Hésiode, Tr., v. 2G
nàvTa tdfj)v Atb; oçQaXjib; xat icàvTa vor,ja;.
6. Cf. L. Schmidt, Die Ethik der alten GrUchen (Berlin, i88a), t. I, p. 85 : « Jedes Gebet, das nicht Dank sondern Bitte zum Inhalt bat, ist ein Versuch einen Einklang zwischen den gôltlichen VVillen und den eigenen herzustellen. »
7. Il en est de même des formules que Ton récitait pour détourner une maladie
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elle s'élève parfois au-dessus des préoccupations immédiates et matérielles; son objet n'est plus alors de réaliser le désir d'un moment, mais d'acquérir tel avantage, telle qualité durable; or, en nous révélant par ses vœux son idéal moral, le suppliant nous propose un but à atteindre, et sa profession de foi contient une exhortation implicite'. Dans les hymnes homériques, l'invocation à la divinité est souvent accompagnée par la demande d'une faveur : d'Ares, on sollicite le don de la vaillance 3 ; d'Athéna, déesse pacifique, on implore le bonheur 3; à Héraclès, à Héphaistos, dieux robustes et laborieux, on demande la prospérité que donne le mérite^. Chaque divinité est invoquée suivant ses attributions particulières : c'est Dionysos qui accorde la joie^, c'est à Démêter que les travailleurs de la terre doivent leurs heureuses moissons^.
La prière n'était pas la partie essentielle de l'hymne, destiné avant tout à chanter les louanges des dieux; mais célébrer leur toute-puissance, et particulièrement la domination qu'ils exercent sur l'humanité, c'était rappeler à l'homme le respect, la soumission qu'il leur doit, et l'empêcher d'oublier sa condition dépendante. C'est sous cette forme que les premiers vers des Travaux nous incitent à un retour sur nous-mêmes, en nous montrant avec quelle facilité Zeus donne et enlève la force ou la gloire, déjoue les complots, abat l'orgueil; cet
ou une calamité (Odyssée, XIX, &&7, etc.) : elles avaient un caractère sinon moral, du moins pratique et exhortatif. Voir, par exemple, les KaOappioî d*Empédocle, la deuxième idylle de Théocrite, les formules médicales auxquelles Platon fait allusion dans le Charmide (p. 157- 1 58), ou les vers que chantait Branchos de Milet pour éloigner une épidémie: «MéXuete, w itaîôe;, éxàepYov xa\ êxaêpyav, xtX. » (Clém. Alex., Strom,, V, 4g.) Les formules d'Êphèse, malheureusement perdues, intéresseraient plus directement la poésie morale ; cf. en effet Marc-Aurèle, XII, a6 : « 'Ev xoî; t&v 'Efcofcdv Ypdt(i(iaat itoLpâyyt)<\i.oi ïntixo, (ruve/û; uitO{jLipt,vi^<TXE90ac. râv naXai&v tivo;
I . Cette préoccupation est à peu près absente des prières — si nombreuses pourtant — qu'on rencontre dans la poésie épique ; les imprécations des Grecs et des Troyens contre les parjures {Ibid., III, v. agS-Soi et 33o-3a3) ont seules une certaine portée morale; encore leur objet est-il tout particulier.
a. «6ap90c Sd; » {Hymn hom., VU : et; "Apeot, v. i5-i6).
3. « Abc fi' Si\k[Li viy(yv^ eu8ai{iov(y]v tc » (W., X : etç 'A8r)vav, v. 5).
4. « Aîfiou 8' àpsTiqv xe xa\ oX6ov » (/d., XIV : eic "HpaxXlat Xeovt(JOvplov, v. 9 = XIX : îU "HçaiOTOv, V. 8).
