‹ Hétérogénie;Chapitre 36 sur 49 · DISCUSSION DE L^HYPOTHÂSB DES MIGRATIONS · texte numérisé non relu

DISCUSSION DE L^HYPOTHÂSB DES MIGRATIONS

rieuse pérégrination, pour aller sur un autre animal s'y métamorphoser et s*y revêtir d'un appareil sexuel, afin de produire des embryons (1) ; et qui, tantôt, sont agglomérés, et, tout agames qu'ils sont, donnent nais* sanceà ces mêmes embryons, par simple gemmation, à la surface de leur membrane interne (2) !

L'esprit ne suit qu'avec difficulté ce dédale de contradictions. Et, en voyant la membrane interne granuleuse des Ëchinocoques, donner naissance, par gemmation, à une nouvelle progéniture, dont l'apparition se voile des plus profondes ténèbres, n'est-il pas plus évident qu'elle y prend spontanément naissance, par cette espèce de gemmation si bien décrite par les observateurs. Ainsi naissent les Microzoaires, dans les granules des membranes proligères.

Un Nématoide microscopique déjà mentionné, le Trichina spiralis (3) , qui envahit tous les muscles de Thomme, et même ceux de l'oreille interne, offre un argument sans réplique en faveur de Thétérogénie. Tout le monde l'a parfaitement senti ; cependant, que peut-on opposer aux expériences de Herbst, que nous avons citées? Rien, tant elles sont précises. On ne peut que louer celui-ci d'avoir été assez heureux pour rencontrer tant d'animaux infestés de ce ver, lui qui est si rare chez nous; et ensuite, d'avoir si merveilleusement

(!) Les cysticerques obliges d'aUer sur un autre animal se transformer en ténia!

(2) Les ëchinocoques, produisant des embryons libres à leur intérieur !

(3) R. OvER^ Transactions de la soeiiti zoologique de Londres, 1835^ 1. 1, p. 315.

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réussi (1). Seulement, on pourrait objecter à cette expérience que de Siebold ne considère le Trichina spiralis que comme une espèce qui s'est égarée dans ses migrations, et que, par conséquent, il est réellement fort extraordinaire que ce ver se soit constamment fourvoyé durant les expériences de Herbst (2). Ainsi, nous opposons toujours les expérimentateurs les uns aux autres.

Remarques sur les transmigrations des vers. — Je n'ai nullement & me préoccuper, dans ce travail, si les CysticerqueS sont ou non de jeunes Ténias; ce qui m'intéresse seulement, c'est d'élucider par quels moyens les vers parviennent ou apparaissent dans les organes variés où nous les trouvons. M. Leuckart, qui assure avoir très-souvent vu se produire des Cysticerques sur des mammifères que l'on avait nourris avec des proglottides, dit lui-même : « Je regrette de ne pouvoir pas encore indiquer assurément la voie par laquelle les embryons parviennent dans le foie, n'ayant pas encore été assez heureux jusqu'à présent pour trouver l'embryon voyageur (3). » Ce serait cependant là, il faut en convenir, la chose fondaiàentale.

(1) Herbst, Expérience sur la transmission des vers intestinaux. Société des sciences de Gœtlingue, 1851. InsUtut, n^ 995. Ann. scienc. iiat. 1852.

(2) C. T. DE Siebold, Mémoire sur les vers rubanés et vésiouhires de Vhomme et des animaux, Ann. se. nat. Zoologie. 1855, t. IV, p. 72. Ce savant considère aussi comme des vers égarés les cysticercus cellulosœ que Ton rencontre sur l'homme^ ce qui, dit-il, arrive assez souvent.

(3) R. Leuckart, Lettre relative à de nouvelles expériences sur le développement des vers intestinaux, Ann. se. nat. Zoologie, 1855, 1. 111, p. 352. — Rûchenmeister rapporte cependant que ce phy-

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La lettre de M. Leuckart, qui me parait avoir été provoquée par de légitimes interpellations de M. Yalenciennes, ne me semble nullement répondre à celles-ci; et j'avoue ne pas en comprendre divers points^ et en considérer d'autres comme tout à fait contraires à la thèse que soutient le naturaliste étranger. Nous dirons d'abord que vraiment il ne nous semble point extraordinaire qu'après avoir nourri des lapins avec des œufs de Ténia, on trouve le corps de ces Rongeurs rempli de Cysticerques. Ils en sont si commu- Dément affectés, qu'on pourrait y en rencontrer de même sans leur avoir donné cet aliment. Mais ce que je ne m'explique pas, c'est comment Leuckart, après avoir fixé à 1 ou 2 millimètres la longueur des Cysticerques, au moment de leur éclosion, à quelques ligncsdelà, dit que leurs embryons perforants n'offrent quel/12 de millimètre d'étenduel Enfin, l'expérimentateur étranger n'est pas tellement sûr de l'itinéraire de ses jeunes voyageurs, pour qu'il ne soit forcé de convenir qu'il soupçonne que, parfois, quelques-uns d'entre eux se développent dans le mésentère, sans avoir parcouru le foie (1).

Maintenant, occupons-nous des importants travaux de de Siebold. Mais qu'il nous soit permis de dire, en commençant, que ce grand zoologiste avoue lui-même que les premières tentatives relatives aux migrations des vers, ont fomenté des discussions de toutes parts, et qu'on a reproché au docteur Kûchenmeister de

siologîste, nouBravODs dît, a trouvé des embryons dans la veine porte. Kûcb., t. I, p. 50.

(1) K. Leuckart^ /d., p. 354.

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n'être pas assez bon helminthologistc pour pouvoir élucider la question (1). Donc, dès le début, nous trouvons déjà en dissidence les deux grands promoteurs des nouvelles doctrines.

