‹ Hétérogénie; ou, Traité de la génération spontanee, basé sur de nouvelles expériencesChapitre 24 sur 50 · DE LEAU · texte numérisé non relu

DE LEAU

paisiblement endormi dans les replis du serpent adysséchen (1). Enfin, dans d'autres endroits, s'offre la charmante figure de Maya, mère de la mer de lait, matière première de toutes choses (2), et d'où naquit la déesse des sciences elle-même, Sarassouadi, épouse de Brama (3).

Dans les anciennes théogonies des Persans, on Yoit que ceux-ci regardaient la terre, Fair et l'eau, comme les principes de toutes choses (4).

Au milieu de leurs errements, les alchimistes du moyen âge et de la renaissance, accordent aussi àl'eau une suprême puissance et la considèrent comme le grand agent de la vie universelle. Dans un endroit de ses œuvres, le trop célèbre Paracelse la désigne sous la dénomination de creatiirarum universarum matrix (5). Et plus loin, comme s'il avait une con-

(1) Selon Creuzer, Vichnou n'est pas seulement l'eau, mais bien plutôt l'esprit ou le souffle divin , se mouvant ou marchant sur les eaux, c'est-à-dire les vivifiant. [Relig. de Vaut., t.L p. 169.)

(2) C'est une des plus gracieuses conceptions de l'art indien. Cette déesse , richement parce et entourée du voile des préformations^ dont les plis recèlent toute la création, effleure légèrement la surface de la mer de lait qui s'écoule de son sein en deux longs ruisseaux.

Comp. Niclas Muller, in Dorow's morgenland. Alterthum,\.\\, pi. 2, flg. 2. — Creuzer, Belig. de l'ant.

(3) So.^KERAT;, Voyage aux Indes orientales. Paris, 1782, t. I, p. 154-172.

(4) Th. Hyde, Veterum Persarum religionis historia, eorumque Magorum. Oxonii^ 1760, t, I.

(5) Paracelse. Nobilis, clarissimi ac probatissimi philosophi et medici,Dn. Aureoli Philippi Theophrasti Bombast, ab Hohenherniy dicti Paracelsi , opcrum mcdico-chimicorum site paradoxorum^ tomus genuinus primus. Francfort, 1603, t. III, p. 25.

162 HÉTÉROGÉME.

fuse idée du rôle des principaux agents de l'hétérogénie, on le \oit dire : « Vita in omnibus animalibus a a duahus sphœris gubernatur : a siiperiore quce « aer est et ignis; ab inferiore j quœ aqiia est et « terra (1). »

Si, abandonnant ces supputations purement historiques, nous passons à Texanien de la fonction de l'eau dans la production des phénomènes de l'hélérogénie, nous reconnaissons que, quoique l'apparition normale des Proto-organismes nécessite ordinairement la présence simultanée de ce fluide, de l'air et d'un corps putrescible, il est cependant non douteux que des organismes peuvent apparaître, ainsi que le dit Gleichen, dans l'eau simple, filtrée ou distillée; seulement leur formation y marche beaucoup plus lentement que dans les infusions, la nourriture y manquant (2). Selon Fray, l'eau pure seule pourrait même engendrer des Microzoaires ; il assure en avoir parfois observé dans celle-ci (3). Si ce savant ne prétendait y avoir rencontré que des végétaux rudimentaires, nous pourrions partager son opinion, mais jamais nous n'avons vu de l'eau distillée produire des animalcules, si ce n'est de la matière verte.

En effet, lorsque de l'eau très-pure, ou même de l'eau distillée, est abandonnée à la lumière dans les vases de nos laboratoires, au bout d'un temps qui varie, selon la température, on voit y apparaître des

(1) Paracelse, Ici., ihid., p. 27.

(2) Gleichen, Dissertation sur la génération. Paris, an VII ^

(3; Fr.AY, Essai sur l'origine des corps organisés. Paris, 1817.

DE l'eau. 163

granulations d'un beau verl, rondes ou elliptiques, plus ou moins abondantes et rapprochées. Celles-ci sont immobiles ou douées de mouvements excessivement prononcés.

Cette matière verte, dont il est souvent question lorsqu'il s'agit de génération spontanée, fut signalée au monde savant par Priestley, dans un travail devenu célèbre. Ce physicien ne l'avait d'abord considérée que comme un sédiment muqueux (1); mais à peine deux ans s'étaient écoulés depuis sa découverte, qu'il revint sur sa première idée, et éleva cette matière au rang des végétaux, en la regardant comme une espèce de Conferve (2). Forster, Senebier et De Candolle, ont successivement partagé cette erreur. Le premier la prit pour le Bissas botryoides de Linnée j Senebier ne vit en elle que le Conferva cespitosa filis redis undique divergentibus de Haller (3) ; et De Candolle créa pour celle-ci son Vaucheria infusionum (4).

Ingen Housz, patient observateur, jeta un jour nouveau sur la nature de la matière verte, qui avait déjà donné lieu à tant de controverses (5). Il la considéra d'abord comme une espèce de mousse ; puis plus tard il se rangea de l'opinion de M. Thompson de la société royale de Londr^es, qui ne vit en

(1) Priestley^ Expériences et observations sur différentes espèces d'air, eic. Paris, 1779, t. IV.

(2) Priestley, Expériences et observations, etc. 1781, t. V.

(3) Senebier , Journal de physique. 1781, t. XXVIl, p. 209. Ouvrage sur la lumière solaire. 1782.

(4) De Candolle, Flore française. Paris 1805, t. II, p. 65. (o) Ingkn Housz, Journal de physique. 1784, t. XIV, p. 3o6.

elle que des animalcules (1) et il l'envisagea comme n'étant que le groupement d'une immense quantité de Microzoaires auxquels il donna improprement le nom d'Insectes (2). Cette matière se développe également dans l'eau de pluie, dans les infusions, et même dans l'eau de la mer, et elle abonde parfois aux environs des fontaines, sur les pierres qui sont imbibées d'eau. Selon Bory de Saint-Yincent,elle se développe bientôt après que l'eau a manifesté son sédiment muqueux, et celui-ci s'en remplit pour constituer le végétal qui, par son extrême simplicité, a le droit d'être placé à la tête de la série, le Chaos prirnor^dialis . Ainsi donc, pour ce savant, celui-ci n'est que le résultat de l'apparition de la matière verte, qu'il appelle îTia/ière végétative de la matière muqueuse (3). Enfin, plus récemment, cette matière paradoxale a été regardée par Wagner comme n'étant formée que par les cadavres de plusieurs espèces d'infusoires de couleur verte, et surtout par ceux de VEuglena viridis (4). Nos observations nous ont conduit à la même conclusion, en voyant cette matière verte s'animer à certains moments de mouvements qui ne peuvent appartenir qu'à l'animalité.

Des Proto-organismes peuvent aussi apparaître dans des liquides de composition variée. Retzius dit

(1) Thompson, Transactions philosophiques. 1787.

(2) Ingen Housz, Expériences sur les végétaux. Paris, 1789, t. II, p. 365.

(3) BoRYDE Saint-Vincent, Dictionnaire classique d'histoire naturelle. Paris, 182G, t.' I, p. 264.

(4) Comp. J. MuLLER, Manuel de physiologie, {. I, p. 11.

avoir vu desConferves se développer dans une dissolution de chlorure de baryte, opérée à Taide d'eau distillée, et contenue dans un flacon bouché à l'émeri (1).

Dans certaines circonstances, la composition de Teau peut à elle seule expliquer l'apparition des Microzoaires, sans qu'il soit utile d'invoquer la présence de germes. De l'eau météorique, analysée par Zimmermann , lui a fourni une certaine quantité d'une substance particulière, dégageant de l'ammoniaque, différente du mucus, et qu'il a appelée Pyrrhine. Cette eau contenait en outre du fer, du manganèse, de la chaux et quelques autres substances (2). Selon Nées d'Esenbeck, lorsque cette pyrrhine vient à se précipiter, il se peut qu'elle produise des animalcules.

Selon Burdach, Teau qui, dans nos expériences, se fait remarquer par sa plus grande fécondité en produits organiques, est celle de la rosée ; l'eau de pluie vient après, et enfin celle de source (o).

On peut considérer comme une règle générale que le mouvement fermentescible qui précède constamment l'apparition des Protozoaires, se manifeste beaucoup plus lentement et plus difficilement dans l'eau qui a bouilli, que dans celle qui n'a pas subi l'action de la chaleur. Les observations viennent à satiété établir ce que nous avançons.

