‹ Hésiode et son poème moralChapitre 163 sur 165 · Tr., V. 716 sq · texte numérisé non relu

Tr., V. 716 sq

MY}6à noXvÇetvov pLTjfi' aUtvov xaXéeoOai»

\krfiï xaxfi>v ëTttpov piY]8* èaOXûv veixe<7TY|pa.

La double antithèse, rendue possible par la longueur de la phrase, augmente la précision de la pensée, comme aux vers 365 sq.

V. 719 sq. : rXc&ffOY); toi OiQaaupo; âv àvOp<tficoi(nv apiffToc

9st5(i>Xfî;, icXEtaTY) Se x^piZ xaToc p.£Tpov Iovoiqc.

Le rejet permet de mettre en relief un mot essentiel, et la deuxième proposition, plus courte, insiste sur l'idée en la reprenant sous une forme nouvelle. Aux vers 744 sq. et 748 sq., la fin du second vers ajoute une explication à Tordre donné.

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cherche à remédier. Une succession de périodes composées chacune de deux hexamètres, cela revient toujours, en fin de compte, à une suite uniforme d'hexamètres. La monotonie subsiste; de plus, le lien rythmique est très lâche entre les deux vers de chaque groupe, en raison même de leur similitude; un ensemble composé d'éléments identiques manque nécessairement de cohésion : une couple de vers de même mesure ne saurait constituer une strophe. L'unité ne résultait ici que du contraste avec les longues phrases épiques ou avec la sécheresse des proverbes; dès qu'elle cesse d'être ainsi accusée, elle disparaît. Cependant c'était bien la phrase de deux vers qui convenait le mieux à l'expression d'une observation ou d'une réflexion morale : plus courte, elle péchait par excès de concision ; plus longue, elle eût été moins vive et moins frappante. Il ne restait qu'à introduire dans le rythme une légère modification, qui en augmentât la netteté en même temps que la variété. Dans plusieurs de ces sentences^ il arrive que l'expression d'une première idée remplit trois hémistiches, et qu'une coupe assez forte se trouve au centre du dernier vers :

'Apxo[Aévou il irfôou xat Xi^yonoç xopécracrOot^

[j.e(7(760t çeSecrOat'

Mrfii xot' ouXopi.évr^v 7C6v(r^v 6u|i.oç66pov ivJpl TéTXaô' 5v£i8{Ceiv....«

Il suffit de substituer au parémiaque qui termine la période un hémistiche de même forme que le premier, pour obtenir une véritable strophe; le demi -mètre final, modifiant le rythme et abrégeant le second vers, constituera une clausule que l'oreille discerne facilement :

Mt^ xoté TOI xaxov dfvSpa çfXov roieXoOat ètatpov, ocXX' aUl çs^Y^tv, coore xaxcv Xt(i.éva...

1, Tr., V. 368 sq., 717 sq.

ao6 HÉSIODE

Ilaç yip ivt;p revtt; Zzi\kTi[xhcç ojts ti sixsTv

Oix loTiv ÔvYjTOtat Tcphq iÔavaTOuç [A3E;(é7a90at, oiêi 8{x,y;v eiTCSÎv' ciîsvi touto OéjJiiç.

Jusqu'au dernier membre de phrase, on croirait entendre des préceptes hésiodiques ; il suffit pourtant de comparer ces distiques de Théognis avec les hexamètres d'Hésiode où des pensées analogues sont exprimées, pour mesurer le chemin parcouru'. Non seulement le distique se prête à tous les effets qu'Hésiode tirait du rythme hexamétrique, mais ces effets y sont souvent plus frappants, grâce à la structure symétrique du pentamètre : quel mètre aurait mieux convenu à l'antithèse chère aux moralistes grecs, ou simplement à l'examen d'un même objet sous ses divers points de vue?

"Otti il [JLoTpa xaOeTv, || ouTt Séîotxa iraÔeîv... 2î>v ffoi xai xaxoç wv || Y^'yvETai èoôXoç âyi^^p... riavToTat 8 'âpexal I| xat piOTOU i:xki[i.oLt^.

Ces vers répondent pleinement à l'idéal de précision cadencée que recherchait Hésiode. Outre cette qualité, ce qui destinait le distique élégiaque à devenir la forme par excellence de la poésie morale, c'était l'unité qui résultait justement de son caractère hétérogène : deux vers de mesure différente font plus aisément corps ensemble ; l'oreille, qui oppose deux strophes Tune à l'autre, n'isole pas les éléments qui composent chacune d'elles; le distique, à la différence d'une suite d'hexamètres, forme un tout, qu'on ne peut ni allonger ni diminuer sans le détruire; aussi devait-il détrôner l'hexamètre 5, comme ce

I. Thcognis, v. u3 sq., 177 sq., 687 sq. Cf. Tr., v. 716, 498 sq., io5, etc.

a. Théognis, v. 8i8, 11 18, 6a4 ; cf. v. 478 et 84o, 690, 778, etc.

3. Nous n'envisageons ici la destinée de l'hexamètre que dans la poésie morale. Les Préceptes de Chiron, parfois attribués à Hésiode lui-même, constituent le dernier poème exhortatif hexamétrique que nous connaissions, pour cette période de la littérature grecque. Phocylide composa cependant encore des hexamètres gnomiques (fr. 1 sq. Crusius), qui furent assez célèbres pour lui faire attribuer un poème prolroptique beaucoup plus récent, écrit dans ce mètre (Crusius, p. 337 sq.). Mais les novateurs des vu* et vi* siècles avaient été frappés par la pesante solennité de ce vers, et la tournaient parfois en ridicule; on connaît les hexamètres burlesques d'Hipponax (fr. 80 Crusius), parodiant le début de V Iliade et de VOdyssée.

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vers lui-même avait supplanté le parémiaque d'où il était issu. Dans les sentences homériques, on surprenait encore l'influence d'une versification antérieure. Hésiode marque l'étape suivante de cette évolution métrique ; on le sent à la fois plus éloigné des origines, et arrêté déjà par les exigences du genre nouveau où il s'exerce; les efforts qu'il tente pour atténuer l'infériorité du mètre héroïque dans un poème moral font déjà pressentir la grande innovation des élégiaques, c'est-à-dire la création du rythme qui caractérisera la poésie exhortative sous sa forme la plus parfaite.

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