‹ Hésiode et son poème moralChapitre 86 sur 165 · Tr,, V. 58a scj., 571, 777-778, 448 scj · texte numérisé non relu

Tr,, V. 58a scj., 571, 777-778, 448 scj

les senteurs des myrtes et des lauriers -roses, ou de se laisser bercer au bruit monotone des cascades. Ce qui attire son attention et captive ses regards, c'est plutôt la beauté des moissons qui mûrissent ou le charme d'une vigne chargée de grappes. Il ne nous permet pas d'oublier un seul instant les dures exigences de notre destinée; loin de nous détourner de la vie réelle, la nature doit nous y ramener sans cesse; l'amour qu'elle lui inspire est sincère, mais non pas désintéressé : car si l'observation de la réalité extérieure ne servait pas Thomnie dans sa tâche, Hésiode proscrirait, comme Ta fait Platon, une contemplation sans profit'.

Ce n'est pas seulement à la poésie épique qu'Hésiode empruntait le thème de ses descriptions. La représentation d'un monde étranger à l'humanité n'apparaît que rarement dans les poèmes homériques, et y fournit surtout des comparaisons destinées à éclairer une situation ou à analyser un sentiment; jamais l'épopée ne perd de vue son objet, la tragédie humaine qu'elle déroule devant nos yeux; les animaux, les plantes, les éléments n'y interviennent que pour présenter plus vivement les actions des hommes : « De même que le Notos répand sur le sommet des monts un brouillard redouté des pâtres, et plus favorable au larcin que la nuit noire, car on ne voit pas plus loin qu'un jet de pierre ; de même, les pas des guerriers soulèvent des tourbillons de poussière... » — « Telle est la vie des feuilles, telle est aussi celle des hommes : des feuilles, le vent jette les unes à terre, puis la forêt luxuriante en pousse d'autres, quand arrive le printemps; ainsi naît et périt la race des hommes». » Hésiode n'a pas besoin de chercher cette occasion de décrire la nature; elle est le cadre de tout son poème, il la rencontre partout où il porte ses regards. De plus, si l'imagination plastique est un des caractères essentiels de Tcsprit grec, le goût des images concrètes est si vif, en particulier chez Hésiode, que ce mode d'expression est constamment employé non seulement dans des développements

I. Cf. Platon, Phhdre, p. a3o d (c'est Socrate qui parle) : « <ï>iXojtot6iQç eîfii- ta fikv oùv x^P^* ^^ "^^ $ivSpa ou^cv \l* êOéXet SiSàoxeiv. » a. /L m, V. 10-14, — VI, V. 1/16-149.

l'expression des idées morales dans les (( TRAVAUX )) lOQ

narratifs, mais aussi dans des passages de forme didactique, où un court tableau, une petite scène est rapidement esquissée, sans que la suite des préceptes en soit le moins du mondé interrompue. Au milieu même des conseils les plus minutieux sur le labourage et les rites qui s'y rattachent, nous apercevons, en une vision rapide, mais très nette, le laboureur « tenant en main l'extrémité du manche de la charrue, touchant le dos des bœufs qui tirent le timon avec une courroie»'. Il semble qu'Hésiode ne puisse donner un conseil sans en imaginer l'exécution en train de s'accomplir; son enseignement prend alors spontanément une allure descriptive, et les peintures sont d'autant plus vivantes que les préceptes techniques sont d'une plus grande précision. C'est sous cette forme exhortative qu'est représenté l'hivernage du batelier : « Tire ton navire sur la terre ferme, assujettis-le de tous côtés avec des pierres, pour vaincre la force des vents au souffle humide; retire la bonde, pour que la pluie de Zens ne le pourrisse pas ; serre dans ta maison tous les agrès, range avec soin les ailes du vaisseau qui vogue sur la mer; attache au-dessus du foyer le gouvernail bien travaillé^. » Un vers, un mot parfois sufiBt à évoquer l'image du charron u parcourant la montagne et la plaine à la recherche d'une pièce d'yeuse », celle des bœufs «se battant dans le sillon et brisant la charrue», ou d'un jeune laboureur «cherchant du regard ses compagnons » 3. Le goût de l'expression concrète est si naturel à Hésiode qu'il en use souvent pour exprimer, sous forme descriptive, une idée abstraite : pour désigner la préparation aux différents travaux, il nomme presque toujours les instruments dont chacun nécessite l'emploi; c'est ainsi qu'on voit, aux divers moments du jour, du mois ou de Tannée, le tisserand « dresser son métier», le moissonneur «aiguiser sa faux», «éveiller ses esclaves », puis, la besogne terminée, « délier ses bœufs » et « délasser les genoux de ses serviteurs »^. L'automne, c'est le

X. Tr., V. 467-^69. Nous lisons avec Paley [ie<Tâ6<i>, au Heu de (iE9â6(i)v (mss., Flach, Siltl, Rzach).

2. Tr., V. 6a4-6a9 (cf. v. 45 : aT|/a xe iryiWXiov jjlev Onàp xaTrvoO xataOeio, c'est-àdire : tu cesserais de travailler).

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