(1) Retzius. Froriep, Notizen^j n» 56,

(2) Zimmermann , Archiv. fur gesammte Naturlehre^ t. I, p. 257. Archives de l'histoire naturelle.

(3) Burdach, Traité de physiologie. Paris, t. I^ p. 18.

d66 HÉTÉROGÉNIE.

Expérience. — Les diverses combinaisons suivantes ont été abandonnées durant cinq jours à l'air libre, par une température moyenne de 24% et une pression de 0,755. On opérait sur 300 grammes d'eau.

Le premier vase contenait une décoction de foin, filtrée, ayant subi une heure d'ébullition. Le liquide était un peu trouble et fortement coloré en fauve; sa surface n'offrait aucune trace de pellicule. Seulement de place en place on voyait nager quelques petits îlots d'un Bissus microscopique, inarticulé, rameux. Il n'existait aucun animalcule dans la liqueur.

Le second vase contenait, outre la même décoction que le précédent, 5 grammes du foin qui avait servi à la confectionner. Le liquide n'offrait pas la moindre trace de pellicule. Le microscope y signala quelques rares fragments du même Bissus que dans le vase précédent, et de plus une immense quantité de Vibrions en mouvement. Aucun autre animalcule n'y existait.

Le troisième vase contenait de l'eau de citerne filtrée, dans laquelle on avait mis 5 grammes de foin qui avait subi l'ébullition. Le liquide était d'une couleur fauve, et recouvert d'une pellicule bien formée. Il était peuplé de Kolpodes, de Glaucomes et d'une innombrable quantité de Vibrions dispersés au milieu de filaments bissoïdes.

Enfin , un quatrième vase était rempli d'eau de citerne, et contenait 5 grammes de foin, n'ayant subi aucune préparation. Dans ce vase la pellicule était encore plus épaisse que dans le précédent. L'examen y fit reconnaître un nombre de Vibrions,

de Kolpodes et de Glaucomes encore beaucoup plus considérable que dans le troisième matras, et en outre une infinité de petits kistos oviformes, représentant les nouveaux éléments d'une immense population de Monade lentille, qui va apparaître.

Cette expérience, que nous avons répétée plusieurs fois, en variant l'intervalle du temps, nous a toujoursdonné les mêmes résultats. Elle démontre donc : r que l'eau qui a subi un certain temps d'ébullition est infiniment moins apte à produire des animalcules que ne l'est l'eau ordinaire ; 2° que le foin qui a subi l'ébullition, comme nous l'avons déjà vu, est luimême moins rapidement prolifique que celui qui est naturel. Elle prouve, en outre, que ce n'est pas le foin qui recèle les germes des animalcules, puisqu'il s'en développe d'abondantes légions dans les expériences où lui seul a subi l'ébullition ; et enfin, que ce n'est pas non plus l'eau qui contient ces germes, puisque dans Teau qui a bouilli on découvre également des animalcules, mais seulement ceux-ci n'y apparaissent qu'avec plus de lenteur.

On peut aussi considérer comme une loi fondamentale que les phénomènes de l'hétérogénie se manifestent avec d'autant plus d'intensité que le corps putrescible est placé davantage vers la surface du liquide. Cela est tellement évident, que lorsque nous voulons activer dans nos bocaux la production de certains animalcules, nous nous bornons à laisser surnager une petite portion de la substance sur laquelle nous opérons. Il est même fort curieux de noter que la profondeur à laquelle se trouve le corps

putrescible, influe même sur la nature des espèces qui sont produites, ainsi que le prouvent les dernières expériences que nous citons ici à Tappui de nos assertions.

Expérience. — Une forte éprouvette est remplie d'eau de citerne jusqu'à la hauteur de 30 centimètres ; \ centimètre au-dessous de la surface du liquide on a suspendu 5 gram mes de foin haché, maintenu dans un sac de tulle. Le troisième jour, le liquide est légèrement trouble ; sa surface offre une pellicule mince, fragile, et des bulles d'acide carbonique. On y rencontre des Kolpodes piriformes et des Kérones nageant au milieu d'une immense quantité de Vibrions granifères, de Vibrions gigantesques, et de Monades .

Dans une éprouvette absolument semblable, avec la même quantité d'eau, on met le foin au fond du vase. La pellicule est excessivement mince, etcelte macération est infiniment moins peuplée que la précédente. Les Monades y sont clair-semées ; les Vibrions gigantesques et les Vibrions granifères sont beaucoup moins nombreux; on n'y rencontre ni Kolpodes ni Kérones.

Expérience. — Dans une autre expérience, nous avons placé 5 grammes de foin à 50 centimètres de profondeur dans un long tube de 2 centimètres de diamètre. Parallèlement, on a placé la même substance, et en quantité égale, au fond d'un tube, à 1 mètre au-dessous du niveau de l'eau 5 enfin, dans un troisième tube, le foin a été placé à 2 mètres de profondeur. Vingt-quatre heures après, voici ce que

DE l'eau. 169

l'on observait, la température étant de 25% la pression de 0,757.

Dans le tube où le foin était à 50 centimètres sous l'eau, il existait une innombrable quantité de Monades, et d'innombrables légions de Vibrions gigantesques et de Vibrions granifères, tous fort agiles.

Dans le tube où le foin était placé à 1 mètre sous l'eau, il y avait moins de ces animalcules.

Enfin, dans le tube où le foin était situé à 2 mètres au-dessous du niveau de l'eau, on ne rencontrait plus que des Menas termo, Mull. fort espacés, fort rares, entremêlés de quelques Vibrions très-fins. On ne découvre plus ici un seul Vibrion gigantesque, ni un seul Vibrion granifère.

Expérience. — J'ai répété cette expérience, mais en observant seulement ses résultats quatre jours après qu'elle avait été commencée. Voici ce qui eut lieu :

Dans le tube où le foin a été placé à 2 mètres de profondeur, la pellicule est aréniforme et composée de granules immobiles : la liqueur ne contient pas le moindre animalcule vivant.

Dans le vase où le corps putrescible est à 1 mètre de profondeur, il existe quelques animalcules indéterminables, très-agiles, allongés, d'une division micrométrique de longueur, puis un assez bon nombre de fins Vibrions.

Dans le tube où le corps fermentescible est placé à 50 centimètres au-dessous du niveau de l'eau, on trouve une immense quantité d'animalcules trèsagiles, d'une division micrométrique de longueur,

170 HETEROGEME.

encore indéterminables ; puis des Vibrions très-fins; et en outre un nombre considérable de Protées, tandis que les autres tubes ne contiennent pas un seul de ces animalcules.

Ces expériences, que nous avons répétées à diverses reprises, et toujours avec des résultats analogues, viennent donc nous démontrer que la profondeur à laquelle le corps putrescible est placé sous l'eau, a une extraordinaire influence, non-seulement sur la rapidité de l'évolution des Microzoaires, mais encore qu'elle suscite l'apparition d'espèces absolument différentes, quoique l'on fasse usage de la même substance. Ces expériences prouvent en outre, que si les germes des animalcules étaient dans l'un des trois corps que l'on en a fait successivement déposisitaires, il n'y aurait pas de raison pour que les animalcules ne fussent pas identiques et aussi abondants dans un tube que dans l'autre; au contraire, cela s'explique , si leur production n'est que le résultat de l'action combinée des éléments de l'eau, du solide et de l'air.

Expérience. — En expérimentant sur de l'eau contenant du Trèfle ordinaire, je suis parvenu aux mêmes résultats que précédemment. Si ce végétal se trouvait submergé par une abondance d'eau, lesinfiisoires étaient fort longtemps à apparaître, et peu nombreux. Au contraire, plus j'approchais de la surface du liquide le végétal en expérience , plus la génération était copieuse et rapide. Enfin, si même je laissais une portion du Trèfle sortir de l'eau, dans ce cas j'obtenais une production de Microzoaires

DE l'air. 171

d'une abondance à nulle autre pareille, et dans le moindre espace de temps.

Fray et Burdach, dansd'autres expériences, avaient déjà obtenu des résultats analogues aux miens, mais pas tout à fait aussi nettement trancliés, aussi précis. Le premier dit seulement que si la substance qui macère est surmontée d'une trop haute colonne de liquide, il ne se produit pas d'animalcules distincts (i); et Burdach avance simplement qu'en plongeant un morceau de granit dans de l'eau, si cette roche y est totalement submergée , la matière verte ne se reproduit que lentement; et qu'au contraire, si elle ne l'est qu'imparfaitement, et qu'une partie surpasse le niveau du liquide , cette matière apparaît plus promptement et plus abondamment (2).

