‹ Hésiode et son poème moralChapitre 48 sur 165 · Tr., y · texte numérisé non relu

Tr., y

A. Cet essai, quoique rudimentaire, d'une théorie sur l'origine du mal, dont Hésiode se sert pour expliquer la nécessité du travail, marque un progrès sensible sur la poésie homérique. Les auteurs de V Iliade et de l'OdyM^ftf acceptent, sans chercher à les justifier, les lois que les dieux ou le destin nous imposent : c'est à son gré que Zeus distribue aux hommes les biens et les maux {Od., XV, v. /i88, etc.), en les puisant d.PLn8 deux jarres analogues à celle de Pandore (IL, XXIV, v. 627 sq.).

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l'existence de cette Eris — bienfaisante d'ailleurs — que Zeus a établie aux racines de la terre et au milieu des hommes ' . S'il y a une envie mauvaise d'où naissent la haine et les procès, une jalousie u livide, médisante, qui se plaît à faire le mal » 3, il existe un autre genre de rivalité, une émulation salutaire, si puissante sur le cœur humain que le poète en fait une divinité 3: c'est elle qui nous excite au travail, et qui, à tous les degrés de l'échelle sociale, inspire à l'homme une telle ardeur que l'on voit les paresseux, sous son empire, sortir de leur t)i8iveté et aborder les plus rudes besognes, pour égaler la richesse de leurs voisins^. En effet, puisque les dieux ont limité les ressources dont l'humanité dispose, chacun de nous doit, pour subsister, les conquérir par une lutte incessante contre ses semblables; mais les expédients déloyaux, inspirés par la funeste Eris, sont peu sûrs et déplaisent à Zeus; il ne reste donc, pour réussir mieux que les autres hommes, qu'à travailler plus activement qu'eux. C'est le moyen non seulement d'éviter la faim, mais encore de parvenir à une aisance qui, pour Hésiode, est nécessaire à la dignité de la vie. Quel respect peut-on éprouver pour un indigent, sans cesse en proie à la honte qui accompagne la pauvreté^? Quelle considération peut-on avoir pour un homme réduit à tendre la main de porte en porte, à implorer la commisération des riches, c'est-à-dire à abdiquer son indépendance en se mettant à la discrétion d'autrui^P Hésiode n'est pas tendre pour les pauvres, dans lesquels il ne voit que des paresseux; car «l'homme qui craint la peine n'emplit pas son grenier » 7. Au contraire, un travailleur actif voit augmenter ses troupeaux et ses biens ; chéri de Dêmêter, il devient un objet d'envie pour ceux qui n'ont pas su l'imiter, et sa richesse même est un titre à l'estime de ses concitoyens; avoir « ses greniers bien remplis», c'est encore le meilleur moyen de mériter la considération parmi les

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