‹ Hésiode et son poème moralChapitre 96 sur 165 · Id., ibid., V. 5o9-54o · texte numérisé non relu

Id., ibid., V. 5o9-54o

I ao HÉSIODE

il est évident que ces deux descriptions ont la même portée morale, et le combat que les chiens engagent avec les lions pour le corps du taureau est manifestement une allégorie; cette scène rappelle les nombreux combats qui se livrent auprès des guerriers morts; le chant XVII, par exemple, ne contient pas autre chose que les luttes autour du cadavre de Patrocle ; si Ton rapproche notre tableau de ces récits, l'intention du poète apparaît nettement. La comparaison de Thuoianité avec le monde animal est un mode de développement dont Hésiode a parfois usé pour établir une vérité morale > ; dans sa fable il a simplement omis d'énoncer explicitement un des deux termes, parce qu'il trouvait l'iniquité humaine suffisamment décrite dans le tableau du cinquième âge. C'est exactement le même procédé qu'emploient Hésiode pour faire haïr l'injustice et le divin forgeron de V Iliade pour faire détester les maux de la guerre ^

L'apologue hésiodique a des racines dans l'épopée homérique; c'est peut-être en raison de cette parenté qu'il se réduit à un exposé de faits et n'aboutit pas, comme chez les fabulistes plus exercés, à un précepte formel. Son emploi marque cependant un grand progrès dans l'expression des idées morales ; ce n'est plus, comme le récit ou la description, un procédé épique, que le poète adapte de son mieux, mais qui reste avant tout narratif. L'apologue est une forme particulière au genre éthique, parce que la démonstration morale est plus encore que son principal objet : c'est son but exclusif; la narration n'a plus ici aucune valeur intrinsèque, et la maxime — exprimée ou non — par laquelle conclut l'apologue en est l'unique raison d'être 3. Pour arriver à la forme exhortative

I. Tr., V. 377-280: «Que les poissons, les bêtes fauves et les oiseaux ailés se dévorent entre eux, puisqu'il n'y a pas parmi eux de justice; mais aux hommes Zeus a donné la justice, qui est la meilleure des choses. » L. Ménard (op. cit., p. i8o) considère ces vers comme la moralité de l'apologue sur réx)ervier et le rossignol.

3. Sur rhistoire de la fable en Grèce, outre les ouvrages déjà cités, cf. O. Kcller^ Untersurhungen ûber dU Gesehichte der griechischen Fabel (Jahrb. ffkr Class. PkiloL, 1863,

Page 1