Après cela, on nous pardonnera, nous Tespérons^ si nous nous permettons encore quelques doutes. Nous dirons d'abord, que les premières expériences de de Siebold sont loin, pour nous, d*élre plus concluantes que celles du savant de Zittau. Nous n'y trouvons nullement la précision, la rectitude, qu'on doit s'efforcer d'admettre dans de si délicates recherches, et nous trouvons aussi que ce premier mémoire est loin, pour les résultats, d'être en harmonie avec celui que nous analyserons ensuite.

M. de Siebold n'énonce les résultats de ses expériences qu'avec un vague qui étonne. Là il se contente de dire que les chiens tués plusieurs jours après l'ingestion des Cysticerqucs offraient des Ténias de i à 3 pouces. Plus loin, il ajoute qu'après vingt ou vingtcinq jours, ces vers avaient plusieurs pouces de longueur. Enfin, dans d'autres expériences, au bout de huit semaines, les Ténias avaient atteint trente-six à trente-neuf pouces, et quelques individus étaient longs de plusieurs mètres (2). Nous verrons ci-après que toutes ces mesures sont loin d'être en harmonie avec les plus extrêmes proportions que l'illustre naturaliste rencontre dans les expériences mentionnées dans son second mémoire. De Siebold dit bien ici

(I ) De Siebold^ Expériences sur la transformation des cysticerques en ténias. Ann, se. nat. 1852, t. XVII, p. 378. (2J De Siebold, Mémoire précité, Ann. se. nat., p. 379.

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qu'il donnait à ses chiens de 30 à 60 Cysticerques, mais il ne note nullement combien il rencontrait de Ténias dans chaque animal soumis à Texpérimcnlation. Il est extraordinaire aussi, que dans toutes ses expériences sur les chiens, jamais on ne mentionne un Ténia né naturellement sur ces animaux, eux qui en sont si fréquemment infestés.

Après avoir admis que c'est le Cysticerque des lapins et des lièvres, qui, dévoré par les chiens, produit leurs Ténias, de Siebold fait ingénieusement remarquer que les Ténias sont rares chez les chiens de garde et d'appartement; mais qu'ils sont plus communs chez ceux de chasse, qui ont souvent l'occasion d'avaler les intestins des lièvres et des lapins tués par leurs maîtres, et par conséquent doivent être plu& sujets à l'infeclion (1).

Tout cela est ingénieux , eu théorie ; mais quand on y réfléchit on voit que le chasseur ne mange pas proportionnellement plus de gibier qu'une autre personne ; les produits de ses courses se disséminent, et à l'office le chien de garde, le chien de salon et le chien de chasse ont absolument le même régime. Il n'est pas prouvé par moi que le chien de salon veuille toujours accepter des intestins de lapin crus pour sa nourriture.

J'ai lu attentivement ce qu'a produit de Siebold sur ce grave sujet, et j'analyserai son œuvre avec une impartialité qui saura, tout en rendant hommage à

(1) De SiEBOLDy Eacpériencesur la transformation des oysticerqueê tniémas. Ânn. des »c. nat., 1852, t. XVil^ p. 380.

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rimmense mérite de l'auteur, rester inflexible lorsquç celui-ci me paraîtra sortir du domaine de la réalité*. Le but que s'est proposé le professeur de Munich^ dans son long mémoire, est:de démontrer que les^ helminthes ne s'engendrent jamais par Thétérogénie» mais <)u'ils parviennent dans le corps des animaux à l'aide de migrations, et en subissant des transforma* tiens plus ou moins extraordinaires (1).

A diverses reprises, de Sfebold a senti lui-même qu'il soutenait une thèse vulnérable, et il s'en explique fréquemment avec ses lecteurs. Au début de son œuvre cet aveu lui échappe : On pourrait peut-être croire j dit^il, qu'après avoir blâmé les hypothèses ima^ ginées pour expliquer la production des Helminthes^ je tombe à mon tour dans le même travers... y bj\ Beneden a eu de semblables appréhensions au début de ses recherches (2).

En faisant connaître les générations alternantes, Steenstrup (3) a peut-être contribué beaucoup àTaudace des doctrines émises récemment sur les migrations des Helminthes. Le mémoire de M. de Siebold, en est pour nous la preuve. Ainsi là, sans s'appuyer d'aucun fait relatif à l'animal lui-même, en invoquant la simple analogie, il prétend que le Gordius des marais, si rare chez nous, n'est que l'adulte du filaria insectorum^

(1) De Siebold, Mémoire sur les vers rubanés et vésiculaires de rikomme et des animaux et sur la production des helminthes en çénéral Ânn. se. nat. i856. Zoologie, t. IV, p. 48.

(2) Quand j'annonçai pour la première fois ce résultat à Paris, on me répondit : C'est un roman. — Van BE^EDBI«, De l'homme, Bruxelles, 1859, p. 40.

(3) Steenstrup, Generationswechsel. Copenhague, 1842.

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commun chez les Coléoptères et les sauterelles (1). Nous admettons très-bien, avec de Siebold, que la Lingulasimplicissimaj pressée dans le corps assez res^ treint des poissons, y conserve ses organes génitaux à Félat rudimentaire ; puis qu'avalée avec ceux-ci par les oiseaux aquatiques, elle les laisse se développer et qu'elle prenne alors un aspect tellement différent qu'on ait pu lui donner divers noms spécifiques (2) . Mais il y a de cela à tout ce que l'on nous propose, une immense différence!

