‹ Hétérogénie;Chapitre 24 sur 49 · DU DÉVELOPPEMENT SPONTANÉ DES MIGRÔZOÂIRES · texte numérisé non relu

DU DÉVELOPPEMENT SPONTANÉ DES MIGRÔZOÂIRES

Afin qu'il ne s'établisse aucune confusion entre nos idées et les prétentions des physiciens atomistes de l'antiquité et de leurs modernes imitateurs , nous devons insister sur ce point, c'est que la génération primaire ne produit jamais un animal de toutes pièces, mais que seulement elle engendre des ovules spontanéSy dans le milieu proligère, absolument sous l'empire des mêmes forces qui façonnent des ovules dans le tissu de l'ovaire. Ceci bien nettement posé , nous pouvons entrer en matière.

Lamarck prétend, avec raison, que c'est la même cause déterminante qui suscite les phénomènes primaires, soit dans la génération spontanée, soit dans la génération sexuelle. C'est cette cause qu'il a))pelle cause excitatrice j stimultis, et aussi aura vUalis (1).

Ce grand zoologiste nous parait avoir pénétré, en effet, tous les rapports qui existent entre deux actes en apparence si différents, mais qui, cependant, sont absolument similaires.

L'énorme répulsion qu^éprouvent certains savants pour la génération spontanée vient tout simplement

(I] Lamarck, Philosophie zoologique, Paris^ 1809, t. TI, p. 71^ 79 et 77.

DÉVBLOPPBMENT SPCKTANA MBS MIGR0Z0AIRB8. ' dt7

de ce qu'ils comparent les résultats génésiques et non leur point initial.

Cependant, secouant tout scrupule, il en est qui ne craignent pas d^admeltre que les Infusoires peuvent dériver de l'hétérogénie, parce qu*ils ne voient en eux qu'une ébauche de Tanimalilé; mais ils se scandalisent à la pensée qu'un oiseau ou un mammifère ait jamais pu surgir de la même source.

Toute dissidence disparaîtrait si ces savants se re^ portaient à Torigine des choses. Ils y verraient , en effet, que là l'animal le plus complexe se confond absolument avec le plus simple Protozoaire ; et ils re^ connaîtraient que l'un et l'autre ne sont d'abord for-* mes que par quelques rares molécules organiques , composant là un ovule presque imperceptible.

Il faut essentiellement se persuader que les mole* cules oi^aniques qui se groupent spontanément, à un moment donné, soit dans l'ovaire des animaux, soit dans la pellicule proligère des infusions, sont soumises aux mêmes lois génésiques. Dans la génération spon^ tanée, il se forme une enveloppe advenfive comme dans la génération ovarique. Seulement, dans la pre* mière on la nomme kyste, et dans la seconde, membrane viteHine; mais c'est la même chose. C'est un œuf qui, dans le premier de ses modes, continue son évolution sans fécondation, et qui, dans le second, ne peut ordinairement le faire. Je dis ordinairement, car dans quelques cas la fécondation peut manquer.

Si, dans nos expériences, c'est au contact de corps divers que se développent les Proto- organismes, il ne faut pas croire que la raison de leur apparition est ab*

solument sous l'influence des affinités ; ce serait rabaisser la création au niveau d'une attraction chimique. Non, la cause intime de la vie, cette force initiale qui en groupe le canevas, est cet esprit que Bremser considère comme le régulateur de tous les actes biologiques (1).

« La cause principale de la vie est placée dans ce que j'ai nommé l'esprit, et que l'on pourra appeler x si l'on veut ; mais qui est tout à fait différente du mélange deis substances, et par lequel ce mélange devient vivant. Si la vie n'était que le produit d'un certain mélange proportionné des substances, le chimiste, après avoir décomposé un corps organisé, pourrait redonner à ce dernier sa structure primitive ; mais c'est ce que ne peut faire le chimiste, par la raison qu'il n'est pas maître de l'esprit. »

Lorsque M. de Humboldt lui-même écrit les lignes suivantes , ne semble-t-il pas se douter des phénomènes que vont révéler les générations spontanées : <K La vie est répandue partout ; la force organique travaille continuellement à rattacher à de nouvelles formes les éléments séparés par la mort ; mais cette richesse d'êtres organisés et leur renouvellement diffèrent suivant les climats (2) .

