‹ Hétérogénie; ou, Traité de la génération spontanee, basé sur de nouvelles expériencesChapitre 23 sur 50 · CONDITIONS PRÉLIMINAIRES DE L'HÉTÉROGÉNIE · texte numérisé non relu

CONDITIONS PRÉLIMINAIRES DE L'HÉTÉROGÉNIE

La génération spontanée, pour se manifester, exige généralement le concours de trois éléments : un corps solide putrescible, de l'eau et de l'air. Déjà Wrisberg avait parfaitement signalé ceci (1) ; et Ton sait, en outre, que divers agents généraux tels que la chaleur, l'électricité et la lumière, concourent également à ce phénomène important.

Contrairement à certains physiologistes (2), nous n'admettons pas que ces trois corps soient absolument nécessaires à l'hétérogénie, car nous verrons plus loin que si leur concours est constamment simultané dans la nature, dans nos expériences nous pouvons nous passer d'un ou de deux de ceux-ci.

Il est évident que chacun des trois corps dont la réunion est presque indispensable à la production spontanée des Proto-organismes, joue dans celle-ci un rôle spécial; mais nous pensons que le rôle d'agent procréateur immédiat n'appartient qu'à un seul d'entre eux, au corps solide, et que l'eau et l'air ne doivent être ordinairement considérés, que comme

(1) Wrisberg, Observationum de animalcuUs infusoriis natura,\ p. 82.

(2) BuRDACH, Traité de physiologie. Paris, 1837, 1. 1^ p. 19.

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fournissant l'un le milieu \ital, et l'autre le fluide respiratoire.

Les expériences multipliées que nous avons entreprises pour arriver à cette démonstration, nous ont fait voir, en effet, qu'en variant à l'infini la substance solide de l'infusion , lorsque l'on employait toujours la même eau et le même air, les Infusoires variaient également à l'infini, comme les substances employées. Là c'était donc uniquement et incontestablement le corps solide, qui était l'agent fondamental de la procréation primordiale. Le même corps, avec la même eau, donne même des Protozoaires différents selon que ce corps a subi ou non l'ébuUition. Ce n'est donc pas la nature du liquide qui fait varier la génération qu'on voit apparaître, puisque l'eau n'a pas éprouvé d'addition. Ceci nous l'avons vérifié dix fois après Spallanzani, qui déjà avait annoncé qu'il naissait des Infusoires différents dans du trèfle soumis à l'ébuUition, et dans celui qui était simplement en macération (i).

Burdach, qui est ordinairement si audacieux quand il traite des hautes conceptions delà physiologie, devient timide dans le cas dont il s'agit. Il dit que la nature des Infusoires est déterminée, non pas par la nature de l'un des corpsindispensables à leur formation mais par celle de tous (2). Nous ne pensons nullement ainsi.

Il est vrai qu'en mettant le même corps solide dans

(1) Spallanzani, Opuscules de physique végétale et animale. Pavie, 1787.

(2) Burdach, Traité de Phtjsiologie. Paris, 1837, t. I.

des liquides différents, on obtient des générations d'animalcules dissemblables, mais cela n'infirme nullement que celles-ci n'ont pas le même corps pour élément procréateur spécial. En effet, il se peut que sans participer à l'organisation des productions primaires, l'action particulière de tel liquide sur la substance solide en fasse surgir des éléments organisables d'une nature différente : le produit est varié, mais il n'en tire pas moins son origine de la même base. En considérant la question sous ce point de vue, on ne s'étonne plus si, dansses expériences, Terechovsky, en employant des eaux différentes, voyait y apparaître des Infusoires différents (1). Essentiellement dérivés du corps solide, ceux-ci n'apparaissaient sous une forme variée qu'à cause de la diversité d'action de l'eau sur ce même corps.

Vaincu par l'évidence des preuves, J. Muller est forcé de dire qu'ordinairement les corps organiques ne se perpétuent que par des œufs ou des germes. c( Mais, ajoute- 1- il, on peut se demander si, lorsqu'un « corps organique se décompose, la matière qui le « constitue ne produit pas aussi, sous certaines in- « fluences, des organismes d'une autre espèce ; si « par le concours de certaines conditions de l'air at- « mosphérique, elle se résout en Infusoires vivants, c< tandis que dans d'autres circonstances elle revit « dans des plantes appartenant aux classes infère rieur es (2). »

(i) Terechovski, Dissert, de chao infusorio Linnœi, p. 53.

(2) Muller, Manuel de physiologie^ 2« édition, Paris, 1851, p. 9.

