‹ Hésiode et son poème moralChapitre 67 sur 165 · Tr., V. 3&9-35i, 870, elc · texte numérisé non relu

Tr., V. 3&9-35i, 870, elc

8a HESIODE

L'esprit pratique du Béotien ne se dément pas; ses sentiments, pour être sincères, n'en sont pas moins intéressés; constamment on voit s'y mêler des préoccupations non seulement matérielles, mais pécuniaires. Mal agir envers un ami, ce serait s'exposer à des représailles légitimes, recommandées même par Hésiode'. L'amitié est surtout un échange de bons procédés : réservons notre sympathie et nos bienfaits pour qui saura nous les rendre ; si l'on peut accepter un service, on ne doit pas l'extorquer 3. La plus scrupuleuse probité doit, par conséquent^ présider a ces relations, car les calculs d'Hésiode n'ont rien d'étroit ; il ne s'agit pas de s'enrichir aux dépens du prochain, mais de s'entr'aider dans la mesure du possible, et de « rendre, si on le peut, plus qu'on n'a emprunté > 3; c'est précisément dans l'attente de cette assistance muluelle qu'il faut savoir à l'occasion montrer un habile désintéressement. Il faut être économe sans mesquinerie, et u ménager le tonneau lorsqu'il est à la moitié, tout en y puisant largement lorsqu'on l'entame ou qu'on l'achève » ; on doit être capable, pour soi comme pour autrui, de dépenser à propos et sans regrets^.

La précision et la sûreté de ces conseils prouvent qu'Hésiode avait une profonde expérience de l'âme humaine. Cette connaissance est indispensable dans le commerce journalier des hommes : il faut savoir distinguer qui nous aime et qui nous hait, pour attirer les uns, écarter les autres, et ne pas commettre d'imprudence dans le choix de nos relations. Celui-là seul qui possède cette science peut se tenir en garde contre certains périls qui nous entourent, comme l'aiguillon de l'envie ou la toute-puissance de la renommée 5. L'esprit observateur et judicieux d'Hésiode en a même tiré des enseignements d'une utilité encore plus immédiate : il faut avoir soigneusement étudié le caractère des hommes pour déterminer

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