‹ Hésiode et son poème moralChapitre 24 sur 165 · fr., V · texte numérisé non relu

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La situation ne changea pas, et les rapports des deux frères ne s'améliorèrent nullement >. Après avoir dépensé tout ce qu'il possédait, Perses, à qui l'agriculture répugnait toujours, se trouva de nouveau sans ressources. Il avait pourtant une femme et des enfants, qu'il fallait nourrir »; dépourvu de sens moral autant que de sens pratique, il osa frapper à la porte d'Hésiode, qui ne voulut ni lui donner ni lui prêter 3. Ce n'est pas le ressentiment seul qui dicta ce refus : Hésiode, comme tous les travailleurs qui gagnent péniblement leur vie, était non pas avare ^, mais âpre au gain : il gardait avec un soin égoïste le prix de ses fatigues^; de plus, venir en aide à un paresseux, c'était favoriser son vice. Quand on a comme Hésiode le culte de l'énergie et de l'activité, on ne peut se faire le complice d'un oisif inutile; on ne doit pas non plus se laisser exploiter et frustrer d'une aisance qui est le couronnement légitime du travail 6. Le destin, d'abord injuste, finit d'ailleurs par se prononcer en sa faveur : tandis que Perses traînait une vie misérable, mendiant de porte en porte avec les siens, rarement accueilli, presque toujours éconduit et souffrant de la faim 7, Hésiode, à défaut de la richesse, arrivait du moins à la gloire.

Car ce laboureur fut aussi un poète : dans les rares moments de loisir que lui laissait la culture de ses champs, son infatigable activité trouvait encore le moyen de s'exercer. Il avait entendu, soit dans les fêtes religieuses des villes voisines, soit même sous ces portiques et dans ces forges dont il disait tant de mal, quelques-uns des aèdes voyageurs qui portaient à

I. Est-ce le seul crime que commit Perses envers Hésiode, et ne faut-il pas voir une allusion personnelle dans les vers 3a7 sq. des Travaux :

ÔC "TE xa9iYVT)Toio éoO dcvà Sépivia patVT), xtX.

Rappelons-nous qu'Hésiode a plus d'une fois médit des femmes (y. 372-376, 703 sq.).

a. Cf. Tr., Y. 399.

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