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Le grand physiologiste allemand admet donc la génération spontanée dans sa plus stricte acception : c'est presque l'antique tradition d'Aristote (1).

Il faut bien s'entendre à l'égard des sources dans lesquelles les Proto-organismes, qui naissent spontanément puisent leurs premiers éléments. Ceux-ci ne sont pas extraits de la matière brute proprement dite, ainsi que l'ont prétendu quelques fauteurs de Fhétérogénie, mais bien des particules organiques, débris des anciennes générations d'animaux et de plantes, qui se trouvent combinées aux parties constituantes des minéraux. Selon cette doctrine, ce ne sont donc pas des molécules minérales qui s'organisent, mais bien des particules organiques qui sont appelées à une nouvelle vie. Les créations qui apparaissent semblent même se présenter avec des proportions qui sont en rapport avec la masse d'éléments qui se trouvent en présence; de manière que si dans nos expériences de laboratoire nous n'obtenons jamais in vitro que de chétives productions, dans la nature, là où tant de particules animales ou végétales se trouvent en fermentation, les générations qui surgissent ont une bien autre puissance. Bremser a développé cette thèse avec autant de logique que d'audace (2). Ainsi le Proto^organisme qui naît au sein de la substance expirante, y apparaît avec des formes d'autant plus élevées qu'il se trouve environné d'une plus grande abondance de matière organisable.

(1) Aristote^ Histoire des animaux. PariS;, 1783.

(2) Bremser, Traité zoologique et physiologique des vers intestinaux de Vhomme. Paris^ 1824, p. 69 et suiv

Les naturalistes professent généralement que le corps solide, cet indispensable élément de la production des Infusoires, doit absolument appartenir au règne organique. J. Muller soutient cette proposition en se fondant sur ce que les végétaux ont seuls la propriété de transformer les substances minérales en êtres organisés (1). Mais Burdach se renferme dans le doute à cetégard (2). Cette question mérite d'être examinée, puisque Gruithuisen prétend qu'il a vu naître des Microzoaires dans des infusions de granit, d'anthracite ou de marbre coquillier (3). A l'égard des deux derniers corps, le phénomène peut être facilement expliqué. Si l'on se rappelle leur origine géologique, résultat d'un mélange d'êtres organisés et de particules minérales, ne se peut-il pas qu'il existe encore dans leurs interstices quelques vestiges de substance organique qui se trouve mise en liberté par le contact du liquide? J. Muller, a fait, avant nous, cette supposition (4).

Ce qu'il y a de positif, cependant, c'est qu'aucun animalcule n'apparaît dans l'eau contenant des corps métalliques, tels que du fer, du cuivre, du plomb ou des sels de mercure (5). Le sel marin n'en produit

(1) Muller, Manuel de phijsiologiej 2^ édition, Paris, 1851, 1. 1, p. 10.

(2) Burdach^ Traité de physiologie. Paris, 1837, t. î, p. 16.

(3) Gruithuisen, Beitràge zur Physiognosie und Eautognosie. — Idées sur la physiognosie et sur la génération spontanée.

(4) Muller, Manuel de physiologie. Paris, iSol, 1. 1, p. 8.

(5) Comp. Gruithuisen, Beitràge zur Physiognosie und Eautogno-

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pas non plus, suivant Gruithuisen, tandis que Treviranus prétend qu'il en a vu naître dans l'eau qui en contenait. Je partage absolument l'opinion de l'illustre physiologiste, car je suis parvenu au même résultat dans mes expériences. A priori, on devait le supposer, le sel marin contenant toujours quelques particules organiques. — Si Gruithuisen a eu des résultats différents des nôtres , cela est peut-être dû- à ce que ses solutions étaient trop chargées de particules minérales.

Selon Burdach, la propriété inhérente à certaines substances de produire des Infusoires, dépendrait de leur affinité pour l'eau (1), et non point de leur solubilité, comme le veut Gruithuisen (2). La solubilité est si bien une qualité accessoire, que certaines substances qui en sont parfaitement douées, telles que le quinquina, le sirop, les acides azotique^ sulfurique, etc., ne fournissent jamais d'infusoires.

C'est, je ne dirai pas par erreur, mais simplement par inattention , que Burdach mentionne les acides, sans restriction, comme s'opposant à la production des Infusoires (3); l'acide acétique affaibli, et d'autres, en fournissent, on le sait, en abondance.

Les animalcules apparaissent d'autant plusrapide-

sie, p. 100. — Idées sur la physiognosie et sur la génération spontanée.

