Tr., V. 75o-75a ; cf. v. 735 sq
4. Voir en particulier Iliade, 111, v. 378 sq., — XXIII, v. io3 sq.el 179; — Odyssée, X, V. A93, — XI, passim, etc. Cf. Rohde, op. cit., p. ioo-io3.
5. Tr., V. i4o-i43, i53-i55 (Xa{i.Tcpbv 6* ^titov çio; tjsX^oio). Les hommes de l'âge d'argent obtinrent toutefois sous la terre le titre de «bienheureux» ((laxape;, v. i4i) ; ce ne sont pas des criminels comme ceux de l'âge d'airain, mais plutôt des « révoltés rentrés en grâce:) (Hild, Élude sur Us démons, p. 96); si nous admettons l'hypothèse de M. Hild, qui les identifie avec les Titans de la Théogonie, c'est à leur époque que nous devons placer Prométhée et Épiméthée.
C. Tr., V. 167-173. Sur les Iles des Bienheureux, cf. Odyssée, IV, v. 56i-569, et le scolie d'Harmodios et d'Aristogiton (Athénée, XV, p. 698 b), v. 5-8 (=scol. 8 Grusius). LArrôt marqué par le quatrième âge dans la décadence de l'humanité a étonné certains critiques, notamment KirchhofT (loc. cil.), qui propose de supprimer les vers 156-173, et de remplacer, au vers 174, irsjjLTCToiai par xeTpàToiai. Mais, pour ne pas choquer une opinion universellement admise, Hésiode était obligé de concilier sa théorie d'une évolution de la race humaine avec la tradition qui faisait des héros, notamment de ceux qui s'étaient illustrés sous les murs de Thèbes et de Troie (v. i6a-i65), les ancêtres immédiats de ses contemporains. Loin d'ôlre inconséquent, Hésiode fait preuve ici d'un certain sens historique. — Suivant Rohde (op.eil., p. 89),
cinquième âge, Hésiode ne nous dit pas quelle doit être leur destinée après leur mort; pour ceux qui sont encore vivants, Tauteur ne croit peut-être pas que leur sort soit irrévocablement fixé par un arrêt de Zeus > ; en tout cas, la solution de cette question n'eût pas été à sa place dans un récit qui se borne à résumer l'histoire de l'humanité >. L'immortalité est par elle-même une récompense; mais nous avons vu qu'elle comporte plusieurs degrés : le poète a-t-il conçu pour les méchants de Tâge de fer un Hadès plus redoutable encore que la demeure glacée où sont confinés les géants de l'âge d'airain, ou pense-t-il que leur punition consiste en un complet anéantissement? C'est ce qu'il ne permet pas de deviner; remarquons seulement que le Tartare, les Champs-Elysées, l'Érèbe lui sont absolument inconnus 3, et qu'il n'annonce aux hommes que des sanctions terrestres ; c'est uniquement dans cette vie qu'il prédit le bonheur aux laborieux et aux justes, le malheur aux violents et aux paresseux^.
Quoi qu'il en soit, les hommes reçoivent toujours des dieux le traitement qu'ils ont mérité, car les dieux ne tiennent pas le monde assujetti sous le despotisme de leur bon plaisir; ils
si Hésiode a fait une mention particulière des héros qui séjournent dans les Iles des Bienheureux, ce ne serait pas pour leur valeur morale supérieure à celle des siècles précédents, — puisqu'ils s*entre-tuent comme les hommes de Tftge d'airain ; ce qui l'aurait spécialement intéressé dans cette légende, ce serait leur destinée différente de celle des autres ancêtres, la manière dont ils quittent la vie humaine sans mourir, c'est-à-dire sans que leurs âmes se séparent de leurs corps. Le problème serait alors plutôt métaphysique que proprement moral.
1. Le mot Y^vo; (v. 109, lai, 127, i4o, i63, i56, 176), que l'on traduit ordinairement par âge, signifie exactement génération, et se trouve déjà dans ce sens chez Homère (Od., III, v. a45 : yéve' àvSpcbv, etc.); le sens de race est postérieur (cf. Hérodote, I, 56: To Afidptxbv yfvo;, etc.); Vâge de fer désigne donc pour Hésiode la génération dont il fait partie.
a. Paley croit que l'âge de fer doit être subdivisé en deux périodes successives : la cinquième, comprenant les contemporains d'Hésiode (v. 1 74-181), et la sixième, celle des hommes do l'avenir (v. i8a-30i); il y aurait une lacune entre ces deux passages. Mais si Hésiode croyait à un avenir pire encore que le présent, il ne dirait pas (v. 17/1-175): ...ù'çeiXov ...eTTEtxa yevéaOai. D'ailleurs cette hypothèse, fût-elle fondée, n'infirmerait en rien notre raisonnement.