La répugnance avec laquelle certains savants repoussent toute idée de génération spontanée, provient aussi de leurs faussas notions physiologiques. Us ne

(i) Beemseb, Traité zoologique et physiologique des vers tnlesttnauœ. Paris^ 1837^ p. 87.

(2) A. DE HuMBOi-DT, TabUauœ de la nature. Paris^ i9^S, t. Il, p.i3.

DÉVELOPPEmNT SPONTANÉ DES HIGROZOAIRES. 329

voient dans la reproduction qu'un acte accompli par la mère, et c'est là, selon nous, une immense erreur. L'œuf, au contraire, est un produit qui, depuis sa plus infime origine jusqu'à son expulsion, agit sous l'empire d'une force qui lui est inhérente, et semble ostensiblement en révolte contre l'organisme dont il dérive. Pour vulgariser notre pensée, nous dirons que la mère ne façonne pas plus son œuf que son fœtus. Souvent même c'est fort loin d'elle que ceux-ci puisent l'air, l'eau et la chaleur employés aux principales phases de leur développement. Ce qui a fait exagérer le rôle maternel , c'est qu'on a toujours pris pour point de départ les mammifères, et il faut se reporter bien au delà si Ton veut juger sainement la question.

A l'abri de la coquille d'un œuf d'oiseau , on voit s'accomplir un acte bien autrement surprenant que la formation de l'œuf lui-même. Sous la mère, un embryon qui était d'une telle ténuité qu'on en apercevait à peine les premiers linéaments, se transforme en poulet ou en jeune autruche. Elle n'a nullement concouru cependant, par elle-même, à façonner ce nouvel être, dont une muraille calcaire la sépare : le fœtus se développe à l'aide de sa seule force vitale mise en jeu par l'air et la chaleur humide. La mère est si bien inutile à cet acte que l'incubation artificielle peut absolument la remplacer ; et l'on sait même que certains oiseaux de l'Australie, si féconde en productions extraordinaires, ne couvent nullement leurs œufs. lisse contentent de les déposer dans d'immenses amas de foin ou de terre mêlée de débris de végétaux, en confiant uniquement le soin de leur incubation à la cha-

330 HÈTÈBOGiNIB.

Jeur que la fermentation développe dans ceux-ci. C'est ce que Gould nous rapporte à Tégard du TelegtMa Lathamu Gould , et du Megapodius tumulus, Gould, dont il a si bien observé la nidification (1).

Depuis le moment où un ovule groupe ses deux premières molécules jusqu'à celui où il s'isole cobh pléteraent de l'oi^anisme maternel par ses enveloppes adventives , il est constamment sous l'empire d'une force vitale, qui lui est absdunlent inhérente et à l'aide de laquelle il dégrade, à son profit, ce même organisme. Je me sers à dessein de cette expression , parce que chaque reproduction est réellement un acte énervant pour la mère, un acte de mort comme l'ap* pelait de Blainville; aussi, dans une foule d'animaux, celle-ci succombe-t-elle d'épuisement aussitôt qu'il est accompli...

Supposez alors que la force plastique, au lieu de se manifester dans l'ovaire, se produise au oem d'un amas de matière organique, il en résultera un nouveau produit qui dans l'un et l'autre cas s'élèvera à un de* gré différent d'organisation , dépendant de la nature absolue de Tun ou de l'autre milieu. De l'ovaire d'un mammifère sortira un singe ou un bélier ; de la pellicule d'une macération , un simple Microzoaire. Tout sera subordonné aux mêmes lois : celles-ci sont posées par la nature ; l'homme en interprète seulement les résultats, mais sans en pénétrer la cause.

Burdach ne semble-t-il pas étayer cette manière de voir de tout Tascendant de son autorité lorsqu'il dit :

(i) GooLD^ An introdueUon to ihe Birds of Auttralia. Londres, iS43, p. 82-87. — The Birds of AuitraUa, Londres, 1840.

