‹ Hésiode et son poème moralChapitre 73 sur 165 · IL, VI, V. 44i sq., - XVH, v. i^a sq.,— XXII, v. 99 sq · texte numérisé non relu

IL, VI, V. 44i sq., - XVH, v. i^a sq.,— XXII, v. 99 sq

4. L'honnêteté des guerriers d'Homère est souvent moins scrupuleuse: le vol & main armée, contre lequel Hésiode s'élève avec énergie {Tr., v. 33o, 356), leur est chose familière; ce qui, chez un particulier, est considéré comme un crime devient, pour un roi, une conquête légitimée par les lois de la guerre.

5. /(., XXII, V. 3o5 ; cf. v. 108-110. Achille exprime plusieurs fois des sentiments analogues {IL, I, v. 35a sq., — XVIII, v. 90 sq.); c'est seulement après sa mort qu'il trouve une existence longue et obscure préférable à sa vie courte et glorieuse (cf. Od,, XI, V. 488 sq.).

au pied de sa montagne, dans le calme de la paix et de l'obscurité, le paysan d'Ascra n'acquiert, à force de sagesse et d'habileté, d'autre gloire et d'autre bonheur qu'une réputation sans tache, un bien-être à l'abri des coups de la fortune; le seul adoucissement qui finisse par couronner ses efforts quotidiens, c'est une aisance assurée, « qu'accompagnent la confiance et la considération'.»

Cette conception de la vertu et du bonheur a pour conséquence fatale un isolement qui rend le labeur encore plus pénible. Nous avons vu que le travail par excellence, le seul qui pût donner la richesse et l'honorabilité, c'était l'agriculture >; l'homme sage et heureux est, aux yeux d'Hésiode, le laboureur qui s'adonne à sa tâche avec une ardeur constante. Or, à la campagne, chacun travaille pour soi : les voisins, les hôtes, les amis, habitués à échanger entre eux des services et des invitations, s'entr^aident à l'occasion, par un sentiment de solidarité naturel à tous ceux qui supportent les mêmes souffrances; mais si Hésiode trouve dans ses compagnons de peine d'utiles collaborateurs, il n'a guère avec eux que des relations d'affaires : ce sont des considérations matérielles qui créent et entretiennent ici le lien social^. Le commerce des hommes offre bien parfois à nos fatigues une diversion salutaire^; mais parmi les paysans, chacun a toujours sa besogne personnelle et ses intérêts particuliers. Les guerriers se sentent les artisans d'une même œuvre ; dans la multitude de combats singuliers dont se compose une mêlée héroïque, ils se rappellent qu'ils concourent tous à une seule tâche, et sont soutenus par cette pensée réconfortante; une véritable fraternité s'établit entre les hommes de tout rang qui ont affronté les mêmes dangers, parce que chacun ne

I. Tr.,y. 3i3, 3 19. Remarquons qu'Ulysse, parent des héros de VHiade par sa bravoure et son amour de la gloire, fait déjà preuve de qualités moins héroïques vantées par Hésiode, la prudence et l'habileté pratique; VOdyssée est, à cet égard, à mi-chemin entre Vlliade et les Travaux,

a. Cf. notamment v. 21-23 :

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