3. Nous ne parlons, bien entendu, que de l'auteur des Travaux; celui de 1a Théogonie cite fréquemment l'Érèbe, le Tartare, le Styx, qui sont chez lui tantôt des noms de divinités (v. ia3, ia5, 36i, 383 sq , 77G, 8aa, etc.), tantôt des termes géographiques (y. Si 5, 683, 7a5, 8o5, etc.). Hésiode ne nomme qu'en passant (v. 8o3), et sans insister sur leurs attributions, les Érinnyes, déjà bien connues d'Homère (H., IX, V. t^hl^f — XV, v. 9o4f etc.), qui leur assigne la fonction de châtier les parjures après leur mort (/<., 111, v. 378 sq.).
A. Tr., v. 935-aG4, 398-319.
LA MORALE d'hÉSIODE 79
gouvernent d'après des règles absolues, infaillibles, éternelles, dont Fautoritc est supérieure même à celle de Zeus, et qui leur sont imposées par le Destin. Il est dans la nature des lois qu'aucune volonté humaine ou divine ne peut enfreindre: la mort, par exemple, est un mal inévitable, auquel Zeus ne peut même pas soustraire ses propres enfants >; ni la vertu ni la force n'en ont préservé les hommes pieux et justes de l'âge d or ou les guerriers de l'âge d'airain ». Ces nécessités naturelles ou logiques, qui limitent le libre arbitre des dieux, fournissent à leurs actes une justification qui les met à l'abri de toute critique; c'est pour obéir au Destin que les dieux nous soumettent à de cruelles épreuves, il n'est pas en leur pouvoir de détruire le mal sur la terre; nous avons vu qu'il y était né par la faute des hommes; cette faute une fois commise, il était contraire aux lois immuables de la justice qu'elle ne fût pas réprimée 3. Cependant le Destin n'est pas la négation de la puissance divine, pas plus que l'obligation morale ne supprime la liberté humaine^. Ce n'est pas un déterminisme contre lequel tout effort reste vain; en ce cas, Hésiode n'eût pas admis l'efiBcacité des prières, que l'Iliade avait déjà divinisées^. Jamais il n'aurait dit à un suppliant, comme le Prêtre de Nemi : u Garde tes offrandes... Oses*tu croire que la Divinité dérange l'ordre de la nature pour des cadeaux comme ceux que tu peux lui faire <^? » Le destin n'est d'ailleurs pas chez Hésiode une divinité spéciale 7; c'est une
1. Cf. Iliade, XV, v. 67,— XVI, v. 43 1-457. Pour Homère, la nécessité de la mori est la principale forme de la Destinée; outre les paroles de Héra au sujet deSarpédon (/!., XVI, V. 44i sq.), cf. //., V, V. 6i3, — XX, v. 137, — XXIV, v. 309; — Od., VII, V. 197, etc., où le Destin semble se confondre avec la Parque.
a. Tr., V. 1 16, i54. Cf. J. Girard, Le Sentiment religieux en Grhee, p. 86 : « L'homme se sent de tous côtés arrêté par des limites : limite de la vie, limite des biens, limite do l'intelligence; le principe constitutif de sa condition, c'est l'entrave. »
3. Cf. Odyssée, I, v. 3a-34 : « Comme les mortels accusent les dieux (dit Zeus) ! Ils prétendent que leurs maux viennent de nous, et c'est par leur propre folie qu'ils se font souffrir. »
4. Il est des cas où la puissance des dieux est supérieure aux lois physiques (cf. V. 483, 665-668, etc.). Chez Homère aussi, les dieux soulèvent et apaisent à leur gré les tempêtes.
5. Iliade, IX, v. 5oa-5i3. Dans de très nombreux passages (VI, v. 476-481, — VII, V. 179 sq., aoo,etc.), on voit les guerriers supplier les dieux de leur accorder la victoire.