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a. Tr., V, 174 sq. :
Mrjx^T* tirtix' (uçeiXov i*{iù ic£(iir:oi(n (leteivat otvSpdcaiv, xt>.
3. Cf. llild, Le Pessimisme religieux chez Homère et Hésiode {JRevue de V Histoire des religions, t. XIV, 1886, p. 166-188, — XV, 1887, p. aa-45, - XVU, 1888, p. ia9-i68).
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sont d'une grande sévérité, et que les boutades où son mécontentement s'exhale trahissent parfois un profond décourage* ment : le triomphe constant du mal semble par moments lui faire croire à l'inutilité de la résistance. Mais c'est là un pessimisme assez superficiel ; il donne à la voix du poète une tristesse, plus souvent irritée que résignée, et n'atteint pas le fond de son caractère : Hésiode est trop actif et trop courageux pour que son énergie ne finisse pas par reprendre le dessus et ramener en lui l'espoir d'une amélioration dans la condition de l'humanité ; ce n'est pas être pessimiste que de reconnaître l'existence du mal, et de chercher à déterminer les causes qui l'ont introduit sur la terre : car c'est le seul moyen d'y remédier. Il faut savoir exactement quelles épreuves les dieux nous imposent et pourquoi ils nous y ont soumis, si nous voulons bien comprendre ce qu'ils exigent de nous. En tout cas, si une doctrine pessimiste est celle qui fait de la mort le premier biens -cette définition ne peut convenir à la philosophie d'Hésiode ; comme tous les Grecs, il aime la lumière du jour, et trouve souhaitable de la voir longtemps ^ Enfin, l'on ne saurait ranger au nombre des pessimistes un auteur qui croit à la bonté originelle de l'humanité, à l'équité des dieux, au triomphe définitif de la justice. Sans doute Hésiode a dit beaucoup de mal de ses semblables ; en dehors même de la description du cinquième âge, son insistance prouve qu'il était grand besoin de prêcher l'honnêteté et la vertu ^. Mais toutes ces réflexions, tous ces conseils ne semblent pas avoir dans sa bouche une portée universelle : Hésiode pense toujours au spectacle qu'il a sous les yeux, et la conduite des hommes qui l'entourent est loin de le satisfaire. Souvent grondeur, parfois bourru, on ne saurait dire cependant qu'il soit misanthrope; il n'englobe pas toute l'humanité dans son mépris pour ses ennemis et ceux qui les imitent; mais il est naturel qu'à ces gens faibles et lâches, dépourvus de scrupules, il ait rarement trouvé l'occasion d'adresser des éloges ou des paroles
I. Cest la définition admise par M. Hild (3* article, p. lag), d'après Schopenhauar. 3. Tr., ¥.378 : Yopaib; Se Oàvoi;. Cf., aux vers i53-i55, les expressions suivantes: 26(iov xpucpoO 'Aiôao, Oavatoç... tîXe jJiiXa;, Xapiirpbv Ô' ?Xiirov çdtoç TjeXfoio. 3. Cf. notamment v. ai3-334, 338 sq., 3o3 sq., 337 sq.
affectueuses, et que les sentiments n'aient guère eu de part à l'intérêt que le moraliste leur témoignait.
