‹ Hétérogénie;Chapitre 20 sur 49 · DES GERMES ORGANIQUES · texte numérisé non relu

DES GERMES ORGANIQUES

Nous ne nous dissimulons pas que c*est ici que s'engage la lutte sérieuse , décisive , et nous allons franchement l'aborder. Nous avouerons même que nous l'abordons sans crainte, tant nos convictions ont été renforcées par le nombre de nos expériences et par la méditation ; ce sont les faits euxmêmes qui vont combattre pour nous, et c'est ce qui centuple nos forces.

Parmi les plus ardents partisans de l'opinion que c'est l'air qui dissémine partout les germes, nous avons déjà dit que Bonnet et Spallanzani devaient être cités au premier rang (1). Et lorsque ce dernier

(1) BoNisET^ Considérations sur les corps organisés. Amsterdam, 1762, t. I, p. 3.

ÉLIMINATION DE L*ÀIR. 241

voyait des Microzoaires naitre au milieu des diverses graines qu'il avait complètement carbonisées, il en expliquait l'apparition en supposant qu'ils y avaient été déposés par l'atmosphère (1 ].

Les ovaristes, après avoir considéré l'air comme un disséminateur universel, à cause de la merveilleuse facilité avec laquelle, en apparence, on peut lui confier les plus impossibles rôles, ont, pour les besoins de leurs théories, réduit les germes à un état presque métaphysique.

Bonnet suppose que ces germes sont d'une transparence tellement parfaite, que la lumière les traverse sans réfraction, et il prétend même qu'ils sont tellement petits,qu'ils n'admettent peut-être qu'un ou deux rayons de lumière (2).

Ainsi donc des corps organisés jouiraient de la transparence de l'éther ! Voici à quelles conséquences extrêmes nous conduit une hypothèse défectueuse. Et, en effet, si les Proto-organismes que nous voyons pulluler partout et dans tout, avaient leurs germes disséminés dans l'atmosphère, dans la proportion mathématiquement indispensable à cet effet, l'air en serait totalement obscurci, car ils devraient s'y trouver beau^ coup plus serrés que les globules d'eau qui forment nos nuages épais. Il n'y a pas là la moindre exagération. Quelque soit le lieu où un corps se trouve, s'il est apte à se peupler de diverses légions d'animalcules ou de

(\) St^ALLANZAm, Opuscules de physique animale et végétale^ 1. 1, p. 205, et t. II, p. 14,27.

(2) BoNNBT , Lettre sur les animalcules^ adressée à Spallanzani, (Eay. de Spallanzani, t.I, p. 258. 1771.

POOCHbT. 16

242 HiTÉEOGÉNIK.

végétaux, immédiatement il en est envahi. Il faut donc que l'air, pour satisfaire à cette fécondité, regorge dans toute sa masse d'un incommensurable nombre de germes, qui, à de rares exceptions près, se trouvent tous voués à une absolue destruction. Est-il rationnel de supposer que pour peupler quelques flaques d*eau (rinfimes Protozoaires ou de quelques cryptogames microscopiques, notre atmosphère en promène inutilement lesélémentsgénésiques toutautour du globe ?La nature nous offre partout une fécondité qui excite Télonnement de tous ceux qui Tétudient ; partout aussi ses moyens ingénieux de dissémination ont excité l'admiration des savants (1); mais c'est réellement une ironie que de supposer que la sagesse créatrice a si frivolement encombré son œuvre. Je sais que pour échapper à de si sérieuses objections, certains partisans de la panspermie aérienne répondront qu'il suffit de quelques germes isolés pour donner naissance aux nombreuses populations que l'on récolte. L'expérience, comme nous le verrons , ne donne nullement sa sanction à une telle supposition, car cette fécondité ne tiendrait pas moins du prodige (2).

(1) Comp. Bernardin de Saint-Pierre, Barmùnies de la nature. Paris, 1826.

MiRBBL, Physiologie végétale. Paris, i815,t. I, p. 348.

PoiRCT. Cours complet de botanique. Paris, 1813, 1. 1, p. 18.

DbGandolle, Physiologie végétale, Paris, 1832, t. M, p. 595.

Richard, Éléments de botanique et de physiologie végétale, Paris. i846, p. 524.

HuMBOLDT» De diitributione geographicd plantarum. Paris, 1817, Tableaux, p. 163,

(2) Ck>iiipulsez sur ce sujet nos expërieuces qui se Urouvent plus loin.

ÉLIMINATIOlf DB l'aIR. 243

L'illustre zoologiste dont s'honore l'Angleterre, R. Owen, pense que certains animalcules microscopiques ont une telle ténuité, et tel est, entre autres, le Monas crepusculum d'Ehrenberg, qu'il en entre autant dans une seule goutte d'eau qu'il y a d'hommes répandus à la surface du globe : c'est donc au moins cinq cents millions (1). Mais ce Microzoaire peut se manifester partout où nous lui offrons des infusions propices. Aussi, en soutenant la dissémination aérienne, devient-il indispensable d'en encombrer universellement l'atmosphère, et si l'on y joint tous les autres germes de Protozoaires qui devraient s'y presser avec les siens, n'est-ce pas là une hypothèse mille fois plus efirayanle que les plus hardies conceptions des hétérogénistes ?

L* expérience vient même démontrer, presque mathématiquement, que si la dissémination aérienne était réelle, il faudrait que chaque millimètre cubique de l'atmosphère contint immensément plus d'œufs qu'il n'y a d'habitants sur le globe. Si Ton admet que chaque goutte recèle 500,000,000 de Monades, en représentant celle-ci par huit millimètres cubes, il en résultera que chaque millimètre contiendra 62,500,000 animalcules. En supposant seulement' que l'atmosphère offre en suspension cent espèces de Microzoaires ou de crypt(»games; pour fournir aux exigences de la dissémination, il faudrait donc que chacun de ses millimètres cubiques renfermât 6,250,000,000 d'œufs en disponibilité. Et alors l'air dans lequel nous vivons aurait presque la densité du fer.

(1) R. OwBii, Lectures on the camparMve anatomy and phyëiology. LondoD, 4 843, p. 18.

24 i HÉTÉBOGftNIE.

ExpÉBiENGB. On a pris trois cuvettes en cristal, de trente centimètres de diamètre, et dans chacune d'elles on a placé 1 25 grammes de chair musculaire de bœuf provenant du muscle psoas. Puis ces vases ont été exactement remplis d'eau jusqu'à un roiliimètre de leurs bords ; et ensuite ils ont été recouverts d'une glace polie, laissant, par conséquent, entre elles et la surface de l'eau un millimètre d'intervalle. L'un de ces vases fut placé dans les combles du Muséum d'histoire naturelle ; l'autre dans mon laboratoire, qui est au second, et le dernier au rez-de* chaussée du même établissement. Trois jours après, on examina ce qui se passait, et l'on trouva la surface de ces divers vases recouverte d'une pellicule animée formée d'une masse compacte de Monas creptusculum^ (Ebr.), assez entassés les uns sur les autres pour que l'on pût croire qu'il en existait là un chiffre aussi élevé que le suppose l'illustre zoologiste anglais. Mais comme chaque millimètre carré de l'eau, dans toute la superficie des vase8,n'a eu au-dessus de lui qu'un millimètre cubique d'air, il est donc rationnel de supposer qu'ayant reçu toutes ses particules géuésiques de celui-ci, il se trouvait au moins dans chacun de ces millimètres cubiques plus de soixante-deux millions de germes du Monas crepusculum , abstraction faite de tous ceux des autres Microzoaires, qui ne devaient pas s'y rencontrer en moindre nombre. Or, comme le même résultat s'est produit et dans les vases placés au sommet de l'édifice et dans ceux placés au rez-dechaussée , les veines d'atmosphère encombrées de germes organiques doivent avoir une grande épais-

ÉLimifATION DE l'aIR. 245

seur. En raisonnant dans l'hypothèse, de la dissémination atmosphérique, on se demande comment de tels corpuscules , et aussi serrés , peuvent échapper aux lois de la réfraction de la lumière? Pourquoi n'y seraient-ils pas soumis comme les globules d'eau qui forment les nuages? Il semble qu il y ait là impossibilité physique.

Burdach considère comme décisives , pour démontrer l'absence d'œufs dans l'air, quelques expériences qu'il a faites avecHensche et de Baer. Il prit de la terre fraîche, qu'il soumit à une longue ébuUition, dans une grande quantité d'eau. A l'aide de l'évaporation, le physiologiste réduisit la liqueur à la consistance d'extrait sec et en partie pulvérulent. Il renferma ensuite celui-ci avec une certaine quantité d'eau distillée et de gaz oxygène ou de gaz hydrogène dans des flacons bouchés à l'émeri et coiffés d'une vessie. Ces flacons, soumis à l'influence de la lumière, ne donnèrent que de la matière verte de Priestley. Mais cet extrait, mis dans de l'eau commune en contact avec de l'air atmosphérique, ayant été introduit dans les vases, on vit y apparaitrede nombreux animalcules (1). Cependant je dois avouer que dans le cas dont il s'agit je ne conçois pas bien la portée de l'expérience du savant Allemand.

