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FORCES INITIALES

à émettre cette idée ; et cette opinion ne trouve-t-elle pas une certaine force dans ces nombreuses légions d'organismes, qui apparaissent dans les corps en putréfaction, ou dans ceux dont les ovules surgissent périodiquement sous Tinfluence des saisons?

La présence d'un corps qui, en se décomposant, produise de l'azote, semble une indispensable condition de l'hétérogénie ; et si, dans beaucoup de leurs expériences, certains physiologistes ont obtenu des résultats négatifs, c'est presque toujours parce qu'ils avaient préliminairement entravé le mouvement putrescible dans les substances qu'ils employaient. M. Morren, depuis longtemps, a fait connaître combien ce gaz est indispensable à la vie des Microzoaires de tous les ordres ; il a même reconnu que quand il manque, ces animaux deviennent immobiles et passent à une sorte de vie simplement végétative (1). M. Laurent prétend même qu'en donnant aux Infusoires un supplément d'azote, il déterminait chez eux un accroissement extraordinaire (2).

Cette importance de l'azote nous parait non dou* teuse. — Il semble, en effet, que pour les Microzoaires, sa présence est peut-être un élément indispensable et que ceux-ci l'emploient, en quelque sorte, à l'état naissant: c'est pourquoi Teffervescence génésique se manifeste plus amplement dans les corps

(1) MoRRENi Expériences sur l'absorption de l'azote par les onimaleuleê et les algues. -— Afm. se. nat,y Zoouhsu. 1So4, t. I, p. 339.

(2) P. Laurent, Études physiologiques sur les animakuUs des inftisions végétales. Nancy, 1854, 1. 1.

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abandonnés à la fermentation putride, où l'azote se produit avec abondance, que dans ceux qui ne subissent qu'une simple fermentation. Ce produit est aussi susceptible de leur fournir cet élément, puisque des végétaux simplement recouverts d'eau aérée, en fermentant, dégagent de l'azote, de l'acide carbonique et de l'hydrogène carboné (1).

Phénomènes de réorganisation. — D'après Lia* marck, la génération directe ne consisterait que dans la transformation de petites masses gélatineuses ou muqueuses en tissu cellulaire ; à remplir de fluides divers les cellules qui se forment ; et enfin à les vivifier en mettant les fluides contenus en mouvement à l'aide du stimulus vital (2).

L*idée du grand zoologiste, comme on le voit, était fort simple, mais nous pensons que Ton peut fouiller la question un peu plus avant, ainsi que nous allons actuellement essayer de le faire.

11 y a des molécules inertes, comme il y a des mo* lécules organiques ; les unes et les autres sont régies par d'invariables lois. A l'aide de forces particulières, qui, comme tant d'autres, nous sont inconnues (3) les

(0 Thénard, Traité de chimie. Paris, 1815. t. m, p. 410.

(2) Lamarck, Philosophie zoologique, Paris, 1809, 1. 1, p. 373.

(3) Que nous a expliqué Newton en disant : « La gravitation est l'attraction vers le centre de la terre? Quelle est la cause de cette attraction? Peut-être que les grands corps attirent les petits; bien : mais quelle est la cause que le plus grand attire le plus petit? Personne ne peut l'expliquer, et personne ne le comprendra aussi longtemps que notre esprit sera captivé par notre corporëité; mais nous le saurons quand cette tension élevée de l'esprit, ce que nous appelons dans le sens strict esprit ou inielUgence, aura quitté la matière. » Brbxseb, hc, eti., p. 87.

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molécules minérales s'agrègent avec ordre et se cristallisent sous des formes identiques ; à l'aide d'autres forces, non moins obscures, les molécules organiques se groupent pour composer des êtres vivants déterminés« Lorsqu'une force a désagrégé les molécules d'un minéral, on ne trouve pas singulier que dans des cir-^* constances différentes, ces mêmes molécules reconstituent leurs cristaux. Serait-il donc si étrange que des molécules oi^aniques, qui ont aussi leur mode d'association déterminé, s'organisassent lorsqu'elles se rencontrent dans la modalité de leur attraction sensitive? Si nous ne pouvons pas, nous, reconstituer des organismes dans nos laboratoires, cela ne dit pas que la nature ne peut pas le faire dans le sien !

Les chimistes ayant reconnu l'existence de molécules organiques complexes (1), et les médecins en ayant démontré empiriquement la présence, par la transmission des miasmes et des principes contagieux (2), il n'«st pas douteux que ce ne soient ces molécules, mises en liberté par la putréfaction, qui entrent dans de nouvelles combinaisons pour former les oi^anismes incréés.