L'idée qui domine tout le travail de de Siebold est celle-ci : il veut démontrer que les Ténias sont produits par les Cysticerques, les Ofinures et les Échinocoques, qui n'en sont que les jeunes ; et que, par conséquent, il faut faire disparaître un bon nombre des genres qui entrent dans l'ordre des Entozoa-ceplia" locoiylea établi par Diesing (3), et admis par tous les helminlhologistes. Ensuite, selon le professeur de Munich, ces vers vésiculaires naîtraient constamment sur une espèce particulière d'animal pour ne terminer leur accroissement complet que sur une autre espèce, après avoir accompli une migration.

De Siebold révèle, il me semble, le côté faible de sa théorie, lorsqu'il prétend que les Cœnures et les Ëchinocoques représentent autant d'embryons de Ténia (cysticerques), qui, sous l'influence de certaines circonstances, deviennent, dit-il, de grandes vessies à la surface desquelles se développe, par voie debour-

(1) De Siebold^ op, cit., p. 57.

(2) De Siebold, op. cit., p. 76.

(3) DiBsmG, Systema helminthum, 1. 1.

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geonnement , une foule d'embryons, qui y restent adhérents dans les Cœnures, et deviennent libres dans les Echinocoques (1). Cette théorie me parait renverser tout ce que de Siebold s'efforce lui-même d'établir. En effet, si un Ëchinocoque n'est que l'état embryonnaire d*un Ténia, comment admettre que cet embryon puisse donner naissance à Tune de ses surfaces, à divers autres embryons de l'espèce. Ce serait donc un embryon qui produirait d'autres embryons; c'est inexplicable.

Les expériences qui ont été faites par de Siebold, pour démontrer que le Ténia serrala du chien provient de la migration du Cyslicercus pisiformis, nous paraissent loin d'être concluantes : la plus simple analyse le démontre. Et d'abord le savant de Munich pose, en principe général, qu'après un séjour de vingt-cinq jours dans l'intestin d'un chien, les Cysticerques se transforment en Ténias qui ont de dix à douze pouces de longueur; et cependant dans presque toutes ses expériences, on ne voit jamais ce résultat avoir été atteint, loin s'en faut (2). Bien plus, même, dans des expériences où les Cysticerques ont été administrés à peu de distance, l'on remarque des différences telle-

(1) G. T. De Siebold^ Mémoire sur les vers ruhanés et vésiculaires de l'homme et des animaux. Ann. se. nat., Zoologie, i85o, t. IV, p. 177.

(2) Comp. Zeiischrift fur toissenschaftliche Zoologie^ 1854 (Journal de Zoologie scicnliûque), où M . do Siebold a d'abord publié ses recherches. — Lewald, De Cyslfcercorum in Tœnias metamorphosi pascendi eœperimentis in Instituto pkysiologieo Vratislavensi odministratin illustrata. Berlin, 1832. Thèse inaugurale où furent d'abord consignées les recherches de M. de Siebold.

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ment considérables dans l'accroissement qu'il devient de toute impossibilité d'en donner la moindre explication. Là, à côté de Ténias qui n'ont encore acquis que quatre lignes de longueur, on en voit d'autres qui sont parvenus à dix pouces (1).

La conclusion de de Siebold nous parait peut-être un peu prématurée. Il y a dans toutes ses expériences beaucoup de points contestables. De ce que Ton trouve des Ténias dans des chiens, après leur avoir fait avaler

(I) Mais citons des exemples : Expérience troisième. En quatre jours un chien avale trente-deux cysticerques ; il est tué au bout d'un certain temps et on rencontre sur lui des ténias qui n'ont que 4 lignes 1/2, tandis que d'autres ont 10 pouces i/2 : {inexplicable différence). — Expérience quatrième. On fait avaler à un cliien \ingt-deux cysticerques, et après vingt-trois jours, ce chien est tué et on trouve dix-neuf ténias dont la longueur varie de 4 lignes à 1 pouce 3/4. (11 y a loin de là à la taille de dix à douze pouces que M. de Siebold attribue aux ténias Agés de vingtcinq jours.) — Expérience cinquihne, Tienle-huit vers vésiculaires sont donnés à unchien, sur lequel,après vingt-huit jours,on trouve trente-deux ténias de 4 lignes 1/2 à 10 pouces 1/2. (De Siebold ne met pas assez de précision en énonçant le résultat de ses expériences. n ne dit nullement combien de vers avaient acquis le minimum qu le maocimum de la mesure, et c'était cependant indispensable. Quoi qu'il en soit, cette expérience offre ample matière à la critique. Est-il possible^ en effet, d' expliquer comment après un si long séjour dans . Vintestin ces vers offrent une telle différence dans leur longueur?) — Dans la sixième expérience on a un résultat opposé. Quarante-cinq cysticerques celluleux sont donnés à un chien, et treize jours après Ton ne trouva dans son intestin que quelques ténias longs de 9/4 de pouce. {Pourquoi ne pas dire le nombre de ces ténias et pourquoi après treize jours sont-ils si peu développés?) — M. de Siebold ^ent lui-même qu'on doit être étonné de ces différences extrêmes et s'efforce de les expliquer. Mais il y a là une telle anomalie qu'il nous semble qtie Villustre savant reste réellement impuissant pour en donner une raison plausible.

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des CyslicerqueSy cela n'implique pas que ceux^i n*en possédaient point avant l'expérience, car on sait que ces animaux en nourrissent très-fréquemment* Ces expériences n'expliquent point non plus l'énorme différence j nous le répétons , qu'offraient les produits qu'elles ont fourni.