Treviranus, Biologie, t. II, p. 30o.

(1) Burdach, Traité de phijsiologie. Paris, 1. 1, p.. 17.

(2) Gruithuisen , Beitràge zur Physiognosie und Eautognosie, p. 100. — Idées sur la physiognosie et sur la génération spontanée.

(3) Burdach, Traité de physiologie. Paris^ t. I, p. 17.

ment, que la substance mise en expérience est plus putrescible. Ce fait, reconnu par Priestley, et mentionné par Treviranus et Burdach, n'est pas douteux.

Le premier de ces savants avait vu aussi qu'il se développait beaucoup plus de Microzoaires dans de l'eau contenant des fraises, que dans celle où Ton avait mis des graines de lin ou d'autres corps organisés d'une difficile décomposition. Spallanzani rapporte à l'appui de cette assertion, qu'il a observé que le gluten produisait plus d'Infusoires que l'amidon. D'après cela on s'accorde généralement à penser que les infusions les plus putrescibles sont celles où les Microzoaires se montrent avec plus d'abondance (1). Comment expliquerait-on ce fait dans l'hypothèse où l'on suppose que les germes de ces animaux proviennent du dehors et tombent dansle liquide? Or, comme on ne peut admettre que des êtres aussi microscopiques exigent le superflu de matière nutritive qu'on observe dans les infusions les plus chargées, il faut bien convenir que s'ils sont plus abondants parmi celles-ci, c'est que leur production n'est réellement due qu'à l'exubérance des molécules organiques qui s'y trouvent mises en liberté, et toutes prêtes à entrer dans de nouvelles combinaisons.

En s'occupant du rôle de la substance putrescible, il serait important de se faire une idée des phénomènes intimes de désagrégation et de recomposition

(1) Comp. Treviranus, Biologie. Gœttingue, 1822, t. II, p. 360. BuRDACH, Traité de physiologie. Paris, 1. 1, p. 14. Spallanzani, Opuscules de physique animale et végétale. Pavie, 1787', t.I.

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qu'elle éprouve durant les phases de la génération primaire, mais c'est là le point le plus obscur de la question. Nous avons déjà vu que, selon Buffon, il existerait une mutation continue dans les éléments matériels et animés des animaux, ainsi que dans la forme de ceux-ci ; les molécules organiques devenues libres parla désagrégation, pouvant entrer dans une série infinie de combinaisons nouvelles, et produire des êtres tout à fait différents de ceux dont elles provenaient (1). Ceci, est comme on le voit, la génération spontanée dans toute son extension. Celte hypothèse est naturellement la conséquence de l'autre, ainsi que M. Flourens l'avait déjà exprimé en analysant les travaux de notre Pline moderne (2) . M. Longet, après avoir émis, en abrégé, les idées de Buffon, dit qu'il est inutile aujourd'hui de les répéter, et que nos connaissances histologiques ne nous permettent pas le moindre doute |à cet égard (3). Nous ne traitons pas aussi cavalièrement un semblable sujet; et, lorsque les physiologistes les plus considérables de notre époque émettent encore des opinions qui se rapprochent de celles de notre immortel compatriote, ses hypothèses ont bien le droit d'être considérées comme étant de quelque valeur. Naguère encore , M. Milne Edwards les partageait en partie; s'il s'est éloigné de cette voie, d'autres

(1) Buffon, Histoire naturelle. Paris, 1749. Suppl., t. IV, p. 343.

(2) Flourens, Histoire des travaux et des idées de Buffon. Paris, 1844, p. 78.

(3) Longet, Traité de Physiologie. Paris, t. II, p. 7.

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savants persistent encore à la suivre : il faut débrouiller où gît la vérité (1).

Selon Wrisberg, les Infusoires ne seraient que les particules des corps soumis à la putréfaction, et qui, pendant que ce phénomène se manifeste, deviennent libres, et s'animent d'une vie propre. Cette hypothèse se rapproche donc des vues de Buffon, dont il vient d'être question. S. Schultze soutient une thèse analogue en prétendant que les Microzoaires ne sont parfois que le résultat des métamorphoses de la substance organique : c'est une grande concession de la part de ce savant, lui dont les expériences tendent à prouver que l'air renferme les germes des Proto-

organismes.

