‹ Hésiode et son poème moralChapitre 64 sur 165 · I. Tr.f V · texte numérisé non relu

I. Tr.f V

<). L'origine de ces superstitions est naturellement très obscure: un vers de VOdyssie (XVIII, v. 187 : oîov lit* r,{iap aytidi irarrip àv^pcôv Te ©sûv tc) fait peutêtre allusion à une croyance analogue relative aux Jours; Hérodote (II, 8a) la croit d'origine égyptienne ; mais on ne peut dire s'il y a eu véritablement une influence de l'Egypte sur la Grèce, ou si les mêmes croyances sont nées spontanément dans chacun des deux pays. Bendor {Morum doctrinae apad Hesiodum inUia, Bonn, i84o, p. 17) croit que toutes ces pratiques énumérécs par Hésiode se sont introduites en Grèce avec le mysticisme de la Thraoe et de la Phrygic ; il cite h l'appui de son assertion deux fragments (27 et ig8 Rzach), qui font allusion au culte de Dionysos et à ses orgies; mais leur authenticité est trop douteuse pour qu'on en puisse tirer un témoignage probant.

3. Cf. les vers 5g-8a avec les nombreuses querelles des dieux de VHiade, où Zeus est souvent obligé de compter avec la mauvaise volonté d'Héra, de Poséidon ou d'Athéna.

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poète ne leur attribue que des qualités communes, très générales, comme l'amour du travail et de la justices Leur caractère et leur personnalité sont à peine déterminés: si l'on excepte le mythe de Pandore, où l'inspiration épique est manifeste, Hésiode les nomme rarement, et fait peu d'allusions à leurs attributions spéciales >. Le temps est passé où les dieux se mêlaient à la vie des hommes et conversaient fréquemment avec les héros, leurs compagnons d'armes; c'est de loin qu'ils gouvernent le monde terrestre, immobiles et impassibles dans leur palais de l'Olympe, où les yeux des mortels ne peuvent les apercevoir; leur physionomie, familière aux guerriers de l'Iliade, s'efface peu à peu du souvenir des hommes, où la sculpture pourra seule la faire revivre; et la piété d'Hésiode, son respect des lois imposées par les dieux, n'a plus rien de la reconnaissance aOectueuse qu'Ulysse témoignait à Àthéna. La séparation était si bien consommée entre la terre et le ciel, que pour remédier à leur isolement, pour se faire entendre des grandes divinités lointaines, les hommes étaient obligés d'avoir recours à des génies plus humbles, répandus en très grand nombre au milieu de nous, et qu'Hésiode désigne du terme assez vague de « démons »3. Ces êtres mystérieux, invisibles, ont pour fonction d'assister à tous nos actes, d'observer notre conduite et de récompenser, par le don de la richesse, les hommes dignes de leurs faveurs'». Ces esprits, généralement bienfaisants, sont nos ancêtres des premiers âges, ces

I. Tr.f V. 16, 4a sq., a5o, 3o3 sq., etc. ; dans ces passages, Hésiode attribue à tous les dieux en général les caractères qu'ailleurs il accorde particulièrement à Zeus.

a. Tr,, 3oo, 465 sq. (Déméter), 667 (Poséidon). Môme alors, à leur nom se joint celui de Zeus, qui résume aux yeux d*Hésiode Tidée de la divinité. Sans doute, les autres dieux lui sont inférieurs par leur rang^ et non par leur nature; cela suffit à empêcher tout rapprochement entre Zeus — dont Tavènement est du reste assez récent — et le dieu étemel des religions monothéistes. Il faut se garder, au v. ySG (liT).- liwpLeuetv àiSiriXa- biàç toi xai toi ve(ie<raa), de traduire ôc^; par Dieu; il s'agit du dieu auquel est adressé le sacrifice en question ou dont on célèbre les mystères. Mais il est certain que la théologie hésiodique fait un grand pas vers l'unité ; dans les passages cités précédemment '(n. i), Taclion des dieux est présentée comme collective ; toutes les divinités personnifient les mêmes principes moraux, Hésiode ne les montre plus, comme les poèmes homériques, spécialisées chacune dans une fonction particulière.

