‹ Hétérogénie;Chapitre 10 sur 49 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

De Blain ville et de Gandolle sont restés absolument indécis au milieu de tant de combattants, et plusieurs physiologistes modernes^ tels que Martini, Béclard, les ont imités (1).

Les antagonistes de la génération spontanée ont parfois traité ses partisans avec une rigueur qu'on n'a jamais en défendant une loyale cause; et souvent même ils ont représenté leurs théories comme n'étant que le fruit de la démence ; cependant les noms illustres qui abritent celle-ci de leur autorité, devaient avoir droit à plus de respects, et les opinions d'hommes qui ont tant honoré les sciences méritaient bien un simple examen avant d'obtenir une si dédaigneuse réprobation.

Nous, nous combattons avec une armée plus magnanime et plus disciplinée, et si nous aspirons à faire triompher nos opinions, confiant en nos forces, nous ne voulons devoir ce succès qu'à une lutte libre et

Considérations sur les corps organisés. Amsterdam, 1762. — Spal* LANZA?ti. Opuscules de physique anim. et vcgét. Paris, 1787. — ^ggio di osservazioni microscopiche concernenti il sistema délia generazione diNeedham e Buffon. Modène, 1767. — Virbt, Dictionnaire de Déterville, art. Génération, t.XU^p. 543.~Ehrenberg, Die Infusionsthierchen als voUkommene Organismen. (Les inrusoires organisés complètement.) Leipzig, 1838. — Cuvieb, Règne animal. Paris, — Floorers, Cours sur la génération, ToYologie et l'embryologie. Paris. 1835. Hi.stoire des travaux de Buffon, p. 97. — I. Bourdon, Principes de physiologie comparée. Paiis, 1830. — LoNGBT, Traité de physiologie. Paris, 1841.

(1 ) Db Blain ville. Manuel de zoophy tologie. Paris, 1 834. — Cours de physiologie générale et comparée, Paris, 1835. — De Candollb, Physiologie végétale. Paris, 1832.— B£clard, Traité élémentaire de physiologie. Paris, 1856. — Martini, Élémenti de physiologie. trad. de ritalien. Paris, 1824, p. 539.

6 HMEftOGÉini.

vive peut-èére, mais vierge de tout excès et de (out reproche.

La vérité, comme le dit le savant Chevrcul, est . pour tout homme de bien, quelle que soit sa position dans le monde, ce qu'il y a de plus précieux; car tôt ou tard elle triomphera de Terreur (1). Nous y comptons et nous avons foi en l'avenir et en nos travaux consciencieux.

Descartes voulait qu'on examinât toutes les questions scientifiques, même les plus invraisemblables et les plus fausses, « afin, disait-il, de connaître leur «juste valeur et de se garder d'en être trompé. » C'est cette faveur que j'implore ici ; et je demande en grâce qu'on ne juge cet écrit qu'après Favoir lu et médité (2).

Nous devons avouer, en débutant, que c'est en poussant leurs prétentions jusqu'au delà du possible et parfois même jusqu'à l'absurde, que certains partisans de l'hétérogénie ont entravé une cause qu'ils prétendaient défendre. Fray est malheureusement* tombé dans cet excès en prétendant avoir vu des limaçons et des vers de terre naître au milieu des substances organiques efi fermentation (3).

Est-ce la faute de cette sérieuse question, qui exigeait les plus délicates observations des naturalistes, les plus abstraites méditations des philosophes» si

(1) CHEYREut, LeUres adressées à M. Villemain sur la méttiode en général. Paris, 4856, p. 3.

(2) Descartes, Discours de la méthode. Paris, 1845, p. 4.

(3) Frat, Essai sur rorigtne des corps organisés et inorganisés. Paris, 1817. — Burdacu, Piiys., p- 17.

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elle a 8ubi de compromettantes interprétations? Les rêveries de Talchimie ont-elles fait condamner la science des Lavoisier et desDavy? L'immense savoir d'Àrislote est-il compromis pour avoir avancé que c'est du limon de nos fleuves que naissent les anguilles (i) ?