Dans la manifestation de ses sublimes harmonies, Ja nature répartit à chaque être son rôle physiologique. Les végétaux possèdent le privilège presque exclusif de s'approprier les molécules minérales, de les transformer en leur propre substance, tandis que les animaux, au contraire, ne s'alimentent que d'éléments organisés, ainsi que l'ont largement développé Burdach et J. Muller (2). De là chacun des deux règnes du monde animé a sa fonction spéciale ; les végétaux semblent avoir seuls la propriété de transformer en leur propre substance les composés binaires minéraux, tels que l'eau, l'acide carbonique et l'ammoniaque, en élevant leur combinaison à l'é-

(1) MiLîSE Ej)\y\ï^DS y Répertoire général d'anatomie et de physiologie. Paris, 1827, t. III, p. 47.

(2) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. IX, p. 401. J. Muller, Manuel de physiologie. Paris, 1845, 1. 1, p. 16.

tat de composés ternaires organiques. Les végétaux, comme Ta dit M. Dumas, savent organiser la matière et J'accumuler, et les animaux, pour lesquels cette matière a été amassée, la consomment pour l'entretien de leur vie (1). C'est par cette raison que dans les milieux où il n'existe aucun vestige animé, ce sont des végétaux qui apparaissent d'abord, et que les animaux les suivent.

Il est utile, dans toutes les expériences que l'on entreprend sur la génération spontanée, de tenir compte de l'état du corps solide putrescible ; et c'est pour ne pas l'avoir fait, que souvent les physiologistes ont obtenu d'inexacts résultats. Une certaine température arrêtant le mouvement fermentescible , et celui-ci étant un phénomène indispensable à la production des Proto-organismes, il arrive que ceux-ci n'apparaissent qu'après un temps fort long ou même cessent absolument de se produire, lorsque le corps solide a subi une ébullition prolongée. Dans les décoctions, ce n'est même souvent qu'après plus d'un mois qu'elles ont été exposées à l'air que cela a lieu. Parfois même, après un temps beaucoup plus long encore, on n'y voit pas le moindre vestige d'organisme.

Que signifient donc quelques rares expériences à vaisseaux clos faites par certains physiologistes, qui n'ayant point rencontré d'animalcule dans leurs vases, ont argué de là qu'il ne s'en produisait pas dans la matière soumise à l'expérimentation!

(1) Dumas, Essai de statique chimique des êtres organisés. Paris, 1842 . 11.

Lors même qu'on laisse dans l'eau le corps qui a subi la décoction, ce n'est souvent qu'après un temps considérable, parfois plus d'un mois, qu'il s'y développe des animalcules. Voici des faits à l'appui de cette assertion.

Expérience. — Une forte décoction de foin, exposée à l'air durant trente-cinq jours, n'a présenté aucun animalcule vivant, soit à cette époque, soit dans les observations qui ont été faites dans l'intervalle.

Au contraire, des macérations de foin également exposées à l'air, près de cette décoction, nous ont constamment offert des myriades de lons^s Vibrions, au bout de vingt-quatre heures, quand la température était de 25 à 28°; et des Kolpodes et d'autres Micro zoaires d'un ordre élevé, après trois ou quatre jours.

Expérience. — - Quatre grands verres à expériences ont été placés sous une même cloche, très-ample, pour qu'ils soient soumis tous les quatre aux mêmes influences. Chacun d'eux avait reçu 300 grammes de liquide. Ils furent examinés trois jours après, la température moyenne ayant été de 24% et la pression de 0,755.

Le premier verre était rempli d'eau qui avait bouilli pendant 15 minutes, et de 5 grammes de foin, qui avait aussi subi Tébullition. La couleur du liquide était d'un fauve extrêmement pâle; la pellicule membraneuse à peine apparente ; sa surface était seulement parcourue par un certain nombre de longs Vibrions {Vibrio graiiifer ^ Pouch. et Vïbris levis, Pouch.), de 20 à 25 divisions micrométri([ues de longueur.

Le deuxième verre était rempli d'eau qui avait bouilli, mais de 5 grammes de foin qui n'avait point subi l'ébullition. Le liquide était fauve et sa pellicule bien formée. Il contenait les mêmesYibrions que l'on rencontrait dans le vase précédent, mais en quantité immensément plus considérable. En outre on y observait une abondance de Kolpodes triticiformes.

Le troisième verre contenait de l'eau qui n'avait point été chauffée, et 5 grammes de foin qui avait, au contraire, été dans l'eau en ébullition pendant quinze minutes. Le liquide était d'un fauve très- pâle comme celui du premier vase; à la surface on rencontrait les mêmes Vibrions que dans les deux précédents vases; seulement ils y étaient plus abondants que dans le premier vase, mais en bien moindre nombre que dans le second ; en outre on y voyait quelques Kolpodes triticiformes.