Je serais assez porté à considérer les Cysticerques comme des Ténias tér^logiques, dont le développement est entravé, et qui , lorsqu'ils se trouvent transportés accidentellement dans le tub^ intestinal, peuvent y acquérir leur forme adulte normale ; mais cela ne dit pas qu'ils n'aient point dû primitivement leur origine à l'hétérogénie. Ainsi donc, nous faisons déjà une grande concession à l'illustre naturaliste de Munich. Mais de là à admettre que tous les Ténias proviennent normalement des Cysticerques avalés par les mammi*fj^resd'un autre ordre, il y a une incommensurable différence. Ainsi donc nous ne changeons rien à notre thèse. Depuis longtemps, leshelminthologistes qui ont invoqué Thélérogénie, n'hésitent pas à reconnaître la reproduction sexuelle de certains vers, qu'ils n'en regardent pas moins comme formés primitivement à l'aide de la génération spontanée (1). Telle est aussi l'opinion de Tiedemann (2) .

Je me demande si c'est sérieusement que de Siebold et Yan Beneden ont prétendu que c'était à Taide de l'alimentation avec la chair du porc ou les saucis-

(1 )Comp.RnDOLPHi. — Bremseii, Tratï^ zoologique et physiologique des vers intestinaux. Paris^ i824.

(2; TifcDEMAiiN, Traité de physiologie de Vhomme. Paris^ 1831, t. I, p. 152.

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sons confectionnés à froid, que le Cysticerque s'introduisait à l'intérieur de nos intestins pour y produire le Ténia (1). En effet, est-il permis de penser que, tandis qu'à l'aide des plus grandes précautions, nous ne parvenons à conserver vivants les vers intestinaux qu'un temps fort court, le Cysticerque subirait, sans périr, non-seulement le froid et l'espèce de dessiccation à laquelle il serait si longtemps astreint dans les pièces de charcuterie, mais encore l'action de la fumée, du nitre ou du sel , dont on les imprègne si amplement ?. . . C'est une prétention qui dépasse les bornes du possible. Enfin, comme c*est la même espèce de porc que mangent les diverses nations de l'Europe, et qu'elle est peuplée par le même Cysticerque, comment se fait-il donc que dans tel pays notre espèce n'est attaquée que par le Ténia, tandis que dans tel autre on ne ren^contre que le Bothryocéphale, cet autre ver solitaire dont la généalogie est encore enveloppée des ténèbres cimmériennes?

A l'appui de là théorie de de Siebold et de Van Beneden, on assure que- des médecins de Vienne ont observé que les personnes employées dans les boucheries et les cuisines sont fréquemment affectées de Ténias (2). Le docteur Reinlein prétend avoir remarqué que les chartreux, qui ne mangent jamais de viande et se nourrissent ordinairement de poisson, ne sont point

(1) Van Bknbder et Gertais^ Zoologie médicale. Paris, 1859, t. n, p. 255.

(2) Wàwruch, Praktisohe Monographie der Bandwurmkrankheit. 1844, p. i97.

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sujets au ver solitaire (1). Bilharz dit même avoir observé que CCS Ténias sont beaucoup plus abondants sur les races humaines qui se nourrissent de chair crue (2). Le docteur Weisse, de Saint-Pétersbourg, affirme aussi qu'il a vu plusieurs fois Iç Ténia affecter des enfants qu'il avait soumis à ce régime (3). Enfin, Tun des élèves de M. Van Benedcn s'est inoculé le Ténia, en mangeant de la chair de cochon crue, farcie de Cysticerques (4).

Mais un seul fait, bien constaté, irrécusable, nous suffit pour renverser les prétentions de de Siebold et de ses partisans; c'est qu'en France, dans toutes nos villes, on ne mange jamais de porc crUy et cependant on y observe à chaque instant le Ténia : on ne dira pas sans doute que les Cysticerques résistent à la température de l'ébuUilion !... Il y a même des personnes qui, par goût ou par préceptes religieux, n'accepteraient pas une parcelle de cet animal, et qui n'en sont pas moins sujettes au ver solitaire. En admettant même l'alimentation avec le porc cru, nous venons de le dire, est-ce que les Cysticerques pourraient s'y conserver

(i) REiRLEm^ BemerkungenUber den Ursprung, die Entwickelung^ die Ursachen, Symptôme und Heilart des breiten Bandwurmes in den Gedàrmen der Menschen. Vienne, 1853, p. 25.

(2) BiLOARZ, Beitràge zur Helminthographia humana, in der Zeitschrift fîir ioissenschaftlioke Zoologie, Jahrgang i852.

(3) M. Van Beneden qui reproduit cette observation fait remarquer qu'il parait que le ténia solium se trouve aussi sur le

bœuf. mais cependant ce savant dit que les mammifères her-

bÎTores n'ont ordinairement que des cestoldes sans crochets. Op. eti., p. 236. Comment admettre cette coïncidence?

(4) Berthelot, Thèse inaugurale. Montpellier, 4856. — GsavAis et Van Bkrkdbii, Zoologie médicale. Paris, 1859, t. H, p. 259.

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vivants? Si les fauteurs des migrations prétendent que oui, nous, nous pouvons leur assurer que les observations de M. Robin affirment que non; ce savant ayant vu que les Ëcbinocoques périssaient de vingt-quatre à soixante-douze heures après la mort de l'animal qui les portait (1).

Le docteur Schleisner rapporte que le foie des Islandais est fréquemment envahi par des vers vésiculaireSy et que ceux-ci affectent même parfois les autres viscères abdominaux et la peau (2). Un sixième de la population en est attaqué. De Siebold considère ces animaux comme n'étant que les jeunes du Tœnia serrata^ et il attribue cette affection aux chiens qui sont employés en Islande pour garder les troupeaux.

Mais ce fait nous semble combattre absolument rhypothèse à l'appui de laquelle on le cite. En effet, de Siebold étant arrivé à réunir le Ténia de l'homme à celui du chien, et à les considérer comme une même espèce, comme Thomme nourrit en Islande on nepeut plus communément le Cyslicerque, et qu'il nourrit aussi le ver solitaire, il devient évident qu'il n'est plus besoin d'invoquer d'extraordinaires migrations et l'intermédiaire du porc pour nous infester du Ténia, sa larve 'et le ver adulte pouvant vivre sur nous.