Ce qui a pu tromper les observateurs sur le rôle de l'air dans la production des animalcules, c'est qu'on voit parfois celui-ci, comme l'a observé Schultze (2),

(i) BcRDACB, Traité de physiologie. Paris, i837, t. I, p. 25. (2) Sghultzc , Microskopische Untermehungen ueber Broum'ê Entdeckunglebender TfieHeheninallen Kœrpem, p. *2.9 (Recherches

t46 HÈTÉROGilltB.

entraîner au loin des corps organisés réduits, par le temps, à Tétat pulvérulent, et en les déposant sur des endroits où il y a de Feau, donner naissance à des Protozoaires. .C'est celte poussière, déposée à la surface des.vases à expériences, que certains observateurs inattenlifs ont confondue avec des œufs; car cette pous* sière microscopique ne produit évidemment d'animalcules qu'après s'être décomposée et dissoute dans ce liquide. On ne peut donc voir dans cet acte un transport aérien des germes organiques.

Ehrenberg, dont l'opinion en semblable matière a tant d'autorité, vient lui-même corroborer nos assertions. En effet, dans son premier écrit sur la distribution des Microzoaires , il combat vivement ceux qui prétendent que l'air est le véhicule des germes des Infusoires (1). Ce savant rapporte à l'appui de son opinion qu'il n'a jamais pu trouver un seul animalcule dans l'eau de la rosée immédiatement après qu'elle avait été recueillie (2).

On voit donc Ehrenberg combattre Bonnet et Spallanzani. Il serait bon qu'avant tout nos antagonistes s'accordassent ensemble. Poumons, qui les réfutons, nous avons, je crois, précédemment démontré que Ton ne pouvait nullement attribuer le rôle d* agent

microscopiques sur les molécules TiTantes dans tous les corps, découvertes par M. Brown).

BuiDACR, TraiU de physiologie. Paris, 1837, 1. 1, p. 24.

(1) Ehrembbrg^ Die geographisehe Verbreitung der Infunonst hier" ehen, etc. 1828. (De la répartition géographique des infusoires sur le globe.)

(2) Ehrknberg, Ibid.

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disséminateur ni à Feau ni aux corps solides, et c'est ici que nous allons nous efforcer d'en dépouiller l'air lui-même.

Si l'on examine quels sont les faits que les ovaristes apportent à l'appui de leurs doctrines» on voit qu'ils n en possèdent qu'un fort petit nombre, lis offrent seulement comme inexpugnables deux expériences, l'une faite par M. Scbultze et l'autre par M. Scbwann. Nous allons les faire connaître, et nous pouvons à l'avance dire qu'en les répétant, soit en suivant les mêmes procédés que ces savants, soit en leur donnant encore plus de rigidité, nous avons obtenu des résultats absolument différents des leurs. Ainsi donc tombe ce rempart que depuis vingt ans on opposait aux générations spontanées.

M. Longet ne s'étaye même que sur ces deux expériences pour saper tous les travaux des hétérogénistes (1). Et dans un écrit récent sur la génération des Infusoires, M. Claparède imite ce physiologiste ; et pour toute argumentation se contente aussi d'y renvoyer ses lecteurs. Ce dernier s'exprime ainsi dans son cbapitre intitulé : Generatio œquivoca.

« Nous ne voulons pas entreprendre, dit-il, de ré-

* futer ici la génération spontanée des Infusoires. Les

expériences faites à ce sujet sont nombreuses et bien

connues. Nous renvoyons donc ceux qui en seraient

curieux aux travaux de MM. Schullze (2), Schwann (3)

(i) Longet, Traité de physiologie. PanSt 1851.

[2) ScmjwiZK^ Poggendorfs Annalen, 1837.

(3) Schwann, Isis, 1837.

248 HirtEOtftîfis.

et Morren (1), qui résument au fond toutes les expé^ rîeDces faites jusqu'ici (2). 9

De toutes ces expériences nombreuses et bien eon« nues, on n'en cite cependant jamais que deux ou trois, et des savante vont même, à l'exemple de MM. Gervais et YanBeneden, jusqu*à n'en mentionner qu'une seule, en particulier, comme suffisant pour renverser toutes les autres (3). Une telle manière d'argumenter ménage toujours à son auteur un facile triomphe intérieur, mais elle ne suffit pas à ceux qui groupent les faits et qui les comparent.

Mais ces expériences de MM. Schultze et Schv^ann sont loin d'avoir toute l'autorité qu'on leur suppose; on en peut juger par la traduction textuelle que nous donnons de l'une de celles du dernier savant, inséréedans YIsU où on l'indique ordinairement (4) • Et à Tégard des expériences de M. Morren, quand on les lit, on voit qu'elles ont au fond un tout autre but que ce* lui qu'on leur a supposé.

Quelques savants, pour combattre l'hétérogénie, citent aussi l'expérience qui suit, exécutée par M. Milne

(1) MoRRBii, Essai pour déteimioer Tinfluence qu*exerce la lumière sur le développement des végétaux et des animaux dont i'origine avait été aliribuée à la génération spontanée. {Observateur médical belge, 1834, et Ann, des se. nat,, 1835.)

(2) Glaparéde, Mémoire pour le concours du prlw de physiologie ' (manuscrit).

(3) GsavAis et Van Beneden, Zoologie médiccde. Paris, 1859^ t. Il, p. 309.

(4) ScHWANR • Traduction de 17m. ^ « l\ avait versé un peu d'une infusion organique dans un globe en verre^ laissant la majeure partie de ce globe remplie d*air atmosphérique. 11 fermait ensuite les ouvertures pratiquées dans le globe en fondant le

ÉLIMmATION DE l'aIR. 240

Edwards. Ce zoologiste mit de l*eau contenant des substances organiques dans un tube , et fit bouillir le mélange pour tuer tous les germes d'êtres vivants qui pourraient s'y trouver, et ensuite il effila ce tube à la lampe d'émailleur et le scella hermétiquement. Ce savant remarqua qu'aucun Infusoire ne se développait dans ce tube, même après un laps de temps considérable.

Cette expérience que Ton s'étonne de voir certains

vcrre/et le globe fût mis dans l'eau boaillante ou bien dans le « Pot papinianien n, d*où on le sortait après un quart d^heurOf Si des animaux se montraient api es un certain intervalle , c^est qu'ils s'étaient formés par la generatio œquivoca^ car les germes existants avaient été détruits par la cbaleur de Feau bouillante. S^il n'y avait pas d'animaux microscopiques, c'est qu'il n'y avait pas de generatio cequivoca, puisque à l'exception des germes^ toutes les conditions pour la formation de ces animaux subsistaient, lusqu'ici le docteur Schwann n'avait encore remarqué aucune formation d'animaux microscopiques dans ce globe. Pour éviter l'objection que la matière organique transformerait , pendant que l'eau bouillait, l'oxygène de l'atmosphère enfermée dans le globe en carbone (en principe charbonneux) , le docteur Schwann avait modifié son appareil de la manière suivante : le cou de l'alambic fut courbé de haut en bas, puis tordu en forme de genou, de manière que l'autre extrémité se retrouvait tout droit debout. On y joignit, en soufflant, une petite boule. L'autre bout de l'alambic fut tiré, allongé, de manière à former pointe, et puis cassé. Ceci terminé, on remplit le genou de mercure et l'on vers«-i, pardessus cela, une infusion organique dans la petite boule, dont on fermait^ en soufQant, l'issue. Le mercure séparait donc , pendant TébuUition de l'eau, le fluide de l'atmosphère renfermée dans l'alambic. L'opération de bouillir terminée, on inversait rappareil> le mercure descendait et l'infusion entrait en contact avec l'air atmosphérique dans l'alambic. Mais là encore il ne se montrait pas d'animaux microscopiques. Otton , Renner, Sacbs, Huschke doutaient que de ces expérien , expériences très-ingénieuses du

t50 HiTiROGilfIB.

physiologistes invoquer, et tel a été M. Longet (i), pour saper l'hétérogénie, ne doit pas même nous occuper, parce que sa direction est telle qu'elle ne peut coïncider avec la vie. L'intérieur du tube étant absolument privé d'air, ne peut ni donner naissance, ni même permettre de vivre à aucun être organisé. Déjà Bulliard avait fait quelques tentatives semblables (2) et nous n'avons pas cru devoir répéter son expérience ni celle de M. Milne Edwards, bien persuadé à Tavance que nous devrions obtenir le même résultat qu'eux. Admettez même qu'on puisse placer des êtres vivants dans de telles conditions, et immédiatement on les verra périr comme dans le vide du marteau d'eau. Cependant Spallanzani avait prétendu que les animalcules du dernier ordre pouvaient naître dans des infusions scellées hermétiquement, et qui avaient bouilli. Mais quoique ses expériences viennent élayer l'opinion que nous nous efforçons de faire prévaloir, elles nous paraissent de nulle valeur, tant elles manquent de précision (3). Si le physiologiste de Pavie eût bien bouché ses matras, aucun Infusoire n'y fût apparu.

BXPÈRIBIfG£8 BXÈCOTÈES A VAISSEAUX CLOS.