Le quatrième vase, que l'on pourrait considérer comme un critérium, contenait de l'eau n'ayant point été chauffée, et 5 grammes de foin n'ayant subi aucune préparation. Son liquide était trouble et d'une couleur fauve, et sa pellicule offrait beaucoup plus d'épaisseur que dans tous les autres vases. Sa faune était la même, mais plus abondante que celle des autres verres. On y voyait à la fois des Vibrions granifères , des Vibrions lisses , et des Kolpodes triticiformes.

Ces expériences rendent donc évident ce que nous avons avancé, à savoir : que le corps putrescible qui a subi l'ébullition, est moins propre qu'auparavant à fournir les particules élémentaires des Protozoaires.

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Celte conclusion aurait pu se déduire à priori, car on conçoit que l'action d'une chaleur élevée et le contact de l'eau ont dû attaquer une partie de la substance organique du solide, et par cela même le rendre moins apte à reformer d'autres organismes.

Il est certain que la diversité des substances organiques soumises à la macération, entraine des différences notables dans les Microzoaires qui se développent au milieu d'elles. Bory de Saint-Vincent Tavait depuis longtemps reconnu (1), et Treviranus insiste également sur ce fait (2). Le premier de ces naturalistes a même remarqué que certaines infusions de produits exotiques donnaient naissance à des espèces particulières, et que même si l'on unissait deux infusions différentes, il en résultait des microzoaires qui n'étaient nullement les mêmes que ceux que produisait ordinairement chaque liquide séparé (3). M. Gérard a émis une semblable opinion (4). De tels faits sont, je pense, embarrassants à expliquer pour les physiologistes qui s'obstinent à ne voir dans les Infusoires que le résultat de cette panspermie aérienne que nous combattons.

Treviranus avait aussi prouvé que les mêmes substances fournissent des espèces différentes, lorsque l'on fait varier les conditions de l'expérience. Ainsi, une infusion de Pois dans laquelle on ajoute de l'eau

(1) Bory, Dictionnaire classique d'histoire naturelle. Paris, t.V , p. 46.

(2) TRE\iRk?ivs, Biologie. Gottingue, 1822, t. 11^ p. 325.

(3) Bory, oper. cit.^i. V, p. 16.

(4) Gérard, Dict. univ. d'hist. nat. Paris, 1845, t. VI,, p. 66.

de Laurier-cerise, donne des animalcules plus fins et plus Yifs que ceux de la simple infusion (1). M. Bérard n'hésite pas à accepter cette opinion, nonobstant l'opposition d'Ehrenberg (2), et pour notre compte c'est un fait incontestable.

En effet, nos expériences, si nombreuses, nous ont fait reconnaître l'exactitude des opinions de Bory de Saint- Vincent et de Treviranus; et nous allons au delà, car, pour nous, chaque substance donne nonseulement naissance à des organismes particuliers, mais ceux qu'elle produit peuvent encore varier infiniment selon les conditions dans lesquelles celle-ci se trouve : la saison, la température, la pression atmosphérique, la nature du liquide, etc., agissent avec plus ou moins d'intensité sur la procréation. Aussi, pour l'œil qui sait saisir les moindres nuances morphologiques, il semble que presque jamais chez les animalcules une forme zoologique ne se reproduit deux ïois parfaitemeîît identique.

Des substances absolument analogues produisent même souvent des animalcules entièrement différents, quoique placés dans des circonstances tout à fait identiques. Ainsi, des fragments de crânes d'hommes de diverses nations anciennes et modernes, mis macérer à la même époque, et près les uns des autres, nous ont donné des Proto-organismes animaux et végétaux incontestablement différents. Les faits suivants démontrent ce que nous venons d'avancer :

Expérience. — Le même jour on prit trois vases

(1) T^Exmk^vs, Biologie. Gottingue, 1822, t. II.

(2) BérarDj Cours de physiologie. Paris, 1848, 1. 1, p. 93.

en verre, et chacun d'eux fut rempli avec 300 grammes de la même eau filtrée. Dans le premier on mit 5 grammes d'os d'un crâne d'Égyptien, que j'avais rapporté des nécropoles de Sakkara. Le second reçut 5 grammes de fragments d'os provenant d'un crâne de mérovingien; enfin, dans le troisième on mit 5 grammes de fragments du crâne de l'un de nos contemporains.