Et d'abord il serait, avant tout, indispensable que les helminthologistes s'accordassent à l'égard de l'identité de l'espèce en question, et ils sont fort loin

(I)Ch. Robin, Dictionnaire de médecine de Nysten, W édition^ Paris, 1858, p. 170.

(2) ScHLKiSRKR, PoTiôg tH en Nasographie of Mand. Copenhague, 1849.

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d'en être là. Van Beneden conteste à Siebold qu^il s'agisse ici du Ténia du chien, et il prétend avec M. Eschricht que ce sont des Echinocoques qui infestent ordinairement les Islandais (1). D'un autre côté, comment donc le chien communiquerait^!! ces Echinocoques à l'homme, puisque cet animal, d'après Van Beneden lui-même, n'en nourrit aucun. Que doit-on croire au milieu de toutes ces fluctuations (2) ?

Arrêtons-nous un moment, car ici tout est extraordinaire et l'hypothèse change de face.

En attendant, qu'on nous pardonne de sortir, en apparence, du domaine des supputations sérieuses; nous nous y renfermons cependant fort sévèrement ; ce n'est pas notre faute si la doctrine que nous combattons s'est elle-même plongée dans d'inextricables contradictions...

Voici donc l'homme envahi par des Gysticerques qui, selon de Siebold, ne sont que déjeunes Ténias du chien : là conséquemment ce sont les Islandais qui par rapport à cet animal remplissent l'office du porc à. notre égard, puisque ce sont eux qui nourrissent les Gysticerques qui vont se métamorphoser en Tœnia serrata sur l'espèce canine. Mais une difficulté se présente. Puisque l'on a prétendu que nous devions notre ver solitaire à l'emploi de la chair du porc infestée de Gysticerques, comment donc cet ento-

(i) Vam Beneden et Gbrvais, Zoologie médicaU, Paris, i859, l. II, p. 273. — Eschrigbt/ Undersogelier over dm i Iskmd endemiske hydaiidesygdom. Copenhague, 1^54.

(2) Tahkau des helminthes du chien. Zoologie médicale, t. U, p. 316.

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zoaire s)s communique-t-il au chien, car je ne suppose pas qu'en Islande il se nourrisse de chair humaine?

Il y a encore dans le fait qui se passe en Islande une bien profonde erreur de la nature. En effet, ces Cysticerques, en choisissant Thomme, se sont égarés, leur instinct a fait défaut, puisque leur progéniture s'y voue à une évidente extinction, les hommes ne s'entre-mangcant pas.

Enfin, quelle complication dans le fait de l'Islande 1 On a prétendu que c'était en se livrant à ses habitudes immondes que le porc avalait les œufs du Téqia ; les moutons, dit-on, s'en infestent en broutant l'herbe souillée des excréments du chien de berger. Mais comme toutes ces supputations ne sont plus possibles à l'égard de notre espèce, comment donc les habitants de cette île introduisent-ils à l'intérieur les germes des Cysticerques qui les rongent? Les fauteurs de l'hypothèse des migrations ne sortiront jamais de ce dilemme ! Ils ne peuvent même pas dire que l'Islandais suffit seul aux métamorphoses et aux voyages du Ténia ! Car si on conçoit que ses embryons tombés dans le tube intestinal ( en abondant dans l'hypothèse de nos antagonistes) puissent se frayer un passage à travers les organes , pour aller au loin mener la vie de Cysticerque, nous ne concevons pas quel itinéraire pourriaient suivre ces vers vésiculaires, pour revenir dans l'intestin, vivre sous la forme de Ténia. Partout des impossibilités... Voici la doctrine que nous combattons (1).

(1) Mais nous devons avouer que Van Beneden lui-même hésite

POOCHET. ts

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Mais c*est surtout en s* occupant des migrations des Trématodes qui vivent dans le corps des Vertèbres que de Siebold, arrive jusqu'aux plus extraordinaires suppositions. 11 en semble lui-même étonné!... Et c'est là qu'il craint de ne point pénélrer ses lecteurs. « On pourrait croire, dit-ii, qu'après avoir blâmé les hypothèses imaginées pour expliquer la production des helminthes, je tombe à mon tour dans le même travers. » Il redoute qu'on accuse ses idées de n'être que de simples supputations de Tesprit. Et malheureusement cela est assez supposable à l'égard des Distomes. En effet, comment admettre son système relativement à ceux-ci ? Selon lui, dans leur jeune âge, ces helminthes ne seraient que de petits Ccrcaires de la taille des Infusoires, qui vivent en parasites sur divers mollusques d eau douce tels que les Lymnées et les Planorbes. Plus tard, ces jeunes helminthes perforeraient le corps des larves de certains insectes aquatiques (1), puis après s'être introduits à l'intérieur de ceux-ci, ils s'y enkysteraient pour attendre que leur hôte ait quitté l'eau et subisse ses métamorphoses, afin d'être, en dernier ressort, introduits dans le corps de plus grands animaux avec leur nourriture. Les insectes qui les contiennent sont alors digérés, à ce que prétend de Siebold, et les Cercaires, devenut libres par la dissolution de leur capsule, se fixent sur le

et se demande comment pénètre cet helminthe.... après cela on nous permettra nos doutes à nous-mêmes.

(I) Selon Siebold ces jeunes distomes attaqueraient surtout les larves des névroptères, qui , telles que celles des libeUules des éphémères et des phryganes, yivent dans l'eau.

