‹ Hétérogénie;Chapitre 35 sur 49 · DISCUSSION DB L^HTPOTHBSB DES MIGRATIONS · texte numérisé non relu

DISCUSSION DB L^HTPOTHBSB DES MIGRATIONS

communs dans les yeux des poissons, et qu'il en a rencontré dans presque tous ceux qu'il a disséqués. Ces vers, de genres variés, appartenaient aux Distomes, aux Diplostomes et aux Holostomes ; les uns siégeaient dans l'épaisseur des membranes, et les autres dans ses plus profondes cavités, l'humeur vitrée et le cristallin (1). Il n'est pas rare non plus de découvrir des Pilaires vivants dans les yeux des mammifères. Hopkinson, Morgan et Breinser ont observé le filaria papillosa dans la chambre antérieure de l'œil du cheval, où il est assez commun, et où parfois on le distingue parfaitement se mouvoir pendant la vie de l'animal (2). Enfin, plusieurs observations curieuses de MM. Rayer et Nordmann prouvent que l'homme luimême recèle parfois des helminthes à l'intérieur du globe de l'œil. Ces savants ont découvert des Pilaires dans le cristallin de quelques personnes affectées de cataracte (3). L'hypothèse des migrations serait bien

énorme quantité. — Nordmann, Mikrographische Beitràgn zur Naturgeschichte der wirbellosen TAiere. Berlin, i832, p. iiO, pl.i, flg. I, 2, 3.

(i) NoRDMAifN, Mikrographische Beitràge, Berlin, 1832, 1. 1, p. 219.

(2) HoPKiNSON, Account of a tvorm in a horse's Eye, In Trans, of the amer, philos, society, ilf^, p. 183. — Morgan, Of aliving snakein a living horsé^s Eyê, etc., In Trans. of the amer, society, 4786, t. Il, p. 383. — Bremser, Traité zoologique et physiologique sur les vers intestinaux. Paris, 1824, p. 18.

(3) Rater et de Nordmann, Helminthes dans VoHl de l'homme, Archiv. de médecine comparée. — Ces filai res ont paru à ces obser- Taleurs constituer même une espèce particulière, h laquelle ils ont donné le nom de filaria oculi humani. Van Beneden le nomme

• filaria leniis. — Comp. Sicuel , Iconographie ophthalmologique. Paris, 1859. — Ammon, Klinische Darstellungen, pi. XII.

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impuissante pour expliquer tous ces faits, et surtout ces derniers , quand on songe que les Pilaires sont yivipares (1) ! Sœmmering assure même avoir découvert un cysiicercus cellulosœ vivant, de la grosseur d'un pois, dans la chambre antérieure de l'œil d'une jeune fille.

Dans rbistoire des helminthes, certains faits de double ou de triple emboîtement, viennent encore cor^ roborer d*une extraordinaire manière la théorie des générations primaires. Bojanus et de Baêr ont trouvé, dans le foie de quelques limaçons, des Distomes à l'intérieur desquels il existait des Cercaires (2). De Nordmann rapporte avoir fréquemment rencontré, dans l'œil des poissons, des Trématodes qui contenaient d'autres Entozoàires microscopiques (3). Mais de Siebold a mentionné un fait bien autrement étonnant encore : c'est celui d'un Monostomum mutabilej ver qui vit à l'intérieur des palmipèdes, et dans le corps duquel il existait un œuf occupé par un jeune Monostomum, qui lui-môme contenait un Distome (4) ! Bremser rapporte avoir trouvé dans le foie d'un bœuf,

(1) Comp. Lkblokd, Quelques matériaux pour servir à Vhistoire des filaires^ Acad. des scienc. du Rouen, 1836, p. 145. — ValewciKNNES, Institut. 1 856, 4 août. — Jacobsom, Nouvelles armaUs du muséum, t. III, p. 80.