SECTION m. — DE LAIR.

11 est à peine besoin de dire que l'air est indispensable à la production des Microzoaires, l'atmosphère, selon l'expression d'un illustre chimiste, renfermant les matières premières de toute l'organisation (3). Une expérience de Wrisberg suffirait, s'il en était besoin , pour le démontrer. En couvrant ses infusions d'une couche d'huile d'olive, d'une ligne d'épaisseur, jamais il ne vit d'animaux apparaître;

(1) Fray, Essai sur l'origine des corps organisés et inorganisés . Paris, 1817.

(2) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1831, t. î^ p. 21.

(3) Dumas, Essai de statique chimique des êtres organisés. Paris, 1842, p. 10.

tandis que s'il ne mettait à la surface du liquide que quelques gouttelettes d'huile, dans les intervalles desquelles celui-ci se trouvait en contact avec Tatmosphère, on voyait des Protozoaires s'y former (1). D'un autre côté, Spallanzani affirme, ce qui à priori semble n'être pas douteux, que dans le vide de la machine pneumatique, aucun animalcule ne se produit (2). Gruithuisen est venu aussi, par ses expériences, apporter une nouvelle preuve de l'indispensable nécessité de l'air pour la production des Protozoaires. En renfermant une infusion produisant ordinairement d'abondants animalcules, dans des flacons bouchés à l'émeri, et dont le bouchon touchant au liquide entravait la présence de l'air, jamais il ne vit de Microzoaires apparaître (3).

L'air est tellement indispensable à la vie des Microzoaires que si sa masse n'est pas suffisante, lorsqu'on opère à vaisseaux clos, on n'en voit aucun apparaître. Lorsque dans ceux-ci son volume est trop restreint, on observe même que jamais il ne s'y développe que des animalcules dei'ordre le plus infime (4). Ceux-ci y meurent même rapidement, de façon que lorsqu'on ouvre les vases, on n'y trouve plus que leurs vestiges. Spallanzani avait déjà signalé l'influence lélhifère qu'exercent sur les anirnal-

(1) Wrisberg, Observationum de animalculis infusoriis Natura, etc. Gottingue, 1765, p. 82.

(2) Spallanzani. Observations et expériences sur les animalcules, p. 140.

(3) Gruithuisen. — Gehuer, Journal fur die Chemie und Physik, t. YIII, p. 523.

(4) Monas, vibriO;, bacterium, etc.

cules microscopiques les vases fermés hermétiquement (1). Mais il ne nous paraît point en avoir pénétré la cause réelle, qui^ selon nous, est peut-être la stagnation à la surface de l'eau de l'acide carbonique et des gaz méphitiques produits par la fermentation putride.

Voici quelques expériences propres à élucider ce sujet.

Expérience. — Ayant pris un flacon d'un litre de capacité, bouchant à l'émeri, on y mit un demi-litre d'eau de citerne, passée au filtre, et 5 grammes de foin. Ce flacon qui contenait en conséquence un demi-litre d'air, après avoir été bouché hermétiquement fut laissé quarante six-jours dans mon laboratoire, en été, à une température moyenne de 23 degrés. Après ce laps de temps l'eau était d'une teinte légèrement citrine, limpide, sans dépôt au fond et sans pellicule à sa surface. Cette eau ne contenait aucun animalcule ni aucune autre production organisée ; de place en place seulement de rares granules, soit globuleux, soit allongés, sont animés d'un mouvement brownien; mais ces granules, qui pourraient en imposer à des observateurs inattentifs, examinés aux plus forts grossissements, ne sont ni des Monades ni des Vibrions. L'air qui se trouve dans le vase a contracté une grande fétidité et son odeur rappelle celle de l'hydrogène sulfuré.

Expérience. — Quatre flacons d'un litre de capacité, bouchant à l'émeri, ont été remplis aux deux

(1) Spallanzani, Opuscules de physique animale et végétale. Paris, 1787, 1. 11, p. 199.

il A HÉTÉROGÉNIE.

tiers d'eau; on a ensuite introduit dans chacun d'eux

10 grammes de foin, lié en une petite botte; puis ils ont été bouchés hermétiquement, contenant, par conséquent au-dessus de l'eau, un tiers de litre d'air atmosphérique. La température moyenne a été de 22 degrés pendant le cours de cette expérience.

Le deuxième jour, le premier de ces flacons a été observé. La macération était d'une teinte fauve, trouble; sa superficie était couverte d'un peu d'écume, mais il n'existait encore aucune pseudo-membrane. La macération contenait alors une immense quantité de Vibrions de grande et de petite dimension, Vibrio tremiilans j Vibrio levis. Tous étaient morts; seulement le réseau formé par leurs débris était parcouru de place en place par quelques ifonas lens, Duj.

Le quatrième jour, le second flacon a été ouvert; sa surface était écumeuse et sans pellicule apparente.

11 n'y existait absolument que des corps morts du Bacterium trilociilare, Ehr. assez espacés, et quelques Y(ives Monas lens en mouvement; souvent même on n'en rencontrait pas un seul dans le champ du microscope.

Le troisième flacon, ouvert le septième jour, ne présente à sa surface que de rares bulles gazeuses. Son liquide est jaune fauve, un peu nébuleux. La pellicule à peine formée se compose de cadavres de Monas crepiisculiim ; dans la liqueur rien autre chose qne quelques-uns de ses monas morts et flottants^ et quQ\([ue?> Baclcrium trilociilare également sans mouvement. Vie absolument nullcc Le premier flacon, resté ouvert depuis cinq jours, est rempli au con-

DE l'air. 175

traire d'une abondance de Glaiicoma scintillans Duj. et de Kolpoda eiicullus, Mull. etc.

Le dix-huitième jour on ouvrit Je quatrième flacon; la macération était de couleur citrine , légèrement nébuleuse; à sa surface existait une pellicule extrêmement mince, formée de cadavres de Baderiumtermo, maison ne rencontrait aucun animalcule vivant dans la macération.

Expérience. — Deux flacons à large ouverture reçoivent un litre d'eau, 10 grammes de foin et contiennent en outre un demi-litre d'air.

Uun de ces flacons, dont l'ouverture est abritée d'une simple cloche en verre, est examiné le quatrième jour, une température moyenne de 23 degrés ayant régné pendant la durée de l'expérience; il offre alors à sa surface une pellicule cassante, peu épaisse, peuplée de Monas lens, de Bacterium termo, de Vibrio undidta, de Vibrio levis, de Vibrio grani fer Kerona lepus et de vivants.

Le même jour on débouche l'autre flacon qui a été au contraire hermétiquement fermé. Il n'existe aucune pellicule à sa surface, ni aucune bulle gazeuse; son liquide est d'un jaune pâle, peu nébuleux. Les gaz contenus dans l'intérieur sont fétides. La macération n'off're absolument aucun animalcule vivant.

Expérience. — Un flacon ayant un litre de contenance est à moitié rempli d'eau de citerne, et on y introduit 5 grammes de foin. Ce flacon, bouchant à l'émeri, est fermé hermétiquement, ayant par conséquent un demi-litre d'air dans son intérieur.

d 76 HETEROGENIE.

Après quatre jours écoulés, par une température de 25 degrés en moyenne, on ne rencontre dans ce flacon que des Monades et de très-petits Vibrions. Aucun Vibrion gigantesque, aucun Vibrion granifère, et aucun autre animal plus élevé, tandis que dans vingt expériences commencées à la même époque et dans lesquelles l'air est en contact avec l'eau, déjà depuis deux jours, l'époque des grands Vibrions est passée et l'on découvre desKoîpodes, des Glaucomes et des Kérones.

Il est à noter aussi que dans celte expérience, comme dans toutes celles qui sont analogues, îe foin s'était mieux conservé que lorsqu'on expérimentait au contact de l'atmosphère, comme si l'absence d'une quantité suffisante d'air arrêtait le mouvement putrescible.

