I. Cf. Hérodote, Vil, 77, ciUnt un oracle attribué à Bakis
ÙXoL AîxYi ff6é<T(Tet xpatepbv K(Jpov, Têpto; uldv (v. 4).
Ces deux derniers termes sont souvent associés; cf. Théognis, v. i53 :
TfxTSt TOI K6pov ''répiç, etc.
9. Sur la légende des Cinq Ages et son originalité, voir p. 58 sq., loii. 3. Voir p. io3, n. 4* Cf. M. Croiset, op. cit., I, p. 405.
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venir? Il est bien plus vraisemblable que les aventures de Prométhée ont fait Tobjet d'un hymne à la gloire de Zeus, que la défaite du Titan a été chantée comme un des innombrables exploits accomplis par le maître des dieux; la Prometheia serait loin, dans ce cas, d'être une création isolée, et tiendrait de près à toute une littérature qui nous est bien mieux connue. L'introduction de l'humanité parmi les personnages de ce drame mythique ajoutait simplement à l'attrait du récit un intérêt plus immédiat, plus pratique, et signalait cette légende entre toutes à l'attention d'un poète moraliste, qui cherchait dans les traditions nationales les principes d'une théorie sur Torigine de l'homme, son rôle et son devoir sur la terre'. Quelles conclusions tirer de ce rapide examen? D'abord, cette constatation que toutes les formes de la poésie morale existaient au moins en germe avant Hésiode ; préceptes et proverbes d'origine populaire ou religieuse, apologues et mythes, chants techniques et hymnes philosophiques constituaient une source féconde où il pouvait largement puiser. Il n'est pas moins vrai que le poème des Travaux et des Jours, tout en n'étant nullement ce qu'il (( nous parait aujourd'hui, quelque chose d'isolé, sans racines dans le passé » % marque dans l'évolution du genre exhortatif une étape décisive : en cherchant à discerner ce qu'a pu être dans des temps plus reculés l'expression poétique de la pensée abstraite, on ne rencontre aucune trace d'un ouvrage d'aussi longue haleine traitant un sujet pratique; ce qui frappe lorsqu'on essaie de caractériser cette poésie primitive, c'est précisément l'absence de tout lien entre les formules ou les développements de même ordre : l'unité fait nécessairement défaut à un recueil d'oracles comme à une collection de fables; les chants des travailleurs ont chacun leur objet tout spécial, la besogne à laquelle on est actuellement occupé ; un hymne est un tout, qui se suffit à lui-même.
I . Certains critiques ont supposé que l'histoire de Prométhée et celle de Pandore constituaient deux mythes distincts, fondus ensemble par Hésiode à peu près comme les légrendes d'où est issu le mythe des Cinq Ages. Cette théorie rendrait encore moins vraisemblable l'hypothèse d'une épopée mystique où serait développée l'histoire des origines de l'humanité.
a. M. Croiset, op. cit., I, p. 470.
Si le poème d'Hésiode ne manquait pas d'antécédents, il n*a dû avoir à proprement parler aucun modèle. Les conditions qui ont rendu possible ce brusque épanouissement d'un genre encore dans l'enfance sont multiples sans doute et nous échappent en partie ; ce qui est certain, c'est que l'état de la civilisalion nécessitait alors un enseignement pratique plus complet et plus suivi qu'aux âges précédents ; pour qu'un auteur pût le fixer Hous une forme définitive, il ne lui suffisait pas de se distinguer par l'étendue de son savoir et la sûreté de son jugement; si cotte fortune est échue à Hésiode, ce n'est pas que personne avant lui n'eût observé la nature et réfléchi sur la vie humaine; mais, le premier, embrassant d'un regard Tensomble du monde où il vivait, il a su coordonner réflexions et observations en un système d'une cohésion parfaite : c'est l'unité morale de la théorie qui donne au poème l'unité littéraire. Or à toute œuvre originale convient une expression nouvelle ; la vieille langue hiératique manquait de précision et de souplesse, la poésie populaire usait d'un langage très familier, celui de l'épopée était souvent trop concret. Tels étaient les éléments, en apparence peu compatibles, qu'il fallait combiner pour doter la poésie exhortative d'un style qui lui fût propre et qui pût s'adapter aux diverses formes de la pensée morale. C'était une entreprise délicate, car elle exigeait, pour être menée à bien, un poète qui unit la vigueur intellectuelle d'un penseur à la judicieuse finesse d'un artiste ; à ce prix seulement, le genre pouvait achever de se constituer.