Dans ceux-ci, chaque molécule organique primaire possède indubitablement deux éléments, l'un matériel et l'autre vital ; jsans cela le phénomène de la conti-

(l)Coinp. LiEBiG, Nouvelles lettres sur la chimie, Paris, 1852, p. 25.

(2) Comp. LAiiasi, De noœiis paludum effluvHs, Ronue, 4787. , Plather, Dissertatio de pestiferis aquarum ftuiresceniiwn exptrationibus. Leipsig^ 1747.

Nacquart, Dictionnaire des sciences médicaUs. Paris, 1819, t. XXXIU, p. 353.

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nuelle rénovation des tissus vivants serait absolument inexplicable. On ne peut attribuer ce mouvement incessant de l'organisme à la puissance de ses appareils- La preuve qu'il n'en existe aucun pour l'opérer, c'est qu'au moment où ses premiers linéaments commencent à poindre , il ne se produit d'abord qu'une trame microscopique, et celle-ci, par conséquent, ne peut être que'Je résultat des affinités moléculaires; nul organe achevé ne pouvant alors diriger, avec suprématie, le mouvement vital. Il n'y a donc évidemment là qu'une action intime de molécule à molécule. Si les molécules se sont assimilées d'abord par leur propre force, dès l'origine de la vie, doivent-elles, par la suite, perdre cette propriété?

Les plus hardis penseurs de notre époque, qui ont systématiquement soutenu l'hypothèse de la spontéparité, n'entendent plus, aujourd'hui, que les corps organisés émanent directement de matériaux inorganiques, mais qu'ils se produisent à même des éléments dissociés, qui ont précédemment subi linfluence vitale ou au moins en partie. Nous avons déjà vu qu'une telle opinion était professée par Treviranus, Tiedemann, Burdach, Bremser et J. Muller (1).

Ainsi donc, sous l'empire de la fermentation ou de la putréfaction, les corps organisés se décomposent et dissocient leurs molécules organiques; puis, après

(i) Treviranus, Biologie, Gœttingue, 1802, t. M, p, 267^ etc. TiEDBMAim, Physiologie de l'homme, Paris^ 4831, 1. 1, p. 100, etc. Bremssr, Traité des vers iniestinauœ, Paris, 1824. BuBDACH, Traité de physiologie. Paris, 1837, 1. 1. i. MoLLBR, Manuel de physiologie, Paris, 1851, 1. 1, p. 9.

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avoir erré en liberté pendant un temps illimité, lorsque les circonstances plastiques viennent à se manifester, ces molécules se groupent de nouveau pour constituer un nouvel être. Aussi, Burdach a-t-il pu dire que, dans la nature, il n'y a que deux formes primordiales essentielles de toute activité biologique : celle dans laquelle le multiple procède de l'unité : et celle dans laquelle le multiple retourne à l'unité. Notre théorie, ajoute-t-il, a donc pour axiome que la nature est la manifestation de Finfini dans le fini (1).

Mais la force agissante qui opère et qui crée, ne façonne parfois que des êtres d'une extrême simplicité. De là, il nous semble que c*est avec raison que M. Raspail dit que le type de l'être organisé peut se réduire, dans sa plus simple expression, à une vésicule imperforée, douée delà propriété d'élaborer, au profit de son développement, les substances gazeuses et liquides qu'elle attire dans son sein par aspiration ; et de rejeter par expiration ceux des éléments décomposés qui ne peuvent servir à l'assimilation (1 ). En effet, certains êtres rudimentaires, tels que les globules du sang et quelques Monades, ne semblent composés que d'une cellule élémentaire.

Depuis bien des siècles, l'hétérogénie, cette question d'un ordre si élevé, a passionné tous les philosophes. Admise par la. plupart d'entre eux, beaucoup cependant se sont révoltés avec colère contre elle. H semblait à ceux-ci qu'il était de la plus inexplicable folie qu'on pût admettre qu'il soit possible à la matière

(1) BuBDACB, TraUédi physiologie. Paris, 1837, t. U, p. 332.

(2) Raspail, Nouveau système de chimie organique. Paris, i838.