Chacun de ces vases fut placé sous une cloche particulière, et abandonné pendant un mois. Au bout de ce temps, durant lequel la température moyenne avait été de 20% on inspecta scrupuleusement leur contenu, et l'on reconnut que dans chacun d'eux il était absolument différent :

Le vase qui contenait des fragments de crâne d'Égyptien, était rempli d'une énorme quantité d'Épistylis, d'Enchéliydeset de Vibrionides.

Le vase contenant des portions de crâne de mérovingien était peuplé d'immenses légions du Glaucoma scintillans, Ehr. et on y observait en outre, ça et là, quelques Vorticella infusionum Duj. , mais en fort petit nombre. ~ Il ne s'y trouvait aucune des espèces du vase précédent (1).

Enfin, le liquide qui contenait des fragments d'un crâne contemporain, avait aussi sa zoologie particulière. — Il était seulement rempli de Kolpodes.

(1) Les crânes que nous avons employés dans nos expériences provenaient de sépultures du sixième siècle^, contemporaines de Cliilpéric ou"de Mérovée/Le Muséum d'iiistoirenalurelle de Rome les avait reçus de notre savant et infatigable ami l'abbé Cochet, auteur de la Normandie souterraine.

DU GOIÎPS PUTRESCIBLE. 1 ^3

Immédiatement après cette première observation, les trois vases qui avaient été séparés jusqu'alors, furent placés sous une même cloche en verre; et par la suite, les débris du contemporain des Pharaons et ceux du compagnon de Mérovée ou de notre compatriote, continuèrent toujours à présenter une faune absolument différente.

Expérience. — Dans une autre expérience, 10

grammes des os d'un crâne de mérovingien ayant été mis dans un grand verre, celui-ci, après avoir été rempli d'eau filtrée , fut abandonné dans mon laboratoire pendant six mois d'été, ayant été simplement recouvert d'une lame de verre.

Dix grammes des os d'un crâne que j'avais rapporté des hypogées de ïhèbes, furent placés à côté et dans les mêmes circonstances.

On observa d'abord que les animalcules de l'un et de l'autre vase étaient absolument différents ; puis avec le temps, ceux-ci ayant disparu des deux macérations, il se produisit de la matière verte dans l'une et dans l'autre. La macération des débris de mérovingien fut toujours beaucoup moins verte que l'autre, qui finit même par être d'un beau vert d'émeraude très-foncé. Lorsqu'au bout du temps mentionné, on examina au microscope les deux produits, on reconnut qu'il existait dans la macération d'os de mérovingien une algue remarquable, que je n'ai vue nulle part figurée, et qui était formée de cordons verts et courts, fort contournés, paraissant étendus à la surface d'un tube membraneux, excessivement mince ; ces cordons ressemblaient absolument à des phrases d'écriture arabe.

Dans la macération de fragments du crâne de Thébain, il n'existait rien d'analogue. La coloration d'un vert foncé était simplement due à de la matière verte de Priestley, composée de petits granules isolés, et d'un beau vert.

Dix grammes d'une Turritelle fossile, provenant des terrains tertiaires de Bordeaux {Tiirritella terebralis ^Lam.), ayant été placés le même jour dans une égale quantité d'eau , et abandonnés dans le même endroit, offraient une Algue tout à fait différente de celles des deux vases précédents. Celle-ci se composait de petits bâtonnets d'un vert très-pâle, articulés, et contenant dans leur intérieur, entre chaque article, quatre nodules, plus ou moins distincts.

Nous devons ajouter à ce qui précède, qu'il est également fort notable que le corps putrescible n'influe pas seulement, par sa nature intime, sur les êtres qui se produisent à même de sa substance, mais que les proportions dans lesquelles on l'emploie, ont aussi une influence manifeste sur l'essence et sur l'abondance de ces mêmes êtres. Les expériences qui suivent, le démontrent suftisamment :

Expérience. — On a pris quatre vases de même forme, et dans chacun d'eux on amis 300 grammes d'eau de fontaine, et une quantité de foin différente. Ces vases ont ensuite été placés séparément sous des cloches. Huit jours après , par une température moyenne de 24° et une" pression de 0,76^ on a observé ce qui suit :

Le premier vase, contenant 10 grammes de foin,

offiait une pellicule épaisse et de teinte foncée. Le microscope signale dans sa macération une grande quantité deKérones, Kerona lepus, MuW., de 0,1 120 deraillimètrede longueur, desanimalcules piriformes offrant 0,0560 de millimètre de longueur, et un grand nombre de gros kistes de 0,0420 de millimètre de diamètre. En outre la pellicule proligère était remplie par une innombrable quantité de petits kistes de 0,0084 à 0,0140 de millimètre de diamètre, tellement serrés de toutes parts qu'ils se touchaient.

