‹ Hésiode et son poème moralChapitre 47 sur 165 · LA MORALE D*HÉSIODE ÔQ · texte numérisé non relu

LA MORALE D*HÉSIODE ÔQ

y être sensibles. D autre part, Tesprit d'un penseur trouve satisfaction dans cette explication plus rationnelle que la première : depuis les origines de Thumanité, la force de Thomme a décru ; c'était une opinion généralement admise et qui se retrouve dans beaucoup de légendes mythologiques ^ La raison de cette décadence est que les mortels, d'abord en rapports quotidiens avec les divinités, ont été peu à peu abandonnés par elles; les alliances entre hommes et dieux, les apparitions sont encore fréquentes chez Homère > ; du temps d'Hésiode, les dieux ne se montraient plus sur la terre, et se' confinaient dans l'Olympe, où la Pudeur et Némésis étaient remontées les dernières 3. Par suite de cette scission, l'infériorité naturelle des hommes se faisait sentir de plus en plus ; de génération en génération, ils continuaient à s'éloigner de leur origine divine : leur faiblesse engendrait leurs souffrances, et leurs imperfections morales s'accentuaient, donnant également naissance à bien des maux. La somme de douleur répandue sur la terre s'accroissait ainsi, et avec elle la nécessité de constants efforts, parce que l'homme avait à se préserver de dangers plus nombreux, et qu'en même temps la terre, moins jeune, plus peuplée, ne pouvait plus subvenir d'ellemême aux besoins de tous ses habitants^.

Cette idée, sans être exprimée ici avec précision, semble néanmoins implicitement contenue dans tout le mythe. Dès les premiers vers de son poème, Hésiode avait affirmé plus clairement la nécessité d'une lutte pour la vie, en proclamant

I. M. Hild (Études sur les démons, j^. 96 sq.) a identifié, par une hypothèse très ingénieuse, les démons de l'âge d'argent avec les Titans, ceux de l'âge d'airain avec les Cyclopes, les Centaures et les Lapithes; dans ceux du quatrième âge, on a toujours reconnu les héros de l'épopée homérique. Le mythe des cinq âges ne serait pas alors une légende créée de toutes pièces par Hésiode ; ce serait une synthèse — très personnelle d'ailleurs — de récits populaires, qui acquièrent par leur combinaison une signification philosophique qu'ils n'avaient pas à l'origine.

a. Cependant Homère est déjà un « laudator temporis acti» : cf. /{., I, v. a6o sq.; - Od., II, V. 276, — Vin, V. 223, etc.

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