‹ Hésiode et son poème moralChapitre 46 sur 165 · Théogonie, v. aii-a3a · texte numérisé non relu

Théogonie, v. aii-a3a

7. Tr„ V. 96 sq. Cette interprétation est duc à M. Lebèguo (Annales de la Faculté des lettres de Bordeaux, i885, p. 349-363); la traduction ordinaire, espérance, est inadmissible. — M. Hild (Le Pessimisme religieux chez Homère et Hésiode, 1887, a' article) donne une explication ingénieuse, mais qui n'explique pas pourquoi V *ÎSkiHz figure au nombre des maux : « l'attente irritante d'un bien qui fuit toujours; » on ne peut guère invoquer en faveur de cette hypothèse que le vers 498 : xevsT^v in\ eXictSs (jl((jlv(i)v = attendant la réalisation d'une vaine espérance, — mais non le vers 5oo : 'EX?ci(

LA MORALE d'HÉSIODE 57

elle au nombre des maux? Le poète ne le dit pas expressément; il est plus vraisemblable qu'elle résulta naturellement de leur dispersion parmi les hommes, de Tobligation où ils se trouvèrent de se défendre contre eux. Quoi qu'il en soit, l'homme fut puni pour avoir été trop ambitieux, pour s'être engagé dans une lutte impie et inégale ; l'occasion immédiate de son châtiment fut la curiosité de la femme, et peut-être aussi son avidité, le désir de posséder un bien nouveau, qui la poussa à ouvrir le vase fatal ^ Par la faute même des hommes, le mal physique s'introduisait dans l'humanité à la suite du mal moral 3, et amenait avec lui, comme conséquence, la nécessité du travail.

On voit aussitôt par où pèche une semblable explication. L'homme n'a pas été le principal coupable, il s'est seulement laissé entraîner par un maladroit philanthrope; et Hésiode justifie à grand'peine la cruauté de Zeus, en supposant qu'il se venge, par le refus du feu, d'une première fourberie 3. De

5* oùx àyaOT) xsxpvipiÉvov avSpa xo[iiCei) où la négation modifie, selon nous, le verbe xoti.(Ce( et non Tépithète àyaÔiQ. — Flach donne au mot iXitiç le sens d'espoir présomptueux; mais Hésiode ne saurait prétendre que ce fléau soit resté dans Fume de Pandore, car la présomption figure au nombre des défauts quUl a critiqués (v. 455 sq., etc.)- — L. Schmidt (pp. cit., t. II, p. 70 sq.) fait observer que le terme sXirt; désigne moins souvent Tespérance, au sens moderne du mot, qu'un « jeu trompeur de imagination )>; quoique Théognis (v. ii35-ii46) voie en 'EXm; la seule déesse bienveillante restée parmi les hommes, les Grecs parlent souvent de ce sentiment avec ironie ou défiance (cf. Thucydide, V, io3 ; — Eschine, III, 100; — Pindare, Ném., XI, 45 : àvai^Ti; 'EXtci'ç; — Hésiode, Tr., 498, xeveri IXtc^;, etc.). Cette remarque rend plus compréhensible le classement de ViXniz parmi les maux, mais ne précise pas le sens de ce terme dans le passage en question. — Aux textes invoqués par M. Lebègue on peut ajouter le passage où Platon dit que la prescience fut refusée aux hommes pour qu'ils ignorassent répoque de leur mort (Gorgias, p. 533 d). — Cf. encore le vers r o4 : « Le prudent Zeus les (=sles fléaux) a privés de la voix.» u Ce dernier trait,» dit M. J. Girard (Le Sentiment religieux en Grèce, p. 87), « est peut-être le plus expressif : de toutes les infirmités humaines, la pire, c'est Tignorance. » L'homme est privé à la fois des avantages et des inconvénients de la prescience; mais ces derniers paraissent l'avoir emporté aux yeux d'Hésiode.

I. C'est une punition analogue que les marins d'Ulysse ont subie pour leur curiosité (Od., X, 17-75). L'auteur de la Théogonie (v. 590-613) ignore l'existence de cette jarre ; d'après lui^ la simple apparition d'une femme sur la terre suffit à déchaîner tous les maux, en soumettant les hommes à la nécessité de travailler pour subvenir à ses besoins et à ses caprices.

a. Le mot xaxdv désigne aussi bien le mal que l'on commet et celui que l'on éprouve (cf, L: Schmidt, op, cit., t. I, p. Sa).

3. Eschyle et Platon (Protagoras, p. 3ao-3aa), en omettant cette première oCTense, font seulement de Prométhée le bienfaiteur de l'humanité, frappé en cette qualité par la jalousie que les dieux éprouvent contre tous les hommes qui s'élèvent audessus de leur condition (cf. Eschyle, Agamemnon, v. ioo8-ioi3); suivant Platon, c'est lui aussi qui, sur l'ordre de Zeus, avait créé les hommes.

plus, présenter la nécessité du travail comme un châtiment, ce n'était pas le moyen de faire aimer l'activité ; le raisonnement pouvait se retourner et fournir des arguments aux paresseux ou aux révoltés. Aussi Hésiode a-t-il cru nécessaire d'étayer ses préceptes de raisons et de faits plus probants, en ajoutant à la légende de Prométhée et de Pandore le myttie des cinq âges de l'humanité >. D'après cette seconde explication, les obligations auxquelles nous sommes soumis ne résultent pas d'un événement particulier, d'une occasion où le hasard ne peut manquer de jouer un rôle. C'est à la suite d'une évolution naturelle et lente que l'homme s'est vu contraint de souffrir et de travailler. Les premiers êtres humains, ceux de l'âge d'or, bons, aimés des dieux, éternellement jeunes, trouvaient dans « la campagne fertile une abondante nourriture dont ils jouissaient à leur gré » >; ils vivaient sans connaître les difficultés de la vie ni ses douleurs; la nature travaillait pour eux. Mais, peu à peu, les hommes furent moins bien doués : énervés peut-être par la facilité même de leur existence, ils ne cultivent ni leur volonté ni leur intelligence, et laissent se développer leurs instincts brutaux : ceux de l'âge d'argent, puis de l'âge d'airain, ne sont plus ni aussi forts ni aussi bons ; il leur faut peiner pour subvenir à leurs besoins et pour se défendre contre leurs semblables 3. Les héros du quatrième âge, quoique moralement supérieurs à leurs ancêtres, ne font pas cesser les luttes homicides : c'est surtout à la guerre qu'ils sont grands^, et la guerre est pour Hésiode le plus cruel des fléaux 5. Quant aux contemporains d'Hésiode qui leur succèdent, ils n'est pas de crime qu'ils ne commettent, et c'est pour les punir que' les dieux leur « cachent les ressources de la vie». Cet argument, tiré du spectacle que le poète avait sous les yeux et dont il nous a laissé un tableau aussi triste que vivant ^ touchait assez directement ses auditeurs pour qu'ils pussent

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