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amorphei d*engendrer des êtres organisés d'un ordre élevé. Il leur semblait que toutes les molécules matérielles ne pouvaient jamais se rencontrer dans le mode de combinaison voulu pour produire une œuvre aussi capitale qu un lion ou^qu'un palmier. Je dois me hâter de répeter que je partage largement leur manière de voir sur ce sujet, mais que ce n'est nullement là que réside la question. Pour la résoudre, il faut se reporter au point initial de Vorganisation , alors tout se simplifie et se comprend. Nous n'avons plus à nous occuper si par d'incommensurables combinaisons , des molécules se sont groupées pour former de gigantesques êtres, tels que le lion et le palmier, mais seulement si , sous l'empire d'une force initiale, quelques molécules se sont rencontrées pour engendrer un ovule imperceptible^ presque un point mathématique I

 l'origine des créations, il ne faut par chercher VêtrCy mais uniquement la force génésiquej car c'est elle seule qui d'abord se révèle, et qui, selon son énergie, détermine la modalité spécilique. Et cette force initiale, se manifeste généralement avec d'autant plus de profusion que le produit qui doit en découler est moins élevé : Tétroit canal sexuel d'un Ascaride donne naissance à des milliards de vermicuies, et le volumineux ovaire d'une cavale ne laisse tomber qu'un seul fœtus. Faites, si vous voulez, dériver cetta force initiale de l'incessante action de la nature ou admet* tez qu'elle émane de la puissance créatrice, il n'en est pas moins vrai qu'elle apparaît partout et dans tout. C'est elle qui se manifeste tantôt au milieu de

FORCBS nOTIALIS. 349

la substance de Tovaire , tantôt parmi ces amas de matières organiques répandus à la surface du globe.

Personne ne conteste cette mystérieuse puissance , mais il existe seulement de nombreuses dissidences ^ à regard de son mode d'action, de son énergie et du nom sous lequel on doit la désigner. Ces détails nous importent peu ; ce qu'il y a seulement d'essentiel pour nous, c'est que par intuition chacun reconnaît le doigt de cet immatériel agent. Qu'on le nomme âme, avec Stahl (1 ) ; archécy avec Van Helmont (2) ; tiisus formativus, avec Barthez (3) ; force plastiquey avec d'autres ; que ce soit ce que Bichat désigne sous le nom de force vUale (4); que cet agent soit simple, comme le pense Adelon, ou multiple comme le veut Gerdy (5), tout cela nous est absolument indifférent ; ce qu'il y a d'incontesté, c'est que tout, le monde convient de son existence. Nous nous bornons à constater que pour tous les physiologistes, c'est l'élément coordonnateur des divers actes de la vie, et que celle-ci cesse aussitôt qu'il abandonne l'organisme.

Ceci posé nettement, j'espère que l'on conviendra que cette force plastique, ce nisus formatwus est en quelque sorte le noyau immatériel qui préside aux

(i) Stahl, Disquisitio de mechanismi et organiemi diversitate.

(2) Vah Helmort^ Ortus medicinœ, Amsterdam.

(3) Barthsz, Nouveaux aliments de la science de Vhomme. 4778.

(4) Bichat» Recherches physiologiques sur la vie ei la mort. Paris, iSIS.

(5) ADEL05, Physiologie de l'homme.

Gekdt, Physiologie philosophique des sensations et de l'intelligence. Paris, 4846.

Tun des chefs de la philosophie allemande a pu dire :

Penser, c'est créer,

c'est édifier dans le monde immatériel, intangible.

Pour compléter l'esquisse des attributs de l'organisme, le physiologiste peut ajouter :

Vivre, c'est s'organiser,

c'est édifier, c'est créer un être sensible aux dépens du monde tangible et matériel. Et je n'ajoute pas que c'est en même temps se désorganiser, parce que les phénomènes de décomposition rentrent peut-être dans le cadre de ceux qui tiennent partiellement aux réactions physiques^:

De tout ce que l'on vient de lire dans ce chapitre, il résulte ce qui suit :

D'abord, que la fermentation et la putréfaction doi* vent être considérées comme presque indispensables à la manifestation des générations spontanées.

Ensuite, que la force plastique, dans de certaines limites, s'exerce aussi bien au milieu des substances organiques en décomposition que dans le tissu de l'ovaire.

Et enfin, que les générations spontanées dérivent aussi d'ovules, qui, à leur point initial, sont d'une petitesse extrême. Et que les molécules y sont groupées sous l'empire de deux forces.

SECTION n. — PHÉNOMÈNES PRIMAIRES. FORMATiO N DE Là PELLICULE

PROLIGÉRB.