Ainsi M. Camus se révolte àTidée « d'attribuer à un assemblage fortuit ou au hasard, la production d'un être qui a des organes aussi parfaits dans leur genre, aussi propres à remplir la fin à laquelle ils sont des* tinés. Gomment, ajoute-t-il, rapprocher jamais deux termes aussi éloignés que le sont une opération for^ tuite et un résultat aussi parfait que l'est le corps d'un animal quelconque (2)? »

Je ne me soulève pas avec moins d'énergie contre cette idée que ne le fait ce savant helléniste ; c'est là justement qu'est le point culminant de la dissidence, et il faut bien spécifier que par génération spontanée, nous n'entendons pas plus que celle-ci forme un insecte de toutes pièces, que nous n'entendons qu'il nait fortuitement un homme dans l'ovaire de la femme» Mais nous prétendons seulement que, sous l'influence de forces analogues encore inexpliquées, et qui, comme le dit Cabanis (3), resteront vraisemblablement inexplicables, il se produit, soit dans les animaux eux-mêmes, soit ailleurs, une manifestation

(1) Aristote^ Hiêtoire des animaux. Paris, 1783» p/ 367. — Traité de la génération^ liy. Ht, ch. ii.

(2) Camus, Notes sur l'Histoire des animaux d'Aristote, p. 345.

(3) Cabanis, Rapports du physique et du moral de l'homme. Paris, i824, t. Il, p. 236.

8 HtltKOGÈmS.

plastique qui tend à grouper des molécules; à leur imposer un mode spécial de vitalité dont il résulte en** fin un nouvel être, en rapport avec le milieu où ses éléments ont été primitivement puisés.

J'espère que nous abordons la question sans ambages.

C'est en prêtant aux hétérogénistes de notre temps les prétentions des atomistes de l'antiquité, qu'on a soulevé contre eux de légitimes répugnances. Laissons à chaque siècle la responsabilité de ses doctrines et de ses erreurs, et n'entravons point la marche du nétre en accumulant les fautes des autres époques; la gloire des sciences modernes n'a plus à compter avec les vieilleries des temps passés.

Étudions la question dans ses proportions rationnelles, et nous verrons ses adversaires disparaître.

Lorsqu'on envisage celle-ci sous ce point de vue, on voit que l'épreuve que Balbus propose aux épicuriens, et que reproduisent sans cesse tous les scolastiques, n'est réellement qu'une puérilité (1). Car il ne doit pas être plus permis aux inolécules de la matière de se grouper fortuitement dans l'o.vaire d'un animal pour y donner naissance à un nouvel être, qu'il ne leur est permis de s'agglomérer dans un milieu différent pour arriver au même résultat. Il ne s'agit plus

(I) Camus^ Notes sur l'hisfoire des animaux d'Âristofe, p. 345. — Balbus voulait que les épicuriens, pour prouver leur système, jetassent épars une foule de caractères pour voir s'il résulterait jamais de leur groupement fortuit quelque poème suivi ou au moins quelques vers. Cictaqji^ De nat. Deor.y lib. il.

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ici que de savoir si Tlntelligence suprême, si Vordre deDieu^ comme TappelaitVan Helmonl dans son style poétique j(i ) , a ou non permis que la même force plastique qui est mise en œuvre dans l'organisme des animaux et des plantes, puisse aussi, dans certaines circonstances, se manifester au milieu des débris de ceux-ci ; ou enfin si la même loi qui préside à la formation d'un ovule dans le tissu du stroma peut également élever à la puissance d'un œuf les molécules organiques dispersées en d'autres endroits.