Ainsi donc ces diverses expériences concernant ce qui se passe dans les vaisseaux clos, prouvent plusieurs choses : 1° que la stagnation de l'air peut anéantir absolument la production des Proto-organismes; T que s'il n'y a pas une complète absence de ceux-ci, leur développement est considérablement entravé : qu'ils sont moins nombreux et constamment d'une organisation moins élevée; 3° que l'atmosphère ne contient pas normalement les germes des organismes, puisque le demi-litre d'air compris dans le flacon n'en dépose parfois pas un seul dans l'eau et n'en dépose jamais d'un ordre élevé; tandis que dans des expériences où l'eau est en contact avec un bieii moindre volume d'air, mais dans lesquelles les gaz produits par la décoiiiposilion putride peuvent s'é-

chapper en liberté, on voit s'engendrer des myriades d'animalcules de toute espèce.

Cependant , si l'air pur est indispensable à la \ie des Microzoaires, on peut ajouter qu'il ne leur en faut qu'une quantité infiniment petite, car on les voit prolonger longtemps leur existence dans le vide de la machine pneumatique. Malgré la délicatesse de leur organisation, ils supportent même mieux son influence que certains animaux immensément plus robustes, qui, tels que les poissons et les grenouilles, sont bien plus rapidement tués qu'eux par la raréfaction de l'air.

Expérience. — Un vase rempli de Kolpodes, de Kérones et de Vibrions est placé sous le récipient d'une machine pneumatique. On fait le vide, sans en constater l'intensité, et on laisse ces animaux pendant une nuit sous son influence. Le lendemain tous ceuxci étaient parfaitement vivants. La raréfaction de l'air ne peut donc pas influencer la vie des Micro* zoaires, quand elle n'est pas portée à un trop haut degré.

Expérience. — Le vide, même assez intense, ne semble pas non plus nuire aux animalcules. Une macération de Dahlia qui contenait une nombreuse population de Kérones, fut exposée sous la cloche d'une machine pneumatique et Ton fit le vide. Bientôt le liquide bouillonna avec beaucoup de force et l'on obtint le vide à deux centimètres. Au bout de deux jours, par une température de 25 degrés, l'on examina l'appareil, et tous les Kérones étaient parfaitement portants et semblaient avoir grossi.

PoccnET. 1 2

Expérience. — Une coupe contenant une macéralion remplie de Kolpodes et de Vibrions est exposée sous Ja machine pneumatique ; à côté d'elle, dans un vase pareil, on place un petit Cyprin doré, de 6 centimètres de longueur. On fait le vide, et au bout de deux minutes l'eau de l'infusion bouillonne fortement et se couvre d'écume ; après cinq minutes le Cyprin vient à la surface de l'eau et reste sans mouvement. Le vide est fait à 1 centimètre. Après dix minutes le Cyprin expire ; et après vingt minutes on rend l'air au récipient et Ton observe la macération. Le microscope fait reconnaître que tous les Kolpodes et lesVibrions sont vivants, comme auparavant. Ainsi donc pour tuer ces animaux, il faut une plus puissante action que celle qui tue un poisson.

Dansles belles expériences entreprises parMessieurs Y. Regnault et J. Reiset, les animaux que l'on plaçait dans desappareils oiileurrespiration n'était entretenue qu'à l'aide d'un air factice, y ont resté trois ou quatre jours sans en éprouver aucun malaise apparent (1). Nous avons vu aussi que les Microzoaires pouvaient vivre pendant un temps assez long dans un mélange de gaz azote et de gaz oxygène, exécuté dans les proportions rigoureuses pour constituer de l'air artificiel .

Selon Fray , l'air atmosphérique ne serait pas indispensableau développement des Microzoaires, et l'on pourrait le remplacer par divers autres gaz sans qu'il soit entravé. Ce savant dit avoir vu de nombreux Infusoires s'engendrer dans de l'eau qui était en con-

(1) Regnault et J. Reiset, Recherches chimiques sur la respiration des animaux des diverses classes. Paris, 1849^ p. 24.

DE L AIR. ITÎ)

tact avec de Thydrogène ou de l'azote (1). Burdach assure avoir répété ces expériences et avoir obtenu les mêmes résultats (2).

Déjà Humboldt avait fait pressentir qu'il était trèsdouteux qu'un animal pût vivre dans l'azote pur (3). Pour nous, à diverses reprises, nous avons répété les expériences de Fray et de Burdach, et, comme semblaient à l'avance nous l'indiquer les notions physiologiques, nous avons obtenu des résultats absolument opposés à ceux que mentionnent ces deux savants (4). On conçoit cependant que s'ils ont opéré en employant de l'eau qui contenait beaucoup d'air, il ait pu se faire que celui-ci suffît à la vie des Microzoaires à mesure qu'ils apparaissaient ; mais il est certain que toutes les fois que l'on fait usage d'eau qui ne contient point d'air atmosphérique, aucun animalcule ne se développe avec les gaz précités. Dans les expériences suivantes, exécutées avec toute la précision possible, nous n'avons jamais vu aucun Proto- organisme apparaître , soit dans l'eau privée d'air, soit même dans l'eau aérée, que nous avons mise en contact avec de l'azote, de l'hydrogène, ou de l'acide carbonique; l'oxygène seul, comme on pouvait s'y attendre, a offert une exception.

Expériences avec l'eau aérée. — Ayant mis 10 grammes de foin dans un demi-litre d'eau filtrée

(1) Fray, Essai sur V origine des corps organisés et inorganisés, Paris, 1821, p. 5-8.

(2) BuRDACH^ Traité de pJnjsiologie. Paris, 1837, t. I, p. 19.

(3) Humboldt, Tableaux de la nature. Paris, 1828, t. II, p. 89.

(4) Humboldt et Provençal, Sur la respiration des poissons.— Recueil d'observations zoologiques, t. II, p. 194.

i80 lîETEROGEME.

en contact avec 1 décimètre cube d'oxygène, au bout de vingt-cinq jours, la température moyenne ayant été de 18 degrés, la macération offrait une pellicule mince, et l'on reconnut au microscope que la surface du liquide était animée par une grande quantité de Monas termo, Mull. et de Vibrions, Vibrio lineola , Mull. Vibrio tremidans , Ehv . Vibrio spirilliim, Mull.

Une pareille macération de foin, dans les mêmes circonstances, mise en contact avec de l'azote, ne présentait à sa surface aucune pellicule, ni aucun Microzoaire.

En conta :t avec l'acide carbonique, une même macération ne m'a offert aucune pellicule à sa surface et aucun organisme.

Enfin, un flacon de la même macération , mais étant en partie rempli d'hydrogène et qu'on n'examina que deux mois et demi après, n'offrait à sa surface aucune pellicule , aucune bulle gazeuse et ne contenait pas le moindre vestige d'animalcules.

Expériences avec de l'eau privée d'air. — Avant rempli d'eau bouillante un flacon d'un litre de capacité, et l'ayant renversé et bouché hermétiquement sous une cuve à mercure, lorsque l'eau fut refroidie, on introduisit dans celui-ci un demi -litre de gaz azote, et 10 grammes de foin, ayant subi quinze minutes l'action d'une étuve à la température de 110 degrés. Ce foin fut introduit avec les plus grandes précautions possibles, afin d'éviter la moindre introduction d'air. Ensuite le flacon fut bouché à l'émeri, et pour plus d'exactitude on recouvrit le

DE l'air. , îSi

contour du bouchon d'un enduit de vernis au copal mêle à du vermillon. Six jours après, la température ayant été en moyenne de 19 degrés, l'eau n'offrait aucune pellicule. Alors , ce flacon ayant été ouvert et examiné attentivement, on n'y découvrit aucune trace d'animalcules, ni de végétaux rudimentaires.

Expérience. — En prenant les mêmes précautions que dans l'expérience qui précède, et en employant de l'hydrogène, au bout de douze jours, la macération était d'un jaune citrin, limpide, et ne présentait à sa surface aucune bulle de gaz et aucune pellicule. Cette macération examinée au microscope n'offrit pas la moindre trace d'organismes vivants ou morls.

Expérience. — De l'acide carbonique nous a donné un résultat absolument négatif. Après douze jours, l'eau colorée en fauve clair, était diaphane, sans pellicule et sans bulles à sa surface. Le microscope n'y fit découvrir aucune trace d'organisation. On s'assura à l'ouverture que le gaz était resté intact.

Expérience. — De l'oxygène , au contraire, après un moindre temps, huit jours seulement, ainsi que nous le reverrons en son lieu, avait permis à de fortes touffes d'une espèce à'Aspergilhis de se développer dans l'eau dont il baignait la superficie (1).

Mais outre son indispensable nécessité comme

(1) Voyez le chapitre de l'éliminalion de Tair, considéré comme ■véliicule des germes, où cette expérience et son résultat sont décrits avec les détails qu'ils comportent.