Uniquement préoccupé de chercher dans ce désarroi moral un nouveau fondement à la vertu, Hésiode ne pouvait attacher une grande importance à l'organisation politique ou sociale de son pays. La haine de la guerre devait fatalement affaiblir son patriotisme; c'est à peine s'il distingue ses concitoyens des étrangers, avec lesquels les Grecs ne se laissaient déjà plus confondre'. Il n'a même pas l'amour de la petite patrie, si vif au cœur des héros d'Homère, où le développait surtout Téloignement'; Ascra, a ce bourg misérable, odieux en hiver, pénible en été, » où Hésiode a tant souffert, est loin d'être doux à sa pensée comme l'est pour Ulysse le souvenir d'Ithaque, berceau de sa famille, où l'attendent tous ceux qu'il aime. A plus forte raison, la forme du gouvernement est-elle indifférente à Hésiode : dans une agglomération peu considérable, comme le petit village qu'il habitait, la rivalité des partis ne saurait donner lieu aux luttes passionnées qui pendant deux siècles ont fait toute la vie d'Athènes, pour causer enfin sa ruine. Ascra faisait partie de la cité de Thespies ; la ville était éloignée de quarante stades, distance considérable dans un pays de montagnes. D'ailleurs, quel intérêt pouvait présenter l'élection des rois, dans laquelle se résumait toute la vie publique de ce siècle ? On leur demandait seulement d'être de bons chefs, c'est-à-dire surtout de bons juges 3. Leur autorité civile était trop faible pour donner lieu à aucune révolution : ils gouvernaient^ sans aucune constitution, le peuple qui leur conférait un pouvoir mal défini. Ce régime patriarcal, parfaitement compatible avec les mœurs de l'époque homérique, ne
I . Le mot papêapâfoivot est déjà appliqué aux Cariens dans VIliade (II, v. 867). Hésiode ne fait qu'une allusion très vaguo à la différence qui pouvait exister entre les citoyens d'un pays et les étrangers (v. a a 5 : 01 Se 6ixac Ç e i v 1 a t x a\ i v S iq (ji 1 a i fitSoûffiv, xtX.)
a. Voir notamment Orf., I, v. 58, — IX, v. 34 sq., — X, v. 47a sq., — XIII, v. a5o et 35a sq., etc.
3. De même qu'Hésiode se plaint des rois qui se sont laissé acheter par Perses, Démosthène {Mid., 11 a) flétrit les archontes qui font preuve à l'égard des riches d'une coupable indulgence. Il suffit de comparer ces deux passages, exprimant la môme idée, pour constater la différence qui existe entre les considérations purement morales du poète béotien et le point de vue politique où se place l'orateur d'Athènes.
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suffisait plus dans V « âge de fer » à garantir Tordre et la sécurité!. C'est en vain qu'Hésiode cherche à restaurer, par le travail agricole, la pureté des anciens temps; c'est d'une organisation plus rigoureuse que la société grecque commençait à éprouver le désir et le besoin; elle traversait alors la crise qui fit succéder à l'âge héroïque, où l'instinct seul guidait l'humanité, celui de la cité régie par la toutepuissance de la loi.
Pour ces diverses raisons, non seulement la morale d'Hésiode ne sort pas des limites de la vie privée, mais elle présente un caractère absolument individualiste. Elle règle la conduite de chaque homme vis-à-vis du monde extérieur, c'estrà-dire surtout des choses, et plus rarement des gens; dans ce cas même, c'est vers un but immédiat et particulier que tend la coopération entre plusieurs individus ; chacun d'eux ne perd jamais de vue son intérêt personnel, soit en invoquant l'appui de ses compagnons, soit en leur portant secours. Hésiode engage bien les cultivateurs à se prêter une aide mutuelle dans leur existence précaire. Mais ses efforts ne tendent jamais, en fin de compte, qu'à augmenter son bien-être ou celui des siens. H est trop continuellement courbé vers le sol pour pouvoir embrasser d'un seul regard l'univers entier, pour sentir que l'humanité est un tout dont les diverses parties sont solidaires, que la combinaison de tous ces éléments est nécessaire au progrès, à la conservation même de notre espèce, que chaque homme enfin n'est qu'un des innombrables ouvriers d'une œuvre collective. Quelle est cette œuvre à laquelle nous contribuons tous? Vers quelle fin nous pousse notre destinée? Ce sont des questions qu'Hésiode ne pouvait songer à se poser. Â cette époque où la lutte pour la vie absorbait toutes les forces humaines, les préoccupations matérielles ne laissaient pas à la pensée ou à l'activité d'un paysan le loisir de se répandre sur le monde, ne lui permettaient pas de regarder bien loin au delà et en dehors de lui. H s'ensuit nécessairement que la morale d'Hésiode ne peut être déduite d'une conception abstraite du