‹ Hétérogénie;Chapitre 40 sur 49 · GENESE SPONTANEE DE LA LEVURE · texte numérisé non relu

GENESE SPONTANEE DE LA LEVURE

reproduite ne serait pas applicable ici, où nulle parcelle d'air n'a été introduite dans le vase; et Feau, de Tassentiment de Tun de nos antagonistes lui-même , de M. Cl. Bernard, ne pouvait contenir ces germes!

Cette expérience, si simple, ne suffirait-elle pas, à elle seule , pour renverser les deux expériences de Schwann et de Schultze , que Ton nous oppose sans cesse, et n'est-elle pas infiniment plus rigoureuse que celles-ci ?

Dans le but de décider si la levure agissait sur la fermentation par sa puissance organique, Lùdersdorff et Schmidt ont vu qu'après Tavoir fait longuement porphyriser, elle était impropre à déterminer ce phénomène (1). Mais, en répétant leurs expériences, nous sommes arrivé à des résultats diamétralement opposés. Il fallait s*y attendre, puisque nous avons vu que si la levure favorise la fermentation , celle-ci s'opère également sans elle, et n'en produit pas moins des vésicules de cryptococcus cerevisiœ (2).

La démonstration de l'organisation de la leiu&re donne un grand intérêt aux récentes expériences de M. Pasteur. Ce chimiste a vu la vie végétale et animale apparaître dans celles-ci , en n'y employant que des matières cristallisables, du sucre et des sels

(1) LBdersdorpf, Ann, de Poggend., t. LXVII, p. 409. — Schmiot, Afin, der Chem. u. Pharm., t. LXI, p. i68.

(2) Expérience. Un gramme de levure de bière fut porphyrisé sur une glace, durant six heures de temps. On mit ensuite cette levure dans un verre de décoction d'orge germée; celle-ci a fermenté manifestement au bout de trois jours^ par une température de 25 degrés, et il s'est formé au fond du verre une quantité notable de vésicules de levure.

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d'ammoniaque et de chaux, et en formant ainsi un milieu où il ne se trouvait aucun produit antérieurement organisé. Sur ce point , dit*il , la génération spontanée a fait un progrès (1).

M. Pasteur a été étonné de Tabondant dépôt de matières végétales et animales qu'il obtint dans ses expériences, £t quant à l'origine de la levure lactique qui y apparut, il pense qu'elle est uniquement due à l'air almosphérique, ce qui retombe ici, dit-il, dans les faits de génération spontanée (2). Effectivement, quand il exécute la même expérience en ne mettant en contact avec les substances que de l'air chauffé au rouge, il ne se produit ni fermentation, ni levure, ni infusoires (3).

Il n'est guère possible de citer de plus concluantes expériences en faveur de la thèse que nous soutenons, Afnsi que nous l'avons déjà répété : l'air calciné a ici encore arrêté la fermentation et les produits organiques qui en dérivent ; cet air est donc également impropre au développement des phénomènes chimiques, comme il l'est à celui des phénomènes vitaux. L'expérience de Schwann, et celles qui ont été calquées sur elle, sont donc absolument insignifiantes.

(i) Pasteur^ Nouveaux faits pour servir à l'histoire de la levure lactique, — Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XLYUl, p. 337.

(2) Pastkuk, Nouveaux faits pour servir à l'histoire de la levure laetique, — Comptes rendus de l'Académie des sciences» t. XLVUI, p. 338.

(3) Les infusoijes obtenus dans les expériences de M. Pasteur étaient des bacterium termos et leurs diverses variétés.

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Sans doute que les fauteurs de la panspermie moderne ne prétendront pas aussi que l'air est rempli de germes de levure, créés dans la prévision du moment oii Osiris, car c'est peut-^tre lui, inventerait les boissons d'orge fermentées ; où les peuples confectionneraient de la bière ; où la chimie moderne produirait de loules pièces de la levure lactique. Si de si puériles objections pouvaient nous être faites, il n'y aurait plus d'arguments sérieux pour y répondre. Comme on peut faire de la bière sur tous les points du globe, il faudrait gémir sur la destinée de l'atmosphère, forcée ainsi de se surcharger partout d'une inutile seofience, afin de satisfaire aux besoins des moindres coins de la terre où cette boisson est en honneur. « Il n'y a pas plus de germes organisés dans l'air qu'il n'y a de germes de sulfate de soude, m'écrivait un des chimistes qui honorent le plus le pays; il y a quelque chose^ que nous ne connaissons pas, qui est une condition de la vie. » C'est aussi ce que nous pensons.

SECTION IV. — LmiTES DE LA OISSÊMIMATION TÉGBTALB.

