‹ Hésiode et son poème moralChapitre 72 sur 165 · Tr., v. 737-739, 74a sq · texte numérisé non relu

Tr., v. 737-739, 74a sq

4. Tr,, v. 734 sq., 740 sq., 767 sq. Plutarque déclarait ces derniers vers apocryphes « w; eùxfiX-f) xa\ àvdtÇia icaiSeuTixf,;* Moycr/jÇ » ; argument réfuté par Proclos dans son commentaire.

Malgré cette immixtion constante de la religion dans toutes les circonstances de la vie humaine, le principe de la morale hésiodique est purement utilitaire. L'honnête homme est avant tout rhomme laborieux : le paresseux qui ne travaille pas de ses mains à la culture de son champ n'est pas moins condamnable qu'un malfaiteur : se voler soi-même, c'est une action aussi mauvaise que de voler autrui. Le premier devoir d'un homme est d'entretenir et d'augmenter son patrimoine. D'autres qualités sont nécessaires sans doute ; mais elles sont, pour ainsi dire, subordonnées à cette vertu fondamentale, elles ont surtout pour effet d'en faciliter Texercice, de lui donner toute sa valeur; en nous aidant à tirer de notre activité le plus grand bénéfice possible, elles nous enseignent à ne pas compromettre les résultats de nos efforts, à ne pas risquer d'avoir peiné ou souffert en pure perte. L*homme juste est celui qui sait vivre sans s'exposer à un châtiment, ou à des inimitiés dont les conséquences pratiques peuvent être tout aussi funestes. L'homme pieux est celui qui rend exactement aux dieux les honneurs qui leur sont dus, pour mériter leur protection. L'équité, la piété, une honnêteté scrupuleuse sont avant tout des conditions de succès dans l'existence : transgresser les obligations qu'elles imposent, c'est se faire mal voir des dieux et des hommes, c'est commettre une faute qui ne peut manquer de retomber sur son auteur; car c'est une spéculation maladroite que de sacrifier l'avenir à un profit momentané. 11 faut être vertueux, comme il faut être savant et avisé, pour s'assurer toutes les chances possibles dans le combat incessant contre l'adversité <.

Nous voilà bien loin des guerriers de VIliade, dont la morale héroïque est fondée uniquement sur la bravoure. Une qualité pour eux contient en germe toutes les autres : c'est l'audace et la fermeté sur le champ de bataille, qui seule peut donner la

1. C*est le sens des trois derniers vers du poème, cités et analysés p. 48.

LA MOAALE D*HÉS10DE 87

victoire. Hésiode traite les gens qu'il méprise d*étres « oisifs et inutiles », tandis que Tépithète la plus injurieuse, adressée par Ulysse aux fuyards ou par Hector à Tindolent Paris, était celle de « lâche »>. Certes, on ne peut reprocher la moindre pusillanimité au travailleur qu'Hésiode représente; sans relâche, il lutte contre la terre inféconde, en butte à des fatigues et à des douleurs qui ne cesseront qu'à sa mort; et pourtant, si Ton cherchait à le détourner de sa tâche, il répondrait comme Diomède : « Ne me parle pas de fuir, tu ne saurais me persuader 3. » En poursuivant sans défaillance cette ingrate mission, il fait preuve d'un courage pacifique, aussi admirable . que le courage guerrier, mais moins éclatant, fait surtout de patience et d'opiniâtreté. Grecs et Troyens se vantent de n'avoir jamais forfait à l'honneur, abandonné un ami ou trahi par leur faiblesse la confiance de leurs compagnons :• Hector résiste aux instances d'Andromaque, affronte tous les périls, marche enfin à une mort certaine, pour ne pas encourir le reproche d'avoir mal défendu la cause de sa patrie ou de n'avoir pas secouru ses alliés^. L'honnêteté d'Hésiode est moins chevaleresque : elle consiste à payer exactement ses dettes, à rendre service pour service, à traiter n'importe quelle affaire avec une parfaite probité^. Il fait peu de cas de la gloire, à laquelle les rois conquérants sacrifient leur repos et souvent leur vie; la mort elle-même n'est pas un mal pour eux, si leur fin doit transmettre leur nom à la postérité : c'est une consolation de mourir après avoir, comme Hector, «accompli de grandes choses que nos descendants apprendront^. » Hantés par ce désir, ils se soumettent gaiement à une courte existence d'épreuves sanglantes et d'expéditions aventureuses. Cependant

I. Kax6;, avaXxic, àirc6Xe(io< : Iliade, II, v. 190, aoi ; — cf. III, v. 38-67. 9. IL, V, V. aSa : Miqxi fdSovS* ày^peu*, ènei oûSê ae netvéïJLev o!tt>.

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