Tr., V. 34î-3Co, notamment Siig sq
A. 'fr., v. 722 sq., etc.
LA MORALE d'hÉSIODE Sq
peut y échapper qu'en travaillant au salut de tous*. Pour Hésiode, au contraire, le secours d'autrui ne doit jamais être considéré comme indispensable : il montre précisément comment un laboureur habile doit se passer de tout concours, et ne risque pas de se voir refuser un appui sur lequel il aurait trop compté. Le seul être auquel sa destinée Tunisse par des rapports constants et des liens indissolubles, c'est le sol qu'il cultive; son champ est vraiment un compagnon, qu'il ne peut abandonner, dont il doit connaître la nature, les exigences, je dirais presque le caractère et le tempérament. Car sa vie dépend des soins qu'il lui donne, et qui varient sans cesse : il faut savoir à quel moment on doit remuer la terre sèche, la terre humide, quels changements peut apporter dans la fertilité d'un terrain une pluie intempestives Labourer, semer, moissonner, c'est la vie entière d'un travailleur^. Mais ce labeur, qui absorbe ses journées, épuise ses forces : sans cesse courbé vers ce sol qu'il féconde, bravant les rayons du soleil et le souffle de Borée, à peine prend-il entre deux travaux le temps de « reposer ses genoux », puisqu'il « n'abandonne une besogne que pour une autre besogne » ^. Son attachement à la terre est fondé sur des raisons toutes morales : car elle n'est pas seulement un despote qui tient le paysan écrasé sous son impérieuse domination; les soins qu'il lui prodigue portent en eux-mêmes leur récompense. Le sort que se crée le mauvais laboureur est terrible : réduit à mendier de maison en maison, portant dans un panier sa chétive récolte, les membres amaigris par les privations et tuméfiés par la fatigue, il subit le châtiment qu'il s'est lui-même infligé^. Au contraire, l'homme de bien, c'est-à-dire l'homme actif, reçoit comme prix de sa vertu l'abondance de ses moissons. L'imprévu, les hasards que doit toujours appréhender un guerrier ou un navigateur, tiennent en agriculture une place bien moindre;