Bérard, qui a considéré la génération spontanée d'une manière fort judicieuse, est, ainsi que nous, porté à regarder la production de certains végétaux comme ne pouvant être expliquée d'une manière satisfaisante que par Thélérogénie (1).

Semés avec une indicible profusion des pôles & l'équateur, les champignons, qui, comme le dit le

(1) Bébard, Cours de physiologie, Paris, 1848, 1. 1, p. 98.

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savant botaniste D. Clos, semblent braver l'influence des climats et déjouer les principes de la philosophie botanique (1), se prêtent mieux que toutes les autres plantes à la démonstration de la spontéparité végé* taie. Aussi, dans tous les temps, eut-on les plus extraordinaires idées sur leur origine.

L'étrangeté des mœurs de ces êtres vagabonds , comme les appelait Linnée, et leur subite apparition avaient fait généralement croire aux anciens qu'ils se produisaient d'une manière insolite. Parfois même, ils leur donnaient une origine surnaturelle (2) .

Mais en général, les savants d'alors, et parmi eux Théophraste, Pline , Dioscoride et Galien , les regardaient comme des régénérescences, ou des produits de la putréfaction. Quelques philosophes se contentaient de prétendre qu'ils proviennent du limon du sol, raréfié par la chaleur centrale du globe.

Nées d'Ésenbeck professait encore, il y a peu d'années, que les champignons sont formés par la décomposition des êtres vivants, et qu*on devait les regarder comme des atomes de plantes que la nature fait sortir de la substance expirante. Vers le milieu du dix-septième siècle/ à une époque où la chimie était ' encore dans les langes, un botaniste anglais, le célèbre Morison, prétendait que ces végétaux n'étaient

(i) D. Clos, Origine dês ehamfngnom. Toulouse, 1858, p. 2.

(2) lis leur imposaient le surnom de fiUdes dieuxet de laterre; ' qualiOcaUon qu'ils donnaient aux hommes dont les parents étaient inconnus , et qu'ils adaptaient d'autant mieux aux champignons que ceux-ci naissent souvent pendant les temps d'orage^ c'est-à-dire, d'après le mythe antique, lors de la prétendue conjonction du ciel et de la terre !

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que des sortes d'excroissances du sol, produites par la combinaison des parties grasses et des principes sulfureux de la terre (1). En Allemagne, Dillen se contentait de dire qu'ils dérivaient de la fermentation putride (2). Ces idées, qui font dériver certains champignons de la génération hétérogène, ont été aussi adoptées par Lancisi, Marsigli, de Necker et Médicus; Moscati lui rapportait la production des moisissures (3), tandis que le baron Palisot de' Beauvoir regardait comme des blasphémateurs ceux qui leur accordaient une semblable origine (4).

En effet, les champignons doivent être rangés parmi les êtres organisés dont l'apparition ne peut souvent s'expliquer que par la genèse équivoque, car, dans certaines circonstances, on les voit naître sans qu'il soit possible de découvrir leur mode de propagation... Telle était naguère et telle est encore aujourd'hui l'opinion de Cadet de Gassicourt, Marquis, Parenl-Duchàtelet, Gérard et Burdach (5).

(1) Excrescentia terrœ,... ex quâdam commixione salis sulfuris junctd cum terrœ pinguedine, etc. Hort, bles,^ p. 490.

(2) Fungus est plantœ genus.,.. ex putridinosd fermentationê ortum, (Cotai, plant, ^ppend. p. 71.)

(3) Lakcisi, De ortu, vegetatione ac textura fungorum, Diss, Romœ, 1714. — Marsigli, De gèneratione fungorum^ epistola ad Laneisum. Romœ, 4714. -^-DeNecier, Traité sur la mycétologie* Manheim, i7d8. — Moscati (aine) , Acta acad. Bonon,, t. Hl. — GoiDp. Spallanzani qui a combattu ce savant^ t. U, p. 305.

(4)CimtR, Éloge Mstùrique de Palisot de Beauvois. — Mémoire de l' Académie des sciences^ 181 9^ t. IV.

(5) Cadet db Gassicourt, Dictionnaire des sciences médicales» Paris, 184 3, t. IV, p. 503. — Marquis, Fragments de phiiosophiê botanique. Paris, !82i. — Parbiit-Duchatblbt, Hygiène publique.

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Peut-on sérieusement professer, que la nature a saturé Tatmosphère d'innombrables germes de cortains champignons, qu'on ne voit apparaître que dans les circonstances les plus exceptionnelles? Il en est que Ton ne rencontre que sur une seule espèce d*insectes; d'autres ne viennent que sur les gouttes de suif que les mineurs, dont parle Bérard, laissent tomber en travaillant! Y avait-il donc, dans la création, des sporules tout formés dans la prévision de l'exploitation des mines, à l'aide de notre vulgkire moyen d'éclairage (1 ) ?