Nous avons vu, dans la première section, que l'apparition des Proto-organismes était toujours précédée

FORMATION DE LA PKiXIGULE PR0LI6ÈRB. 353

par des phénomènes de fermentation ou de putréfaction, qui» en désagrégeant les molécules organiques, préparent ainsi la voie aux nouvelles combinaisons génésiques dans lesquelles celles-ci doivent entrer. Il résulte de là« ainsi que l'ont déjà fait remarquer Wri^erg et J. Mûller, que la formation des animalcules dans les macérations, est précédée d'un dégagement de gaz divers produits par la décomposition des substances que Ion a employées (1).

Bientôt après la manifestation de ce phénomène, on reconnaît qu'il se forme à la surface des liquides en expérience une pellicule d'abord inapparente et que le microscope discerne à peine; puis cellenû s'épaissit successivement, et finit même parfois par devenir assez tenace. Cette pellicule est évidemment composée par des débris d'animalcules, d'abord de l'ordre le plus infime, et ensuite, par ceux d'espèces de plus en plus élevées dans la série des Microzoaires. C'est cette mince pseudo-membrane que j'ai nommée pellicule proligère, parce qu'il est évident que c'est elle qui, à l'instar d'un ovaire improvisé^ produit les animalcules^ On peut y suivre leur développement à l'aide de nos instruments et reconnaître qu'ils s'engendrent à même les débris oi^aniques dont elle se compose.

Les Protozoaires qui forment d'abord la pellicule proligère sont des Monades, des Bactériums et des Vibrions, et chacun de ces animalcules lui donne un

(1) WmsBBRG^ Observationum de animaiculis infusoriis natura, GoUingue, 1765, p. 85.

J. MuLLCK, Manuel de physiologie. Paris, 1831, 1. 1, p. 16.

POQCHBT. O

aspect particulier. Comment ces animalcules sont-ils produits? d'où viennent-ils? c'est ce que nous ne pouvons dire, leur extrême petitesse les dérobant à toute espèce d'investigation. Mais plus tard apparaissent les Paramécies, les Yorticelles^ les Rérones, les Kolpodes, dont on peut reconnaître l'origine ; et quiy eux, après s'être formés à même les débris organiques des animalcules qui les précèdent, contribuent ensuite, après leur mort, à augmenter l'épaisseur de la pseudo-membrane, et à lui donner un nouvel aspect.

Yalentin prétend que la pellicule de la surface des infusions n'est que le résultat des réactions chimiques qui se manifestent dans les substances que l'on a employées, et que ce n'est qu'après que cette pseudo^membrane est apparue que l'on voit nailre les premières générations d*animalcules (1). Je m'étonne que Yalentin, qui est un des plus profonds observateurs de notre époque, se soit mépris à cet égard. La pellicule proligère , au contraire, est constamment formée, dès son origine, par d'infimes Microzoaires ; et l'erreur vient de ce que l'illustre successeur de Haller n'a fait attention qu'à la seconde génération , celle des grands animalcules, qui, eux, s'engendrent à même le détritus des petits.

La pellicule proligère étant constamment formée par les cadavres des animalcules dont les générations se sont succédé, doit présenter des caractères assez

(i) VALBNTm, Additions à Burdach. De la modaUté de Thété. rogénie. Phtsiologib, Paris, 1838, t. n, p. 123.

FORMATION DB LA PBLLICCLB PROLIGÈRB. 355

variés, et c*est ce qui a lieu en effet. Bien plus, les débris des Microzoaires s'y conservent parfois d'une si complète manière, que souvent, longtemps après leur mort, on les y reconnaît encore parfaitement. Ceci nous a permis de distinguer bien nettement quatre 'sortes de membranes qui ont des caractères très-tranchés, et que nous décrirons ci-après ; ce sont : la pellicule proligère granulée ; la pellicule enchevêtrée; la pellicule pseudo-cellulaire et la pellicule mixte.

{''Pellicule proligère granulée. — Cette pellicule est évidemment formée par des cadavres de Monades ou de Bactériums, c'est la plus élémentaire qu'il soit possible d'observer. Voici comment elle se développe dans les macérations que l'on a pris le soin d'abriter sous des cloches, afin d'éviter qu'il ne s'y mêle quelques-uns des corpuscules que l'atmosphère tient constamment en suspension.