DÈTELOPPBIIBIIT SPONTANÉ DBS MICROZOÀIUS. 331

« Dans la propagation par œufs, le nouvel individu se forme aux dépens d'une masse amorphe de granulations microscopiques qui ise décomposent. De pa« reilles analogies ne permettent pas de regarder comme absolument impossible que de la substance grenue, produite par la décomposition de la matière organique, il se développe un animal d'une autre espèce,, pourvu de bouche, de cavité digestive , d'oi^anes lo«. comoteurs, quoique d'ailleurs d'une structure fdrt simple (1). »

Mais quelle est cette force vitale qui se manifeste à certaine époque dans un point de l'organisme mater-, nel? Quelle est cette puissance organisatrice, ce modw fimdi aUpieagendiy comme l'appelait Stahl (2)? c'est ce que nous ne pénétrerons sans doute ja* mais (3).

Cependant, quelle que soit cette force, elle gouverne déjà la formation de l'ovule; elle la domine avec une puissance suprême, absolument identique à celle avec laquelle elle régira toutes les fonctions organiques qui vont successivement se manifester chez l'être créé. Elle se complique en même temps qu'il s'avance dans la vie; obscure et indécise d'abord, bientôt elle accroît son éneipe et finit ensuite par s'adjoindre les volitions intellectuelles*

La première étincelle de vie qui anime l'orga-

(0 BuRDACH» Traitéde physiologie. Paris, 1837, 1. 1, p. 10.

(2) Stahl,. Demonstratio de miœti et vivi eorporis vera divern-tate. Sect. lu, p. 91.

(3) Cabanis, Rapports du moral et du physiq%te de Vkoffime. Paris, 4824, t. n, p. 236.

nisme, ne doit évidemment sa manifestation qu'à certaines circonstances concomitantes. Si celles-ci manquent, tout reste dans le néant. C'est à cause de cela qu'on peut remarquer que le principe vital ne se transmet pas toujours d*une façon continue de la mère à sa progéniture : il y a un ou plusieurs hiatus durant lesquels la vie s'éteint absolument pendant un temps illimité.

On sait que certaines graines conservent fort longtemps leur faculté germinative. Duhamel rapporte que des semences de stramoine ont pu se développer après être restées vingt-cinq ans sous la terre (1) ; Frieiwald a vu des graines de melon germer après avoir été gardées plus de quarante ans (2); Roger Galen et Voss ont fait germer des haricots conservés depuis trente-trois et trente-sept ans (3). Van Svi^ieten raconte que des graines de sensilive extraites d*un herbier, après y avoir séjourné quatre-vingts ans, se sont parfaitement développées (4) ; enfin, des semences de blé, au rapport de Pline, ont été fertiles après cent ans de sommeil (5), et Gérardin dit qu'après un même laps de temps, il a fait germer des graines de haricot enlevées à l'herbier de Tournefort (6).

On peut encore citer des exemples de semences qui se sont conservées bien plus longtemps que celles

(1) Duhamel^ Traité des semis, p. 93-95.

(2) Friewald, Fhilosophical Transactions, London^ 1742.

(3) Roger Galen, Philosophical Transactions, London, 1742. Woss^ Bulletin des sdertces naturelles^ XVII^ p. 222.

(4) Van SwiETEif ^ Comment. VI, ad s. cxx\,de Podagre, p. 260.

(5) Plime, Histoire naturelle,

(6) Gérardin, Propriété conservatrice des graines.

DÉVBLOPPEMEirr SPOIHTANÉ DBS MICR0Z0AIRE8. 333

dont il vient d'être question. Ch. Desmoulins rapporte que des graines d'Héliotrope, deMédicago et de Bluet, trouvées, il y a quelques années, dans un tombeau gallo-romain du troisième ou quatrième siècle, ont parfaitement poussé dans un jardin où elles furent cultivées (1). Malgré l'assertion contraire de Rœmer(2) et de De CandoUe (3),on sait aujourd'hui que des grains de blé, datant encore d'une époque beaucoup plus reculée, et qu'on recueille à l'intérieur de quelques tombeaux de l'ancienne Egypte, germent et multiplient parfaitement dans nos campagnes. On a même vu, en Angleterre, un ognon de scille, trouvé dans les mains d'une momie, et qui, ayant été cultivé, s'est couronné de feuilles et de fleurs.