(2) BojAKDs, Isis, 1818, p. 729. — Baer, Nov. ad. nat. cur. t. XIII, p. 603.

(3) NoRDiiAMN, Mikrographische Beitràge. Berlin, 1832, p. 47. Recherches n]icroscopi<]ues, etc.

(4) Siebold. Sur le Monostomum mutabile, dansWiECMAWn's Areh. 1. 1, p. 45. Comp. aussi Carcs, du Leucoehloridium paradoxum. AoD. act. nat. cur.^ t. XVH.

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une Hydatîde de la grosseur du poing, qui, après avoir été incisée, laissa s'échapper une grande quantité de vésicules d'eau, dont quelques-unes avaient le volume d'une noix. Celles-ci étaient elles-mêmes remplies de plus petites Hydatides, dans la cavité desquelles nageaient de véritables Ëchinocoques.De sem- . blables emboîtements ont été observés sur Thomme (i). Recherches expérimentales. — En décrivant les migrations des vers, Kuchenmeister dit, sans mentionner d'exception, que l'hôte qui recèle les Cystoïdes est dévoré par les animaux carnivores, et que c'est par ce moyen que ces vers arrivent dans leur estomac (2). S'il ne s'agissait que des carnivores, si même <)e nombreuses objections ne se présentaient contre ce mode d'introduction, il resterait encore à expliquer comment les espèces herbivores introduisent dans leur tube digestif les scolex qui sont appelés^à produire les nombreux Ténias qu'on rencontre parfois sur eux; eux qui ne mangent pas de viande, et qui par conséquent ne dévorent aucun cystoîde. On pourrait citer en particulier le mouton , qui a parfois plus de cinquante Ténias dans ses intestins. En effet, & une époque où, en Normandie, on remarqua beaucoup de Ténias chez ces animaux, j'ai disséqué des brebis qui en contenaient un tel nombre, que l'intestin grêle en k\xi\, ah^ohitneai obstrué (3). On pourrait demander

(1) Brensrr, Traiié xooloçique et phynologiquB de$ vers irUeHi' nauœ. Paris, 1S24, p. iiO.

(2) KûcHEMMsiSTEii, On animal and vegeUtbU paratiteê of the hwnan body, Londres^ 1857, 1. 1^ p. 80.

(3) Je conserve encore au muséum de Rouen une anse d'inteitin gièledemouton qui est absolument interceptée par ces ténias.

aux fauteurs des migrations, comment ces moutona ont pu collecter une telle abondance d'Entozoaires. On ne peut pas dire qu'ils dévorent de la chair de porc ! . . . Où étaient donc les cystoïdes qui ont engendré leurs cestoïdes?

Les partisans des migrations seraient tout aussi embarrassés à l'yard des chamois mentionnés par Bremser, et dont il a été question. Qui pouvait leur avoir communiqué cette abondance de vers dont parle le célèbre helminlhologiste? Relégués vers les confins des neiges éternelles, il n'y a pas là de chiens pour souiller d'immondices leurs solitaires pâturages, et ils ne mangent pas de chair d'animaux I

Il est essentiel de constater ici que le cysticercus cellulosœ vit parfaitement sur l'homme, et .qu'on l'y a déjà observé un assez grand nombre de fois. Sur notre espèce, ainsi que t'a fait remarquer R. Ovren, c'est spécialement dans les muscles qu'on le rencontre (1). On l'a parfois observé en Angleterre, mais il y est rare; sur le continent, au contraire, on le rencontre assez fréquemment. Rudolphi rapporte que sur deux cent cinquante cadavres humains qui sont annuellement disséqués à l'Ëcole d'anatomie de Berlin, on en compte quatre ou cinq qui contiennent un nombre plus ou moins grand de Cysticerques (2).

Les observations dePIater (3), Bonet, Rudolfdii,

(1) R. ùvtv,TheCyclopadia ofanatomy and pkyiiology de Todd. Londres, 1839, art. fnloxoa, p. 119.