Pour mieux élucider ce sujet, nous le partagerons en

reste ^ l'on pût conclure la non-existence de la gweratio œquivoea ». (Isis, 1837^ p. 523.)

(1) LoRGBTy Traité de physiologie. Paris, 1851.

(2) Bulliard, Histoire des champignons de France, Paris 1809. 1.1, p. 115.

(3) Spallakzani, Opuscules de physique animale et végétale Parie, 1787. 1. 1, p. 29.

ÉLIMINATION DB l'aIR. 25i

deux parties. La première traitera des expériences exécutées à vaisseaux clos, et c'est dans celle-ci que l'on trouvera le récit des deux tentatives qui viennent d*élre mentionnées et celui de nos travaux contradic-. toires. La seconde partie contiendra l'exposition des expériences exécutées à l'air libre, et qui selon nous, ont une non moindre valeur que les autres, quand on les interprète avec un esprit exempt de toute prévention.

Les seules expériences fondamentales qu'on ait opposées à l'hétérogénie sont celles de M. Schultzeet de M. Schwann, insérées dans les Annales de Poggendorf{i).

ExPÉRiENCB DE ScHULTZE. — Yoici eu quoi consiste l'expérience de M. Schultze. Il prit un flacon dans lequel il mit des substances végétales et animales, et ensuite celui-ci fut rempli d'eau distillée que Ton fît bouillir pour détruire tous les germes d'êtres vivants qui pouvaient s'y trouver en suspension. Le bouchon de ce ballon était traversé par deux tubes à analyses munis de leurs boules. Celles de l'un des tubes étaient pleines d'acide sulfurique concentré ; celles de l'autre contenaient une solution de potasse. Cet appareil fut ensuite placé sur une fenêtre et à côté de lui se trouvait un vase ouvert contenant les mêmes substances. Pendant deux mois, chaque jour, M. Schultze renou-

(i) ScBULTU, jérmaUsde Poggendùrf, 1837, p. 41. Couip. Edinburgh new phUosaphical Journal, 1 827^octobre.(i4nnaZe9 des sciences naturelles^ Zoologie, 1837, t. YUI, p. 320.)

Sghwanii> Des généraêians équivoques, (Annales de Poggendarf, 1837, p. 184)

2 $2 HfianiBBO(^N!B«

vêla l*air de $on flacon et examina le contenu de celuici. 11 prétend que, pendant ce laps de temps, il ne se développa aucun Infusoire, ni Moisissure, ni Con-* ferve dans le bocal fermé ; tandis que dans le critérium exposé à Tair, on vit apparaître des Monades, des Vibrions et des Polygastriques. Plane» UI, fig. 1 (1).

Schultze ajoute que, lorsque las d'attendre vainement, il débouchait son vase et y laissait pénétrer l'air extérieur, au bout de trois jours, des Infusoires y pullulaient, apportés, dit-il, par le fluide atmosphérique qui les tenait en suspension (2). Ce dernier fait est pour moi inexplical^c car nous avons déjà vu, et nous verrons encore, que dans les décoctions le phénomène ne marche pas aussi rapidement.

Mous ne concevons pas trop comment cette expérience a été conduite et comment chaque jour sans introduire de l'air, avec un tel appareil, on a pu vérifier ce qui se passait dans le flacon en expérimentation. Nous pourrions dire aussi avec M. Bérard, que cette expérience prouve tout simplement que l'air qui a traversé l'acidesulfurique est contraire à la génération spontanée (3). Mais nous n'avons nullement be<soin d'employer de tels arguments, puisque cette expéi^ence répétée avec des précautions infiniment plus grandes que celles dont parle M. Schultze nous a donné des résultats contraires et positifs. Nous avQns vu des Mucorinées, des Monades et des Vibrions se développer dans des vases qui ne recevaient que de

(i) ^BvvnEjEdinburgh new philosophieal /otimal.Janyier 1837.

(2) Schultze, Annales de Poggendorf^ 1837, p. 41.

(3) Bérard, Cours de physiobgie, Paris, 1848, 1. 1, p. 95.

ÉLIIflKATION DE l'aIR. 253

Tair qui avait traversé une grande épaisseur d'acide sulfurique,et même en plus, de Feau bouillante. Nous pouvons en outre prétendre, après une lecture attentive des Recueils scientifiques^ où l'expérience unique de M. Schultze a été insérée, que celle-ci n'offre aucune garantie sérieuse (1).

Et d'abord, malgré le titre d'Expériences sur les générations équivoques^ le mémoire ne contient qu'une seule expérience fort incomplètement exposée. M. Schultze ne dit nullement quelles substances il a employées dans l'eau qui remplissait son flacon. Il dit seulement qu'il y mit des substances animales et végétales variées; il n'en mentionne point la quantité, il ne donne aucune attention à la température qui a régné durant son expérience. Le vase employé par cet expérimentateur était une simple fiole à liqueur, dont Tunique goulot était fermé par un bouchon duquel sortaient deux tubes recourbés, dont un communiquait avec un des petits appareils de Liebig destinés aux analyses organiques et était rempli d'acide sulfurique, tandis que l'autre offrait un appareil semblable mais rempU d'une solution de potasse. Ces deux appareils avaient été adaptés aux tubes tandis que la li queur du flacon était en ébuUition* M. Schultze aspirait chaque jour deux fois avec sa bouche l'air du flacon par l'appareil rempli de potasse, et il y rentrait de l'air nouveau qui traversait les boules rempKes

(1) Sghcltzi, NMcé of ike ResuU of an Expérimental Observation mode regarding Equivocal Génération, — Edinburgh new philosophical Jowmal. Octobre 4837. — Expériences sur les générations équivoques. Ann. dessc. nat.,2* série. Zoologie, t. VUI, p.dSO.

2S4 HÉTBROGiNIB.

d*acide sulfurique ; et il dit aussi que pendant plus de deux mois que dura Texpérience, il eut le soin d'examiner chaque jour au microscope Finfusion contenue dans le flacon et qu'il n'y rencontra jamais aucun animalcule. Nous ne dirons rien du soin avec lequel M. Schultze renouvelait l'air de son appareil , il était superflu ; mais nous voudrions bien que Ton pût nous enseigner comment, dans un appareil semblable, M. Schultze a pu chaque jour, sans l'ouvrir, constater ce qui se passait dans l'infusion et en explorer les bords, comme il le dit, à l'aide du microscope! Voici pour nous ce qui est inexplicable (!)•

Nous ne parlerons nullement du critérium placé à c6té de l'appareil et dans lequel M. Schultze trouve rapidement des Infusoires, parce que si le savant de Berlin dit bien que dans celui-ci il plaça les mêmes substances que dans l'appareil, il ne dit nullement s'il les soumit également à l'action deTébullition, ce qui est fort essentiel à savoir.

L'expérience suivante tend à prouver que la facilité avec laquelle Schultze obtenait des animalcules, soit dans son critérium, soit à volonté et si rapidement lorsqu'il ouvrait le matras à expérience , n'existe pas toujours, et nous la regardons même comme fort pa-

(1) Voici comment s'exprime le traducteur du travail de M. SchuKze dans le Nouveau Journal d^ Edimbourg :

CoDtÎDued uninterxuptedly the renewal of the air lu the ÛAsk. witbout bi*ing able, by the aid of the microscope, to peroeiye auy living animal or vegetable substance, although during the whole of the time I made my observations almost daily on the edge of the liquid. »

ÉLIVINATION DB l'aIR. 255

radoxale lorsqu'il s'agit de décoction de substances végétales.

Expérience. — Un petit ballon à large goulot, d'un demi-litre de capacité a été rempli d'eau à moitié, et l'on y a ensuite introduit cinq grammes de foin. Â l'aide d'une lampe à esprit-de-vin on a entretenu l'eau en ébuUition pendant quinze minutes, et ensuite, le matras étant débouché^ son contenu a été abandonné au contact de l'air. Pendant l'entière durée de l'expérience, qui fut longue, la température fut en moyenne de 16^ cent. L'expérience fut commencée le 24 juillet. Le 2 août le liquide était diaphane et d'une teinte fauve ; sa surface n'offrait aucune pseudo-membrane, aucune bulle gazeuse; on n'y voyait aucun vestige d'êtres organisés. Le 7 août on n'y reconnut encore absolument rien. L'observation fut répétée sans plus de succès jusqu'au 1 8 septembre, c'est-à-dire pendant presque deux mois.

En présence d'un tel résultat que doit-on croire de ce qu'avance Schultzequi, dans des cas analogues, obtenait des êtres organisés aussitôt qu'il exposait sa décoction au contact de l'atmosphère?

