‹ Hétérogénie;Chapitre 19 sur 49 · DES GERMES ORGANIQUES · texte numérisé non relu

DES GERMES ORGANIQUES

L'observation dévoile bien rapidement à ceux qui, sans système préconçu, cherchent la vérité, que la source des Proto-organismes de nos macérations ne peut être dans l'eau; quelques expériences, fort simples, le prouvent II résulte de 1& qu'aujourd'hui bien peu de personnes soutiennent encore cette thèse; presque tous les défenseurs de l'ovarisme, comme nous l'avons dit, s' accordant, en ce moment, pour attribuer ce fiât à l'air. D'après cela, on sent à l'avance que dans ce chapitre nous n'avons besoin d'émettre qu'un petit nombre de preuves décisives, pour éviter une inutile prdlixité; le paragraphe de l'air de^ vaut être celui qui appelle toutes . nos ressources expérimentales, ainsi que les plus sévères investiga» tions de l'intellect.

Les expériences de Spallanzani lui-même ont,

(i) BoRT DE SAiRi^ViNCEiHT, Dtct. class, d'Hist, nat: Paris, 4824, t. V,p. 46. Cette opinion, comme nous l'avons exposé p. 150, est aussi celle de Treviranus et de M. Gérard*

depuis longtemps, démontré que des substances végé* taies, quoique ayant subi une ébuUition de deux heures de durée^ n*en donnent pas moins naissance à des Microzoaires. Or, comme les germes de ceux-ci, de l'assentiment de tous les observateurs, ne peuvent après une telle épreuve poursuivre leur évolution, il devient hors de doute que l'eau n a pu leur donner asile (1). Le physiologiste de Pavie soumit à cette expérience des graines de haricots, de yesce, d'orge, de mais, de mauve, etc.

En se fondant, avec raison, sur ces expériences, Spallanzaniy professa d'abord que nul germe ne résistait à la température de l'eau boijillante. Mais un certain temps après, entraîné par les conséquences de ses doctrines, il s'efforça de faire prévaloir des opinions contraires. Pour ce revirement, il se fonda sur une assertion de l'abbé Rozier, qui rapporte que Sonnerat a rencontré des poissons dans des sources thermales des Iles Philippines, dont la température s'élevait à 69<* du thermomètre de Réaumur (2). Spallanzani prétend aussi s'étayer sur ce que, d'après une étrange supputation qu'il fait du climat de la Caroline, la chaleur y atteindrait au soleil plus de SO"" du thermomètre de Réaumur, c'est-à-dire une température plus élevée que celle de l'eau bouillante, sans que cependant, dans cette contrée , la chaleur, détruise les germes des animaux et des plantes. Nous né pouvons réellement nous occuper de réfuter de

(!) SpALLANZAm» Opuicules de physique animale et végélate. Paris, 1787, 1. 1, p. 22.

(2) RoziEB, Observations sur la physique^ t. III.

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telles assertions (1 ) . Qui ne sait qu'au Sénégal , d'après Adanson, le thermomètre ne s'élève pas au soleil au-dessus de eo*" (2)?

Voici comment Spallanzani se rétracte. « La sincérité philosophique, dit-il, m'oblige à penser sur les germes de quelques espèces d'animalcules, d'une manière contraire aux idées que j'ai publiées dans ma dissertation. Je disais alors que je ne croyais pas possible que les germes en général de ces animalcules pussent résister à l'action de l'eau bouillante ; j'avais auguré cette impossibilité» parce que j'avais vu périr des graines et des œufs par ce degré de chaleur ; mais les faits que je viens de raconter, et que je ne connaissais pas, me forcent à changer d'opinion (3).»