6. «Abc t* Tjjxa; x*^povTa; è; tôpac a^iç IxWai» (W., XXV: et; Ai6vjaov, v. la). 6. Cf. Théocrite, X, v. 49 sq :
«AcK|J.aTep iroXuxapm, iroX^orax^, toOto to >aov
«uspydv t' eîy) xa\ xopTiiiiiov 8tti fioXiata. »
hymne — d'authenticité d'ailleurs assez douteuse — est surtout un avertissement aux impies, aux ambitieux, aux présomptueux'. Mais la plupart des pièces de ce genre consistent principalement en une narration désintéressée des exploits d'un dieu ou de ses aventures. L'hymne, qui paraît avoir été une des formes les plus anciennes de la poésie héroïque, a conservé ce caractère par tradition, même dans des œuvres plus récentes: parmi les hymnes que l'antiquité attribuait à Homère, tous ceux qui comportent un assez long développement sont de purs récits épiques ^
Les auteurs d'hymnes religieux ne manquaient pas cependant de rappeler, avec plus ou moins de détails, les divers attributs des dieux qu'ils invoquaient; quelques-uns de ces poèmes se composent en grande partie d'énumérations ou plutôt de nomenclatures, où tous les caractères et toutes les fonctions de la divinité sont passés en revue 3. Or certaines divinités personnifiaient des abstractions dont la signification morale restait très apparente; le simple exposé des mythes contenait dans ce cas un enseignement, d'autant plus accessible qu'il se dégageait sans le secours d'une savante interprétation, et qu'en même temps la forme allégorique le mettait à la portée des intelligences les plus matérielles. C'est ainsi que les créations de la poésie hiératique pouvaient devenir très populaires sans rien perdre de leur valeur philosophique: les exemples de mythes moraux qu'offrent les poèmes d'Homère détonneraient dans des œuvres d'une allure aussi peu spéculative, si l'on, n'y reconnaissait de véritables citations, des arguments que les héros empruntent à une tradition établie, pour donner plus de force à un raisonnement ou plus de poids à un discours^. Hésiode a plus d'une fois introduit
1. Tr., Y. i-io (principalement 6-7); sur Tauthenticité de ce proème, cf. Pausanias, IX, 3i, 4, et infra, p. ii5, n. 6. — Les hymnes mystiques de TOrphisme, moitié physiques, moitié moraux, sont un genre de création plus récente, dont nous n'avons pas à nous occuper ici.
2. Voir les Hymn. hom. I-IV et VI, surtout les hymnes à Hermès (H) et à Démêter (IV). — Sur l'ancienneté du genre, cf. Aristote, PoéL, IV; — Pausanias, X, 5, 7 ; etc.
3. Cf. Uymn. hom,, VII: elç "Apea, v. 1-7, — XXVII : et; ''ApTeiJiiv, v. i-G, — XXVIIl : elç 'Aôtjvôcv, v. 1-6, etc.
4. Sur ces mythes des Prières {IL, IX, v. &oa-5ia), d'Até {IL, XlX, v. 9i-i33),
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dans les Travaux des allégories de ce genre; celles qu'il nomme le plus fréquemment, Hybris et Dikê, figurent aussi dans la poésie chresmologique'.
La forme la plus parfaite de la poésie mythique devait être une combinaison de ces divers éléments : des récits en apparence impersonnels et désintéressés, où seraient néanmoins examinés les grands problèmes de la destinée humaine. Mais il fallait, pour s'élever jusque-là, des poètes qui fussent en même temps des penseurs. En étudiant Tœuvre d'Hésiode, nous le verrons chercher, dans une synthèse des légendes les plus célèbres, une solution que ne pouvait fournir aucune d'entre elles, à les envisager isolément ». Au contraire, l'histoire de Prométhée et de Pandore n'a pu être tirée d'un récit purement héroïque; une intention philosophique a manifestement présidé à la formation de cette légende, très antérieure au siècle d'Hésiode, et qui était fort en honneur à son époque^. Devait-elle sa vogue au grand nombre de poèmes qui traitaient cette matière, ou au succès particulier de l'un d'eux .^ Était-ce le sujet d'un chant de courtes dimensions, ou un épisode de quelque œuvre plus considérable? Dans cette dernière hypothèse, la Grèce primitive aurait possédé un long poème mythologique à tendances morales, racontant la création de l'homme, ses premières fautes et ses premiers déboires ; or rien n'autorise à affirmer l'existence de cette sorte de Paradis Perdu, dont on n'aurait pas conservé d'autre trace; d'ailleurs, comment un ouvrage aussi considérable serait-il éclos sans antécédents, serait-il resté sans imitations? ou, s'il se rattachait à un genre constitué, comment admettre que tous les poèmes similaires aient disparu sans laisser aucun soudes deux tonneaux de Zeus {IL, XXIV, v. 5a7-533) et des Songes (Od,, XIX, v. 56o> 569), cf. notamment M. Croiset, Histoire de la Littérature grecque» t. I, p. ^6A, et T. Stickney, op, cit., p. 34 sq.