Î82 HETEROGENIE.

fluide respiratoire , quelques physiologistes considèrent encore l'air comme le véhicule des germes des Microzoaires. Pour eux il en est absolument saturé et les dissémine dans tous les endroits où il pénètre (1). Nous prouverons plus loin, à l'aide d'expériences de précision , que l'atmosphère ne possède nullement la vertu qu'on lui suppose, et que les faits qui suivent suffiraient seuls pour lui faire contester.

Expérience. — Quatre vases en verre, à large ouverture, ont été remplis chacun avec 300 grammes d'eau de source, filtrée. Dans le premier de ces vases on mit 10 gramnies de foin ; dans le second, on en mit 5 grammes; dans le troisième, 2 grammes et 5 décigrammes; enfin, dans le quatrième, seulement 1 gramme 25 centigrammes. Ce foin était parfaitement homogène ; les brins en avaient été finement hachés et mêlés ensemble, pour qu'on ne pût pas arguer que certaines de ses parties pouvaient receler plus de germes que d'autres.

Après vingt jours d'expérimentation, à une température moyenne de 19 degrés, à une pression de 0,756, et après que durant ce laps de temps on eut plusieurs fois constaté que les Protozoaires abondaient d'autant plus dans les macérations que l'on observait les vases qui contenaient le plus de foin, on s'aperçut que le troisième vase, en vingtquatre heures seulement , s'était rempli sur toute sa superficie, d'une quantité considérable de matière

(1) SpallanzanI;, Opuscules de physiqueanimale et végétale. Paris, 1787, t. I, p. 205.

verte de Priestley, qui donnait une teinte d'un vert foncé ou liquide dans une épaisseur de 4 centimètres. La surface de ce liquide était occupée par de très-grosses bulles de gaz, dont quelques-unes pouvaient avoir un centimètre cube de capacité. Ce gaz/ ayant été examiné, fut reconnu être de l'oxygène. La matière verte était formée de petits grains verts ovoïdes, très-allongés.

Chacun des vases, dans cette expérience, avait été placé sous une cloche particulière, et les quatre cloches étaient groupées sur la même table, et cependant dans aucun des autres vases rien de semblable ne s'observait.

Dans l'hypothèse vulgairement admise de la dissémination aérienne des germes , comment expliquerait-on ce qui se présenta ici ? Pourquoi donc, lorsqu'il existe dans les autres vases des macérations analogues, est-ce cependant dans un seul de ceux-ci que Ton voit, tout à coup, se produire cette grande abondance de matière verte, et ces bulles d'oxygène qu'elle engendre? Si les vases étaient restés à découvert, on pourrait, on ne craindrait pas de dire, pour m'exprimer plus exactement, qu'une étroite veine d'air chargée de corps reproducteurs imperceptibles, s'est promenée sur l'un des vases sans s'étendre sur les autres ! mais chaque vase était sous une cloche, et si un effort de pression atmosphérique , une aspiration, a rempli un vase deséminulesde matière verte, il a dû remplir aussi les autres de la même manière, et c'est ce qui ne s'observait pas. On ne pourrait pas arguer que les autres vases contenaient des macéra-

tions impropres au développement de la matière verte, puisqu'ils étaient remplis d'une infusion de la même substance.

On peut donc dire, selon nous, que si cette matière verte est tellement abondante dans le troisième vase^etsi elle manque absolument dans les autres, c'est que ce vase possédait seulement et fortuitement l'aptitude à la production de cette matière. Tandis que si les germes de ce corps organisé avaient été transmis du dehors, ils se fussent à la fois introduits dans tous les bocaux, et en égale abondance; car tous étaient évidemment aptes à les laisser se développer s'ils s'y étaient introduits, et si la matière verte ne se formait pas de toutes pièces là où on l'observe.

Nous avons déjà reconnu que la production des Proto-organismes dépendait de la nature des substances qu'on employait, et des influences concom itantes.

On se souvient que les os d'un crâne d'Égyptien ancien, nous ont donné des produits tout à fait différents de ceux d'un crâne de Mérovingien. Dans des expériences subséquentes, nous avons rempli un vase d'une quantité d'eau déterminée, et nous avons mis macérer dans celle-ci des fragments d'un tibia, que nous avions rapporté des hypogées de Thèbes. Dans un autre vase, on mit une égale quantité d'eau et des fragments d'os qui appartenaient à la jambe d'un Mérovingien du sixième siècle.

Ces deux vases furent placés dans mon laboratoire, à côté l'un de l'autre, et ils furent observés huit jours après le commencement de l'expérience. Celleci avait lieu au mois de juin.

DE LAÎR. 185

Ainsi que dans les expériences précédentes, les Protozoaires qui existaient dans chaque vase, étaient absolument différents.

Après m'être bien assuré de ce fait, je mis mes deux vases en contact sous une môme cloche, afin qu'ils se trouvassent sous les mêmes influences. Je les abandonnai ainsi pendant un mois Tun à côté de l'autre, la température ayant été en moyenne de IT, Examinés attentivement alors, on reconnut que l'eau avait considérablement diminué dans ces deux vases, et c'était à peine s'il en restait le tiers de la quantité qu'on y avait mise. Le liquide de l'un et de l'autre vase avait contracté, dans les derniers temps, une couleur verte très-intense, mais dont la teinte était fort différente dans chacun d'eux ; le vert de la macération des os de TÉgyptien était d'un beau vert pur, transparent; la teinte verte du tibia de Mérovingien, qui s'était déclarée beaucoup après , était moins translucide, plus foncé et d'un vert bleu. Il était évident, à priori, que dans cette seconde phase de l'expérience, on allait encore, après deux mois, comme après huit jours, rencontrer des produits absolument différents. C'est ce qui eut lieu :

La macération d'os d'Égyptien était peuplée, à sa surface, d'une abondance de Vorticelles et d'Épistylis, et sur le fond on rencontrait une épaisse couche de Globuline très-fine, et dont tous les grains verts étaient séparés. Leur diamètre était de 0,0028 millimètre. 11 n'existait dans cette macération aucune Paramécie, aucun Vibrion, aucun Bacillaire, aucun e Arthrodiée.

186 HETEROGEME.

La macération d'os de Mérovingien, au contraire, était remplie de Paramécies, de globules d'un beau vert remplis de granules; ces globules, tout à fait différents de la globuline de la macération précédente, offraient de 0,0095 à 0,0119 de millimètre de diamètre. Le fond de cette macération était encombré d'une Arthrodiée, dont beaucoup de compartiments étaient isolés; on y rencontrait aussi de nombreux Vibrions et des Bacillaires. Il n'y existait aucun Épistylis, ni aucun grain de globuline.

Comment donc les partisans de la panspermie aérienne, et c'est le dernier refuge de nos antagonistes, expliqueraient-ils pourquoi deux macérations presque absolument identiques, et qui par cela même pourraient nourrir les mêmes êtres, si elles les recevaient en même temps, offraient-elles cependant deux faunes absolument différentes ? Dira-t-on que la nappe d'atmosphère qui a labouré l'une d'elles était différente de celle qui baignait l'autre? ce n'est pas soutenable, quand le contact a été continuel. Mais bien plus, les deux vases ont été rapprochés sous la même cloche, les deux tiers de leur eau se sont vaporisés, et une partie de leur population animée a été mise à nu, desséchée sur leurs parois. Si c'est l'air qui transporte les germes avec cette immense facilité qu'on lui prête, les deux vases en expérimentation devaient nécessairement mélanger leurs progénitures diverses : la dessiccation d'une partie de celles-ci favorisait elle-même le transport; l'air pouvait s'emparer d'une multitude de germes, les vases se touchaient, toute la population de l'un d'eux pouvait et

(levait envahir l'autre. Et, cependant, on peut dire que pas un germe n'a été déplacé par l'atmosphère; pas un, parce que ce n'est pas lui qui est chargé de ce rôle, et que les générations se forment spontanément, et dépendent de la nature intime des substances sur lesquelles on expérimente, et de l'influence des agents extérieurs !...

Outre les agents fondamentaux de toute procréation, il existe encore certaines forces physiques générales, qui réagissent sur celle-ci avec une variable intensité. Tantôt elles lui sont absolument indispensables, et tantôt leur influence est plus ou moins accessoire. On peut citer principalement la chaleur, la lumière et l'électricité.

