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t'sXPtiESSlON DES ID^ES MORALES DANS LES (( TRAYAÙt » tlj
d'une iniquité, n'était autre qu'Hésiode lui-même; quant à répervier, dont le caractère odieux éclate dans les parolesqu'il prononce, on reconnaissait aisément dans ce portrait les persécuteurs du poète. La vive peinture de cette brutalité contenait déjà implicitement une exhortation à la justice. Mais le sens de cette histoire ressort surtout de son rapprochement avec d'autres passages de sujet analogue, notamment avec le mythe de Dikê ; ce rapport est nettement marqué par les vers qui précèdent et qui suivent : « Maintenant, je vais dire une fable aux rois, tout sages qu'ils sont. » — « Et toi. Perses, écoute la Justice (A(xr^), ne favorise pas la Violence (Tôptç)'. » La transition est médiocre, mais ces allusions personnelles, fines et mordantes, dispensaient Hésiode d'insister sur la moralité de son apologue, et c'est à grand tort qu'un interpolateur a cru devoir l'énoncer en deux vers qui ralentissent le récit, sans y sgouterun fait ni une idée».
Nous ignorons absolument à quelle source Hésiode a puisé la matière de sa fable : a-t-il reproduit un récit que lui avait appris un de ses précurseurs inconnus ? ou bien a-t-il inventé cette histoire de toutes pièces? Le réalisme de son génie permet de supposer que l'observation de la nature n'a pas été étrangère à l'élaboration de cet apologue : la vue d'un chanteur innocent dévoré par une brute ailée a fort bien pu éveiller dans l'esprit du poète ascréen une comparaison avec sa propre destinée, comme le même spectacle en a inspiré à l'âme délicate d'un Michelet^. En tout cas, cette forme de la pensée, naturelle à toutes les littératures morales, et qui substitue un exemple matériel à l'abstraction d'un raisonnement, est bien
I. Tr., V. aoa, ai 3. La satire est bien plus fine que si Hésiode énonçait la comparaison qu'il établit implicitement entre ses ennemis et Tépervier. Il est donc inutile de supposer, comme l'a fait Sittl, que l'allégorie est destinée à voiler l'allusion personnelle ; celle hypothèse est infirmée par la violence des attaques directes (ScopoçaYoi» V. 39, aai, a64)-
a. Tr., V. a 10-2 II : «Insensé celui qui veut lutter contre de plus puissants que lui: il n'obtient pas la victoire, et la honle s'ajoute à sa souffrance.» Aristarque déclarait déjà ces vers apocryphes; mais Tinterpolation doit en être très anciennei car toute l'antiquité les connaissait.
3. Les éperviers abondent en Béotie, où la plaine leur fournit une nourriture facile, tandis que la montagne voisine leur offre de sûres retraites; quant aux rossignols, on sait qu'ils sont nombreux en Grèce (cf. Sophocle, Œd, Col» y. 65o, etc.).
HésiODB. g
I lâ HESIODE
conforme au mode de développement qu'Hésiode emploie de préférence. L'histoire de l'épervier et du rossignol n'est point un fait isolé dan» les Travaux; c'est le seul récit allégorique dont les personnages soient des animaux, mais les héros d'une fable peuvent aussi être des hommes. Un paysan, qui n'a pas de bœufs, veut emprunter ceux du voisin : « Prête-moi tes bœufs et ton chariot. — Mes bœufs, répond l'autre, sont occupés. » Voilà sinon le développement, du moins l'ébauche d'un apologue sur les inconvénients de l'imprévoyance*. Pour démontrer combien il est avantageux d'être en bons termes avec ses voisins, Hésiode les représente « accourant sans ceinture )) dans une circonstance où des parents prendraient le temps de s'ajuster». Ce n'est là qu'un tableau sommairement esquissé ; mais cet unique trait a fourni la matière d'une fable ésopique, d'où La Fontaine a tiré l'un de ses meilleurs apologues 5. Si Hésiode ne Ta pas développé, c'est qu'il considérait l'exemple ainsi donné comme suffisamment probant. Mais ce genre de démonstration lui est assez familier pour qu'on ne s'étonne pas de le voir mêler une fable à ses récits mythiques et à ses préceptes moraux^.