Lorsque je me trouvai rationnellement bien pénétré de l'évidence de la thèse que je devais défendre, je me mis à l'œuvre pour la démontrer expérimentalement. Mais en même temps que mes travaux, dans cette direction, venaient chaque jour confirmer mes vues, je m'occupai, d'un autre côté, de refaire d'un bout à l'autre toutes les expériences des antagonistes de l'hétérogénie, en les répétant à plusieurs reprises, et en m'entourant de toutes les précautions imagina-

^56 HÉTÉROGiinB.

bles. Voici ce qui advint. Dans tous les cas où les physiologistes que nous combattons ont opéré de manière à ne pas entraver absolument là vie organique, j'ai obtenu des résultats entièrement opposés aux leurs, j'ai vu constamment des animalcules et des végétaux apparaître là où ils prétendaient n'en avoir jamais observé. Puis, dans les cas où les résultats ont été négatifs, dans mes expériences comme dans les leurs, j'ai reconnu qu'on le devait à ce que les conditions étaient telles qu'aucun être vivant ne pouvait subsister au milieu d'elles.

CoPmiE-EXPÉRlENCB DE SGHULTZB PAk M. POUCHBT.

— J'ai répété de la manière suivante l'expérience de M. Schuitze : Un ballon d'un litre de capacité a été rempli à moitié d'eau, et l'on a mis dans celle-ci cinq grammes de foin. Le bouchon de ce ballon était traversé par deux tubes recourbés à angle droit à cinq centimètres au-dessus de leur sortie; Tun d'eux, le tube afférent, ne descendait pas plus bas que le col de ce ballon; Tautre, le tube efférent, plongeait plus profondément et arrivait à un centimètre du liquide, afin de mieux enlever les gaz pesants qui stagneraient k sa surface. Chacun de ces tubes était articulé, à l'aide d'un cylindre de caoutchouc, avec un appareil à cinq boules de Liebig; cet appareil fut rempli diacide sulfurique concentré. Pour plus de précision, et afin de faire marcher plus lentement et plus régulièrement l'introduction de l'air et par conséquent de mieux le laver dans l'acide, nous avons employé un vase aspirateur, dont le robinet ouvert à peine n'attirait Tair que globule à globule. Ce vase recevait un

ÉLIMINATION DE l'aIR. 257

tube qui était articulé avec les boules efférentes. Le bouchon du ballon ayant été luté avec du vernis au copal et du vermillon, et les extrémités des cylindres de caoutchouc qui unissaient les diverses pièces de l'appareil ayant reçu le même lut, on plaça sous l'appareil une lampe à esprit-de-vin et l'eau du ballon fut bientôt portée à Tébullition. On l'entretint dans cet état pendant une heure, durant laquelle la vapeur sortait abondamment par les tubes. La lampe fut alors éteinte et le ballon se refroidit lentement, en aspirant peu à peu de l'air par les boules. Plane. IIl, fig. 2.

Le soir du premier jour, lorsque Tappareil était tout à fait froid, à l'aide du flacon aspirateur qu'on luta alors avec lui, on fit passer un litre d*air avec toute la lenteur possible, à travers le ballon. Puis ensuite, chaque jour, la même opération fut répétée avec les mêmes précautions, soit pour enlever les gaz qui se produisaient à la surface du liquide, soit pour fournir de l'air respirable aux animalcules qui pourraient apparaître dans la décoction. Près decelle-ci, on plaça un critérium : c'était un ballon absolument semblable à celui employé pour l'expérience , ayant reçu autant d'eau et de foin, et dans lequel ceux-ci avaient subi une pareille ébullition ; seulement on laissa le matras ouvert.

JLa marche de cette expérience a été un peu lente à cause de la saison dans laquelle nous opérions et de la basse température qui régnait, et qui, en moyenne, ne s'est pas élevée au-dessus de 1 4^ Le liquide s'est coloré lentement et est resté parfaitement diaphane et fauve jusqu'au vingtième jour, époque à laquelle il

PODCHET. i 7

C58 HÉrÉROGÉNIB.

devint un peu nébuleux^ trouble et où il $e produisit au fond un léger dépôt. Le vingt-^cpiatrième jour, on vit se former à sa surface en petit ilot glauque, d'environ deux millimètres de diamètre, qui paraissait formé d'une espèce de Pénicillium. Le lendemain on en vit un autre de la même dimension.

Enfin ^ le vingt-sixième jour, l'appareil fut ouvert et voici l'énumération de ce que nous rencontrâmes dans le liquide qu'il renfermait. Les deux Ilots étaient réellement formés d'un Pénicillium ^ très-rapproché du Pénicillium glaucum , Link, mais plus rameux et à cloisons très-serrées. L'eau était peuplée à sa surface d'une immense quantité de Spirillum ondulé, Spirilliim undula^ Eh. Duj. (1) ; et de Spirillum tournoyant, Spirillum volulans^ Eh. Duj. (2)« On y rencontrait aussi beaucoup d'autres Vibrions très-agiles de 0,0038 de millimètre. La pellicule de la surface était arachnoïde et formée de grands Vibrions morts, parfaitement enchevêtrés et ayant presque tous une longueur de 0,0200 de millimètre environ. Ça et là s'agitaient quelques Monades difficiles à déterminer. On rencontrait en outre, dans cette décoction, une abondance de Bactériums articulés d'une longueur qui variait de0,0076 à 0,01 10 de millimètre (3). Enfin

(1) Ehrenbgbg, Inftis., pi. Y, fig. 3. « Dv JAnum, Histoire naturelle des Infusoires, Paris, 1841,p, 223.

* G. F. MuLLER, Vibrio undula, Inf., pi. i, fig. 4-6.

(2) Ehrenberg, /n/W.,p1.T, fig. 13.

DujARDiN, In fus., p. 225.

O. F. MuLLER, Vibrio spirillum, Infus.^pl. vi, fig. 9.

(3) Bacterium articulatum ei Bacterium triloculare d*EBRENBERG. DuJARDiif, Infus,,ip. 216.

ÉLIMIKATION DE l'aIR. 259

on voyait aussi à certaines places quelques animalcules que je pense indéterminés. Ceux-ci étaient cylindriques, obtus aux extrémités, et renfermaient à leur intérieur de trois à cinq grosses granulations ; leur longueur était en moyenne de 0,0200 de millimètre. Il existait encore çà et là quelques semences de Ptoioilliums faciles à reconnaître.

De tels résultats, obtenus par notre contre-expé* rience, renversent donc ceux que Schultze avait obtenus dans son expérience si célèbre.

Yoici, dans cette contre-expérience, ce qui se passa dans le critérium. Le second jour, le liquide ne présente aucune production organique. Le troisième^ il offre à sa surface un certain nombre de grands Vibrions ayant pour la plupart 0^0140 de millimètre de longueur. On rencontrait aussi, de place en place , quelques Vibrio levis, nob. de 0,0336 à 0,0420 de millimètre de longueur ; enfin çà et là il existait quelques Vibrio bacillus de 80 à 1 00 divisions micrométriques, doués, ainsi que tous les autres , de mouvements très-manifestes. Le quatrième jour, la température étant de \ 4% tous les Vibrions observés la veille sont morts et forment & la suiface de >la liqueur un réseau lâche ïhanimé. Cette rapide phase de vitalité à laquelle succède une destruction complète n'aurat-elle pas été une cause d'erreur pour les observateurs qui n'ont obtenu que des résultats négatifs ? Le cinquième jour, la température moyenne est de 10**. Le réseau de Vibrions morts , formé à la surface de la liqueur est encore très-distinct, on n'observe pas le moindre animalcule vivant. Le sixième jour, tcMup.

260 HÉTÉROGÉIflE.

10% le foin est remonté et surnage un peu; la superficie du liquide , pendant la nuit, a produit quatre petits ilôts de Pénicillium glatumm. Link. Le septième jour ,temp. 15% même état. De temps à autre on aperçoit quelques Vibrions de 4 à 5 divisions micrométriques, animés de mouvements manifestes, et d'autres Vibrions, mais très-petits , qui ont des mouvements fort rapides. On ne les dislingue qu'aux plus puissants grossissements : sans une attention soutenue, on pourrait croire qu'il n'existe dans cette décoction aucun animalcule vivant. Le huitième jour, temp. 13% dans certains endroits on découvre beaucoup de Vibrions granifères enchevêtrés en pellicule et inanimés; puis beaucoup de plus petits, très-agiles, très-nombreux. Le dixième jour, temp. 14% liqueur devenue jaune, trouble; à sa surface nagent plusieurs îlots de Pénicillium. ï^ellicule inapparente. On observe beaucoup de corps inanimés de Vibrions granulés, des Monades terme. Le quatorzième jour, temp. 18% les ilôts de Pénicillium se sont agrandis et laliqueur ne contient absolument qu^une immense abondance de Monades fort rapprochées du Monas elongata , Duj . Le vingtsixième jour, jour où l'on ouvre l'appareil, le critérium n'est pas plus avancé que lui pour sa faune ; quelques rares JfonasieiTno, quelques très-petits Vibrions, voilà tout ; l'avantage serait peut-être même à l'expérience. On voit que nos décoctions à l'air libre ne sont pas aussi rapidement fécondes que celles de M. Schultze ; nous n'avons trouvé aucun Polygastrique dans cette circonstance.