Le second \ase contenait 5 grammes de foin. Sa pellicule est m.oins épaisse. On n'y observe aucune Kérone et il y existait seulement quelques animalculespir iformes moins gros que dans le premier vase. Les groskistes, y étaient bien moins nombreux et les petit, s encore en quantité considérable, étaient seulement moins tassés.

Le troisième vase avait reçu seulement 2 grammes 5 décigrammes de foin. Il n'offrait aucune Kérone, aucun gros kiste et l'on y distinguait seulement quelques animalcules très-petits, indéterminables. On y voyait encore quelques petits kistes, mais ceux-ci y étaient infiniment moins nombreux et moins serrés que dans le cas précédent.

Enfin, le quatrième vase qui ne contenait que 1 gramme 25 centigrammes de foin, n'offrait aucun Kérone, aucun animalcule piriforme, aucun grand kiste. Il présentait seulement quelques Microzoaires infiniment plus petits que dans les trois premiers vases et encore indéterminables. Cette macération contenait aussi quelques petits kistes; mais ceux-ci

156 HETEROGEME.

y étaient tellement rares qu'au lieu de s'offrir par centaines dans le champ du microscope, comme dans les cas qui précèdent, l'on n'y en comptait pas plus de douze à quinze à chaque observation.

Il ressort évidemment de cette expérience comparative, comme de tant et tant d'autres, entreprises par nous dans la même direction, 1° que l'organisation et le nombre des animalcules s'élève en raison directe de la masse des corps en état de décomposition, et 2° que ces animalcules se forment de toutes pièces dans le milieu où on les rencontre.

Il est évident en effet que si la nature, le développement et le nombre des animalcules n'étaient pas absolument subordonnés au volume et à la nature du corps en décomposition, on eût rencontré les mêmes Microzoaires, et en même nombre dans les quatre vases, et il en a été tout autrement. Dans le liquide qui contenait le plus de matériaux putrescibles ils étaient d'une organisation infiniment plus élevée et en nombre infiniment plus grand que dans les autres; et on les voyait successivement diminuer à mesure que l'on arrivait aux vases qui contenaient la moindre quantité de foin. Là ils étaient même excessivement rares. Il résulte aussi de cette expérience que ce n'est point l'air qui est le véhicule des germes, car comme ces quatre vases étaient remplis d'une macération identique, si ce n'est sous le rapport de la masse du corps putrescible, on ne voitpas pourquoi les mêmes germes n'auraient pas tombé et n'auraient pas acquis un égal développement dans le dernier vase comme dans le premier.

Dira-t-on que si le dernier vase ne présentait pas plus d'animalcules, c'est que l'aliment n'y était pas en assez grande proportion? ce serait une objection puérile. Si elle était admissible, il y existerait néanmoins quelques spécimens des grosses espèces du premier, et les kistes, eux qui ne mangent point, seraient aussi nombreux dans chaque macération, c'est évident.... et il n'en était pas ainsi. On pourrait objecter que ne m'étant pas servi d'une même macération, les germes se trouvaient dans le foin, mais ce résultat qu'on obtient constamment serait alors vraiment extraordinaire. Cependant pour prévenir toute controverse, j'ai aussi opéré avec une décoction de la même substance, qui avait bouilli une demi-heure, et j'ai obtenu absolument les mêmes résultats !

Nous pouvons ajouter que les mêmes macérations ayant été observées àquinze jours de distance, on reconnut constamment que la population zoologique était devenue absolument différente de ce quelle était lors des premières observations, et qu'elle offrait égaleriient des différences notables dans chacun des vases en expérimentation.

Nous avons reconnu aussi qu'entre les diverses influences que nous venons d'énumérer, l'état de division du corps putrescible avait une action très-prononcée sur les phénomènes de l'hétérogénie ; et que ceux-ci se manifestaient d'autant plus promptement et plus énergiquement que ce corps était plus finement broyé. C'est là un fait incontestable, et que* cent expériences nous ont démontré. On voit même parfois, dans des observations exécutées parallèlement, se

produire (les espèces différentes, dans des macérations absolument identiques, sauf Tétat de division de la substance. Ces divers faits sont une preuve de plus en faveur de Fhypothèse que c'est à la décomposition du corps solide seul, et aux diverses circonstances dans lesquelles elle se produit, que les Proto-organismes doivent leur modalité.