Dans Torigine, la matière organisable est à l'état de dissolution complète dans les liquides qui la renferment, et le microscope le plus perfectionné n'y démontre absolument rien (1). Ce n'est qu'après un certain temps de repos, quinze à vingt hem-es seulement, si la température est élevée, et sous l'influence de l'air et de la chaleur, qu'on voit apparaître à leur surface des corpuscules ou molécules microscopiques, sphéroïdes, d'une petitesse extrême , et qui semblent absolument privés d'organisation. Ces corpuscules restent plongés dans la plus profonde immobilité,

(t) J. MuLLBBj Manuel de physiologie, traduit de Tallemand^ par A. J. L. Jourdan. Deuxième édition. Paris, 1851, 1. 1, p. 6.

dS(6 HÉTÉaOGÉNlE.

comme s'ils se trouvaient enchaînés à distance. Celte immobilité est même, selon nous, un caractère fondamental qui les distingue des molécules inorganiques. Et quand plus tard ces corpuscules s'animeront, leurs oscillations seront tout à fait différentes de celles qu*a observées M. Brown sur les particules inertes. C'est là la transition de la matière inerte vers la mati^ animée; c'est là la plus simple expression des particules organisatrices venant de s'échapper des corps en décomposition; c'est là enfin ce que nous nommons molécules primaires immobUes.

Ces granules ou . corpuscules globulaires , comme les appelle Tiedemann, doivent être, selon lui, considérés comme la forme élémentaire des corps organisés et comme les dernières molécules organiques douées de formes distinctes que Ton puisse apercevoir en eux (1)*

Le lendemain, des phénomènes d'un ordre opposé se manifestent dans la macération : à l'immobilité de la veille succède une agitation particulière. Les molécules organiques, sans avoir grossi en apparence et encore tellement ténues que les plus fort& microscopes ne les font apparaître que sous la forme de pointes qu'on distingue à peine, s'agitent de c^té et d'autre et sont toutes animées de mouvements que l'on ne peut méconnaître. C'est lorsqu'elles sont sous cet état que nous leur donnons ce nom de moUcides primaires mobiles.

Ce mouvenaent intime des molécules organiques,

(i) Tretihaniis^ Traité de pkynologle de l'homme. Paris, 1S5^ t.l, p. 119.

FORMATIOll DE LA PBLLICCLB PR0U6ÈRB. 357

observé par nous, avait déjà été reconnu par O. F. Mul- 1er et par M. Dumas (1 ).

J. MuUer et M. Dujardin ont essayé de réfuter ce phénomène, en prétendant que c'est au mouvement brownien qu'il faut rapporter les indices de motilité observés par les deux savants que nous venons de citer (2) ; mais c'est à tort.

Lé mouvemrat qu'offrent les molécules primaires devenues animées ne ressemble même nullement au mouvement brovmien. Dans leurs mouvements, ces molécules ne semblent enchaînées par aucune attrac*tion réciproque, et elles sont animées d'une force qui leur est * inhérente et leur permet de franchir de si grands espaces, comparativement à leur volume, qu'elles traversent parfois tout le champ du micro* scope.

Le mouvement brownien est tout différent. Dans celui-ci toutes les molécules s'agitent dans une sphère limitée, et jamais eHes n'en sortent; elles semblent enchaînées les unes aux autres par une puissance attractive, et ne varient nullement dans leurs rapports respectifs. Un oeil exercé distingue très-bien cela avec le microscope ordinaire ; mais on le prouve, sans réplique, à l'aide du microscope solaire. L'image d'un certain nombre de molécules de fer, âe laque ou d'indigo étant projetée sur un tableau blanc, je place sur

(i) G. F. MuLLERf ^fitm. tn/îi«.

DuMASj Dictionnaire ela$êiqfA9 d'histoire naturelle. Paris, 1S3$, I. VII, p. 221. Ann, des sciences naturelles, (2) I. MuLLER, Manuel de physiologie. Paris, 1851, p. 7. DujAiimif, Hisloire naturelle des infusirites^ Paris, 1S4<, p. 93.

358 HBTÉR06ÉN1E.

quatre ou cinq d'entre elles des aiguilles fines^ et je reconnais que ces molécules s'agitent en tous sens, se rapprochent ou s'éloignent entre elles, mais que jamais elles n'abandonnent le lieu où elles siégeaient primitivement, et où se trouve enfoncée la pointe de l'aiguille. On a sous les yeux, qu'on me permette cette comparaison parce qu'elle est d'une exactitude parfaite, une espèce de contredanse microscopique dans laquelle les sujets, après s'être agités diversement, reviennent toujours à leur place. Au contraire, quand il s'agit d'animalcules infiniment petits, jamais ceux-ci ne retournent à l'endroit d'où ils sont partis. J'insiste sur ce point parce que, depuis qu'il a été découvert, le mouvement brovmien a souvent été mal interprété par les physiologistes et a donné lieu à une foule d'erreurs.