Expérience. — Après avoir suivi le même procédé

ÉLIMINATION DE l'aIR. 261

que M. Schultze, j'ai conçu une expérience qui est encore plus rigoureuse que la sienne, et, dans cette tentative, que j'ai répétée plusieurs fois, j'ai obtenu encore des résultats opposés à ceux du savant étranger. Voici cette expérience : un flacon à trois tubulures, de la contenance d'un litre, fut totalement rempli d'acide sulfurique concentré. La première tubulure était occupée par un tube recourbé qui , par l'une de ses extrémités, communiquait avec une pompe à air, et par l'autre plongeait au fond de l'acide. La seconde tubulure, ou tubulure du milieu, était munie d'un siphon qui naissait au niveau de la réunion du tiers supérieur du flacon avec les deux tiers inférieurs et allait se plonger au fond d'une éprouvette vide. La troisième tubulure portait un tube allant se rendre dans le second flacon.

Ce second flacon, de la même capacité que l'autre, avait été rempli d'eau bouillante ; sa première tubulure donnait passage au tube qui provenait du flacon rempli d'acide ; né au niveau de la tubulure de celuici, il allait se rendre au fond de l'eau bouiUante. La tubulure du milieu avait un siphon offrant exactement la mêmedisposition que le précédent et reçu aussi dans une éprouvette vide. Enfin, de la troisième tubulure partait un tube allant dans le fond du troisième flacon.

Ce flacon d'une capacité égale aux autres n'offrait que deux tubulures. La première recevait le tube pro^ venant du flacon à eau bouillante ; né dans celui-ci au niveau de sa tubulure , il ne se plongeait qu'au même niveau dans le dernier flacon. La seconde tubulure portait un tube ou siphon qui, né au-dessus du

S92 HÉTÈROGÈlflB.

niveau des deux tiers du flacon, allait 8e rendre dans une éprouvette Templie d'eau .

Une forte décoction de foin bouillant ayant été introduite dans ce troisième vase et le remplissant exactementy'on hita* l'appareil avec le. plus grand soin^ à l'aide de vernis gras et de vermillon, afin de le fermer hermétiquement. L'appareil était donc absolument occupé par de l'acide sulfurique et de Teau presque en ébullition. Âlots, avec beaucoup de lenteur, à l'aide d'une petite pompe on introduisit de l'air dans l'appareil, et voici ce qui se passa, et ce que Ton voulait obtenir : l'air introduit traversa peu à peu l'acide sulfurique concentré et js' amassa à la partie supérieure du premier flacon ; la pression qu'il détermina mit en jeu le siphon qui était adapté à celui-ci et le tiers de l'acide sulfurique alla remplir la première éprouvette. Lorsque tout ce que ce siphon pouvait enlever d'acide fut parti, l'air qui avait traversé celui-ci passa dans le flacon d'eau bouillante, se déchargea des vapeurs d'acide qu'il avait pu entraîner et s'amassa au haut de ce second flacon ; bientôt le siphon se mit en action ef vida un tiers de l'eau bouillante dans la se-* conde éprouvette. Enfin, lorsque l'action de ce second siphon fut épuisée, l'air passa dans le troisième, où le dernier siphon se mit en jeu pour enlever aus^i le tiers de la décoction qui s*y trouvait contenue^ Dans cet état de choses, il n'existait donc absolument eu contact avec la dééoction mise en expérience que de l'air ayant traversé un flacon rempli d'acide stilfuriqUe concentré, et un autre flacon rempli d'eau bouillante^ double épreuve plus que suffisante pour détruire tou^

ÉLIBUHAnON DE l'aIR« 263

les germes d'animaux ou de plantes qui auraient pu se trouver dans l'air.

Ensuite on abandonna absolument l'appareil à luimême, bien persuadé qu'il ne pouvait y avoir aucune communication entre l'atmosphère et le troisième fia-* con, car, par un excès de précaution, le fond des éprouvettes contenait du mercure dans lequel plon^ geaient des siphons, afin qu'on ne pût accuser aucune action d'endosmose du liquide. La dernière éprouvette servait de critérium.

Le critérium examiné de temps à autre prouva, comme il fallait s'y attendre y que Texpérience devait marcher avec beaucoup de lenteur. Pendant plus de quinze jours, quoique exposé à l'air, iln'ofTrit cepen«» dant aucune production organique. Ce ne fut que le dix-huitième jour qu on découvrit à la surface une petite touffe de Mucorinée près de laquelle s'agitaient en abondance des Vibrions. '

L'appareil ayant été abandonné à lui-même pén^ dant vingt jours, le flacon qui contenait la décoction n'ayant reçu aucune nouvelle portion d*air, n'avait donc alors été en contact qu'avec un demi-titre de ce fluide. Avant d'ouvrir cet appareil od* put observer qu'il n'y avait pas eu la moindre communication en-* tre son jCûntenu et l'air atmosphérique ; le niveau de l'eau que les pressions'diverses avaient, dès l'origine, déterminé dans les tubes et les sipohns n ayant nuUet ment varié.

A l'issue de ces vingt jours on s* attendait à trouver à l'intérieur 'du liquide, en expérience des produits analogues à ceux du critérium, et cela eut lieu en ef-

S64 HÉTËROGÉNIE.

fet. On avait vu , dès le dix-huitième jour, se former dans l'appareil des ilôts d'une Mucorinée semblable à celle qui recouvrait alors le critérium. Quand le flacon fut ouvert, on reconnut que celle-ci était un petit champignon à mycélium , excessivement grêle, et dont les. ramifications étaient alternes, inarticulées, d*un bleu extraordinai renient pâle, d'un diamètre de 0,0028 de millimètre. Dans les ramifications de cette plante, ainsi qu'au fond du vase, on rencon^ trait un grand nombre de Bactériums articulés, Bac^ terium artictilatumj Ehr., en mouvement ou immobiles; ils étaient plus abondants au fond, où la végétation cryptogamique manquait ; on rencontrait aussi çà et là des Yibrions-anguilloïdes, Vibrio undu^ la MuU. (1), très-agiles, et des Vibrions linéaires immobiles, Vibrio bacillus, MuU.

Comme on le voit, le contenu du flacon isolé de l'atmosphère était à peu près le même que celui du critérium. Peut-on donner une plus manifeste preuve que ce n'est point l'atmosphère qui recèle les germes des animaux? La Mucorinée du flacon était évidemment la même que celle du critérium ; seulement, si elle n'offrait point d'articulations, cela provenait de ce qu'elle était un peu plus nouvellement formée ; la vie ne marchant jamais à vaisseau clos et en présence d'une faible portion d'air, comme elle marche en pleine atmosphère, car on se rappelle que dans notre appareil l'air n'a pas été renouvelé.

(1) 0. F. MuLLER, An%m,%nfu8., pi. UI, fig. 5, 7. Spirillum undula, Ehrenberg. Infusion, lab. V, fig. 12. SpiriUumundula, Dujardin. Infusoires, p. 223, pi. 1, fig. 8.

ÉLIMINATION DE l'aIR. 265

Expérience. — Connaissant combien les animalcules sont lenfs à apparaître dans les décoctions, j*ai varié celte expérience de la manière suivante, pour obtenir plus rapidement des produits et aussi des animalcules d'un ordre plus élevé ; j'ai réussi ainsi que tout me le faisait présager.

En juillet, cinq grammes de foin ayant subi l'action d'un courant de vapeur d'eau pendant vingt minutes, sont introduits dans le troisième flacon de mon appareil à acide sulfurique, précédemment décrit. Le second flacon venant d'être rempli d'eau bouillante, on versa immédiatement aussi de l'eau bouillante dans le troisième flacon et on luta hermétiquement. Ensuite chaque jour, on fit passer un litre d'air dans l'ap* pareil à travers l'acide sulfurique, puis l'eau destinée à le laver.

Après huit jours d'une moyenne de 22*" pour la température, on examina le contenu du flacon qui renfermait le foin et voici ce que l'on trouva. Le liquide offre une pellicule apparente, mince, cassante. Le microscope y signale ce qui suit : une immense quantité de Vibrions granifères et de Vibrions lisses (1) en partie vivants et en partie déjà morts. On n'aperçoit aucune Monade, et les Vibrions de petite espèce sont excessivement rares. De place en place, on découvre de petits ilols composés de granules conte •> nus dans l'enchevêtrement que forment les corps des Vibrions morts. Ces granules ne sont évidemment que des vestiges de la décomposition des Vibrions

(4) Vibrio granifer, Pouchet. — Vibrio kvis, Pouchet.

fM HÉrÉROOÈNIB»

granifôres, de fo^on que là la membrane prolîgère n'est point formée par des Monades ou de petits Vibrions, maid par les corps des grands et par leurs granulations.

Expérience. — L'expérience qui suit fut exécutée sans que Ton s'entourât des précautions si rigoureuses que l'on avait éprises dans les précédentes, et ^cependant, pour moi, elle est tout aussi explicite^ Elle offre des résultats plus évidents parce que l'on y a moins altéré les éléments génésiques. On l'exécuta dans le même appareil. On introduisit de l'eau bouillante dans le second flacon et le troisième fut rempli d'eau iU trée et de dix grammes de foin gardé pendant trente minutes dans une étuve chauffée à 200*; enfin de l'air extérieur fut introduit dans l'appareil en traversant le flacon d'acide sulfurique et le flacon d'eau bouil-* lante.

