L EXPRESSION DES IDEES MORALES DANS LES ((TRAVAUX» IIO
auprès de son père, le fils de Cronos, lui dénonce les méchants '.» La ((route» qui conduit vers elle est la meilleure à suivre; c'est là une image très ordinaire; ailleurs, Hésiode la développe en opposant au (( sentier long et escarpé qui mène à la vertu » la voie menant au vice, qui (( habite tout près de nous»^ Une filiation s'établit parfois entre ces allégories 3; elles prennent aux yeux d'Hésiode une existence si réelle que certaines parties du poème revêtent l'aspect d'une épopée morale, dont les héros seraient la Justice, la Renommée, le Serment, les deux (( Éris » : la salutaire Émulation et la funeste Jalousie.
Dans l'interprétation des mythes, une di£Bculté se présente : devons -no us considérer tous ces mots comme des noms propres, ou n'y faut-il pas voir quelquefois de simples noms communs? En d'autres termes, le poète a-t-il toujours l'intention d'attribuer aux idées morales personnifiées une existence réelle? ou bien les expressions concrètes qui les décrivent ne sont-elles pas un artifice de langage, destiné à donner au style plus de couleur et à l'idée plus de relief? Nous avons vu qu'Hésiode croyait à l'existence des démons, ces premiers hommes chargés par Zeus de surveiller leurs descendants. Or ces gardiens invisibles sont caractérisés chacun par une qualité distincte, ils en sont la réalisation matérielle; certains de ces personnages^ Aidôs ou Dikê, par exemple, étaient d'ailleurs ou sont devenus des divinités auxquelles les cités rendaient un culte officiel^*; il n'est donc pas douteux qu'une pensée religieuse ait présidé à la composition de ces descriptions mythiques. Mais on sait que les Grecs traduisaient instinctivement sous une forme concrète les idées les plus abstraites; par une disposition d'esprit commune à leurs écrivains les plus différents, ils (( voyaient » tout ce qu'ils