Pour nous, ces molécules primaires mobiles ne sont autre chose que des Monades de la plus petite espèce, le Monas iermo, MuU. et le Monas crepusctdum^ Ehr., qu'on a d'abord aperçus encore inanimés, et qui, avec le temps, ont enfin revêtu le caractère le plus tranché de l'animalité. £t si sous leur premier état nous les appelons molécules immobiles, c'est tout simplement pour exprimer cette phase indécise de l'organisation où un être ne jouit pas encore de ses attributions distinctives ; car un animal ne peut résulter que d'une réunion de molécules, et ce nom n'est là employé que pour donner l'idée de leur agglomération el de leur infinie petitesse. La vie de ces Monades est de courte durée. Quelques heures seulement leur suffisent pour en parcourir toutes les phases; et lorsqu'elles sont mor-

FORMATION DE LA PBLLIGULE PROLIGÉRB. 359

tes, leurs corps constituent autant de granulations entassées, qui forment la pellicule que nous nommons pellicule proligère granulée, à cause de son aspect.

M. Pineau (1) a bien reconnu l'apparition de ces animalcules, mais il a eu tort en prétendant que c'était la substance organique des infusions qui se transformait elle-même, par voie de division, en granulations qui acquéraient, par degrés, les caractères de Tanimalité, et formaient autant de Monades.

Bory de Saint-Vincent, en suivant pas à pas l'organisation de la matière, a signalé aussi des phénomènes analogues à ceux que nous venons de décrire. Il dit, avec raison, qu'au moment où le liquide commence à se troubler à sa surface, celle-ci est occupée par des globules sphériques, infiniment petits, animés d'un mouvement incessant, et auxquels il donne le nom de matière agissante (2). Ce sont, selon lui, ces globules que 0. F. Mûller a figurés sous le nom de Monas termOy au nombre des Infusoires (3). Selon fiory, chaque molécule de cette matière représente une in- • dividualité, jouissant d'une vie propre, mais qu'elle peut perdre en se groupant avec d'autres molécules identiques pour contribuer à la production d'un être

(1) I. PineàUj Recherches sur le développement des animalcules in/usoires. Ann, se, nat. Zoologie, 4845, t. lU^ p. 183.

(2) BoRT DE Saint^Vincent^ Dict. classique d'histoire naturelle, Paris, 1826^ t. X^ p. 260» dit que ces globules sont d'une telle petitesse que leur volume n'équivaut pas, après un grossissement de mille fois, à celui du trou que Ton ferait dans une feuille de papier avec une aiguille extrêmement déliée.

(3) 0. F. MoLLsa, Encyclopédie méthodique. Paris, 1791, pi. I, fig. 1.

360 BtltaOGÈNIB.

plus élevé. Nous verrons plus loin que cette idée est exacte ; mais, comme nous venons de le direy chaque molécule animée n'en représente pas moins un animalcule.

D'autres fois, au lieu de Monades, ce sont des Bac* tériums qui forment uniquement la pellicule proligère. D'âd>ord on en distingue très-peu à la surface du liquide; puis ensuite d'autres apparaissent. D'abord, aussi, ik sont tous immobiles; mais bientôt leurs mouvements deviennent sensibles, et souvent en vingt-quatre heures, leur vie s'est totalement écoulée et l'on ne rencontre plus après que leurs cadavres excessivement tassés et formant une pseudo-membrane vermiculée. J'ai souvent vu des pellicules uniquement composées par le Bacteriumarticulatum, Ehr.; quelquefois aussi il s'y mêle des Monades.

2i^ Pellicule p&oligère ruchevêtrée. — Mais, la majeure partie du temps, lorsque la température est élevée, la pseudo-membrane se produit par un pro- •cédé qui diffère de celui dont il a été question dans la section précédente. On voit tout d'un coup la surface du liquide se peupler d'une immense quantité de longs Vibrions qui s'enchevêtrent ensemble en mou* rant, et forment une pellicule plus ou moins tenace. Voici ce qui se passe alors.

Dans ce cas, le rôle principal de la formation de cette pseudo-membrane est confié à deux très-longs Vibrions, qui ne me paraissent avoir été décrits par aucun auteur. J'ai nommé l'un d'eux Vibrion granifèré, à cause de sa structure, et l'autre Vibrion lisse.

Le Vibrion granifère, Vibrio granifer offre une

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