Le lendemain, la température ayant été de 1 7*, l'eau est colorée en fauve; il n'existe 4 sa surface aucune bulle de gaz, ce qui indique qu'aucun mou^ yement fermentescible ne s'est établi. On injecte alors un litre d'air.

Le deuxième jour expiré, l'appareil est ouvert. Il existe à la surface du liquide quelques bulles de gaz; la macération est légèrement trouble. Le liquide offre une pellicule proligère excessivement mince, formée d'une immense quantité de Vibrions granifères en-^ chevétrés avec des Vibrions lisses, et ayant leurs in^ tervalles remplis de Monades crépusculaires et d^ Bactériums articulés. Presque tous les Vibrions sont déjà morts, cependant quelques-uns sont encore très-

ÉLIMIMATIOR DE l'aIR. 267

agiles. De place en place aussi on voit s'agiter quel* ques Monades lentilles.

Parallèlement à cette expérience, il existe près de mon appareil un flacon de la Qiême capacité, et dans lequel, à l'aide d'une lampe à esprit-de-vin, j'ai fait bouillir le foin pendaht trente minutes. Le liquide est d'un fauve extrêmement foncé, limpide, aucune bulle de gaz n'existe à sa surface, aucune pellicule ne s'y observe. Examinée au microscope, la décoction n'of^ fre pas alors Isi moindre trace d^ animalcule !

Schwann a exécuté aussi quelques expériences qui ont eu le même retentissement et le même résultat que celles de Schultze ; mais au lieu d'employer Tacide sulfurique pour tuer les germes qu'il supposait errants dans l'atmosphère, il eut recours au feu. Ce savant, après avoir fait bouillir de l'eau chargée de matières organiques, ne faisait parvenir sur celles-ci que de l'air qui avait traversé un milieu soumis à la température de la chaleur rouge. Dans ses expériences aucun mouvement putrescible ne se manifesta dans le liquide, et jamais dans celui-ci aucun animalcule ne se développa, aucun végétal rudimentaire (1).

Voulant rendre incontestable que l'air ne peut êti*e considéré comme le véhicule des germes, et renverser ainsi le dernier retranchement des adversaires de l'hétérogénie, j'ai, à plusieurs reprises, répété Yexr périence de Schv?ann avec le plus grand soin, et même en prenant des précautions encore' plus sévères que ce savant ne l'avait fait, et, cependant) mes résultats

(1) ScHWANN, De3 générations équivoques. (Annales de Poggeni^f, 1837, p. 184.

268 HÉTéROGÉIflE.

ont été tout à fait opposés aux siens. J'ai vu des cryptogames et des Protozoaires se développer abondamment dans des vases qui n'étaient accessibles qu'à de l'air élevé à une température telle que dans l'hypothèse ou celui-ci aurait pu contenir quelques germes, ceuxci avaient évidemment été détruits.

Expérience. — J'ai pris un gros tube en verre, long de cinquante centimètres, et, afin de multiplier les points de contact et de ralentir la marche de l'air qui devait le traverser, tout l'intérieur en fut obstrué avec des filaments d'amiante et des fragments de verre. Ce tube recevait d'un côté un tuyau de gomme élastique communiquant avec une pompe à air, et de l'autre il se continuait avec l'appareil. Ce tube était disposé horizontalement et au-dessous de lui se trouvaient trois grosses lampes à esprit-de-vin dont la flamme l'entourait complètement. Venaient ensuite deux flacons, l'un à trois tubulures et l'autre à deux. Le premier de ceux-ci était totalement rempli d'eau bouillante et recevait, par sa première tubulure, un tube recourbé qui plongeait jusqu'au fond du hquide. La tubulure du milieu était munie d'un siphon qui naissait dans ce flacon vers le milieu de sa hauteur et allait se rendre dans une éprouvette vide. Enfin la troisième tubulure portait un tube qui, né à un centimètre au-dessous de son bouchon, allait se rendre dans le second flacon. Ce second flacon avait été rempli entièrement d'une décoction de foin bouillante. Sa première tubulure recevait le tube qui partait du vase précédent, et ce tube ne s* enfonçait point dans le flacon à plus d'un centimètre au-dessous du bouchon.

iLDIINATION DE l'aIR. 269

De la seconde tubulure naissait un tube faisant fonction de siphon. Il naissait vers le milieu de la hauteur du flacon et allait se rendre au fond d'une grande éprouvette vide. L'appareil ayant été luté exactement en mettant peu de lut et en recouvrant celui-ci d'une couche de vernis et de vermillon, on alluma les trois lampes ; et lorsque, après une demi-heure, il fut évident que le tube et les fragments de verre et d'amiante qu'il contenait étaient élevés à la température rouge,on poussa très-lentement de l'air dans l'appareil, à l'aide de la pompe. Cet air, à cause de la multiplicité des points de contact, fut réellement tamisé tout le long du tube, de manière à tuer incontestablement tous les germes d'animaux, s'il en contenait. De là il passa dans le premier flacon en traversant l'eau presque bouillante qu'il contenait. Immédiatement l'air introduit dans l'appareil mit en jeu le premier siphon et ce premier flacon se vida de la moitié de son eau dans l'éprouvette qui lui était contiguë. Peu de temps après, l'air traversait le tube de communication du deuxième flacon, arrivait dans celui où était la décoction de foin et mettait en jeu le second siphon, qui alors en enlevait rapidement la moitié pour en remplir la seconde éprouvette. Plane. 111, fig. 3.

Ainsi donc, tout l'air qui remplissait alors le flacon contenant la décoction en expérience avait été tamisé dans une longueur de cinquante centimètres et y avait été élevé à la température de la chaleur rouge, et ensuite cet air avait traversé de l'eau presque bouillante. Aucun germe n'avait donc pu résister. Les tubes des éprouvettes plongeaient dans du mercure.

t70 flÉTÉROGÉNIB.

P^Lns la premièpe expérience que nous tentâmes avec eét appareil, nous fûmes plus rigoureux que M. Schwânn. L*air ne fut nullement renouvelé et la décoction ne se trouva, durant tout le temps, en contact qu'avec un décimètre cube de ce fluide. Ce ne fut qu'après six semaines que Ton déluta l'appareil et Kon put avant s'assurer que l'intérieur n'avait pas reçu la moindre parcelle d'air atmosphérique, la différence de nivellement que l'eau offrit tout d'abord dans les siphons n'avait point varié depuis. le commencement de l'expérience jusqu'à sa terminaison.

Voici ce qui fût observé alors : on n'a jamais distingué de pellicule à la surface du liquide, qui a toujours été diaphane et d'un fauve foncé. Seulement après vingt-quatrejoursona vu se former de place en place des îlots de quatre et six millimètres de diamètre, composés évidemment d'amas de petits champignons reconnaissables à la loupe, à travers les parois du flacon. Ces amas, d'abord de couleur blanche^ faisaient une saillie d'un millimètre à la surface de Teau. Deux jours après, leur teirtte devint d'un vert glauque (1 ) . A Tou verture du flacon , avec le microscope on reconnut qu'ils étaient composés d'une espèce de Pénicillium très-analogue au Pénicillium glaucum de Link, ainsi que le firent soupçonner quelques vestiges de sa fructitîcation en pinceaux qu'on rencontrait çà et là. Chacun de ceux-ci était environné d'un nuage de spores libres, sphériquesde 0,0028 à 0,0040 de millimètre de diamètre, colorés en jaune très -clair. Ou-

(I) A ce moment on n*ol)servait aucun de ces cryptogames dans le critérium, ni dans le laboratoire.

ÉLmiNATlON BB b'AIR. 271

tre ces spores, on trouvait encore dans le liquide des corpuscules allongés fort petits, presque tous absolu^ ment immobiles et qui n'étaient que les restes d'une génération de Vibrions qui avait précédemment animé cette infusion. Quelques«-uns seulement jouissaient encore de mouvements. Ceci est parfaitement en har^ monie avec ce qu'a observé M. Pineau. Il a vu le Penin eillium glaucum succéder à des générations de Vibrions (1). '

Quoi qu'il en soit, voici évidemment un végétal et des Vibrionides qui se sont développés spontanément après quelques semaines^ dans une atmosphère d'air non renouvelé' ayant subi la température rouge et traversé deux flacons d'eau, presque bouillante. Il est évident que l'onne peut pas dire que là les séminules sont venues du dehors. Si ces séminules, chose impossible, avaient traversé le tube rouge, elles ne seraient même pas parvenues dans le second flacon , elles fussent restées flottantes dans le premier; enfin , on les' voit, on les connaît ; si elles pénétraient dans des appareils, on les y découvrirait... Nous les y découvrons comme on le voit, quand elles y sont réellement.

Pendant tout le temps qu'a duré l'expérience, le critérium a conservé sa transparence, et après six semaines c'était à peine si sa surface offrait une pellicule apparente. Le vingt-huitième jour il offrait quel- ({ues Vibrionigulay Duj., mais en si faible quantité

(1) J. Pineau, Recherches sur le développement des animalcules infusoires et des moisissures, (/tnn. des se. nat. Zoologie, t. III. p. 187.)