Cest dans une autre direction qu'on ne Ta fait généralement qu*il faut considérer la génération spontanée. Lui prêter, comme on le fait, la création immédiate d'animaux parfaits, surgissant instantanément de la rencontre fortuite de leurs éléments au milieu de la matière, c'est nous reporter aux absurdités antiques, dont la critique a fait ample justice; et c'est prêter à ce mode de.génération une puissance que n'a même pas la reproduction sexuelle, où tout commence par des phénomènes de Tordre le plus obscur et se manifeste successivement. La génération spontanée ne crée pas un être adulte, elle procède par les mêmes voies que' la génération sexuelle, qui^ comme nous le démontrerons, est elle-même d'abord un acte tout spontané,. par lequel la force plastique rassemble dans un organe spécial les éléments primitifs de l'organisme. De façon que la génération qu'on appelle sexuelle, comme l'ont déjà démontré nos travaux, est réellement précédée d'un

(1) Vam Hbuiomt, Ortu$ medidnœ, Amsterdam, 4648.

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phénomène tout individuel et tout spontané (1).

Dans l'ovaire d*un animal, si la force vitale est réglée pour produire un être dont l'essence dérive des conditions particulières qu*y offre la matière animée» il en est de même dans la substance proligère primaire; la force plastique y est réglée aussi pour produire des êtres dont Tcssence dérive du milieu qui les engendre. Le contraire serait tout aussi anormal dans un cas que dans l'autre.

C'est donc sur un autre terrain que nous voulons poser la question. Il faut absolument, pour la vider scientifiquement, la reporter au point initial^ et c'est ce que nous ferons dans tout le cours de cet ouvrage.

I I. — Antiqoité.

L'idée de l'existence des générations spontanées est si naturelle, qu'on en trouve des traces dans les plus graves écrits de toutes les nations et de tous les temps. J'avoue que celles-ci n'ont ordinairement rien de sérieux, surtout lorsqu'elles figurent dans les anciens mythes ou les croyances populaires, mais il . n'en ressort pas moins un argument de quelque valeur, c'est que la notion de la spontéparité est universellement répandue, et a traversé tous les siècles de la civilisation.

Dans les Juges, l'écrivain inspiré fait naitre un essaim d'abeilles de la corruption des entrailles d'un

(1) PoucBET, Théorie positive de l'ovulation et de la féconda- Uon dans les mammifères et Tespèce humaine. Paris, 1847.

HISTOBIQUE. — ANTIQUITÉ. 1 1

jeune lion, et Samson en dérobe le miel pour son festin. Plus loin, ne trou ve-t-on pas dans TEccIésiaste une idée des perpétuelles mutations de la matière^ lorsque le sage Roi s'écrie : « Tout va en un même lieu, tout a été fait de poudre, et tout retourne en poudre (1)?»

Le rabbin Âme cite des chapitres du Sanhédrin où il est question de souris et de vers que Ton croyait engendrés par le limon (2)«

La génération spontanée était presque un dogme pour la plupart des philosophes de Tanliquilé, et cette sentence : Corruptio unius est generaiio alleriuSy res^ tait incontestée comme l'expression d'une vérité fondamentale. Pour eux, tous les animaux dont la génération n'étalait pas ostensiblement ses mystères à nos yeux, étaient réputés comme naissant spontanément des éléments des corps parmi lesquels on les découvrait, sous l'influence fécondante de la chaleur, de l'air et de l'humidité. On attribuait même à la terre la formation des serpents, des rats et des taupes; à la fange des marécages, la production des grenouilles, des anguilles et de quelques autres poissons ; aux substances animales en putréfaction ou aux végétaux, les divers insectes qui s'en nourrissent et en sortent parfois par légions innombrables (3). Et ces

(i) BtBL. SAC, Juges, ch. xiy, v. 14. — Ecclésiaste, cbap. iii^ V. 20.

(2) Brecber, L'immortalité de l'âme chez les Juifs. Trad. de Tallemand par I. Caurn. Paris, 1857. Sanh., 90, 91.

(3) Aristote, Histoire des animaux. Trad. de Camus, t. 1, p. 313. — Lucrèce, Diodorb db Sicile^ etc.

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croyances furent admises par la plupart des écrivains jusqu'au seizième siècle.

