‹ Hésiode et son poème moralChapitre 160 sur 165 · I. Tr., V. 35a, Sôg, 4i2, 694, 73o · texte numérisé non relu

I. Tr., V. 35a, Sôg, 4i2, 694, 73o

3. Tous les métriciens s'accordent à voir dans le parémiaque un des plus anciens vers de la Grèce (cf. Bergk, 1, p. 36a sq., — Christ, Metrik, p. 377-378). Son nom seul donne lieu à discussion : Westphal {Metrik der Griechen, a* éd., p. 4oo) le rattache à o!|jio; = chemin, et donne à 7ca(poi(jitaxd; le sens de rythme de marche; on peut citer à l'appui de cette étymologie les vers de Tyrtée (fr. i3 Crusius) :

"AycT*,. (à £iràpTQ(ç eùàvSpd) xeôpot icatépcov iroXiaxav, xtX.

C*est en effet une chanson de marche. Christ rapproche ce mot de oi[i.'r^= marche d'un récit (Liedweise). Bergk, d'accord avec lui pour le sens, compare la formation de icocpoe(iia à celle de icpoot|jLtov. Mais, dans le langage courant, irapot{jL{a signifiait proverbe; aussi Héphestion (c. 8) donne- t-il à parémiaque le sens de mètre des proverbes; il cite à l'appui divers proverbes do cette forme :

IIÔTK 8* ''Xpit\Lii oùx £x&pev9e ; Koi xtfpxopoc Iv Xa^àvocvi, etc.

La remarque, faite par Héphestion lui-même, que d'autres rythmes étaient égale* ment employés dans les proverbes, ne saurait être une objection : on a bien des fois appelé l'hexamètre «vers héroïque», quoique l'épopée ne fût pas la seule poésie hexamétriquc ; en tout cas, l'abondance des sentences morales qui revêtent, chez Homère et quelquefois chez Hésiode, la forme de parémiaques nous semble un argument assez puissant en faveur de l'étymologie proposée par Héphestion.

3. Dans le parémiaque, le dernier pied complet est ordinairement un anapeste, avant lequel on évite de placer une forte coupe. De même, le cinquième pied de l'hexamètre est de préférence un dactyle, et la césure y est exceptionnelle. C'est pour des raisons de même nature qu'on fait dériver le trimètre iambique du tétramètre . trochaïque (place do la césure principale, substitutions, application de la loi de Porson).

aOO HéSIODE

vieux fonds, que conservait la mémoire du peuple. Si Hésiode s'en est moins inspiré, c'est précisément parce qu'entre cette poésie anapestique primitive et la sienne, la poésie héroïque s'était développée, introduisant dans la littérature un mètre nouveau qu'elle imposa. Malgré le rapport plus étroit de la matière traitée par Hésiode avec ces antiques formules rythmées, il y a fait moins d'emprunts que ses prédécesseurs, parce que depuis leur temps, et sans doute sous l'action de leurs œuvres, le souvenir de ces premières productions du génie populaire s'effaçait graduellement'.

L'hexamètre, devenu l'unité métrique, se prêtait à toutes sortes de combinaisons : la phrase, parfois restreinte aux dimensions d'un ou deux vers, pouvait se développer librement et englober en une seule période un nombre de vers extrêmement variable ». En dépit de cette élasticité si évidente, certains critiques ont tenté, à l'aide de suppressions et d'interversions innombrables, de réduire ces inégales séries d'hexamètres à un groupement plus ou moins uniforme, et de reconstituer ainsi une suite de strophes, dont les Travaux se seraient composés à l'origine. Ces essais portèrent d'abord seulement sur quelques passages, par exemple sur la Prometheia, que l'on distribuait soit en «triades», soit en «pentades »3; plus récemment, c'est au poème entier que Fick a étendu cette audacieuse tentative. Quels qu'en soient les résultats, ils nous sont nécessairement suspects, puisque Fick n'admet comme authentiques que 288 vers, tandis que nous

I. Ce n'est pas que le parémiaque ait cessé d'être employé : les tragiques, Cratinos eu ont fait usage, et la métrique latine l'a adopté. Mais son importance décroissante fait penser qu'il avait été détrôné par l'hexamètre, et que le succès de ce rythme nouveau le reléguait au second plan.

a. Les périodes les plus nombreuses sont celles de quatre vers (v. ai^S sq., a8g sq., etc.)» de cinq (v. i5G sq., 190 sq., ai4 sq., a58 sq., 3oa sq., etc.), puis de six (v. a3a sq., 568sq.)et de 8ept(v. i43 sq., Sig sq., 663 sq.); celles de huit (v. 388 sq.) ou de neuf vers (v. 4i4 sq.) sont plus rares ; une seule atteint treize vers (v. SSa-SgS, en rejetant 689) ; Paulson (p. 53) compte à la fin des vers 35a fortes ponctuations, ce qui fait une moyenne légèrement inférieure à trois vers ; en tenant compte des nombreuses sentences en un ou deux vers dont nous allons parler, la moyenne de la période bésiodique est d'environ cinq hexamètres.