Dans tous ces cas, dira-t-on que la parcelle de vie qui devait présider à la résurrection des grains, était restée latente dans leur sein? Non, la force vitale qui s'y est révélée a dû sa manifestation au concours des circonstances dans lesquelles l'organisme a été replacé. Si la vie s'y paralysait seulement, si elle y restait à l'état latent, il n'y aurait pas de raison pour qu'elle n'en fit autant chez les animaux que l'asphyxie tue, sans qu'aucun secours puisse les ranimer, après un trépas de quelques minutes.

Dans le but de refouler toute idée de spontéparité, on s'est toujours complu à rappeler les descendances naturelles dans lesquelles le produit ressemble con-

(1) Charles Desmoulins, Echo dumonde savahty 2e année.

(2) RcBMER, Théorie élémentaire. Trad. de Tallem., t. I. p. 187.

(3) DeCandolle, Traité de physiologie végétale. Paris, 1832» t. Il, p. 623.

334 HEmoOsNIE.

stamment à l'être qui Tengendrey comme si celui-ci, ayant participé activement à sa formation, l'avait façonné à son image. L'objection tirée de la ressemblance serait de quelque valeur, si l'être producteur déployait ime force active dans l'acte génésique ; ou si, comme Buffon le prétendait, le produit extrayait tous ses éléments des divers organes maternels (1) ; ou si enfin, lorsque celui-ci natt, il était toujours semblable à ses parents. Mais rien de tout cela n'est absolument rigoureux. La mère n'a nulle influence normale sur son produit, et celui-ci se forme non-seulement à son insu , mais, en outre, par une force spéciale ; et pour rendre notre pensée à l'aide d'une métaphore vulgaire, nous redirons que ce n'est pas la mère qui le sculpte, mais que c'est lui qui se sculpte lui-même, ce qui est immensément différent. La nature a voulu que chaque être ait sa reproduction limitée et définie, et si une chose pouvait être anormale, ce serait le renversement de ses harmonieuses lois. L'annélide et l'insecte reproduisent des êtres semblables à eux et non des animaux plus élevés, ce qui serait un scandale; la membrane proligère d'une infusion donne naissance, selon sa composition, à des espèces également déterminées, et jamais on n'y voit les mieux organisées précéder celles qui le sont moins; jamais le Rotifère n'apparatt avant la Monade!

La génération spontanée se manifeste dans le milieu proligère absolument sous l'empire des mêmes lois que

(1) BuPFON^ Histoire naturelle générale et particulière. Deux- Ponts, 4786.

FORCES nflTIALBS. 335

la génération normale dans le tissu de l'ovaire. Cette dernière, à son origine, n'est aussi qu'une génération spontanée, qui ne recevra que plus tard le stimulus du mâle. Et c'est la même influence occulte qui produit un être donné dans un ovaire offrant des conditions particulières, et un autre être donné dans un milieu proligère offrant d'autres conditions.

SECTION I. — FORCES llflTIALF.S.

La démonstration des diverses phases de la génération spontanée est difficile et laborieuse ; voici pourquoi ses antagonistes ont pu si facilement l'attaquer, et pourquoi ses partisans ont quelquefois désespéré d'arriver à en dérouler de manifestes preuves.

Ainsi Sénebier prétendait qu'il n'y a eu aucun système qui ait été plus fortement attaqué et plus solidement renversé que Thétérogénie; selon ce savant expérimentateur, Bonnet et Spallanzani l'auraient même dissipé au point de n'en laisser aucune trace (1). Nous ne sommes pas de l'avis du respectable ministre genevois. Un système pour lequel ont combattu ou combattent encore des hommes tels que Buffon,Lamarck, Treviranus, Tiedemann, J. MuUer, Burdach et Bérard, est loin d'être, non pas anéanti, mais seulement énervé par deux savants, au talent desquels nous rendons hommage, mais qui sont loin d'avoir acquis

(I) Séhbbibk, j^6ati<^e de l'histoire des êtres organisés avant leur fécondation^ p. 8« daus les Expériences pour servir à l'histoire de la génération, par Spallanzani.