L'un des plus illustres et des plus anciens philosophesde la Grèce, Anaxagore, qui naquit Tan 500avant Tère chrétienne, avait déjà prêté la plus extrême extension aux générations spontanées, en supposant qu'au commencement du monde les animaux avaient été formés à même la terre sous l'influence de Thumidité et de la chaleur (i). Hais, ce que le système d'Ânaxagore offre de réellement remarquable, c'est le rôle qu'il fait jouer, dans la formation des corps, à l'élément coordonnateur. Il est le premier, à ce que dit Bayle, qui n'abandonne pas les combinaisons de la matière au hasard, à l'aveugle fataUté, en professant qu'une intelligence élevée produisit le mouvement et débrouilla le chaos. Là il met en scène la cause efficiente et la matière passive, l'ouvrier et les matériaux (2) .

Cependant c'est à Leucippeque l'on attribue généralement l'invention du fameux système des atomes, qui a joué un si grand rôle dans la philosophie ancienne et moderne, quoique plusieurs écrivains, ainsi qu'on peut le voir dans Strabon, en reportent l'origine au delà de la guerre de Troie (3) , ce qui a été réfuté par T. Burnet (4) et Bayle.

(1) DiOG. Laert., lib. W, Dum. 12.— Batle, Dict. hist. et crlt., t II, p. 2K

(2) Batle, Dictionnaire historique et critique. Paris, 1820, 1. 11^ p. 2i,

(3) Strabon, lib. XYI, p. 512.

(4) T. BoaNET, ArchcBoL pkilosoph., lib. 1, p. 314. Amsterdam, 1694*

HISTORIQtE. — ARTIQUrrÊ. 1 3

L'hypothèse de Leucippe, qui a subi tant de développements dans les mains de Démocrite et surtout dans celles d'Êpicure, et que Lactance a combattue à diverses reprises avec un si grand éclat (1) ; après avoir fourni de nombreux éléments aux divers systèmes des philosophes de toutes les époques, semble jeter ses dernières lueurs dans les écrits de Kepler, de Descartes et de Gassendi, pour succomber tout à fait sous l'ascendant de la science actuelle (2).

À regard de la doctrine des atomes, un incommensurable espace sépare les physiologistes modernes et les philosophes anciens, car il n'existe rien de commun entre le rôle de ces atomes, à la rencontre fortuite desquels presque tous ceux-ci prêtaient l'incessante production des globes et des créatures! animées, et les modestes prétentions des hélétrogénistes, qui se bornent à ne considérer que le point initial delà force vitale et de la matière.

Mais, malgré la dislance qui sépare les atomistes anciens des 'modernes partisans de la génération spontanée, les exagérations des premiers n'en doivent pas moins trouver place dans l'histoire de celleci, parce que ce sont elles qui Font si amplement discréditée; leurs rêveries, confondues avec un phénomène positif, ont déprécié celui-ci à tel point que

des esprits sérieux, sans se rendre compte de l'im-

(1) Lactakcb, Divinar. Institution, lib. Ul, c. xvii, p, 490. — De ira Dei, c. x, p. 533.

(2) Comp. BAytE, Diot, philoê. Pari», 1820, t. IX, p. 496. — M., t. Vni, p. 549.

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mense différence des prétentions de l'une et de l'autre hypothèse, les ont toutes les deux confondues dans le même anathème. Aussi demandons-nous ici que Ton forme une scission nelte entre les atomistes et les spontéparistes; leurs prétentions réciproques étant désormais bien tranchées, la vérité. surgira plus facilement.

Démocrile et quelques autres philosophes, ainsi que le confirment saint Augustin et Plutarque, avaient cru que chaque atome possédait une âme et des facultés sensitives (1), d'autres les leur avaient refusées.

L*on est vraiment étonné de voir Plutarque et Ga« lien traiter sérieusement cette question, et être imités par quelques écrivains modernes (2). Dans Thypothèse, disent les premiers, où chaque atome serait destitué d'âme et de faculté sensitive, on voit manifestement qu'aucun assemblage d'atomes ne peut devenir un être animé et sensible. Mais si chaque atome avait une âme et des sentiments, on comprendrait que les assemblages d'atomes pourraient être un composé susceptible de sensation et de mouvement. La diversité que l'on remarque entre les passions des animaux raisonnables et irraisonnables s'expliquerait par la combinaison différente des atomes; audacieuse hypothèse s'il en fut, que Bayle lui-même parait cependant fort disposé à admettre (3). Mais ne

(\) s. AcGUSTtn, epist. 86. — Plotauque, Adv. ColaUrij p. lill.