(2) Culle observation fui raîte par Rudolphi durant pluaieun anndcs con^ticiitives.

(3) Platbb, Observ. Ub. III, p. 3. — Bokr, Sepulentum rive Ànatomia praetùa. Geoève, 1607, — HiwOLni, Lettn de Brem-

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Bremser, Yaa Beneden, ayant parfaitement démontré que les Cysticerques se développent aussi bien sur l'homme que sur les animaux^ on ne voit pas pourquoi le porc deviendrait l'indispensable intermédiaire par lequel ces vers devraient passer avant de venir se fixer dans nos intestins. Or, puisque notre espèce est aussi apte à nourrir ce Cysticerque que T espèce porcine, et qu'elle doit encore être plus apte qu'elle à le contracter^ possédant ce vers adulte^ rempli de sa progéniture, nous devrions en être plus fréquemment infestés.

M. Gh. Vogty quoique prétendant que la théorie de la génération spontanée est ébranlée et renversée sur tous les points, ne nous satinait pas, tant s'en faut, à l'égard des voies par lesquelles il explique les migrations des- Helminthes (1). « Dans tous les pays où le Bothriocéphale est si fréquent, dit-il, on a l'habitude, d'arroser les plantes qui servent de légume avec des. excréments liquides, puisés dans les fosses d'aisances. Il n'y a point de doute qu'un certain nom** bre d'œufs deBothriocéphales, rejetés avec les excréments, ne parviennent, avec la salade et d'autres lé* gumes crus, dans les intestins de l'homme. »

Les physiologistes modernes s'efforcent de faire intervenir le porc commun, comme l'indispensable nourricier des Ténias qui infestent les Anglais et les Fran-

$er, — Breiisgr> Traité zoologique et physiologique de$ vers ir^ teetinaux de l'homme. Paris, 1824, p. 228. — Geryais et Var Bbrkdsii, Zoologie vnédicale. Paris, i859, 1. 11, p. 251.

(1) Gh. Voot, Sur la tranemigratlim des vers. Bib. unW. de Genève, 1851, t. XVIII, p.

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çais; M. Vogt, à l'égard du Bothriocéphale, y va plus franchement. Selon lui, cet Helminttie n'est pas enchaîné, comme le Ténia, à faire un pénible stage et un voyage encore plus pénible pour parvenir dans le corps humain : il l'envahit directement. J'ajouterai seulement que c'est par une inconcevable erreur que ce savant prétend qu'en Hollande, ce pays de l'idéal de la propreté, ou en Suisse^ on arrose les légumes avec nos excréments liquides.

A l'exemple de M. Vogt, Van Beneden pense aussi quelesœufs desBolhriocéphales sont introduits immédiatement dans notre intestin. 11 croit qu'ils se trouvent dans l'eau que nous buvons et que leurs embryons ne s'enkystent pas (I). Mais on se demande comment donc il se peut qu'il y ait une si extraordinaire différence entre les mœurs et le développement de deux helminthes aussi rapprochés que les Ténias et lesBothriocéphales 7 Et, d'un autre côté,, ne sait-on pas que depuis un siècle, Schreiber et Bremser ont combattu ce mode d'introduction des vers avec une incontestable supériorité, en joignant l'expérience à la sévérité de l'argumentation (2).

En admettant même, dans toute leur extension, les théories de Kttchenmcister, de Siebold et de Van Beneden, sur les migrations des helminthes, il serait de toute impossibilité d'expliquer, à l'aide de celle^i, les Cœnures et les Êchinocoques. En effet, si un embryon arrive dans un site et qu'il y produise un helminthe

(1) Van Benedeh, Zoologie médicale. Paris, i850, t. H, p. 237.

(2) Schreiber cité par Bremser. — Brbhsbr, Traûé zoologiquê et physiologiqtte des vere inUitinaum, Paris, 1824.

