Tr., V
4* ScbÔmann {Théogonie, p. 307-917) explique œs obscurités voulues dans les deux récits des Travaux et de la Xhiogonie par Texistence d'une irpotiiqOeta très connue de tous, source commune où auraient pufsé les deux poètes. Kôchly (dans un article publié en 1869 et cité par Schômann, p. a 16 sq.) a essayé de reconstituer un chant composé de dix-neuf « triades », où il combine les deux récits. La légende de Prométhée et de Pandore constituerait alors une interpolation plutôt qu'une imitation. Il ne nous semble pas nécessaire d'avoir recours à l'hypothèse d'un poème spécial, pour expliquer les allusions plus ou moins obscures contenues dans ces passages : c'était là une légende nationale, qu'un Hellène devait connaître dans tous ses détails. En tout cas, nous avons vu que ce thème est plus vraisemblablement emprunté à un hymne à Zeus qu'à un poème épique; il aurait d'ailleurs été sensiblement modifié par Hésiode : l'auteur des Travaux passe, en effet, sous silence le sort réservé aux Japétides, tandis qu'il insiste sur les conséquences humaines de l'événement; dans un poème religieux, la proportion doit être inverse, '— comme elle Test, d'ailleurs, dans la Théogonie, où les stratagèmes de Prométhée sont plus minutieusement racontés et son supplice longuement décrit (v. 5a i sq.).
d'arriver au but, et la raison de cette précipitation est aisée à discerner : après s'être laissé entraîner par sa verve poétique sur les traces de ses modèles, le moraliste se souvient que son récit n'est qu'un argument destiné à démontrer la nécessité du travail et à expliquer l'origine du mal; le véritable objet se découvre dans les vers qui suivent, dans la description des fléaux répandus sur la terre, entremêlée de réflexions philosophiques, et aboutissant à une conclusion toute morale'.
Cette préoccupation est plus sensible encore dans la légende des Cinq Ages; ce récit mythique n'est pas à proprement parler une narration; il se compose d'une série de tableaux, dont chacun nous fait assister à la vie journalière de toute une génération. D'autres poètes célébreront les exploits des Titans de l'âge d'argent ou des Centaures de l'âge d'airain ; ce ne sont pas leurs actions que chante Hésiode, c'est le bonheur dont ils jouissent ou les maux qu'ils se créent, ce sont leurs mérites et leurs torts qu'il met en balance. (( Libres de soucis, loin des douleurs et du chagrin, ils (les hommes de l'âge d'or) vivaient comme des dieux... Ils possédaient tous les biens : le sol fertile produisait de lui-même des fruits abondants, dont ils jouissaient à leur gré. » Ce passage rappelle de très près la description du bonheur des justes, dont le but didactique est manifeste, et qui n'est qu'un exemple étayant une démonstrations L'élève des vieux aèdes reparaît pourtant maintes fois : son style grandiloquent abonde en pléonasmes 3, des vers entiers se répètent comme un refrain épique^, et le seul passage contenant un véritable récit concerne les héros qu'ils avaient
I. Tr., V. loi : « La terre est pleine de maux, la mer en est pleine,» et io5 : « 11 est donc impossible d'échapper à la volonté de Zeus. » Cf. Théogonie, v. 6i3 : « H n*est donc pas possible de tromper Zeus ou de transgresser sa volonté. »
3. Tr,, V. 1 I3-II9 et a25-a37. On peut de même comparer rénumération des maux du cinquième âge (v. 174-aoi) à la description du malheur des hommes injustes (v. a38-247).
3. N69çtv atep te ic6vù)v xai oi^uo; (v. 11 3), iioXX6v xe xoi açOovov (v. n8), 6£tv6v xz xai oépipiov (v. i45), etc.
4. Aùtàp êicei ôt] (ou xac) toOto févoç xatà yoLXoL xâXu-j/e (m, i4o, i5C). Nous avons déjà parlé des vers laA-iaS = a54-a55. Ce procédé épique a encore été employé plusieurs fois par Hésiode : cf. les vers