Un assez grand nombre de végétaux ne se rencontrent jamais que dans des circonstances tout à fait particulières et fort limitées; et beaucoup afTectent même un habitat tellement absolu, que leur apparition semble un défi porté aux procédés ordinaires de la reproduction. Peut-on supposer qu'il y ait partout en suspension dans l'air, des spécimens de ces myriades de germes qu'il devrait nécessairement contenir, pour satisfaire à Tinfinie variété des exigences qui se présentent? VIsaria felinay qui ne vient que sur les excréments du chat; le Monilia penicillus, qu'on trouve sur ceux de la souris; VIsaria aranearurriy qui ne se développe que sur les cadavres des araignées; YOnygena equinaj qu'on n'observe que sur les sabots

Paris, 1836, t. I, p. 228.— Gérard, Dlct. univ. d'hist. nat.^ art. Génération, t. VI, p. 63. — Bdadach, Traité de phyiiologie. Paris, 1837, l.I, p. 32, 404.

(0 Bébard^ Cours de physiologie. Paris, I84S, 1. 1. p. 98.

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des chevaux en putréfaclion (1), sont-ils toujours en permanence pour la circonstance?

Quelques autres champignons ont encore un habitat non moins extraordinaire que les précédents. Les uns ne s'observent jamais que sur certains insectes ; telle est une espèce de Clavaria^ qui, selon Fougeroux, n'affecte que les cicadaires; d'autres ont même un sol encore plus restreint : on ne les voit apparaître que durant un état déterminé de la vie de l'animal. Ainsi, selon Schvreinilz, Ylsaria sphingum ne se rencontre jamais que sur certains papillons nocturnes, tandis que VIsaria crassa n'affecte que leur chrysalide, et Ylsaria truncata \enr larve (2). Faut-il donc supposer que la nature a encombf é de séminules toute l'atmosphère, pour, à un moment donné, qu'une parcelle de celles-ci envahisse le cadavre d'une chenille ou d'un papillon! Enfin, on connaît un champignon fort gros qui ne se rencontre jamais que sur la queue d'une certaine chenille (3). Peut-on admettre, en suivant l'hypothèse des panspermistes, que l'air a été universellement bourré des séminules de ce champignon, pour qu'il en naisse un seulement, de temps à autre, sur cet insecte? Et si encore ce champignon était commun ou abondant en spores impalpables comme

(t)Comp. Robin, Histoire ruUurelle des végétaux parasites qui croissent sur l'homme et les animaux. Paris, 1853, p. Md. — Leveillé^ Dict, univers, d'hist. nat,, t. VUI, p. 461, art. Mycologie.

(2) Sc«S9nmrz,Çarol,, n* 1298.

(3) C'est le Cordyceps Rohertsii (Hooker) qui acquiert souvent de quatre à cinq pouces de longueur^ il vit sur la chenille de Vhepialus virescen$, D.

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un lycoperdon, cela pourrait offrir le champ à Timagination des fauteurs de la panspermie; mais il n'en est nullement ainsi. Les champignons, dans presque tous ces cas, n'envahissent réellement que des surfaces malades ou expirantes, les végétaux et les animaux sur lesquels on les trouve ayant leur organisation déjà altérée, ou même en voie de décomposition. C'est ainsi que Mayer a découvert des moisissures filiformes dans des produits pathologiques qui avaient envahi le poumon d'un geai {cornus glandarius) (1). Jœger et Heusinger ont rencontré de ces cryptogames dans les sacs aériens de plusieurs cygnes et de quelques cigognes, qui avaient également subi des altérations morbides (2).

Il y a une cryptogame remarquable, le Racodium cellarCy qu'on ne rencontre que sur les futailles de nos celliers. Où donc étaient ses séminules avant l'invention de celles-ci?

 l'aide de l'hélérogénie, on explique fort simplement certains faits que, malgré tous leurs efforts, ses antagonistes ne peuvent clairement élucider. Ne fautil pas l'invoquer^ en effet, pour expliquer comment, ainsi que l'ont remarqué Gruithuisen, Mertens, Roth, et Schrank, ce sont des espèces particuUères de conferves qui se produisent sur certains poissons ou cer-

(1) Matbr, Deutichei Arehiv. fUr die Physiologie, t. I^ p. 3iO.

(2) JiBGEK, ibid, t. II, p. 354. — Htosingkr, Berichle der zootO' misehen Anstalt zu WUrtzburg, p. 32. •» Olfbrs, Commentarim de vegetativis et animatis in oorporibus ammatis reperiundis, Berlin, 1816.

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