272 HÉTÉR06ÉNIE.

qu'ils auraient pu passer inaperçus. Le trente-cin* quième jour on n'y distinguait absolument rien. Enfin, observé parallèlement au Qacon et le même jour, on ne reconnut à sa surface aucun Mucor ni aucune sèminule de Mucor. De pla<ce en place seulement on voyait une ou deux Monades, un ou deux- Vibrions, pas plus.

Si les germes étaient réellement suspendus dans l'atmosphère, pourquoi le Pénicillium qui s'est si amplement développé dans le vase fermé, n'eût-il pas apparu en plus grand nombre dans le critérium exposé à l'air? Il le devait dans l'hypothèse de la panspermie. Si cela ne s* est pas réalisé, c'est que celle-ci est sans fondement. Pourquoi le critérium était-il. aussi dénué d'animaux, lui sur lequel tous les germes atmosphériques pouvaient pleuvoir?... Pourquoi! C'est qu'à l'air libre comme dans les vases fermés, les décoctions sont souvent fort peu riches en animalcules, et c'est ce qui a égaré les expérimentateurs qui nous ont précédé.

Expérience. — Nous avons tenté une nouvelle expérience dans l'appareil dont la description précède. On y abandonna , pendant six semaines , un demilitre d'eau bouillante, contenant cinq grammes de foin, après avoir introduit sur celle-ci un demi-litre d'air qui avait traversé le tube chauiïé au rouge , et ensuite le flacon rempli d'eau à 98 degrés.^ Après, et pendant tout le cours de l'expérience , aucune nouvelle quantité d'air ne fut introduite dans l'appareil.

Lorsque j'examinai le liquide je reconnus qu'il était d'un fauve foncé, diaphane, limpide. Examiné

iUMOIATION DE l'aIR. 273

au microscope, on s'aperçut que sa surface était occupée par une mince membrane proligère « formée évidemment de cadavres de longs Vibrions. Les intervalles, de ceux-ci étaient remplis de myriades de Spirillums ondulés, Spirillum undula y Ehv.y offrant de 0,0084 à 0,0124 de millimètre de longueur, nageant tantôt lentement , tantôt rapidement par un mouvement anguillolde (1).

L'air contenu dans Tappareil avait une extrême fétidité. Est-ce celle-ci qui a empêché d'autres générations de se produire ? L'odeur était analogue à celle <de rhydrogène sulfuré.

Pour les hommes qui font succéder le jugement à la méditation, et qui, sans prévention, acceptent les ilécisions de l'expérimentation, il est évident que le fait suivant, quoique dépouillé d'une partie des précautions Infinies qui ont été prises précédemment, n'en arrive pas moins au même but, à savoir : à prouver purement et simplement que les germes ne sont pas contenus dans l'air. Nous employons ici exactement le même appareil que dans les deux précédentes expériences , seulement le second flacon où est le foin chauffé à 200 degrés, au lieu d'être rempli d'eau bouillante, est plein d'eau froide. Dans ce cas, au bout de deux à quatre jours, on voit constamment une nombreuse population zoologique apparaître dans l'appareil. Le résultat est dû à ce c{ue, dans ce cas, nous n'employons pas d'eau bouillante , qui , comme

(1) SfnriUum undula, Ehrbnbbrg, Infas., pi. Y^ fig. 12. — ^rillum undula, DuiARDiN, Infiis.^ pi. I, fig. 8. — Vihrio undula, MuixER, Infusoria, tab. VI^ fig. 4-C.

POOGRT. iS

tlé HÊTÉR06ÉNIB.

nous lavons établi dans tant d'expériences spéciales , paralyse ou anéantit le mouvement génésique. Si l'on ne se reporte pas à ce qui précède, on objectera que les animalcules ont pu tirer leur origine de Teau ; nous pourrions ne pas nous préoccuper de cette objection puisqu'il ne s'agit ici, purement et simplement, que de prouver que ce n'est pas l'air qui en est le dépositaire (1). Mais nous avons démontré précédemment que l'eau ne recèle pas les germes : tous les naturalistes en copviennent aujourd'hui. Or, si dans notre appareil il se développe des Proto-organismes , comme ils ne peuvent provenir de l'air qu'on y introduit, il faut bien leur affecter un autre berceau que l'atmosphère.

Expérience. — Voici le résultat de l'une de nos expériences. On a rempli d'eau bouillante le premier flacon de l'appareil à trois lampes. On a rempli d'eau filtrée froide le second flacon et l'on y a mis dix grammes de foin passé dans une étuve chauffée à 200 degrés. Lorsque le tube fut porté à la température rouge, on introduisit de l'air dans l'appareil. Deux jours après, la température moyenne ayant été de 22 degrés , on ouvrit celui-ci et voici ce que l'on observa. La macération était de couleur fauve et sa surface se trouvait occupée par quelques bulles d'acide carbonique. Le microscope fit découvrir dans l'eau une immense quantité de Vibrions grani* fères et de Vibrions lisses ; puis beaucoup de Mona-

(1) Pour l'instant^ si Ton voulait^ on pourrait même supposer que l'eau est gorgée de germes; cela n*entrave nullement la jconclusioij.

ÂLIMIRATION DB l'aIR. 275

des crépusculaires et de Bactériums articulés (1).

Mais quoique les résultats que nous venions d*ob* tenir en répétant les expériences de MM. Schwann et Schuitze fussent absolument décisifs, nous n'en sommes pas resté là, et pour éviter toutes les objections subtiles, nous avons exécuté une série d'expériences dans lesquelles Tair atmosphérique a été absolument banni. On voudra bien, nous l'espérons, dans ce cas, nous concéder qu'un agent que nous n'employons pas doit être parfaitement vierge de tout soupçon.

Quoique mes nombreuses expériences démontrent jusqu'à l'évidence , selon moi , que l'air atmosphérique ne peut être et n'est pas le véhicule des germes des Proto-organismes, j'ai pensé que ce serait en couronner heureusement la série et en même temps ne laisser aucune prise à la critique, si je parvenais à déterminer l'évolution de quelque être organisé , en substituant de l'air artificiel à celui de l'atmosphère.

Les belles expériences de MM. Regnault et J. Reiset me semblaient à l'avance indiquerque des animaux inférieurs pourraient se développer dans cet air, puisque des animaux vertébrés y vivent bien (2) . Mes tentatives ont été couronnées de succès. Dans de l'eau totalement privée d'air et qui ne se trouvait en contact qu'avec de l'air artificiel ou de l'oxygène pur, j'ai vu des Proto-organismes variés se développer. De tels

(1) Vihrio granifer^ Pouchbt. Vibrio levis^ Pocch. Manas crepusculum, Ehrenberg. Bacterium articulatum, Ehr.

(2) Regnault et Reiset, Recherches chimiques sur la respiration des animaux des diverses cUtsses, Paris, 1849.

t76 HÉTÉROGimB.

faits suffiraient seuls pour étayer solidement les opinions que nous professons.

L'expérience que j'ai tentée en employant Fair artificiel y a été faite en commun avec un jeune et savant chimiste , M. Houzeau, dont le nom s'est déjà inscrit d'une si brillante manière dans la science.

Expérience avec l'air artificiel. — Nous ayons pris un grand flacon de cinq litres de capacité, bouchant à l'émeri. Ce fldcon a été rempli d'eau bouil«* lante et immédiatement on Ta hermétiquement fermé et renversé sur une cuve à mercure. Lorsque l'eau fut refroidie , on introduisit dans ce flacon un mé* lange de gaz oxygène et d'azote, dans les proportions voulues pour constituer de l'air artificiel; celui-ci occupa les trois-quarts de la capacité du vase. Enfin , en prenant les plus grandes précautions, on a aussi introduit dans ce flacon 10 grammes de foin qui venait d'être exposé durant vingt minutes dans une étuve à la température de 100 degrés. Ce foin ayant été en* levé de l'étuve dans un flacon à large ouverture, bouché lui-même dans l'étuve et débouché seulement sous la cuve , on l'introduisit dans le flacon. Ainsi on était certain que si quelques parcelles d'air étaient restées dans les interstices de ce foin , chaufllëes à 1 00 degrés , elles ne pouvaient receler aucun germe susceptible de se développer. Enfin , le flacon ayant été bouché sous le mercure, fut remis dans sa situalion ordinaire et tout le contour de l'ouverture , pour plus de précision , quoique le bouchon ait été enduit d'un corps gras, fut revêtu d'une couche de vernis à la copale, épaissi avec du vermillon.

ÉLmDfATioiv m l'aik. 277

Le yase fut ensuite placé dans notre laboratoire, près d'une fenêtre, et observé chaque jour à Textérieur.

Durant les six premiers jours , la température ayant été en moyenne de 1 8 degrés , le liquide resta jaune et limpide.

Le huitième, Teau commence à devenir nébuleuse; Ton aperçoit près de ses bords un îlot flottant , d'un vert glauque, ayant environ trois millimètres de diamètre, et formé sans nul doute, d'une végétation cryptogamique due à une agglomération de Penicil* Uum.

Le douzième jour la liqueur continue à être trouble« sans bulles à sa surface, et on y découvre, vers le fond du vase, un globule sphérique de cinq millimètres de diamètre, constitué très^ probablement par un amas d'Aspergillus.