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vésiculaire , un Cysticerque, cela se conçoit; mais que cet embryoo-là, tantôt donne naissance à un ver vésiculaire simple, et tantôt donne naissance à une vésicule qui/elle-mème, engendre de nombreux embryons, je ne conçois plus cet être avec de si étranges prérogatives. On ne dira pas, sans doute, qu'à l'endroit où se développe un Échinocoque, il s'est amassé des myriades d'œufs de Ténia, comme à une espèce de reiïdez-vous, tandis que Ton n'en trouve nulle part ailleurs, dans l'économie. En effet, si leur migration s'était produite sur une si vaste échelle, pour qu'il s'en arrêtât autant à une'place,on en verrait quelques-uns ailleurs, et souvent il n'existe sur un animal qu'une seule vésicule de Cœnure ou d' Echinocoque. Al'égard desËchinocoques,les migrations ne peuvent donc paraître sérieuses. Et l'on sait que ces helminthes sont une objection terrible à la théorie nouvelle. M. G.Busk aVoue lui-même avoir fait d'infructueux efforts pour éclaircir leur dissémination (1).

Depuis longtemps, la vésicule enveloppante des Ëchinocoques a été signalée comme jouant un rôle actif dans la production de ceux-ci ; Laennec, sans la connaître à fond, l'avait déjà entrevu (2). Délie Chiaje a insisté sur ce sujet, et, dans une plus récente produc-

(1)G. BusK, Some observations on the Natural History of the EchinococciAS, Dans the transactions of the microscopical society of London, f 840^ vol. 11^ p. 49.

(2) Laehrec, désignait ces helminthes sous le nom d'hydatides ou d'acéphalocystes. — Delle Chiaje, Cumpendio di Elmintografia Umana. Naples^ 1825^ p. 30. — Thomas Hdxlet, On the Ànatomy and Development of Echinococcus vHerinorum. Zooh' gical Society, Ann. and. ofmag. nat. hist. 1854, p. 379, pi. zi.

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tion, T. Huxley représente, dans une figure hypothétique, la production des Ëchinocoques par la iace interne de la vésicule qui les contient. Enfin, M. Robin a démontré, d'une manière évidente, comment cette membrane interne des Ëchinocoques, qu il appelle membrane mère ou fertile, produisait de jeimes individus par une espèce de gemmation. Toutes les phases de leur développement sont représentées avec soin dans le travail de ce savant (1).

Nonobstant tout cela, Van Beneden prétend que les Ëchinocoques ne sont qu'un état particulier des vers Cestoïdes (2) ; et, au contraire, de Siebold affirme que ce ne sont que des Ténias malades, hydropiques (3).

On le voit, ces deux savants se trouvent à cet égard étrangement en dissidence.

Si Ton penchait vers Thypothèse de de Siebold, n'aurait-on pas à s*étonner de voir des êtres malades, jouir d'une fécondité qu'on ne rencontre pas chez ceux qui se trouvent dans l'état normal !

Si, avec Van Beneden, on considère les Ëchinocoques, comme n'étant que des vers Cestoïdes agames (4), alors, ce sont donc les mêmes êtres agames qui, tantôt, sont isolés et obligés d'exécuter une labo-

(1) Robin, Dictionnaire de médecine de Nysten, Paris, i838, p. 468.— Griffith et A. Henfret^ dans The micrographie dictionary^ London, i856, ont représenté cette gemmation sur la face externe de la membrane de VEchinococcus velerinorum. Riid. pi. xvi, f. 2.

(2) Van Beneden, Les vers cestoïdes ou acotyles. Bruxelles, p 83. Zoologie médicale. Paris, 1859, t. H, p. 216.

(3) De Siebold, Zeitschr. fUr wiss. Zool. i 850, p. 220.

(4) Gervais et Van Bbnedbn, Zoologie médicale. Paris, 1889, 1. 11, p. 216.

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