(2) Plotarque^ Adv. Coloten, p. 4 1 1 1 . — Galien.

(3) Baîlb, bict. philos., art. Leucippe. Paris, i820, t. IX, p. 196.

HISTORIOmS. AimQUtTB. 1 5

nous arrêtons pas davantage sur de tels errements qui ne sont plus de notre siècle.

Ce que l'on a débité si souvent à Tégard des atomes a été reporté avec usure aux molécules organiques employées à la génération primaire ; mais c'était tout à fait sans fondement, car les sponléparistes rationnels n'attribuent aucune activité spéciale aux particules des corps, et selon eux elles ne se groupent, pour former ceux-ci 9 que sous l'empire des mêmes lois qui président à la formation de l'être dans la génération ovarique. Les molécules primaires ne sont pas plus capables de former instantanément une monade adulte que l'ovaire d'un quadrumane de produire un singe tout développé. Et je m'étonne qu'il faille arriver au dix neuvième siècle pour s'apercevoir qu'au point initial tout se passe de même dans les deux générations.

Les prétentions des anciens philosophes au sujet de la génération spontanée ont été poussées jusqu'à l'extrême. Ainsi, Anaximandre et Empédocle, attribuaient à celte génération tous les êtres vivants qui peuplèrent primitivement le globe; seulement ils pensaient qu'à leur apparition ceux-ci étaient loin d'avoir la suprême perfection qu'ils revêtirent après en se reproduisant (1). Aristote, selon les plus éclairés commentateurs, parait au contraire penser qu'à l'origine des choses tout a été créé par la volonté divine, mais que malgré cela quelques animaux n'en sont pas moins produits par la génération spontanée (2).

(4) Plutarque, De placit, phUas,^ cap. xix.

(2) Camus, Notes sur V Histoire des animaux, d'Arislole, p. 344,

16 HÉTÉROGÉNIK.

Dans ses écrits, le grand philosophe revient à diverses reprises sur ce sujet, de noanière qu'il est évident qu*il a été pour lui l'objet de méditations soutenues. Il adnaet plusieurs sources à ce mode de production: tantôt, selon lui, les animaux se forment dans la terre putréfiée ; tanlôtdans les plantes, et enfin, tantôt dans les humeurs des autres animaux (1).

Àristote, que Ton doit placer à la tête des plus illustres partisans de Thétérogénie, lui donnait même beaucoup plus d'extension qu'on ne Ta généralement fait depuis. Dans son livre cinquième» qu'il consacre à l'étude de la Génération, le savant auteur de VHis-' ioire des animaux émet que beaucoup de ceux-ci ne se propagent pas & l'aide d'êtres semblables à eux, et qu'ils s'engendrent de la matière lorsqu'elle se trouve dans des conditions particulières. Il généralise même ce précepte en prétendant « que tout corps « sec qui devient humide, et tout corps humide qui « se sèche, produit des animaux, pourvu qu'il soit « susceptible de les nourrir (2). »

Ainsi, il prétend que la fermentation du limon de la mer et des marécages donne fréquemment naissance à certaines espèces de poissons, en se fondant principalement sur ce que souvent les voyageurs ont observéque de nombreuses légions de ceux-ci apparaissaient dans des marais absolument desséchés, lorsque les pluies y ramenaient une quantité d'eau suffi-

(1) Aristote^ Hist. Hv. V,ch. xv, xix, xxxi, xxxn; liv. VI, cb. xt. -^De la génération, liv. I,ch. i; liv. Ul, eh. ii.

(2) Aristote, Histoire des animaux. Trad. de Camus, .t..I, p. 313.

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