L EXPRESSION DES IDEE^ MORA.LES DANS LES (( TRAVAUX )) IO
couture, il ne néglige rien de ce qui peut en même temps instruire ses compagnons et évoquer à nos yeux, avec une précision sculpturale, la silhouette d'un paysan béotien'.
Les mêmes tendances se manifestent dans la description de la nature animale ou végétale. Hésiode, qui vivait près d'elle et grâce à elle, Ta bien connue et, semble-t-il, réellement aimée. Tous les êtres excitent son intérêt ou sa pitié; en représentant les maux de Thiver, il n'oublie pas de signaler, à côté des souffrances humaines, celles des bêtes et même des arbres. Les plus humbles manifestations de la vie méritent d'être observées et admirées : la cigale qui chante, le chardon qui s'épanouit, l'escargot qui grimpe le long des plantes célèbrent l'arrivée des beaux jours; l'araignée et la fourmi donnent aux hommes l'exemple du travail : tels sont les spectacles que le poète sait discerner sur la terre; et s'il lève les yeux au ciel, c'est pour suivre le vol des oiseaux migrateurs, ou pour épier le retour de l'hirondelle». Et cependant la poésie d'Hésiode n'est rien moins qu'idyllique : jamais son imagination ne peut le distraire de ses préoccupations pratiques et de son but moral ; toutes les scènes de la nature contiennent un enseignement, qu'il s'empresse de dégager. Entendez-vous le cri des grues dans la nuée? Mettez-vous au labourage. La vue des insectes vient-elle vous rappeler que l'été s'avance? Commencez à moissonner. Virgile, qui se vantait de suivre les traces d'Hésiode, a cherché à faire aimer la vie des champs par le charme de ses tableaux rustiques; ses contemporains, blasés ou affairés, devaient trouver à la campagne une fraîcheur inconnue ou une diversion à leurs soucis ; les uns et les autres pouvaient y goûter le repos. C'est dans un esprit tout différent que les Travaux sont composés : Hésiode, qui vivait pourtant dans une contrée des plus pittoresques, n'avait guère le loisir d'errer le long des vallées héliconiennes en aspirant
1 . On remarquera la précision rigoureuse de certains qualificatifs, déterminant la longueur des vêtements (Tep(&t6evTaf v. 537), la qualité des chevreaux dont on emploie la laine (icpcaToy^vcov, v. 543), ou des boBufs dont on utilise le cuir (tç t xTa(&évoio, V. 54 1» c'est-à-dire qui n*est mort ni de maladie ni de vieillesse). Cf., p. i/ii sq., Tusage de ces épithètes chez Hésiode.