Mais lorsqu'on lit attentivement le récit que Spallanzani fait de ses expériences, on s'aperçoit immédiatement qu'on ne peut en rien conclure. Ainsi, dans celles-ci, des œufs de grenouille périssent à 34*; ceux du ver à soie à 45"", et ceux de la grosse mouche à 48"*. Il ajoute que la faculté germinative des graines s'anéantit au-dessous de 75* à 80** du thermomètre de Réaumur, c'est-à-dire à la température de l'eau bouillante. Une fois seulement il vit des graines de fèves qui y résistèrent. Mais toutes les expériences du physiologiste de Pavie manquent de précision. On voit, en effet, qu'il se contentait dans celles-ci , de placer ses graines dans de l'eau contenue dans des

(1) Spallanzaki, opuscules de physique animale et végétale. Paris, «787, t. I,p.70.

(2) Adanson, Voyage au Sénégal. Paris, 1757, p. 131.

(3) Spallarzaki, Opuse , 1. 1, p. 71.

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vases qu'il plongeait ensuite dans de Teau bouillante , pendant deux minutes! Ce temps était absolument insuffisant pour élever la température de la macération au niveau de celle de l'eau dans laquelle on la plongeait et surtout pour que sa cbaleur se propage&t jusqu'à l'embryon, protégé souvent d'unejû iefficace manière.

Mais si 9 dans des expériences, en plonge les graines ou les œufs d'animaux dans Teau bouillante , en donnant à la température le temps de se transmettre à leur intérieur, bien avant Tébullition, ces œufs et ces graines sont tués radicalement.

Une seule expérience, fort simple, a prouvé que le corps putrescible ne contenait pas les germes. Il a suffi pour cela de voir des animalcules prendre nai&sauce parmi des substances végétales qui avaient subi une complète carbonisation. Une expérience tout aussi élémentaire peut démontrer que ce n'est pas Teau non plus qui recèle ces germes. On sait que la température de l'eau en ébuUition anéantit absolument chez eux toute vitalité. U ne s'agit donc plus que de constater qu'après que de l'eau a bouilli on voit dans celle-ci se développer des animalcules , comme auparavant. Mais cela , l'expérience le prouve sans conteste ; et ce qui achève encore bien mieux la démonstration , c'est que l'eau distillée elle-même en fournit abondamment.

U serait vraiment puéril de citer des expériences à l'appui de ceci. Mais une autre espèce d'expériences, tout à fait fondamentale, suffira pour étaycr ce que nous avançons : c'est celle qui consiste à employer de Teau artificielle.

ÉLIMINATION DE l'BAU. 235

Expérience. — ^ On fit de l'eau arlificielle de la manière suivante. Dans un grand flacon à deux tubu* lures on mit de Veau et des fragments de zinc; Tune de ces tubulures recevait un tube terminé en entonnoir, à Taide duquel on versait de Tacîde sulfurique dans le flacon ; Tautre était annexée à un gros tube horizontal rempli d'amiante et d'où sortait un petit tube effilé à la lampe à son extrémité et se terminant près de l'extérieur d'un vase de métal , rempli d'eau froide. L'acide sulfurique ayant été versé il se dégagea du gaz hydrogène que l'on alluma à sa sortie du tube, et dont la flamme rapprochée du vase de métal en humectait toute la paroi de vapeur d'eau, résultat de la combinaison de l'oxygène de l'air avec l'hydrogène de Tappareil; et cette vapeur, après s^être condensée, tombait dans un vase de platine. Cet appareil ayant été entretenu en combustion pendant trois jours, on obtint 200 grammes d'eau qui furent employés dans deux expériences comparatives.

La moitié de cette eau fut soumise à une ébullition d'un quart d'heure , pour tuer les germes qui pouvaient y être tombés , quoique pour la démonstration actuelle nous n'ayons pas le moins du monde à nous préoccuper de ce qui peut entrer dans le liquide, mais de ce qui s'y trouve réellement au point initia). On mit ensuite cette eau dans un verre à expériences, avec 5 grammes de foin passé à une étuvc à 200"* environ. Ce verre fut déposé dans une cuvette ayant de l'eau à son fond et il fut recouvert d'une petite cloche.

