I. Cf. p. 67 sq., notamment p. C8, a
a. Voir ch. II, les raisons qui nous font pencher en faveur de cette hypothèse.
fois même, — paralt-il, — Hésiode s'en serait allé jusque dans nie d'Eubée, à Chalcis, pour prendre part aux jeux funèbres donnés en l'honneur du prince Amphidamas, et en serait revenu couvert de gloire, rapportant comme prix de sa victoire un trépied à deux anses, qu'il aurait consacré aux Muses, ses inspiratrices, dans leur temple de THéliconi.
Malgré ces succès, Hésiode continua sans doute d'habiter Ascra, et n'abandonna pas la culture de ses champs : il était trop épris du travail de la terre pour y renoncer complètement. Comme tous les paysans, il était d'ailleurs très casanier : traverser la Béotie d' Ascra jusqu'à Aulis, et de là passer l'Euripe en bateau, c'était déjà pour lui un long voyage, qu'il n'a pas dû renouveler >. On raconte qu'à Delphes il fut exclu d'un concours, parce qu'il ne savait pas s'accompagner sur la cithare : tradition peu fondée, qui tendrait seulement à prouver que les vers d'Hésiode n'étaient pas chantés, mais récités 3.
Certains critiques ont prétendu qu'après avoir composé les vers sur son procès, Hésiode ne put demeurer à Ascra : comment lui aurait-il été possible de vivre, sans être inquiété, sur le territoire administré par des rois qu'il appelle à plusieurs reprises « mangeurs de présents »^? U ne faut pas oublier que cette royauté n'avait rien de sacro-saint, rien d'absolu ; ces chefs, que le peuple se donnait volontairement, ne gouvernaient que par leur mérite^ : dès que leur autorité s'écartait de son principe moral, elle était ruinée. D'ailleurs, pour les Grecs de cette époque, le poète était, presque au même titre que le prêtre, un a homme divin », un personnage considérable avec lequel il
I. Tr,, Y. 65o-66a. C'est à cet événement que les anciens rattachaient la prétendue victoire d*Hésiode sur Homère, racontée dans l'ouvrage anonyme intitulé *H<ri6$o*j xat *0|JiiQpou aycdv : Hésiode aurait triomphé parce qu'il chantait non les exploits des guerriers, mais les arls de la paix. Il est bien probable que si Hésiode avait vaincu un aède très célèbre, il le nommerait. (Cf. Dimitrijevic, op. cit., p. i3.) — Sur Amphidamas et sur l'au^ienticité des vers 65&-66a, cf. p. 35-36.
a. Tr.y V. 65o-G5i. — C'est à tort qu'on l'a considéré parfois comme un aède voyageur, semblable aux auteurs de VHiade et de VOdyssée (cf. Christ, Gesch. der griech. LUI,, 3* éd., p. 90).