3. Cf. Schômann, Die hesiodische Théogonie, p. ai5-ai7 : l'auteur cite et discute les hypothèses de Kôchly, qui croit à trois rédactions successives, la première en triades, la seconde en pentades, et la troisième — celle que nous possédons — combinant les autres de manière à détruire la disposition strophiquc.

l'expression des idées morales: la langue et la versification aoi

en acceptons sept à huit cents'; c'est-à-dire que le tiers de l'ouvrage seulement a pu être ainsi refondu. Dans ces conditions, si un hexamètre trouble l'économie d'une strophe, cette raison ne saurait suffire à ce que nous le déclarions interpolé ; or dans le seul mythe des âges, dont la longueur est de g3 vers, il ne faut pas en rejeter moins de 3i, pour obtenir un texte divisible en six strophes égales 3. En outre, ces groupements sont tout à fait arbitraires; une telle fantaisie a présidé à leur constitution, que la disposition strophique ne présente même plus d'avantages pratiques. Une division uniforme du poème offrirait à la mémoire une aide efficace; il n'y aurait a priori aucune invraisemblance à ce qu'Hésiode eût adopté, dans son enseignement, une forme analogue à celle de nos vieux quatrains. Telle n'est point l'hypothèse de Fick: après des couplets de douze vers, on en rencontre, dans sa rédaction, de huit, de trois, de cinq et de six vers; souvent plusieurs strophes de longueur inégale se succèdent sans transition dans le même passage, et l'on ne peut trouver une raison qui explique ces changements subits 3. Ce travail, malgré sa réelle ingéniosité, ne repose sur aucun fondement solide, et la disposition qui en résulte n'offre même pas la commodité mnémonique qui en serait la justification.

Rien n'est d'ailleurs plus contraire à cette uniformité, même relative, que l'aspect du poème tel que nous l'ont transmis les manuscrits ; non seulement la variété y règne, mais elle y est logique et paraît voulue : c'est dans les récits, les descriptions, l'exposé des questions agricoles ou maritimes que nous rencontrons les périodes les plus longues; quand Hésiode traite

I. Fick, op. eit,, p. 43-68 ; quant à nous, dix-neuf vers seulement nous ont semblé inacceptables, et trente à quarante autres suspects, sans compter tout le développement sur le« «/bars, dont l'authenticité est douteuse.

a. Tr.,y. 109-aoi. Fick rejette les vers iiS-iao, ia4-ia6, i3o-i3a, i36, i68-i5i, i6a, 166, 169, 179-181, 189. Les seuls que nous considérions comme apocryphes sont les vers ia4, 169, 179-181 ; Rzach conteste également les vers lao, ia5, 189.

3. Ainsi l'introduction aux véritables ^ISpya (v. ii-a^» 43-/^6, a98-3oa) comprend trois strophes de trois vers et trois de cinq ; or, entre les vers 9 et 10 (^ 19 et ao), la pause est à peine sensible. Le chapilre relatif au labourage commence par un douzain (v. 383-39&), continue par six sixains (extraits des vers 4o5-447) et finit par deux douzain8(v. 458-490); ce qui revient à dire que trois fois sur onze la division en sixains a été impossible.

202 BÉSIOOe

des menus faits de la vie journalière, la phrase devient plus brève, la pensée s'exprime en formules concises, — proverbes ou préceptes, — dont chacune forme un tout et demeure indépendante. Nous avons constaté l'abondance des sentences monoslichiques chez Hésiode, soit que spontanément elles se soient coulées dans le moule de l'hexamètre, soit que le poète les y ait réduites à dessein. Parfois, comme les parémiaques homériques, elles servent de conclusion à un développement plus ou moins long > ; mais ordinairement c'est en séries de vers isolés que se présentent les jugements sur les hommes et les choses, les recettes ou autres conseils de toute sorte sur les relations de voisinage, les cadeaux, l'économie ou la procréation 3 ; les vers-sentences se succèdent sans interruption, sans ordre, sans lien ; et le caractère morcelé du développement est encore accentué par l'invariabilité de la forme métrique. La monotonie est alors inévitable : les rejets et les enjambements n'étant plus possibles, la coupe et le mouvement des vers ne comportent aucune diversité ; l'hexamètre s'alourdit, dès que son rythme un peu solennel et sa structure assez pesante ne sont plus assouplis par les artifices dont le versificateur s'est privé ; ses vingt-quatre temps se condensent, pour ainsi dire, en une masse, qui parait d'autant plus compacte qu'elle est mieux isolée du contexte, et que la même cadence se répète plus fréquemment avec une obsédante uniformité :

Ufiua xaxoç yeitwv H offffoVT* ày*^^? \^W ïveiap.

''E\k[LOpi TOI Tt|i.îJÇ II 0(7t' llJLJJLOpe Y^^'^®^®^ èffOXoO.

0'j8' Sv Pot3ç «tcoXoTt* || et [ay; y^^^wv xaxoç ertj^.

Page 1