336 nfeTÈROGiNIB.

rillustration de ceux qu'on peut leur opposer (1).

El, quoiqu'on puisse ranger Burdach parmi les plus éner^pques partisans de la génération spontanée, ce savant prétend cependant que celle-ci ne peut être ni réfutée, ni démontrée directement d'une manière complète. Mais nous, nous pensons que le moment est enfin arrivé où l'observation directe peut éclaircir quelques points de la question ; et que s'il n'^n était pas ainsi, la solution rationnelle pourrait même acquérir toute la certitude possible. Il peut en être de l'hétérogénie comme de certains phénomènes physiques, qui, quoique inaccessibles à nos sens, n'en subissent pas moins la plus stricte démonstration à l'aide d'expériences ou d'observations indirectes, que viennent élucider toutes les ressources de l'intelligence.

Dans nos diverses observations, le microscope, par ses admirables perfectionnements, en centuplant nos sens, nous initie aux confidences du Créateur; et l'intelligence, en venant à son aide, étend indéfiniment ses mystérieuses révélations. Ainsi s'éclaircissentces sublimes et presque incompréhensibles lois qui président à l'organisation de la matière. Et c'est cet . instrument que nous allons actuellement appeler à notre

(t) BuFPON, Suppléments à l'histoire naturelle. Deux-Ponts, 1786,

Lamarck, Physiologie zoologique. Paris, 1809.

Trkviranus, Biologie. Gœttingue^ 1802.

TiEDEMANMj Physiologic de l'homme. Paris^ 1831.

J. Mdller, Manuel de physiologie, traduit de Tallemand, par

A. J. L. Jourdan. Paris, 1851 .

BoADACH, Trailé de physiologie. Pam, 1837, 1. 1. Bérard^ Cours de physiologie. Paris^ 1848.

FOBCSS INrriALES. 337

aide pour explorer tout ce que la question possède de points tangibles.

Phénomènes catalttiques. — On peut considérer comme une loi fondamentale, que des phénomènes de fermentation ou de dédoublement catalytiques précèdent ou accompagnent toute génération spontanée.

Il est curieux de voir que ceci avait déjà été soupçonné par quelques anciens alchimistes. Après avoir divisé en deux sections la production des êtres organisés : ceux qui naissent spontanément, sine arte^ et ceux qui sont le produit de l'art, quœ fil arte^ nempè alchymiamj Paracelse entrevoit déjà, dans son chapitre De getierationibtis rerum, quelle est T influence du mouvement putrescible des corps sur la génération, car là il s'exprime ainsi : Namputrefaclio est supremw gradus et primum inilium ad generationem. Puis il ajoute : Putrefactio çLiUem initium suum sumit ex htimido colore (1).

En effet, les organismes ne se produisent qu'à même la nature expirante, et au moment où les éléments des êtres sur lesquels îk s'engendrent entrent dans de nouvelles combinaisons chimiques, et éprouvent tous les phénomènes de la fermentation ou de la putréfaction. Van Helmont était dans une voie assez rationnelle , lorsque , alliant ses idées de spiritualiste à ses doctrines alchimiques, il disait qu'à Taide d'un ferment, Tarchée peut organiser la matière directement et spontanément (1).

(I) Paracelse, Chap. Degeneratiimihusrerumnaturalium, t. VI, p. 201.

(i) Vam Hkuio2«t^ OrtûsmediGinm, Amstel.^ 1648.