L'appareil resta pendant quatre jours dans un salon

à une température moyenne de 11». Quand on l'examina, il existait à sa surface une pellicule granuleuse, dans laquelle nageaient deux espèces de Paramécies fort distinctes, de dix à quinze divisions micrométriques de longueur. L'une d'elles était, pour la forme, assez rapprochée de la Paramécie verte ; l'autre , qui me parut absolument nouvelle, avait la forme d'une losange très-allongée. Toutes les deux présentaient une vésicule contractile très-prononcée à l'extrémité du corps. Enfin, çà et là, la pellicule offrait des œufs non éclos et contenant des embryons en mouvement; dans chacun de ceux-ci on en distinguait manife^ement quatre.

L'autre portion d'eau artificielle avait été placée dans une étuve chauffée à 1 8\ Tout y avait été disposé de même ; seulement le foin n'avait pas été passé à l'étuve et l'eau n'avait subi aucune ébuUition. Le résultat de l'expérience fut cependant absolument identique. Ce dernier fait ne contribue-t-il pas à prouver, en outre, combien sont inutiles ces précautions que l'on prend si futilement pour anéantir des germes qui n'existent réellement que dans l'empire des fictions ?

Cette expérience suffit à elle seule pour renverser sans retour l'hypothèse de ceux qui prétendent que l'eau est le réceptacle des germes. Nous avons dans celle-ci de l'eau qui vient d'être formée de la combinaison de deux éléments gazeux, et dans cette eau apparaissent des animalcules. On ne prétendra pas, sans doute, que ceux-ci nageaient précédemment dans l'hydrogène ou l'oxygène qui l'ont formée, et qu'on vient d'extraire violemment de leurs précédentes

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combinaisons. Il faut donc bien que les œufs qui ne peuvent provenir de cette eau artificielle aient une autre origine.

Cette preuve est tout à fait suffisante ; cependant nous joindrons ici quelques autres faits , non qu'ils soient utiles à la démonstration , mais seulement parce qu'ils offrent quelque intérêt.

Expérience. — Une immense quantité de Kolpodes ayant été enlevée à la surface d'une macération d'Aster de la Chine y où ils pullulaient , fut placée dans un grand verre à expériences, contenant de l'eau distillée. Pendant quinze jours, on observa cette eau et l'on y trouva les mêmes animalcules en parfaite santé.

' Il résulte de là que ce ne sont pas les matières contenues en dissolution dans l'eau qui alimentent les Microzoaires; ou au moins que ceux-ci peuvent vivre longtemps dans l'eau pure. D'après cela, on ne voit pas pourquoi, si l'eau était réellement le véhicule des œufs des animalcules , ceux-ci ne s'y montreraient jamais sans Fintervention d'un corps fcrmentescible.

Expérience. — A l'aide d'une petite cuiller on a recueilli à la surface d'une macération une immense légion de Kolpoda cucullus^ Mull., que Ton porphyrisa sur une glace , pendant deux heures , avec un soin extraordinaire. Après cette porphyrisation, la moitié de la pâte homogène qui en était résultée fut délayée dans un verre d'eau et celui-ci fut filtré et placé sous une cloche en verre (1). Une expérience

(1) La pâte qui fut ramassée sur la glace offrait une couleur grise, d'une odeur absolument semblable à celle du 6o/ett4^ edw

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On se demandera pourquoi aussi le résidu filtré est rempli d'animalcules d'une organisation supérieure, tandis que l'autre n'est peuplé que d'infimes Monades 7 Je répondrai à cela que, sans doute, la liqueur en se filtrant a contracté un principe qui devait s'y rencontrer pour la production des Yorticelles. Car j'avoue moi-même avoir été trompé, et si je m'attendais à rencontrer quelques animalcules c'étaient évidemment des Kolpodes ; et que si, surtout, je m'attendais à en rencontrer quelque part, c'était dans l'eau non filtrée. Tout s'est passé contrairement.

L'expérience dont nous venons de nous entretenir ayant été continuée, le résultat était absolument le même quinze jours après.

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