‹ Hésiode et son poème moralChapitre 78 sur 165 · I. Cf. Thucydide, I · texte numérisé non relu

I. Cf. Thucydide, I

gâ HESIODE

devoir, telle que les méditations d'un philosophe l'auraient élaborée; elle ne peut même pas être faite de règles universelles, destinées à améliorer le sort de toute l'humanité. Ses théories sont entièrement induites des faits qu'il avait sous les yeux : absorbé par la réalité qui l'environne, il ne peut s'en détacher; mais c'est d'elle que son expérience tire tous ses préceptes; son œuvre n'est faite que des réflexions, des observations que suggérait à son esprit l'accomplissement de sa tâche quotidienne I ; elles se sont groupées d'elles-mêmes, aboutissant ainsi naturellement à quelques idées plus générales, qui constituent les principes de son enseignement. C'est pourquoi son idéal est limité par les conditions mêmes de son existence ; or sa vie de labeur incessant s'écoulait, monotone, dans une vallée étroite, fermée de toutes parts, bornée et comme écrasée par la masse de l'Hélicon; enserrée dans cet horizon restreint, sa pensée ne pouvait en dépasser les limites. Plus tard, en même temps que la civilisation, la poésie morale franchira ces obstacles ; à mesure que les hommes changeront leur manière de vivre, elle abordera des questions nouvelles, et son développement suivra les progrès de la société d'où elle émane. Car on y retrouve toujours une fidèle image de l'époque 011 vécut chaque auteur. C'est précisément par les Travaux que nous connaissons le mieux le siècle d'Hésiode, que nous entrevoyons au moins ces temps sombres, où les conflits d'intérêt s'élèvent plus nombreux et plus violents, où le travail est sans gloire et bien souvent sans joie, où la société grecque semble chercher encore sa voie et n'a guère d'autre fondement qu'une communauté de peine entre ses membres; temps où les hommes vivent sans autre souci que celui de leur subsistance, et n'ont besoin pour se conduire que d'appliquer dans leur labeur quotidien les conseils pratiques qu'Hésiode leur a donnés avec la sévérité de son âme vertueuse, son énergie non exempte d'âpreté, alliées à une sagesse toujours sûre d'elle-même et à une expérience infaillible.

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