M. Gros admet aussi cette influence des agents extérieurs sur la nature des Proto-organismes. Il a raison de dire qu'un fait qui se présente fort souvent, c'est que les mêmes formes Polygastriques ou Systolidiennes, suivant la saison, la quantité d'eau, de lumière, de chaleur, etc., peuvent présenter d'autres phases évolutives, et donner naissance à d'autres produits (1). Gruithuisen avait depuis un certain temps soutenu à peu près la même thèse, en prétendant que dans plus de mille expériences, il n'avait jamais trouvé cesanimaux parfaitement semblables(2). Nos observations, répétées depuis tant d'années, nous

(1) Gros, Bulletin de la Société impériale des naturalistes de Moscou, 1551, 11^3, p. 27 't.

(2) GRUiTHUiiE.v, Organozoonomie. Munich, 1821, p. 164.

ont absolument conduit aux mêmes conclusions que ces savants. Adanson disait, en parlant des végétaux, que l'espèce est un champ dans lequel chacun peut errer en liberté (1); nous pouvons assurer que cette maxime est on ne peut plus applicable à la généralité des Microzoaires.

La chaleur est non-seulement le plus énergique des agents qui contribuent au développement des Protozoaires, rnais on peut même dire qu'elle lui est tout à fait indispensable. En effet, nous n'avons jamais vu aucun animalcule se produire, lorsque la température était au-dessous de -j- 5° cent.

Dans le chapitre remarquable sur les générations spontanées, qui se trouve dans sa philosophie zoologique, Lamarck a fait ressortir toute l'importance de cet agent à l'égard des créations primaires. Selon lui, la chaleur, a laquelle il donne le nom de mère de toutes les générations, à'àme matérielle des corps vivants^esi le moteur principal qu'emploie la nature, pour tirer des substances inertes les premières ébauches de l'organisation ; et il compare son action, qu'il appelle un acte de vitalisation, à la fécondation sexuelle (2).

Spallanzani s'était contenté de dire que la température requise pour la production des Infusoires, était simplement celle qui suffisait au mouvement fermentescible des substances soumises à l'expé-

(1) Adanson, Famille des fiantes. Paris, i763;, préface, p. 153 et suiv.

(2) Lamarck, Philosophie zooJogique.Pdiiïi, 1807, 1. 11. p. 82.

DU CALORIQUE, DE LA LU.-^IfÈRE, ETC. 189

rience (1). Il aurait dû préciser plus exacleiiient Faction de cet important agent. Dans nos expériences, nous avons généralement reconnu que, plus la température était élevée, plus la production des Infusoires était rapide et abondante. Des macérations qui étaient sous l'influence d'une température de -f- ^2 degrés centig., ont mis souvent huit à dix jours pour nous fournir desKolpodes adultes et trèsdisséminés; tandis que sous une température de -{- 26 degrés, nous en obtenions en quatre jours de nombreuses légions, parfailement développées.

Selon nous, l'action du calorique influe non-seulement d'une manière manifeste sur l'abondance avec laquelle apparaissent et se développent les Microzoaires, mais il est certain aussi que le degré d'activité qu'il suscite dans les phénomènes de décomposition putride, réagit sur les organismes qui en sont le produit; il en augmente ou en diminue le perfectionnement, de manière que sous une température opposée, avecle même corps, on obtient des espèces différentes. Ainsi, si une même substance est mise à macérer à une température de J 0 à 1 2 degrés et à celle de 25 à 28 degrés, souvent, dans les deux cas, elle produira des Protozoaires d'une espèce particulière. Nos expériences nous ont mis à même de vérifier cela cent fois. Nous en citerons seulement quelques-unes.

Expérience. — Yers les premiers jours de septembre, par une température de 22 degrés en moyenne, une macération de 25 grammes d'.4s^er

(1) SFALLA]szA:'iî, Opusciiles de physique animale et végétale, t. I.

chinensis dans un litre d'eau, au bout de huit jours, est remplie d'une immense quantité d'une petite espèce de Kolpodes, très-grêles, n'ayant jamais plus de 15 divisions micrométriques de longueur et 4 de diamètre. Ces animalcules observés pendant quinze jours n'augmentèrent pas de taille, el, pressés les uns sur les autres, ne parurent pas non plus augmenter en nombre. C'est pour moi une espèce que je ne trouve décrite nulle part.

Une macération de la même plante exécutée dans les mêmes proportions, durant les premiers jours d'octobre, mais par une température moyenne de 12 degrés, au bout d'un nombre égal de jours, offrait une espèce de Kolpodes absolument différente de celle qui avait été observée dans la macération précédente; elle était ovoïde et présentait une longueur presque double, 25 à 30 divisions micrométriques.

Expérience. — En septembre, par une température de 26 degrés en moyenne, après vingt-quatre heures, et à la pression de 0,75, une macération d'Aster chinensis et une macération de lin sont peuplées d'une immense quantité de Monas crepusciiliim, de Vibrio granifer et de Vibrio levis, doués de mouvements fort énergiques.

La température s'étant abaissée subitement à + 12 degrés en moyenne, deux macérations des mêmes plantes ayant été faites dans les mêmes proportions et examinées après le même laps de temps, on n'y rencontre absolumentqu'uneespècede Bactérium,le Ba et erinm trilocuîare Ehr, On n'y trouve

aucun vestige ni de Monade, ni de Vibrion granifère, ni de Vibrion lisse. La même expérience répétée avec d'autres végétaux a donné des résultats analogues.

Expérience. — Une macération de 10 grammes de foin sur 250 grammes d'eau, durant huit jours, sous une température moyenne de 12 degrés, ne m'a jamais donné, dans les premiersjours du mois de mai, que des Monas lens , Duj.et des Vibrions. Tandis que la même macération, dans les derniers jours du même mois, mais sous l'influence d'une température beaucoup plus élevée, en moyenne 24 degrés, me donnait, dans le même espace de temps, une immense abondance de Vorticelles.

D'après Gruithuisen, la température ne doit pas dépasser 80 à 96 degrés du thermomètre de Fahrenheit (1). .Te partage cette opinion, ayant vu que rien ne se produisait dans mes vases quand, pendant l'été, je les exposais à une chaleur trop élevée.

Mais si les animalcules ne s'engendrent point lorsque l'atmosphère est trop chaude ou trop froide, quand une fois ils sont formés ils supportent d'assez extrêmes températures. Spallanzani avait déjà reconnu ce que nous avançons; mais ses expériences sur ce sujet manquent de précision; ce savant ne donnant aucune indication sur les espèces qu'il a employées, nous avons cru devoir répéter ses essais (2).

(i) Gruithuisen, Beitràge zur Physiognosie,\>. 298. — Idées sur la physiognosie.

(2) Spallanzani, Opuscules de physique animale et végétale. Pavie, 1787, t. I, p. 76.

102 HËTEROGEME.

Nous avons vu que des animalcules qui vivaient dans une eau dont la température était de 22 degrés, s'étant, en peu de minutes, trouvés dans un liquide qui était descendu à 0, ne parurent nullement s'apercevoir de ce brusque changement. On peut dire que tous les animalcules supportent la température de la glace fondante. îl en est même, dans les régions polaires, pour lesquels celle-ci est l'état normal; et tel est aussi le cas des animalcules que nous avons vus colorer en un beau rouge la neige des Hautes-Alpes.

0. F. Muller prétend que certains animalcules peuvent se ranimer après avoir été totalement gelés dans leurs infusions. « Qucedam sic animalia infusoria rigorem frigoris sustinent, aquâque gelii solutd, eodem numéro vigoreque pristino circumnatant ; alla gelu enecta periere (1). » Spallanzani soutient, au contraire, que les animalcules ne survivent jamais à la congélation (2).

Les assertions de ces deux naturalistes étant contradictoires, j'ai dû entreprendre quelques expériences pour me fixer à cet égard; et j'ai reconnu que c'était O.-F. Muller qui avait le mieux observé les faits. En faisant congeler de l'eau dans laquelle il y avait des Infusones de diverses espèces^ j'aivu que toutes les fois qu'il restait dans la glace quelques petits interstices liquides, quoique toute la masse parût solidifiée, dans ce cas, tous les animalcules

(1) 0. F. yiVLLEn, Animalium infasorior uni succincta historia. Leipzig, 1773-1774.