DISCUSSION DB l'hTPOTHASB DBS MIGRATIONS. 595

nouvel èlre, oiseau ou mammifère, qui doit les nourrir à Tétat adulte, et produisent ainsi les Distomes. Malgré tout le respect qu'on doit aux' opinions d'un homme aussi justement illustre que le professeur de Munich, comment admettre qu'une telle source puisse fournir ces Distomes que l'on trouve en quantités innombrables sur les moutons et divers mammifères 7 Assurément, ceux-ci n'ont guère la faculté d'attraper fréquemment, en paissant, les libellules et les éphémères si légères dans leur vol, et qui siègent dans des lieux ordinairement si éloignés de leurs pâturages.

A Taide de ce moyen, jamais on ne parviendrait à expliquer les épidémies de Distomes qui ravagent certaines campagnes. Et nous ajouterons que dans des observations exécutées sur bien des insectes qu'on dit receler leur jeune progéniture, et d'abord sur plusieurs centaines d'Ëphémères, que nous avons anatomisées ou observées soit au microscope ordinaire, soit au microscope solaire, jamais nous n'avons découvert les kystes de Cercaires dont parle de Siebold.

Dans l'hypothèse des migrations, une objection se présente immédiatement. Qu'on admette que la progéniture du Ténia suffise pour produire les générations de Cysticerques, malgré les immenses pertes qu'elle doit éprouver pendant ses extraordinaires voyages, on le conçoit cependant parfaitement. Mais si l'on prétend, avec Kûchenmeister (1), que les Cysticerques

(i) KucHBNMKiSTsn, On animal and vegetable paraiiUs oftht h»» mon hody. London, 1857, 1. 1, p. 27.

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sont le premier âge des Ténias, et que tous ceux-ci posent par cette forme avant de devenir Vers rubanés, cola devient, comme nous allons le voir, tout à fait ioex.plicable«

Les. vers vésiculaires sont, il est vrai, assez communs sur les porcs et les lapins que nous élevons, mais on n'en observe que rarement sur les autres man^mifères, et cependant beaucoup de ceux-ci eei ti:piivent, infestés d'un tel nombre de Ténias, que ma- . thématiquement parlanf, les Cysticerqucs des autres espèces n'ont pu suffire à les leur fournir.

En effet, en admettant même que chaque Cysticerque produisit un Ténia , on reconnaîtrait que le nombre de ceux-^i ne pourrait y suffire. Et comme beaucoup d'embryons meurent sans avoir atteint Içur . destination , on arrivera à cette coilclusionque le nombre des Cysticerqucs existant dans la nature est loin, et très-loin, de pouvoir expliquer la fréquence des Ténioïdes que Ton y rencontre (1).

^Yan Beneden a parfaitement senti cette difficulté lorsqu'il s'écrie dans son discours, en parlant de migrations d'un autre Entozoaire : a Combien y en a-t-il,

,(i) Téoiaset cyaticerques observés sur l'espèce humaine et les • ani/naux dorQCistiques : i* Ténias. Tœnia so}ium;. T. tnediocanellala ; T. natta ; t. echinococcus ; T. serrata ; T. pusilla ; T. cueumêrina ; T. pticata; T, mamillata ; T. perfoliata ; T. fistularis; T, Gra$siçalUsi T, elliptica; T* eccpanMi; T. dentietUata; 7. caprœ; T. infund\hu\ifoTms\ T. cra9sula\ T. mquabilit; T, lanceohta; T, setigera; T, 8inw)8a'y T, fasciaia; T. malleus; T, setigera; T. sinuosa; T. Fasclata; T. megalops; T. gracilis; 7. irilineata; 7. corontUa. * 2? CjsUcerques. CyHicfroui ceUulaim -, C* lenuicaUis ; C pisiformis ; C. elongç^us.

DISCUSSION DB L'HYPOTStSK DBS MIGRATIONS. 597

parmi ces embryons, voguant sans guide et sans •boussole au milieu de leur océan, qui toucheront terre, c'est-à-dire qui trouveront leur tleavee le port qui doit recevoir leur progéniture? Bien peu évidemment, même sans tenir compte des nombreux enne*mis qui vont les harceler sur leur passage : (Se sont de^ navires marchands qu'un bon vent doit pousser à travers une flotte de vaisseaux ennemis. C'est bien heureux s'il y en a un ^i s écha{)pe (1)^ ... Cela est dit à merveille; mais nous autres, froide observateurs, assis sur la plage,* nous nous demandons si ja^ mais les flots et les tempêtes amènent, dans un port lointain, plus de navires qu'il n'en est parti de la mère patrie (2) I

Déjà dans son mémoire sur la génération alternante des Cestoides, de Siebold émet que le ccenU" ruscerebraKsesï une larve de Ténia (3), et quelques savants pensent Savoir mie hors de doute expérimeor ialement. Kûehenmeister , après avoir fait prendre à plusieurs jagneaux des proglottides de Tœnia cœnurus, vit ceux-ci, après quatorze jours, offrir les symp^ tôùies de Tournis ; et lorsqu'il les ouvrit il rencontra des Cénures dans le cerveau. Aussi, selon lui, ce aierait ce Ténia, que Ton a confondu avec le tœnia serraia^ qui produisait la maladie si commune chez les moii-

(1) Van Be!«eden, De V homme et de la perpétuation des espèeei. Bruxelles, 4859, p. 42.

(2) Il faudrait que cela eût lieu pour la migration des cysttcerques allant chercher leur gîte de lënia.

(3) De SiebOlo, Mémoire sur la génération alternante des ce#toïdes, Ann. se. MAT. Zoologie, 1851, t. XV, p. 213.

598 HÈTËROGÉlflB.

tons (1). MM. HaubnePy Van Bcneden et Baillet ont exécuté de semblables expériences et obtenu les mêmes résultais (2).

