‹ Hésiode et son poème moralChapitre 66 sur 165 · Renan, Le Prêtre de Nemi, acte II, se. IV · texte numérisé non relu

Renan, Le Prêtre de Nemi, acte II, se. IV

7. Le mot [LoXpoL n'est employé chez lui qu'au sens de présage (v. 745) ou de juste répartition (v. 765), et le mot aïaa au sens départ (v. 678); il ignore le mot vâyyi.

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obligation tout abstraite qui règle la conduite des hommes et des dieux. Cette idée, loin d'annihiler la liberté, en implique au contraire Texistence. Hésiode se garde bien d'un fatalisme qui réduirait à néant toute sa théorie morale et n'aboutirait qu'à une révolte stérile ou à une résignation découragée. L'homme a le choix entre le bien et le mab, il est responsable de tous ses actes; s'il est malheureux, c'est lui-même qui, par sa mauvaise conduite, a provoqué ce châtiment; l'indigence, par exemple, n'est que la conséquence de la paresse; mais c'en est le résultat logique, inévitable : il est interdit par le destin que le coupable échappe à la peine. Cette loi, tout inflexible qu'elle est, n'est donc pas l'adversaire, mais l'auxiliaire de la morale; la reconnaître, ce n'est pas renoncer à la lutte pour la vie, c'est seulement se tenir en garde contre les espoirs insensés et les dérèglements de l'ambition, qui conduisirent à leur perte les complices de Prométhée ; c'est un guide sûr, qui nous ordonne d'accepter sans nous plaindre ce que nous ne pouvons éviter, de conformer nos actions aux exigences de la nature ou de notre condition humaine, en un mot de nous plier aux nécessités des circonstances extérieures, mais non de nous y abandonner et d'en laisser agir le cours inconscient à la place de notre volonté.

Possédant les moyens d'arriver honnêtement à l'aisance avec l'appui des dieux, en règle avec le ciel et avec sa conscience, l'homme est encore soumis à une dernière obligation : il ne doit pas oublier qu'il est entouré d'êtres égaux et semblables à lui, dont le sort est souvent lié au sien, que l'isolement ou l'indifférence à leur égard serait à la fois matériellement impossible et moralement condamnable. Ces devoirs envers les autres hommes se résument à peu près, pour Hésiode, à savoir vivre en bonne intelligence avec eux. Il ne

1. Tr.f y. aSysq. : Ttiv jjtsv toi xaxÔTYjta jca\ tXaSbv eortiv èXéaOai

LA MOKALE d'hÉSIODE 8i

faut pas s'attendre à voir un Ascréen du vni" siècle énoncer la moindre théorie sociale, si rudimentaire soit-elle; la légitimité de la propriété individuelle et de l'héritage, sur laquelle sa morale est fondée, lui semblait incontestable. Quant aux injures qu'il prodigue aux rois « mangeurs de présents )>, elles sont trop manifestement l'effet d'une inimitié personnelle pour qu'on y puisse voir la critique d'un régime ; tout au plus peut-on supposer qu'Hésiode n'aimait pas la richesse excessive; souvent, en effet, les riches manquent de la mesure que l'homme de bien doit observer: «ils ne savent pas, les insensés, quelle fortune contiennent la mauve et l'asphodèle'. » Ces graves questions, depuis tant débattues, inquiétaient peu notre paysan, toujours soucieux d'un intérêt personnel et immédiat; aussi se borne -t- il à indiquer, par des préceptes et des exemples abondants, comment on peut entretenir avantageusement des relations cordiales avec les gens que l'on fréquente : c'est ainsi que l'on se ménage à la fois une bonne réputation et d'heureux succès en affaires. Là, comme en toutes circonstances, certaines qualités très générales sont requises : la franchise % la prévoyance, la modération, la discrétion^. Mais les points où il faut apporter le plus d^altention et de discernement, c'est le choix des amis, c'est la conduite à tenir vis-à-vis de nos hôtes et de nos voisins. L'amitié est une ressource précieuse dans la vie, mais elle ne doit pas être prodiguée : ne nous créons que des liaisons durables, et pour cela ne nous lions pas trop vite^; mais une fois engagés, soyons fidèles à nos amis, gardons-nous de les tromper, de les offenser, de les exploiter ^ ; avec nos voisins surtout, il importe de rester en bons termes : plus prompts à nous aider, quand ils sont complaisants, que nos parents eux-mêmes, ils peuvent plus aisément que d'autres nous faire du tort : « Ton bœuf ne mourraitpas,» dit Hésiode, «si tu n'avais un mauvais voisin*^. »

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