(2) Spallanzaini^ Opuscules de physique animale et végétale. Pavic, 1787, î. !, p. 77.

résistaient à l'épreuve, et, après la fonte de la glace, semblaiiMit aussi vivants que précédemment. AJais si dans l'expérience le mélange frigorifique agit avec assez d'intensité pour congeler totalement le liquide, alors toutes les grosses espèces périssent, tels que les Dileptes, les Glaucomes, les Kolpodes, etc., et l'on retrouve leurs cadavres inanimés; mais les petites, au contraire, tels que les Monades, les Vibrions, les Bactériums, échappent en grande partie à l'action destructive de la congélation.

Expérience. — Nous avons entouré d'un mélange frigorifique des vases qui contenaient plusieurs espèces d'animalcules. Bientôt le liquide a été totalement pris en glace, et le thermomètre placé au milieu était descendu à — 2°. Une heure après, ces vases ont été extraits du mélange et se sont peu à peu dégelés. Tous les grands animalcules qu'ils contenaient étaient morts, et l'on distinguait parfaitement leurs cadavres flottant çà et là. Voici la liste des espèces que nous avons vu périr dans cette expérience : Kolpoda cucullus , Glaucoma scintillans, Dileptiis foHum , Vibrio gi^ani fer, Pouch, , Vibriolevis, Pouch.

Expérience. — Une éprouvette contenant de l'eau dans laquelle vivent des Kolpoda cucullus, des Glaucoma scintillans, des Monas lens; des Vibrio tremulans, des Bacterium triloculare, etc., est placée dans un vase et entourée de glace fondante. Un thermomètre placé dans l'eau contenant ces Microzoaires, en dix minutes, s'abaisse de vingt-qu^atre degrés et tombe à 0. Les animalcules ne paraissent nulle-

F^OUCHET. /[ 3

19^ HÉTÉROGÉME.

ment en être affectés, et tous sont aussi vifs que précédemment.

Expérience. — Une autre éprouvette, contenant les mêmes animalcules, est entourée d'un mélange de sel et de glace pilée. Un thermomètre placé dans l'eau qu'elle contient, s'abaisse rapidement à un degré au-dessous de zéro. On laisse cette éprouvette une heure dans le mélange frigorifique, et quand on la retire, le liquide semble être totalement congelé, et le thermomètre se trouve solidement fixé au milieu de lui. On fit dégeler lentement la glace, et quand l'eau fut revenue à l'état liquide, on l'observa et on la trouva peuplée exactement comme auparavant. Ses Kolpodes, ses Glaucomes, ses Monas,'ses Vibrions, ses Bactériums, etc., nageaient au milieu d'elle sans paraître avoir été le moindrement affectés par l'épreuve qu'ils venaient de subir. Nous attribuons ce résultat à ce que sans doute il aura resté au milieu de la glace quelque espace non congelé où les animalcules se sont réfugiés ; car pas un seul ne semble avoir péri, puisque l'on n*^ rencontre pas un seul de leurs cadavres. L'expérience qui suit confirme ce que nous avançons.

Expérience» — Une éprouvette, contenant de l'eau où vivent des Kolpodes, des Glaucomes^ des Dileptes, des Monades, des Vibrions et des Bactériums, est placée dans un mélange frigorifique, et, pour plusd'efficacité, on la recouvre d'une petite cloche, qui est elle-même surmontée de glace. Cette éprouvette reste une heure exposée à l'action d'un froid de — 5% et quand on Ty soustrait, l'eau qu'elle contenait a subi la plus

DU CALORIQUE j DE LA LUMIÈRE, ETC. 195

absolue congélation possible. Celle-ci ayant été ramenée lentement à l'état liquide, et ensuite examinée au microscope, on reconnut que la congélation avait tué toutes les grosses espèces, les Dileptes, les Kolpodes et les Glaucomes, dont on rencontrait çà et là les cadavres, très-reconnaissables ; mais qu'au contraire beaucoup de Monas, de petits Vibrions et de Bactériums avaient échappé à cette destruction et étaient encore pleins de vie dans la liqueur.

Certains petits Vibrions supportent même, sans périr, un froid beaucoup plus intense que celui que nous .venons de mentionner; une température de quinze degrés au-dessous de zéro ne les tue même pas ; mais les Monades n'y résistent point.

Expérience. — Un tube contenant de l'eau dans laquelle il y a des Kolpodes, des Dileptes, des Glaucomes, des Monades et des Vibrions, est plongé dans un mélange frigorifique énergique pendant une heure, et le thermomètre y reste pendant ce temps à — 15°. Le tube ayant été alors retiré de l'eau et son eau ayant été dégelée, on n'y rencontra de vivants qu'un petit nombre de Vibrio tremiilans. Tous les autres animalcules étaient morts, même les Monades.

M. Boudin prétend que la génération spontanée n'est jamais plus active qu'au printemps (1). Nous pensons que c'est une erreur et qu'elle n'est nullement influencée par la saison, mais seulement par le retour de la chaleur à cette époque. Pour nous, nous

(l) Ch. Boudin, Traité de géographie et de statistique médicales. Paris, 1857, t. 1, p. 244.

avons constamment vu que c'était, au contraire, en été et en automne, qu'elle se manifestait avec une plus grande intensité, surtout pendant les journées chaudes et orageuses de ces deux saisons. Au moment où nous écrivons ces lignes, l'automne tire vers sa fin et notre laboratoire se peuple chaque jour d'aussi nombreux Protozoaires qu'il nous en naissait au printemps. Nous avons aussi obtenu des hifnsoires en hiver, lorsque nous placions nos vases macératoires dans les endroits où la température était constamment au-dessus de 12 à 15° cent. Mais, dans cette circonstance, les phénomènes uiarchaient toujours beaucoup plus lentement.

Une lumière peu intense semble, en général, favoriser le développement des Protozoaires; aussi ne puis-je adopter l'opinion de Burdach , qui prétend que ces animalcules se produisent mieux au soleil qu'à l'ombre (1). J'ai même observé que l'insolation, pendant lesjours les plus chauds, leur nuisait, tandis que , sous des cloches noires, mes générations marchaient rapidement. Ainsi, selon nous, une température élevée, unie à la lumière diffuse, est ce qui convient le mieux à la génération spontanée, et, avec les mêmes conditions de chaleur, cet acte se produit parfaitement à l'obscurité absolue.

Les expériences de Treviranus ont mieux déterminé qu'on ne l'avait fait jusqu'alors le rôle important de la lumière dans la génération spontanée. Nous pensons avoir poussé plus loin que ce physiolo-

(I) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1838, t. II, p. 28.

giste l'étude de rinlluence de cet agent sur la production des Microzoaires. A l'aide d'expériences répétées à des températures différentes, nous avons reconnu que la couleur des rayons lumineux influait énormément sur l'abondance, le développement et même sur la nature des animalcules en voie de procréation.

La lumière blanche paraît être la plus favorable au développement des Microzoaires; après elle vient le rouge, puis le violet, le bleu et enfin le vert. 11 est à remarquer, cependant, que cette action des éléments de la lumière est absolument inverse lorsqu'il s'agit des Proto-organismes végétaux, ainsi que de la matière verte de Pries! ley, qui semble se rapprocher de ceux-ci par quelques caractères. Il résulte de nos observations que le rayon vert est pour eux le plus favorable de tous; le bleu et le violet viennent après, et ensuite la lumière blanche. Le rouge, au contraire, en entrave le développement, lui qui est si favorable à la nroduction des animalcules.

Voici le résultat d'une de nos expériences sur l'influence des couleurs sur la production des Protoorganismes végétaux et de la matière verte.

Expérience. — Pour donner au liquide employé une même tendance à la production de la matière verte, nous avons employé de l'eau qui contenait déjà de cette matière, après l'avoir exactement filtrée. L'expérience a été commencée le 1" janvier, et ses résultats examinés trois mois après, le 1" mars.

Sous un vitrail vert, l'eau contient une quantité considérable de globules de matière verte, sphériques

OU ovoïdes, paraissant dus à l'agglomération de nombreux grains simples.

Sous un vitrail bleu, on observe des globules de matière verte analogues à ceux qui viennent d'être mentionnés, seulement moins nombreux; et, outre ceux-ci, de petits granules simples de la même couleur.

Sous un vitrail violet, l'eau ne contient que peu de granules simples.

Sous un vitrail rouge, il existe à peine quelques granules verts ; celui-ci étant évidemment beaucoup moins favorable que les autres au développement de ces Proto-organismes.

Enfin, sous un vitrail incolore, on trouve les mêmes produits que sous le vert, mais seulement un peu moins abondants.

