‹ Hésiode et son poème moralChapitre 18 sur 165 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

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(Hésiode, Travaux, r. S91-89-2.)

C'est en Béotie» au centre de la péninsule hellénique, que fut composé le plus ancien poème moral que la Grèce nous ait transmis. Il est très naturel que la poésie exhortative se soit développée chez un peuple à Tesprit plus positif qu'artistique : les Béotiens devaient préférer aux chants épiques les vers qui s'adressaient plus directement à eux, qui leur parlaient d'euxmêmes et non de héros disparus auxquels leur. pesante imagination avait peine à s'intéresser <. Il fallut cependant le hasard d'une émigration pour qu'un grand poète naquît dans ce pays : il fallut qu'un pauvre habitant de Gymé, fuyant devant la misère, vint chercher fortune en Europe et pénétrât jusqu'au cœur de la Grèce. Ce fait, d'ailleurs bien établi', ne laisse pas de nous étonner : Gymé, dont la fondation remontait à une très haute antiquité, était la plus considérable et la plus florissante parmi les cités éoliennes qui prolongeaient le monde grec sur les côtes de l'Asie Mineure^; quel singulier concours

I . Hésychios nous apprend que chez les Spartiates *0{xvip{6^eiv signifiait mentir. L'auteur du prologue de la Théogonie ne traite pas mieux la poésie épique» qu'il accuse de

^^euSea noXXà X^y*^^ irj(ioiJiv 6|ioTa (v. 27).

a. Hésiode, Tr., v. 633-6iio.

3. Cf. Strabon, p. 6a a. Elle fut la métropole de trente bourgades lesbiennes. La ville de Cumes en Campanie passait pour être une très ancienne colonie de Cymé (cf. Strabon, p. a&3; — Velleius Paterculus, I, 4* etc.). Bergk(t. I, p. aoosq., n. 38> croit, au contraire, que Cumes, fondée au milieu du xi* siècle^ était, comme Cymé en Êolie, une colonie de Cymé en Eubée.

HÉSIODE. tt

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de circonstances put amener un de ses enfants à la quitter pour une région si lointaine, moins riche et d'accès assez di£Eicile? Il arrive bien souvent que les pays trop peuplés ne suffisent pas à nourrir tous leurs habitants; les plus pauvres sont alors obligés de s'expatrier pour assurer leur existence; c'est ainsi qu'un certain nombre de Gyméens durent s'embarquer pour gagner les lies de l'Archipel ou les côtes de la Grèce ; une expédition de ce genre, après avoir sans doute contourné le Péloponnèse, vint aborder sur la côte septentrionale du golfe de Gorinthe, à Gréuse, l'échelle de Thespies', ou dans quelque autre des rares et médiocres ports béotiens, presque inabordables, défendus contre la violence des lames par des récifs plus dangereux encore. On se demande quelle nécessité pressante força ces malheureux à se réfugier dans une contrée d'aspect aussi peu hospitalier et offrant aux immigrants d'aussi faibles ressources^. Pour gagner leur vie, il est probable qu'ils furent contraints de se disperser; l'un d'eux, pénétrant a l'intérieur des terres, vint s'établir dans le petit bourg d'Ascra, situé à quarante stades de Thespies, sur le flanc oriental de rHélicon3.

Ascra, dont on attribuait la fondation soit aux héros Éphialte et Otos, soit à OEoclos, fils de Poséidon et de la nymphe Ascra ^, était habitée par des Minyens dépendant de la cité de Thespies^. Gette bourgade, qui ne fut jamais très florissante, fut détruite ou abandonnée d'assez bonne heure, et Pausanias, en parcourant la Grèce, n'en trouva plus d'autre vestige qu'une tour^. G'est que nulle part peut-être la nature

I. Cf. StraboD, p. 409 : « 'Ewfvetov 6' e/oyaiv a\ 0£<Tiria\ Kplov<Tav. » a. S'il est vrai que Cymé était une colonie locriennc (cf. Marckscheffel, Uesiodi^ Eameli, Cinœthonis, Àsii et Carminis lyaupaetii fragmenta, Leipzig, 1860, p. 5i), les émigrants en question auraient tenté sans doute de revenir dans leur métropole, dont la Bëotie était voisine.

3. Les anciens nommaient cet homme Dios (cf. Strabon, p. 6a 3, — Tzetzès, TÉvo; *H(ri6oou, 1. a Flacli, — Suidas, s. v. *H^{oSo;, — un hermès trouvé à Rome et portant rinscriplion 'Hdio'^o; Aîoy 'Aoxpatoç (C /. G., 6o58), etc.); c'est là une fausse interprétation du vers 399 des Travaux, où Hésiode appelle son frère Stov yévo;. Tout ce que nous savons de certain sur le père d'Hésiode est dû au poète lui-même; Thypothèse d*une émigration à laquelle il prit part nous semble justifiée par sa pauvreté, qui ne lui aurait pas permis de fréter un vaisseau à lui seul.

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