Nous choisissons parmi nos expériences les deux suivantes; elles nous semblent suffire pour démontrer ce que nous avançons :

Expérience. — Après douze heures, à une température moyenne de 23 degrés et sous la pression de 0,76 une macération de 5 grammes d'étoupe dans 300 grammes d'eau, offre seulement quelques petits Vibrions, peu agiles, rectilignes, ayant de 2 à 4 divisions micrométriques de longueur.

De l'étoupe hachée placée dans les mêmes conditions, contenait un bien plus grand nombre de ces petits Vibrions et ils étaient tous en grande agitation. On y rencontrait en outre une quantité considérable de VibrionsJ gigantesques ayant de 20 à 25 divisions micrométriques de longueur, animés de vifs mouvements anguiiloïdes.

Expérience. — Dans deux vases de même capacité, contenant la même quantité d'eau, le même jour, on met un poids égal de foin ; seulement, dans l'un celui-ci est entier et lié en une petite botte; et dans l'autre il est haclié excessivement fin et contenu dans un sac de tulle. Au bout de huitjours, latempéralure ayant été en moyenne de 21 degrés et la pression de 0,755 on observa les deux vases en expérience, et

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l'on reconnut que la population zoologique de l'un était absolument différente de celle de l'autre.

Dans le vase où le foin était entier l'eau offrait une teinte fauve nébuleuse etlapelliculeprésentaitpeud'épaisseur et était arachnoïde. Sa trameencore distincte était formée de l'enchevêtrement de longs Vibrions, dans l'intervalle desquels on distingue une énorme quantité de Monaslens Duj. morts. Le liquide était rempli d'animalcules piriformes de 15 divisions micrométriques de longueur.

Dans le vase où le foin a été haché la faune est plus riche et absolument différente. Elle se compose d'une énorme quantité de Kérones, parfaitement adultes et d'une abondance deKolpodes d'une taille extraordinaire, et que je n'ai jamais rencontrés, du moins avec une telle dimension. Ces Kolpodes ont 40 et même 45 divisions micrométriques de longueur et offrent des estomacs nombreux, disséminés dans une substance diaphane. En outre il existe aussi dans le liquide une Algue rameuse , cloisonnée , et de tous côtés nagent des Vibrions et des Monades.

SECTION II. — DE l'eau.

L'eau joue un rôle important dansles phénomènes de l'hétérogénie, et elle est regardée, avec raison, comme l'un des éléments indispensables au développeaient des Proto-organismes. En considérant le sujet d'un pointde vue plus élevé, on reconnaît même que toute existence soit végétale, soit animale, dérive primitivement de celle-ci, et que dans la suite, soit

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à l'état liquide, soit à l'état de vapeur, elle continue d'être de la plus haute importante pour l'entretien de la vie.

C'est donc avec une sorte de raison instinctive, que les auteurs inspirés des principales cosmogonie», font tous sortir de l'eau la majeure partie de la création. En traçant le tableau de l'origine des choses, les livres sacrés de presque toutes les nations nous représentent la superficie du globe comme étant submergée par un immense océan. Les commentateur de la Bible, ainsi que l'indique lui-même saint Jean, s'accordent à émettre qu'à l'époque du chaos, la terre était entièrement couverte par une vaste mer, qui disparut pour faire place à la création (1). Le mot abîme de notre texte sacré a même été considéré par la plupart des commentateurs comme synonyme des eaux sur lesquelles planait l'esprit de Dieu (2).

L'élément fluide joue aussi un très-grand rôle dans les cosmogonies indiennes. Là, les védas représentent Siva, le suprême auteur de la création, déposant dans le sein de l'Océan les germes de l'universalité des êtres (3). Ailleurs ils peignent Yichnou, qui en est le symbole, flottant sur l'abîme des eaux,

(1) Saint Jean, Apocalypse , ch . xxi, 1. — Comp. Bost , t. I, p. 238.

(2) Comp. J. A. Bost, Dictionnaire de la Bible. Paris, 1849, 1. 1, p. 231. — Job, xxxviii, 30. Ps. xlii, viii, civ, vi. — Jonas, ii, 6.

(3) Siva, principe de la chaleur et de la lumière, y tient manifestement la place du grand géne'rateur ou créateur. Son action a précédé toute autre action, et c'est lui qui déposa dans les eaux primitives (représentées parBhavani), les germes producteurs de toutes choses. (F. Creuzer, Religionsde Vantiquité. Paris, 1825, t. I, p. 177.)

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