‹ Hésiode et son poème moralChapitre 88 sur 165 · L EXPRESSION DES IDEES MORALES DANS LES (( TRAVAUX )) I T I · texte numérisé non relu

L EXPRESSION DES IDEES MORALES DANS LES (( TRAVAUX )) I T I

exemple ■; perdant son temps en vaines demandes, remettant toujours sa tâche au lendemain, il est bientôt victime de son imprévoyance : il « moissonne assis et couvert de poussière » quelques maigres épis « qu'il rencontre » et qui tiennent dans une corbeille; en butte au froid et à la faim, il est « saisi par rindigence et la pauvreté », il « serre dans sa main amaigrie son pied gonflé par la fatigue» 3. Les traits pittoresques, les mots concrets abondent. Si c'est à l'audition des poèmes épiques qu'Hésiode s'est instruit dans l'art de raconter une scène ou de représenter un personnage, il ne s'est pas borné, dans la mise en œuvre, à orienter vers une fin nouvelle des éléments empruntés. Dans les larges développements homériques les 'événements se succèdent et s^enchalnent, les détails se groupent, comme les combats singuliers se déroulent sur la vaste étendue d'un même champ de bataille; lampleur des récits est un de leurs caractères les plus frappants. Hésiode préfère les peintures faites de traits isolés, les tableaux très courts et cependant complets. C'est, dira-t-on, qu'Hésiode manque de soufDe. Mais précisément parce qu'il sent combien, par son tempérament poétique, il diffère des aèdes ioniens, il ne cherche à suivre leurs traces que de loin, ou plutôt il s'en écarte, et, sans abandonner encore le genre narratif, il fait mieux qu'en adapter les procédés à une poésie moins impersonnelle : les modifications qu'il y apporte sont assez profondes pour que la forme qui en résulte constitue déjà une création très originale.

Nous avons vu comment la description épique, à mesure qujB son cadre devient plus restreint et son objet plus spécial, finit par aboutir à une peinture de mœurs d'esprit didactique.

1 . Nous avons déjà cité le tableau des infortunes de Perses réduit à la mendicité (v. Sgô-AoS).

a. Tr,, V. iio8 sq., 453 sq., 479 sq., 496 sq. Sur le sens de àvrta (v. 48i) = oecurreniia, cf. van Herwerden, Bkein. Mus., 1904, p. i43.

lia HÉSIODE

Ce concours de deux tendances qui, au premier abord, paraissent absolument contraires, est plus frappant encore dans le mythe, où les idées abstraites sont exprimées par des images allégoriques. Le poète remarque, par exemple, que les hommes de rage de fer perdent toute retenue; c'est une manière de parler très ordinaire, même dans notre langue, que de dire : « La pudeur a quitté la terre. » Or le verbe quitter ne peut s'appliquer proprement qu'à des êtres animés ; c'est pourquoi cette locution Q(»urânte suffit pour éveiller, dans l'imagination d'un poète grec, la silhouette d'une personne pudique, qui s'enfuit effarouchée devant ce dérèglement; une qualité abstraite devient ainsi le nom d'une divinité qu'elle carac> térise; et l'élève des Ioniens se laisse aller à la décrire telle que ses maîtres avaient représenté Hélène » : « Couvrant leur beau corps de voiles blancs, la Pudeur et l'Équité s'en vont chez les Immortels, abandonnant les hommes ^ »

Par l'emploi de cette forme descriptive, les abstractions divinisées deviennent réellement des personnalités vivantes : un nom propre ne suffit pas à créer un personnage; mais un terme précis, un trait plastique a souvent à lui seul une grande puissance évocatrice. Les Maladies « spontanément viennent visiter les mortels, leur apportent des maux, en silence, car le prudent Zeus lésa privées de la parole w^. D'autres fléaux, qui ont un caractère encore plus abstrait, sont ainsi personnifiés : la Violence orgueilleuse (Tepiç) écrase l'homme de bien, mais elle est vaincue enfin par la Justice (A(xr^), cette « vierge, fille de Zeus, glorieuse et respectée dans l'Olympe, qui, assise

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