Maintenant c*est M. Van Bencden que je choisis pour l'opposer à lui-même : je lis dans son œuvre que l'on prétend avoir rencontré des Cénures sur des agneaux qui venaient de naître (3). 11 faudrait expli* quer comment il se peut que ceux-ci, en naissant, soient déjà rongés par ces helminthes, quand on proteste partout que c*est seulement à l'aide de la nourriture que ces vers sont introduits à l'intérieur des moutons.

Mais dans cette hypothèse comment donc se fait la transmigration naturelle? Van Beneden l'explique ainsi : Le mouton en broutant l'herbe souillée des excréments du chien de berger, avale les œufs de Ténias que cet animal a expulsés. Introduits dans les organes digestifs, les embryons, après une pérégrination laborieuse à travers les tissus, pénètrent dans lé crâne,

(1) KâCRENMEisTER, On (Ae cœnurus cerehralisofiheSheep^theat^ nais and magazine ofthe natural hislory. Lond., i854,t. II, p. Si 5.

(2) Haub.ner, Journal agronomique de Hamm, 1854, n* iO, p. i57. ^- Vam Bkneden, Bullftin de l'Académie royale des sciences de Bel' gique, t. XXl, n««5 et 7; il dit qu'il administra dcsœufsd^un tc^nia provenu lui-môme d'un cénure, à deux agneaux de six semaines et qu*au bout de peu de jours ils furent alTectés des Tournis. — C. Baillet, Compte rendu des expériences faites à Vécole impériale vétérinaire de Toulouse sur la reproduction des cettoïdes. Toulouse, 1858.

(3) Le savant zoologiste belge ne rdfutant pas cette assertion, U est évident qull Taccepte. Et l'on est autorisé à le penser puisque déjà il avoue, dans un autre endroit, que les cochons naissent parfois avec des helminthes dans le corps. Zoologie médicaUt Paris, 1859, p. 265.

DISCUSSION DE l'hYPOTHÈSB DBS lUGRATIORS. 599

et se transforment en Cénures sur le cerveau. Puis ces Entozoaires délerminant toujours Fabatage des moulons, le chien de berger ronge le crâne qu'on lui jette et avale avec le cerveau le cénure qui, dans son intestin, se transforme en Ténia. Telle est l'histoire complète de ce double et extraordinaire voyage (1). Nous dirons d'abord à M. Van Bcneden, qu'en Normandie les choses ne se passent nullement ainsi. On ne tue pas ordinairement dans les fermes, les moutons atteints de Tournis et Ton n'y jette point leur tête aux chiens. Ces moulons sont amenés sur les marchés et

(1) Voici textuellement le rdcit de M. Van Bencden : Les moutons atleinls de tournis doivent ôlre abattus.... comme on sait que le mal rëside dans la têtc^ on la jette aux chiens et le corps est seul envoyé à la boucherie. Cest évidemment ainsi que le chien est infesté. Mai? alors, comment le ver rcpasse-l-il au mouton? Le chien accompagne les moutons dans les prairies et dans les montagnes, et quand il a des ténias mûrs dans le corps, il en évacue les progluitis avec leurs œufs, et sème pour ainsi dire ceux-ci sur le passage même des moutons. Ces œufs, infiniment petits, adhèrent aux herbes que Tagneau broute, et ils pénètrent dans son tube digestif, d*où ils gagnent le cerveau. 11 est possible que l'éclosion ait lieu dans la panse, et que, pendant la rumination, les embryons, avec leurs six crochets n'aient à traverser que la base du crâne lorsque la pelote alimentaire les ramène dans la bouche. Ils remonteraient alors le long d'un vaisseau ou d'un nerf, pour pénétrer sous les enveloppes du cerveau. Il résulte de là que le moyen d 'arrêter le mal est très-simple. Qu'on brûle, en elTet, les têtes des moutons atteints, ou qu'on les fasse suffisamment bJuillir; que l'on surveille aussi avec soin les chiens de berger, pour voir, sMIs ont ou non des Ténias, et qu*on rejette hors de la portée des moutons ou des herbes dont ils se noui rissent les fèces portant les cucurbitains évacués par les chiens : en peu de temps on arrêtera les ravages de cette triste maladie. Zoologie médicale, 1. 11, p. 268.

900 HAlÉROataOB.

vendus pour la boucherie. MaisjetàUon leur tâte aux chiens, je doute très-fort que ceux-ci en brisent le crâne pour se rcpaitrë de la cervelle. Enfin, je ne conçois guère comment Tembryon pourrait pénétrer dans le cr&ne par les ouvertures de sa base, le tissu qui les revêt étant excessivement serré.

En terminant, je dois dire que les expériences de transmigration artificielle, qui ont été faites jusqu'à ce moment, sont presque toutes frappées de nullité, à cause de la manière dont elles ont été conduites. En effet, dans toutes, les physiologistes ont administré, à diverses reprises, les Entozoaires, dont ils se proposaient dinfester d autres animaux ; tandis que la première condition était que ; tous fussent administrés au même moment^ afin que, connaissant le mode <ï accroissement de ces vers^ à Vautopsie, on ait déjà une donnée assez précise, pour statuer si les helnunthes découverts proviennent de ceux ingérés. Ainsi, par exemple, dans les expériences de Van Beneden, son chien Caïo a avalé ses quatre rations en un mois, et Blac en quatre mois. Je cherche en vain dans ia nécropsie la taille qu'avaient les Ténias rencontrés dans l'intestin, je ne la trouve pas (1) . D'après les données de Siebold, il devait se rencontrer des vers des plus extrêmes grandeurs ; l'un des chiens pouvait présenter des Ténias de deux jours et des Ténias de quatre mois. Je le répète, pour une expérience positive, il faut partir d'une seule donnée, d'une seule administration d'helminthes.