Le dix-huitième jour, Teau est encore plus trouble que précédemment et il apparaît vers son milieu un nouvel Ilot flottant, formé évidemment de Pénicillium en fructiflcation«

Le vingt-quatnèrae jour le liquide présente à peu près le même aspect que précédemment, seulement il est plus trouble vers le fond.

Enfin, un mois après le commencement de cette expérience, le flacon *fut débouché. Le gaz contenu dans son intérieur n'avait contracté aucune mauvaise odeur ; la superficie de l'eau n'offrait aucune pellicule , et on y voyait flotter quatre petits îlots de Pénicillium. Dans ce liquide, qui était jaune et trouble, nageaient plusieurs flocons d' Aspergillus de grosseurs diverses,

278 riTÈROGilm.

et dont deux , composés de touffes serrées de ce champignon, offraient le volume et l'aspect des grains de groseille blanche.

L'un des ilôts, extrait et examiné au microscope, est formé d'une cryptogame très-touffue, très-ramifiée, à ramifications éparses, appartenant au genre PenicUr Uum. C'est évidemment le PeniciUium glaucum de link (1).

Les flocons qui se rencontrent immergés dans la macération, par l'aspect de leurs touffes et par la structure de leurs mycéliums, ressemblent absolument à YAspergUlus que nous avons observé dans l'oxygène dans une expérience subséquente ; mais comme ces flocons sont restés sous l'eau et n'ont pas fructifié, il a été impossible de déterminer exactement à quelle espèce appartenait la mucorinée qui les compose.

On rencontre çàet là nageant à la surface de l'eau, des grains de matière verte, sphériques, remplis de granules, et offrant 0,01 12 de millimètre de diamètre.

Malgré la température qui avait toujours été assez basse pendant la durée de cette expérience, et en moyenne de 15% et malgré l'influence défavorable que présentent toutes les expériences exécutées à vaisseaux clos, nous découvrîmes un assez grand nombre d'animalcules dans notre macération. Sa surface était remplie de Protées difiQuents, Phteus diffluens^ MuU. , Amiba diffluem^ Dujardin. On y voyait aussi un grand nombre de Trachelitis absolument analogues au Trachelius trichophorus d'Ehrenberg, jeunes, et n'a-

(1) Synonymie: Mucor aspergillus, Bulliard; Monilia glauca , Persoon; Aspergillus glaucus. Fuies.

iUMlNATION DE l'aIR. 279

yant que 0,065 de millimètre de longueur ; ils étaient extrêmement agiles, se contournant en tous sens et dardant leur longue trompe de tous côtés. Oh y voyait, en outre, quelc[ues Trachelit^ globifer, Ehr. ; puis quelques Monas elongataj Ouj., et un grand non^bre de Vibrions excessivement fins, parmi lesquels on remarquait surtout le Vibrio lineola^ Mull., et le Vibrio ruguhj Mull.

Ainsi donc voici une Faune variée d'animaux microscopiques et quelques champignons, qui se sont développés dans un milieu absolument privé d'air atmosphérique, et où celui-ci, par conséquent, n'a pas pu apporter les germes.

Cette expérience à l'aide de l'air artificiel parle avec une telle autorité, qu'il semble désormais impossible d'offrir un plus audacieux démenti aux partisans de la panspermie aérienne. Mais nous avons pu venir encore l'étayer par quelques autres faits, et l'oxygène étant la partie essentiellement vitale de l'air, nous avons pensé qu'en l'employant on pourrait peut-être voir quelques Proto-organismes apparaître au milieu de lui. Nous avons privé absolument d'air une certaine quantité d'eau, et mis dans celle-ci un corps putrescible ayant subi une température élevée, et le flacon qui les contenait ayant été rempli d'oxygène, on vit en effet des végétaux parfaitement caractérisés naître dans ce gaz! N'est-ce pas là encore une palpable preuve en faveur de notre opinion ? Voici les détails de cette expérience répétée par nous deux fois avec des résultats analogues.

Expérience avec l'oxtgéne. — Un flacon d'un

litre de capacité fut rempli d'eau bouillante et bouché herméUquement avec la plus grande précaution, et iounédiatement on le renversa sur une cuve à mercure. Lorsque Teau fut totalement refroidie, on le déboucha sous le métal, et on y introduisit un demi-litre de gaz oxygène pur. Aussitôt après, on y mit, sous le mercure, une petite botte de foin pesant dix grammes, qui venait d'être enlevée, dans un flacon bouché, à une étuve chauffée à 100% et où elle était restée trente minutes. Le flacon fut enfin fermé hermétiquement à l'aide de son bouchon rodé à l'émeri ; et pour surcroît de précaution, lorsqu'on l'eut enlevé de la cuve, on mit une couche de vernis gras et de vermillon tout autour de son ouverture.

Huit jours après, la macération était d'une couleur fauve, sans pellicule apparente à sa surface, au moins à l'œil nu, mais le foin submergé offrait sur quelquesuns des brins qui hérissaient sa petite masse, de& globules d'un blanc jaunâtre, de la grosseur d'un grain de groseille blanche, auquel de loin ils ressens blaient parfaitement. Ces globules, au nombre de huit à dix, mais dont quelques-uns étaient très-petits et libres dans la liqueur, paraissaient évidemment formés de filaments de Mucorinées implantés en un même endroit, et de là «'irradiant en touffes serrées» Le microscope le démontra.

Le dixième jour, le flacon, ayant été ouvert, on examina son contenu. 11 n'y avait eu entre l'extérieur et l'atmosphère aucun échange. Le gaz oxygène qu'il contenait paraissait encore absolument pur ; et les corps en ignition qu'on y plongeait activaient leur combustion.

iLUINATIOn DI l'aB. SSl

On reconnut alors que les gros flocons blanchâtres, qu'on discernait à travers les parois du vase et qui étaient immet^és dans l'eau, étaient évidemment for* mes par une espèce de champignon h mycélium trèstouffu et tassé. Les filaments de celui-ci étaient cylindriques , articulés, et leurs articulations plus rapprochées versleur base qu'à leur sommet ; des granulations fines en remplissaient les intervalles ; et oelles-ci, nombreuses vers l'origine des filaments, le devenaient de moins en moins vers leurs extrémités.

Les sporanges sont parfaitement sphériques, lisses, d'une couleur brune et d'un diamètre de 0,0700 dé millimètre; ils sont enveloppée extérieurement d'une fine membrane transparente qui recouvre les spores.

Le réceptacle dépouillé de ceux-ci, estspbérique et d'un diamètre de 0,0280 de millimètre. Sa surface est finement marquée de points indiquant l'implantation des spores. Ceux-ci sont ovoïdes et implantés tout autour du réceptacle ; le plus ' long diamètre de ces spores varie de 0,0056 à 0,0084 de millimètre et leur plus court de 0,0028 à 0,0050.

Cette ^ante, que je pris pour un ÀspergiUm, ne me paraissant point avoir été décrite , afin de m' éclairer à ce sujet, je me suis adressé à M. Montagne, dont l'autorité en semblable matière a une si haute valeur. I) a pensé aussi que c'était une espèce nouvelle, et il lui a plu de lui imposer le nom à'Aapergillus Pouchetii (1). J'ai respecté sa décision.

Comme durant ces derniers temps, plusieurs sa-

(I) MoniACNE, Planta celtutalres nouvelles, exotiques et indigttm.Pah, 18S0,S< centurie, 9* décaile.

282 HÉTiROGÉmE.

vants ont prétendu que les spores de quelques cryptogames ne perdaient leur faculté de germer qu'à une température au-dessus de 100 degrés, j'ai dû, pour donner à Texpérience dont il vient d'être question toute l'aulhenlicité possible, m' assurer s'il n'en serait pas ainsi à l'égard des végétaux qui s'étaient produits durant celle-ci.

Bulliard ayant déjà reconnu que des séminules de quelques petits champignons, et en particulier celles du Mucor sphœroceptudus^ perdaient leur faculté germinalive après une courte immersion dans l'eau bouillante, je pensai, par analogie, qu'il devait en être de même pour le champignon qui s'était développé durant mon expérience.

Ayant pris des spores du Pénicillium glaucum^ Link, je reconnus qu'ils étaient parfaitement sphériques et offraient un diamètre de 0,0028 à 0,0042 de millimètre. Je les plaçai dans un petit tube avec environ deux centimètres cubes d'eau, et celle-ci, à l'aide d'une lampe à esprit-de-vin, fut entretenue en ébuUition pendant un quart d'heure. Au bout de ce temps, on put constater, à l'aide du microscope, que les spores de ce Pénicillium étaient déformés; ils avaient perdu un peu de leur sphéricité, et leur volume était presque doublé; ils offraient alors un diamètre variant de 0,0050 à 0,0055 de millimètre.

On rencontrait aussi dans la liqueur des espèces de granules aplatis, du diamètre de 0,0028 à 0,0030, qui semblaient n'être que des débris du test de quelques séminules de ce Pénicillium, dont la substance intérieure avait été enlevée par le fait de Tébullition.

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