Ces remarques rendent inutile l'hypothèse d'une influence exercée sur Hésiode par les ouvrages des moralistes orientaux, transmis par la poésie religieuse. II est très vraisemblable que l'apologue a d'abord fleuri dans l'Inde; mais, outre que les connaissances de notre paysan ne devaient pas s'étendre aussi loin, les échelons de cette filiation nous feraient absolument défaut, et l'on ne pourrait ici que supposer, sans rien affirmer. Si l'on veut trouver des antécédents à la fable hésiodique, pourquoi ne pas les chercher dans le seul modèle dont nous puissions constater chez Hésiode l'imitation précise, dans la poésie homérique? Quoique les anciens aient attribué à Homère
1. Tr., V. 453-457. Gf. La Fontaine, La Cigcde et la fourmi {Fables, I, i). a. Tr., V. 344-345.
3. L'Aloaette et ses petits avec le maître d'un champ (Fables, IV, 3 a). Cf. Aulu-Gelle, Noct. Att., II, 39; — Babrios, f. 77 Crusius.
4. Cf. H. Ouvré, op. cit., p. 100. Les exemples élayant et précisant une idée générale sont fréquents dans les Travaux; aux passages déjà cités ajoutons encore les vers a5-a6, développant le vers ao (FÊmulation excite au travail môme le paresseux), et les vers 340-347, énumérant les châtiments prédits (v. aSS-aSy) aux mauvais rois.
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une ou plusieurs fables, il est peu probable que les aèdes épiques aient composé de véritables apologues, avec une moralité en forme'; mais l'habitude de peindre les hommes sous des traits d'animaux n*est pas étrangère à Tépopée, surtout à VIliade : les guerriers y sont souvent comparés à des lions, à des sangliers ou à des vautours^, voire même à des chacals et à des ânes^. Si Ton néglige de nommer l'objet de la comparaison, elle devient une description allégorique, un aîvoç^. Les passages de ce genre sont rares chez Homère ; rappelonsnous cependant une scène champêtre gravée par Héphaistos sur le bouclier d'Achille : u Des génisses à la tête al Hère... allaient en mugissant de l'étable au pâturage, le long d'un fleuve retentissant, bordé de roseaux flexibles. Quatre bergers d'or marchaient avec elles, et neuf chiens agiles suivaient. Deux lions horribles saisirent dans les premiers rangs du troupeau un taureau qui beuglait, et l'entraînèrent malgré ses cris; les chiens et les jeunes gens couraient à son secours; mais les lions déchiraient la peau du grand taureau, se repaissaient de sa chair et de son sang. Les bergers les poursuivaient en vain, excitant les chiens rapides; mais ceux-ci, épouvantés, n'osaient pas mordre les lions; ils aboyaient tout près d'eux, mais en les évitant^. » Sur le même bouclier était aussi représentée une ville assiégée, en proie aux fureurs de la bataille^;
I. Cf. Theon, Progymnasmata, nepi (JluOou: (c^Oinopoc ykp xa\ ^HaioSo; xa\ 'Apx^'Àoxo; xai aXXoi xivà; Tipsoêurepot YeyovoTec aùxoû (= AiTcunou)... (jivY)|ioveuovTat ùnô Tivcûv d>; (i.u6o7cotoé. » Pour Homère, Bergk (I, p. 36g) croit qu*il s'agit du passage de VIliade (XIX, v. 408-417) où un cheval d* Achille est doué de la parole. Quant à Archiloque,nou8 possédonsde lui des fragments d'au moins deux fables, l'une sur un renard et un aigle (fr. 81 Crusius), l'autre sur un singe et un renard (fr. 96-98).
a. IL, XI, V. 414 sq., — XH, v. 4i sq., — XVI, v. 428 sq., — XVUl, v. 161 sq., etc.