(1) Gebvais et \às^ Beredbii, Zoologie médicale. Paris, 1859, t.U, p. 268.

DISCUSSION DE l'bTPOTHÈSB DBS MIGRATIONS. 401

Dissii^EifGBS^ FONDAMENTALES. ~-<0a décoi|¥re d*énormes dfosidences relativement àla nature des helminthes, dans les oeuvres des naturalistes qui se sont occupés des transmigrations artificieliesy et cependant pour partir d'un poiot de départ assuré, il eût fallu avant tout être fixé sur la nature des Entozoaires;

C'est ainsi, par exemple^ que de Siebold et Stein (t ), considèrent les Cysticerques comme de jeunes Ténias malades, hydropiques ; et qu'au contraire Kilchenmei^ ster et Van Beneden pensent qu'ils ne représentent que l'état normal de ces jeunes vers (2)* 11 faudrait s'accorder.

D'un autre c6té aussi, de Siebold considère les Ténias de l'homme, du chien et du renard, comme n'étant que des variétés de la même espèce (3) ; tandis queKûchenmcisteret Yan Beneden en font autant de types spéciaux (4). Oit est donc ce que l'on doit croireT ' Bésumé. -— Les vers intestinaux ne peuvent être transmis aux animaux par leurs parents. C'est un %it incontesté.

Les plus célèbres helminthologistes, quoique connaissant les organes sexuels de certains Entozoaires, ne les ont pas moins regardés comme étant d'abord le produit de la génération spontanée.

(i) De Siebold, Zdtschrift, t. lY, p. 407. Steih, Zeitschrift fiMr wiss. Zoologie, t. IV, p. 21 1.

(2) KùcnEnMEiSTEB , On animal and vegetable parasites of the human body. London, 1857, 1. 1, p. 27-30. ^ Var BE^EDSll, ZooUh gie médicale» Paris 1859, t.

(3) De Siebold, Ueber Band-und BlasenwUrmer, f 854, p. 64.

(4) RûcHk-NMEiSTER, On animal and vegetable, etc., t. 1, p. 30. — Van Beneden, Zoologie médicale. Paris, 1859.

602 HirteOGÈif».

Quelques physiologistes ont récemment fait connaître des expériences d'où il résulterait que certains helminthes passeraient une des phases de leur vie sur un animal, et, par des moyens variés, se transporte* raient sur un ou plusieurs autres, pour y achever leur carrière.

Mais quoique les expériences sur ces migrations artificielles aient été répétées par plusieurs observateurs, comme ceux-ci sont parfois en désaccord flagrant, on ne peut encore, selon nous, tirer aucune conclusion de leurs travaux.

Enfin, comme plusieurs de leurs observations ne peuvent supporter le moindre e^çamen critique sérieux, et qu'il est beaucoup de vers intestinaux dont la genèse se dérobe absolument à toutes les explications, jusqu'à de plus satisraisantes recherches, nous pensons qu'on doit encore considérer la primitive apparition de beaucoup d'entozoaires comme dérivant de rhétérogénie.

C'était à rhétérogénie que Buffon attribuait la formation des vers intestinaux, et, en cela, il a été le précurseur des grands physiologistes de notre époque (1).

Les hommes qui ont scruté avec le plus de profondeur, l'histoire des helminthes, tels que Rudolphi et Bremser, ont soptenu cette opinion (2).

( i ) Bdffo!! , HisMre naturelle générale et partieulière, Paris, 1 749 » imp. royale, suppléai., t. IV, p. 341.

(1) Rl'dolphi, Entozoorum hisioria naturàlis. Amsterdam, 1808. Entotoorum synopsis eut aecedunt maniissa duplex et indices /ooupletissimi. Berolini, 1810. » Goezb, Versuch einer Naiurg^ sMehte der EingeweidewUrmer thleriseher Kôrper. — - Btsisn,

DISCUSSION DB l'hTPOTHÈSB DBS MIGRATIONS. 603

M. Tiedemann regarde aussi les helminlhes comme dérivant d*abord de riiélérogénie ; et il ajoute, à ce sujet, que les motifs allégués par Pallas, Muller, Wer* ner, Bloch, Gocze, Braun, Treviranus, Rudolphi et Bremscr, ne permettent plus d'admettre qu'ils proviennent du dehors (I).

J. Muller, lui-même» a parfaitement senti que l'apparition primordiale de certains vers intestinaux offrait d^irrésistibles preuves à Thétérogénie. « Toute une série d'arguments en faveur de la génération spontanée, dit-il, natt de l'impossibilité où Ton est d'expliquer autrement l'origine première des Entozoaires. Tel est aussi ce que professe Bérard (2). Or, pour nous, jusqu'à ce que de nouvelles expériences viennent nous convaincre absolument, nous ne cesserons pas de partager l'opinion de ces physiologistes illustres.

Enfin, pour résumer tout, si en soutenant que quelques Entozoaires s'engendrent primairement par Thétérogénie, nous sommes en désaccord avec MM. KQchcnmeistcr, Leuckart, de Siebold et Van Beneden; nous nous avançons avec* l'appui des Buffon , des Bremser, des Burdactu, des Tiedemann, des Treviranus, des J. Muller, des Bérard ; que l'on décide maintenant de quel côté doit pencher la balance.

lames helminlhum sysiema Rudolphii enUnoologicum illustrantes, Vienne, 1824.

(i) TiEDEMAici, Traité de physiologie de Vhomme. Paris, 1831, t. H. p. 153.

(2) J. MoLLBii. Manuel de physiologie. Paris, 1845, p. 14.— BftaARD, Cours de j^hysiologie. Paris, 1848, t. l,p. 9<^.

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