3. AatjiovE;, v. laa (et v. 3i4). Cf. Plutarque, De defectu oraealorum, X, p. 4i5 b : «*H9fodo;... izptûxoç e^OYjxe tûv Xoyix&v Tidrffapa yêvY], 6sov;, etra SaffiovaçnoXXoù; xàyaOoù;, eUa r^ptùon, eUa àvOpcoTcov;. »

4. Tr.^ V. ia3-ia6, a5a-a55(dont ia4-ia5 = a54-a55, ctdont ia4 nous parait suspect).

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mortels qui ont vécu avec les dieux, et qui sont auprès d'eux nos porte-parole naturels. Chacun d'eux a pour tâche de faire respecter une vertu, qu'il symbolise : ce sont la Justice, la Pudeur, le Serment, l'Émulation et la Renommée, « qui est aussi de race divine'. » Ces protecteurs, ces conseillers des hommes ne jouissent pas de la même puissance que les dieux, mais leur influence occulte s'exerce constamment sur nous : c'est leur voix que nous percevons au fond de notre conscience, lorsque, prêts à nous laisser entraîner sur la pente facile du vice, nous sentons un instinct nous avertir et nous ramener au bien. Les sages suivent fidèlement ces avis secrets; c'est en se conformant toujours aux inspirations d'un démon que plus tard Socrate devait se diriger et guider ses disciples avec une sûreté infaillible ». Seuls, les insensés entendent cette voix et ne l'écoutent pas; ils ignorent que si les démons ne châtient pas eux-mêmes, Zeus accueille leurs plaintes, et les venge de ceux qui les ont méconnus^.

Cette croyance à des génies familiers, dont le rôle spécial est de nous maintenir dans le droit chemin, ne pouvait manquer d'obtenir beaucoup de crédit auprès des petits et des faibles; les pauvres laboureurs d'Ascra trouvaient à coup sûr plus de consolation à se croire surveillés et aidés par eux dans leur labeur qu'à invoquer les dieux de l'Olympe, rendus par l'éloîgnement indifTérents à leur sort. Peut-être une dévotion superstitieuse leur faisait-elle voir, dans un mouvement ou un bruit inexpliqué, la présence angoissante ou rassurante d'un démon ^. Il semble cependant qu'Hésiode les ait considérés comme des forces incorporelles, n'exerçant sur les hommes qu'une action morale; nulle part il ne fait allusion à un culte des démons; à part l'accomplissement du devoir, ils n'exigent rien de nous, pas même les témoignages matériels du respect que tous les peuples accordent aux ancêtres;

I. AîxTQ, V. aao sq., aSô-aCa; — AlSw;, v. aoo, 317-319, Bail; — "Opxo;, v. aig, 806; — "Epi;, V. 11-34, a8; — *t^My v* 760-76'! (9eo; vj tî; eori xoi ayn^).

a. Cf. Plutarque, De Gen. Socr, (p. 675-598); — Cicéron, De Divin » I, 54, etc.

3. Tr., V. 260 : (Ajxt)) yrip-JEt' àvOpcaittdv àSîxtov voov, ô'çp' àitoxhri (Zs-j;).

4. Cf. V. ia5 = i55: 'Hépa l<T(Tdt{jLevoi, Tcàvtrj çottôvre; ètt' aîav . Au double sentiment de terreur physique et de vénération niorale correspondent les deux sens du mot post-classique $£t9i$ai(xovîa = respect religieux ou crainte superstitieuse.

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ces abstractions divinisées n'ont rien gardé de leur ancienne personnalité humaine.

Le culte des morts^ si important chez Homère', tient d'ailleurs peu de place dans la religion d'Hésiode : il affirme, en termes vagues, qu'il faut les « honorer » », et recommande de respecter leurs tombes 3. Mais on ne sait même pas s'il accordait à tous ]es hommes une âme immortelle, croyance que la poésie homérique parait bien avoir admise^. L'immortalité est une récompense que les démons de Tâge d'or ont méritée par leurs vertus; les impies et les guerriers brutaux des âges suivants ne sont pas non plus anéantis par la mort, mais ils sont relégués dans le domaine de Hadès, et privés de « l'éclatante lumière du soleil » s. Les héros du quatrième âge, « meilleurs et plus justes, » ne descendent pas tous dans les Enfers, ce que le poète parait toujours considérer comme un châtiment; ainsi que les premiers hommes, c'est sur la terre que ceux qui ont échappé aux guerres meurtrières survivent à la mort; mais ils ne séjournent point au milieu de nous; c'est aux extrémités du monde qu'ils demeurent, dans les Iles des Bienheureux, où la terre, « trois fois par an couverte de fruits délicieux,» leur off're, par sa fécondité merveilleuse, le seul bonheur que rêvait Hésiode <5. Quant aux hommes du

I. Iliade, ch. \\\U\— Odyssée, ch. XI, etc. — Cf. Rohde, Psyché (Freiburg und Leipzig, 1896), p. i4 sq.

a. TifJLin, V. i43.

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