POUCBIT. 31

338 HÊltROGÉNIB.

Il résulte de là qu'il ne se manifeste de générations primaires, qu'après que les corps dont elles dérivent commencent à subir les premiers phénomènes de décomposition ; comme si, pour s'organiser, les êtres nouveaux attendaient la désagrégation des autres , afin de s'emparer des molécules de la substance expirante, à mesure qu'elles se trouvent mises en liberté. Il est évident que l'organisme ne puise ses éléments matériels qu'à même les cadayres des anciennes générations. Aussi Liebig a-t-il pu dire que le même atome de carbone, qui fait partie des fibres du cœur d'un certain homme, a pu, autrefois, appartenir au cœur de l'un de ses ancêtres; et que les atomes d'azote de notre cerveau, peuvent provenir de l'encéphale d'un Égyptien ou d'un nègre (1). Oken avait déjà dit que le corps des animaux n'était qu'un édifice de Monades, s' élevant aux dépens de la putréfaction, qui ne représente qu*une désagrégation de Monades (2).

Bremser envisage sous un point de vue nouveau les phénomènes qui se manifestent pendant la décomsition des organismes morts et la production de ceux qui leur succèdent. Il considère ce double mouvement comme une fermentation particulièrey dans laquelle chaque particule se désagrège de l'être en décomposition, pour entrer ensuite dans de nouvelles combinaisons organiques. Mais, selon ce savant, ces parti-* cules que le chimiste considère comme absolument mortes, jouissent d'une vitalité latente, susceptible de

(1) J. L1BBI69 Nouvelles lettres sur la chimie, Paris, 1852, p. 7.

(2) Okbr, Lehrbuchder Naiurphilosophie. léna, 1831.

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se manifester aussitôt qu*elles rentrent dans quelque organisme nouveau. D'après lui, il y a même une immense différence, entre les corps absolument morts, tels que les particules minérales, et les corps simplement privés de vie, tels que les débris organiques. Durant toutes nos opérations, aucune production animée ne peut apparaître dans les premiers, tandis que les autres en produisent constamment (1).

Aux diverses époques géologiques, selon Bremser, durant les grandes réactions qui s'opéraient à la surface de la terre, la matière et ce principe suprême qu'il appelle esprit, se combinaient diversement en produisant des êtres nouveaux, dont l'organisation se trouvait en rapport direct avec la masse en fermentation.

L'illustre médecin, dont rien n'arrête les hautes pensées, transforme ainsi le globe en un vaste laboratoire de l'organisation, dans lequel, au moment où les cataclysmes faisaient table rase des anciennes créations, de nouvelles précipitations comblaient le vide,

(1) uLe corps mort^ dit Breinser, est composé de substances toutes différentes que celui qui est organisé, et que les parties qui en proviennent après sa mort. Les corps morts se laissent aussi bien dissoudre et décomposer que les corps privés de vie. Quelques corps morts^ comme par exemple les métaiox, se laissent même transformer dans des états sous lesquels on peut à peine deviner leur état primitif; mais, par des procédés chimiques, on peut de nouveau les réduire et les ramener à cet état primitif. Des corps organisés, privés de vie, se laissent également décomposer par l'art dans leurs substances originelles, mais jamais un chimiste n'a réussi à rendre ensuite à un corps organisé et décomposé sa structure véritable et primitive. » Bremser, Op, cit., p. 84.

340 HÉTÈROGÉRIE.

en fournissant des races déplus en plus perfectionnées.

Poursuivant audacteusement son sujets Bremser exhume les révélations du passé et suppute l'avenir ; et, en voyant qu'à chaque époque de la nature, l'esprit tend à révéler sa suprématie et à dominer la matière, il s'exprime ainsi dans une belle page que nous ne pouvons résister au plaisir de reproduire textuellement :

