Notamment Twesten, Thiersch, Ranke
4. Cf. Welcker, Théogonie, p. 5; — Lehrs, Quœstiones epicx, III; — Schdmann, Opuscula Academiea, t. II, p. 3o5, etc.
4 a HÉSIODE
poèmes distincts, les uns authentiques, les autres apocryphes».
Ces théories ne nous paraissent guère admissibles. La personnalité d'Hésiode est trop fortement marquée dans toutes les parties du poème pour qu'on puisse y voir une œuvre collective, un agrégat nécessairement impersonnel de chants récoltés çà et là. Ce ne sont pas seulement^ les faits empruntés à l'histoire de sa vie qui montrent qu'Hésiode est un homme et non pas un nom ^ ; c'est surtout son caractère, que nous avons vu nettement dessiné dans ses vers, et qui jamais ne se dément; nous avons énuméré les qualités dont il a toujours fait preuve : n'est-ce pas avec la même activité, la même intégrité, le même souci de sa dignité laborieuse, qu'il féconde son champ, défend son patrimoine contre les attaques de l'injustice, et puise dans son travail la matière de son enseignement poétique? Non seulement les mêmes idées sont exprimées dans les diverses parties des Travaux, non seulement les mêmes sentiments s'y font jour d'un bout à l'autre; mais nous verrons aussi qu'à travers la variété des questions examinées, c'est vers le même but, nettement conçu et défini, que tendent tous les conseils du poète; l'étude de la morale d'Hésiode ne relèvera pas la moindre divergence, la moindre contradiction dans ses théories; c'est bien de la même veine que sont issus les préceptes les plus divers, c'est le même esprit qui anime l'ouvrage entier 3.
Car les Travaux ne sont pas seulement l'œuvre d'un seul homme, c'est aussi une seule œuvre. C'est le même sujet que
1. Fick (op. cit.) attribue à Hésiode, parmi les Travaux, trois poèmes en strophes de six» huit et douze vers : un poème sur son procès, une histoire des cinq Ages de rhumanité, un traité d'agriculture et de navigation, en tout deux cent quatre-vingthuit vers. G. Canna (Saggio di stadi sopra U carme esiodeo. Le opère ei ghrni, dans la Rivista di Filologia, II, p. /^S^-Z^oli, Turin, 1874) réduisait l'ouvrage à deux cent cinquante vers. Kirchhoff (Hesiods Mahnlieder an Perses, Berlin, 1889) voit dans les Travaux deux cycles de chants isolés; les vers adressés à Perses et aux rois se répartiraient en huit «lieder» d'une longueur variant entre sept et deux cent vingt-neuf vers, et formant un ensemble de trois cents vers environ. Poppmûllcr (Zur Composition der Hesiodischen Werke und Tage; dans les lahrbUcher fur elass. Philol,j i8go, p. 64 1 -656) a réfuté point par point les assertions de KirchholT.
2. Cf. Tr., V. a7-4i, 202-218, 27/4, Sgô-^o-'i, 633-G/io, C5o-662, etc.
3. Remarquons aussi que de très anciens écrivains, comme Stésichore, Xénophane, Heraclite, et l'auteur du proème de la Théogonie (v. a a), connaissaient déjà Hésiode.
Fauteur traite d'un bout à l'autre, et la diversité n'est qu'apparente. Hésiode, injustement condamné, grâce aux intrigues d'un frère paresseux, rappelle à Perses, par des avis directs et des récits allégoriques, ces deux devoirs auxquels il cherche à se dérober : le travail et la justice » ; mais, pour que son travail suffise à lui donner une aisance honnête^ il lui apprend à sagement administrer sa fortune, à bien cultiver ses champs, à posséder les principes de la navigation >; enfin, pour achever de s'assurer une vie tranquille, exempte des dissensions et des inquiétudes qui troublent l'existence des méchants et des impies, pour être en règle avec la terre comme avec le ciel, il devra connaître la conduite à tenir vis-à-vis des hommes et des dieux, c'est-à-dire les lois du savoir-vivre et les superstitions qui fixent l'emploi de notre temps 3. Il y a là un ensemble composé de sept éléments distincts, mais solidement reliés entre eux par une communauté de but et d'intention. L'unité est réelle, malgré les différences d'objet et de ton qui ont frappé quelques critiques; aussi ces difiérences ne suffisentelles pas à faire considérer certaines parties comme apocryphes. Sans doute, il est impossible que le poème n'ait pas subi quelques modifications de détail : un défaut de mémoire suffisait à faire omettre un précepte, à mutiler un vers, à introduire une interpolation. Parfois les altérations sont flagrantes^; le plus souvent quelques taches de style peuvent seules les faire soupçonner ^. Mais quel que soit le nombre de ces impuretés, elles ne prouvent qu'une chose : c'est que dans le cours d'un développement authentique ont pu se glisser un certain nombre de passages apocryphes, assez rares d'ailleurs, et ne comprenant généralement qu'un ou deux vers^.