaison d'hymnes éoliens et ioniens >; si ces derniers ont prévalu, les autres ont fourni aux poètes un certain nombre de mots et d'expressions, qui leur ont donné la faculté
t. Cf. G. Mcycr, Griechisehe GrammatUc (3* éd.)t P> > : «Zwar habcn Anfang^s aile grriecbischen StAmme, um ôffentliche und Privaturkunden auf Metall oder Stein zu schreiben, sich des heimischen Dialektes bedient. Aber... fur literarisches Ausdnick baben sich bald Schrift- oder Kunstsprachen festgeseUt. »
3. Cf. Hinrichs, De homerieœ ehcutionis vettigiis œolieis (lena, 1875), p, i53 sq., — A. Fick, die homerische Odyssée... (Gôttingen, i883), Prolegomena, etc.
de varier leur style, et de créer ainsi un dialecte spécial, distinct de tous ceux que l'on employait couramment, qui a caractérisé la langue de l'épopée comme Thexamètre en caractérisait la versiBcation. Ce n'est donc pas du dialecte d'une autre province qu'Hésiode a fait usage, ce qui se comprendrait difficilement ; la langue qu'il a adoptée tendait alors à devenir celle de toute la poésie hellénique, car la vogue des chants homériques commençait à la répandre et même à l'imposer jusque dans la Grèce continentale. En contribuant à l'établissement de cette tradition, Hésiode n'a pas abdiqué sa personnalité; si nous le comparons à n'importe quel poète épique, nous sommes frappés du grand nombre d'expressions étrangères au dialecte ionien que contiennent les Travaux; non seulement l'auteur a emprunté à Homère quelques locutions éoliennes, mais il a employé d'autres éolismes, inusités dans VlUade et dans YOdyssée, ainsi que plusieurs formes doriennes; ces exceptions, assez nombreuses pour que la critique ne puisse les contester, témoignent de l'indépendance d'Hésiode à l'égard de ses modèles. S'cst-il inspiré d'un autre genre que l'épopée? Un instinct Ta-t-il poussé, quand le ton de sa poésie se rapprochait de la conversation familière, à se ressouvenir parfois de la langue paternelle, l'éolien d'Asie? A-t il voulu par moments flatter l'oreille de ses auditeurs, en employant des formes qui leur fussent particulières? Il faut, pour résoudre la question, examiner en détail tous ces éléments hétérogènes.
1"* Quelques-unes des divergences concernent plutôt l'histoire générale de la langue que l'étude du dialecte. Soit entre deux mots, soit dans le radical ou dans la désinence d'un terme, Hésiode fait souvent des contractions peu familières ou même inconnues à la poésie homérique. Si la crase xôxsTvo^ se trouve déjà dans V Iliade, en revanche Twixtaru est une forme nouvelle > . Au comparatif, il préfère les accusatifs {JLstCu), âiAeCvo), et n'emploie qu'une seule fois âpeicva^. Dans la coi^ugaison,
I. Kàxetvoç, V. agS; cf. Il, XV, v. 179, et XVI, v. 6^8 (yu\g. : xa\ xstvo;).— Tà)|ii<ni, V. 559; cf. Sappho, fr. la Cruslus (Twfxov), — Théocritc, XXVIII, v. a4 (xwicoç)» etc.
a. 'Ap»(ova, v. igS,— jie{Ç«, v. 373, — àpieivM, v. 19, agi et 3ao (plur. neutre). Kûhner (I, r, p. ^37) compte dans V Iliade sept accusatifs contractes, et deux dans VOdyssée. A Taccusatif pluriel, Hésiode dit, comme Homère, xpefffffova; (v. a 10, suspect).