LA MORALE D^HÉSIODE
de cette obligation une raison pratique, non théorique. Un criminel peut faire bon marché des sentiments qu'il inspire aux autres hommes, s'il se croit plus fort que ceux dont il s'attire l'inimitié; mais encourir la colère divine, s'exposera une peine qui peut être éternelle pour dérober sur terre une part de bonheur ou de plaisir, ce serait un mauvais calcul i. Aussi Hésiode, pour convertir les méchants, leur rappelle-t-il sans cesse le châtiment qui les menace ^
Il y a donc avant tout un intérêt matériel à pratiquer la justice. Sans doute, la vertu est plus pénible que le vice : « Le chemin qui y conduit est, au début, long, raide, escarpé, » tandis qu'w il est très facile de préférer le mal » 3. Cependant cette route, arrosée de tant de sueurs, finit par s'aplanir^; arrivé au sommet, l'homme juste n'a plus qu'à récolter les fruits de son honnêteté. Il suffît de voir avec quelle complaisance Hésiode s'attarde à décrire la vie heureuse du juste, pour sentir que c'est bien là le bonheur qu'il rêvait; c'est l'existence idéale, dont il évoque en quelques vers les principaux traits : « Jamais les hommes justes ne sont visités par la famine ou par le malheur... Pour eux la terre porte des moissons abondantes, les chênes des montagnes ont à leur cime des glands, plus bas des abeilles; les brebis à l'épaisse toison sont accablées sous le poids de leur laine ; les femmes donnent le jour à des enfants qui ressemblent à leur père : ils jouissent d'un bonheur inaltérable^. )) Les méchants, au contraire, doivent redouter le sort que les dieux leur réservent : le poète entr'ouvre devant eux les portes de l'avenir, et nous fait assister à la chute des États gouvernés par des chefs injustes : « Du haut du ciel, le fils de Gronos leur envoie quelque fléau terrible, la famine avec la peste; les peuples se consument, les femmes n'ont plus