(( Les animaux de la première création, dit-il, ne pouvaient pas être si parfaits que ceux de la dernière. Dans la première, Tesprit était encore trop enchaîné à la matière, et ce n'est qu'après s'être débarrassé de cette dernière, non propice à l'animalisation, qu'il pouvait agir plus librement et parvenir enfin à gouverner l'existence corporelle de l'organisation à laquelle il est adhérent, car l'homme, animé par l'esprit, veut, et sa volonté est une loi pour la matière. Cette assertion souffre cependant quelquefois des exceptions ; mais alors l'esprit demande plus que la matière ne peut faire, et nous devons également considérer que l'homme n'est pas un pur esprit, mais seulement un esprit borné par la matière de différentes manières. En un mot, l'homme n'est pas un Dieu ; mais malgré la captivité de l'esprit dans sa corporéité, celui-ci est déjà assez libre en lui pour qu'il s'aperçoive qu'il est gouverné par un esprit plus élevé que le sien, c'està-dire par un Dieu. Pouvoir ou plutôt devoir comprendre, cela est ce qui forme la différence entre l'homme et les animaux... Il est encore à présumer, dit Bremser, dans la supposition qu'il y aurait une nouvelle précipitation, que des êtres beaucoup plus parfaits que ceux qui ont été le résultat dçs précé-

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dentés seraient créés* L'esprit dans Thomine est à la matière dans la proportion de 30 àr 50, avec de légères différences en plus ou en moins, car c'est tantôt l'esprit et tantôt la matière qui domine. Dans une création subséquente, si celle quia formé l'homme n'est pas la dernière, il y aurait apparemment des organisations oii l'esprit agirait plus librement et oii il serait dans la proportion de 75 & 25. 11 résulte de cette considération que l'homme a été formé comme tel à l'époque la plus passive de l'existence de notre terre. L'homme est un triste moyen terme entre l'animal et l'ange ; il tend aux connaissances élevées et ne peut pas y atteindre; quoique nos philosophes modernes le croient quelquefois, cela n'est réellement pasu »

Ce qu'il y a de certain , c'est que le mouvement putrescible est si indispensable à chaque manifestation géné»que que toute production organique cesse de se former aussitôt qu'on l'arrête. Dans nos laboratoires nous remarquons même constamment queTeau dans laquelle se produisent des Microzoaires, subit des modifications dans sa composition chimique^ Burdach Ta fait observer avec raison (1), et, avant lui, Gruithuisen avait même considéré ce phénomène comme devant être une espèce particulière de fermentation (2).

Certains savants considèrent la fermentation, ou la résolution des molécules, organiques complexes eil combinaisons plus simples,xomme étant due à Tappa-

({) BcRDACH^ Traité de phfsioloffie. Paris, i^l, U M, p. 122. (2) GwnmnsEK, Biitràge zur Physiognom^ p. 116, 107.— Idées sur la physiognosie .

342 HiTÊROGÂNIE.

rition de certains organismes inférieurs (1). Yirey a rappelé que le père Kîrcher avait émis une opinion analogue (2).

La putréfaction, en désagrégeant plus rapidement l'organisme que ne le fait la fermentation, agit encore d'une manière plus énergique sur l'hétérogénie. Les molécules organiques composées qu'elle met en liberté entrent bien vite dans d'autres combinaisons : ainsi une recrudescence de vitalité tire sa source de phénomènes d'un ordre absolument opposé. La putréfaction, non-seulement dégage les molécules qui vont s'assimiler primairement à l'organisme, mais aussi, elle est ultérieurement pour celui-ci une source incessante de nutrition, puisque la plupart des aliments des animaux sont extraits des substances putrescicibles (3).

II ne serait pas déraisonnable de penser que les premiers phénomènes génésiques doivent peut-être leur manifestation à des conditions chimiques nou- Telles, qui surgissent à certaines époques, soit dans les animaux, soit dans les plantes. Liebig en avouant que nous ne savons pas faire une distinction nette entre les effets des forces vitales (4), ne nous autorise-t-il pas

(i) Liebig dit : a On sait^ en effet, par l'analyse microscopique, queialieet la levure se composent de petits globules souvent réunis sous forme de chapelet, qui possèdent les caractères des cellules végétales vivantes, et ressemblent beaucoup à certaines plantes inférieures^ à des champignons^ ou à des algues. » Nouv, lett. 9ur la chimie, p. 29.

(2) ViRET, Dict. 8c. méd., article Fbrmbiitatioii, t. XV.

(3) LiBBiGy Nouvelles leUrei sur la chimie. Paris, i852, p. 24.

(4) Ihid., p. 40.

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