Selon M. Morren, l'action de la lumière est tellement indispensable à la génésie des végétaux , que, si l'on expose une série de vases remplis d'eau à une lumière de moins en moins intense, la production de ceux-ci diminue et la simplicité de leur oiganisalion augnjente à mesure que ces vases sont de moins en moins éclairés ; et même, d'après ce naturaliste, à un certain degré d'obscurité, il ne se développe absolument rien dans le liquide mis en expérience.

La loi établie par M. Morren ne nous parait pas fondée sur des observations positives. En répétant ses expériences, ou en en faisant dautiesa^ant pour

(1) Morren, Essais pour déterminer quelle est l'influence qu'exerce la lumière sur la manifestation et le développement des êtres organisés. [Ann. des scifinces naturelles. Zoologie, 1822, t. 111.)

objet de préciser quelle est l'action de la lumière sur l'évolution des Proto-organismes, je suis parvenu à des résultats absolument opposés aux siens. On sait que quelques moisissures se plaisent mieux à l'ombre qu'à la lumière (1); et il en est même, telles sont celles qui abondenl à l'intérieur du pain qui se gâté, qui croissent dans l'obscurité la plus absolue. C'est dans des cavernes que Ton cultive le mieux les Champignons, etHumboldt a trouvé certaines Rumex dans l'obscurité des mines. Dans l'économie animale on voit même des végétaux apparaître dans des lieux tout à fait inaccessibles à la lumière. M. Rayer a observé des productions Bissoïdes sur la plèvre d'un phthisique (2). Enfin, les expériences qui suivent achèvent de dé ni outrer ce que nous avançons.

Expérience. — On mit un morceau de mie de pain dans un grand verre à expérience; celui-ci fut recouvert de trois cloches noires et placé dans un endroit où régnait une profonde obscurité. Huit jours après, la température de l'appartement ayant été de 21 degrés en moyenne, toute la surface de l'eau est occupée par le Pénicillium glaiiciim, Link(3), en fructification, entre les filaments duquel nagent en abondance des Monas lens, Duj., des Monas oblonga, Duj., et diverses espèces de Vibrions.

Expérience. —- Ayant placé du lait absolument dans les mêmes circonstances, n^ous obtenons des résultats tout à fait analogues. Sa surface est couverte

[i) Bérard, Cours de physiologie. Paris, 1848, 1. 1, p. 89.

(2) Rayer, Journal l'Institut, 1842, n° 492.

(3) LiNKj Species, l. l. — Synonymie : Mucor penicillatus, Bull.

de Pénicillium glaucum, Link, et d' Aspergillus glaucus, Fries (1); et en outre elle est parcourue par un grand nombre de Monasatlenuata, Duj.

M. Morren prétend aussi que la lumière est indispensable à la production des Protozoaires. Il rapporte qu'ayant mis macérer des substances végétales dans deux vases dont un se trouvait absolument dérobé à l'action de la lumière, tandis que l'autre y restait exposé, il vit qu'il ne se formait aucun ïnfusoire dans le premier, tandis qu'ils pullulaient dans le second. Cependant M. Morren ajoute qu'en substituant des substances animales à celles que l'on avait employées, on trouva quelques Monas termo dans le vase placé dans l'obscurité, mais que celui qui, au contraire, était exposé à la lumière, contenait une foule d'animalcules d'un ordre plus élevé (2). De là le naturaliste que nous venons de citer proclame comme une loi, que l'on obtient d'autant moins de Protozoaires dans les macérations, que l'on soumet celles-ci à une obscurité de plus en plus intense.

Dans ses expériences relatives à l'influence qu'exerce la lumière sur l'apparition et le développement des Microzoaires, M. Morren aura sans doute été victime de l'une des nombreuses causes d'erreurs qui égarent parfois les physiologistes. Nous avons

(0 Fries,, Systema mycologicum, 1829, t. III, p. 385. — Synonymie : Mucor glacusa danica ^ Lin., Species; Mucor aspergillus. BiiUiard, Histoire des champignons; Monilia glauca, Persoon., Synopsis methodica fungorum.

(2) Morren , Essais pour déterminer quelle est rinfluence qu'exerce la lumière sur la manifestation et le développement des êtres organisés. {Ann. des sciences naturelles. Zoologie, vol. III.)

obtenu des résultats absolument opposés aux siens, et ce sont nos expériences qui doivent faire autorité parce que nous sommes parvenu à constater un fait positif, précis, tandis que le savant de Bruxelles n'a obtenu qu'un résultat négatif.

Expérience. — Dans nos expériences sur ce sujet, nous avons pris toutes les précautions imaginables pour qu'il régnât l'obscurité la plus absolue là où nous opérions. Dans une pièce de mon laboi'atoire, soustraite à la lumière à l'aide de lideaux doubles, noirs et fauves, on prit un vase à précipiter et celui-ci fut rempli d'eau et reçut 5 grammes de foin. Après l'avoir mis sur un pied, on le recouvrit d'une cloche peinte en noir. Sur celle-ci on plaça une forte feuille de papier gris ; puis enfin, le tout fut recouvert d'une seconde cloche noire dont le pied était environné d'un linge roulé, afin que le vase ne reçût pas le moindre rayon de lumière.

Le troisième jour après que cette expérience avait été commencée, on examina la macération. La température avaitélé en moyenne de 26 degrés, la pression de 0, 759. La liqueur était trouble et d'un fauve foncé; sa surface était recouverte d'une pellicule épaisse, muqueuse. On y trouva des Monades, des Bactériums, des Vibrions gigantesques et des Vibrions granifères, en quantité; enfin on y voyait aussi de nombreux ^o//^of/a lepus, Mulh, de lOà 12 divisions micrométriques de longueur. Nous avons diverses fois répété cette expérience avec des résultats analogues.

On voit, par l'apparition de cette nombreuse popu-

202 HÉTÉROGÉINIE.

Jation zoologique, qu'il n'est pas possible de prétendre que l'obscurité, même l'obscurité la plus absolue, entrave la production des Microzoaires. L'expérience qui suit \ieut encore à l'appui de nos prétentions.

Expérience. - — Dans un malras de verre, on met un litre d'eau et un morceau de pain. Ce vase est placé sous trois cloches en verre, peintes en noir en dedans, et se recouvrant les unes les autres; on en entoure le pied avec des linges, et Tappareil, ainsi disposé, est même placé dans un cabinet où règne une obscurité profonde. Après quatre jours, durant lesquels la température a été de 1 4 degrés en moyenne, et la pression de 0, 75, on ouvre cette pièce et on examine le liquide. On le trouve rempli de Monas oblomja, de Monas lens et de Monas crepiiscidum, parfaitement vivants. Là nous avons une population moins élevée que dans l'autre expérience, ce qui dépend seulement du refroidissement de l'atuiosphère.

L'observation seule suffisait même pour rendre toutes ces expériences inutiles. Ainsi que le dit de Humboldt, la vie remplit les lieux les plus cachés de la nature (1); et ne sait-on pas qu'une foule d'Entozoaires naissent et vivent dans des sites de l'organisme tout à fait inaccessibles à la lumière (2)?

Parmi les agents qui ont une remarquable influence sur l'évolution des êtres organisés, l'électricité occupe une place importante; et son action, qui est si remarquable sur le développement des animaux

(i) Humboldt, Tableaux de lanature. Paris, 1828, t. II, p. 9. (2) Le cerveau, le foie, le canal intestinal sont habiles par des Cysticerques, des Distomes, des Ténias, etc.

élevés, ne l'est pas moins sur celui des Proto-organismes les plus infîmes.

A l'égard des premiers j'ai constamment vu dans six expériences comparatives, que, sous l'influence d'un simple élément d'une pile de Bunsen, des œufs de la grenouille verte, Rana escidenta, éclosaient un jour et parfois deux plus tôt que ceux du même reptile qui se trouvaient soustraits à l'action de l'électricité. A une température moyenne de 18 degrés, les œufs que je soumettais à un faible courant électrique éclosaient au bout de neuf jours; et ceux qui ne subissaient point son influence n'éclosaient que le dixième ou le onzième jour.

Expérience. — Sous l'influence de l'électricité il est évident aussi que les Infusoires apparaissent et se développent beaucoup plus vite qu'ils ne le font normalement. Je m'en suis assuré à l'aide de plusieurs expériences. Au mois de mai, en faisant traverser par un courant électrique constant, obtenu à l'aide d'un élément de Bunsen, un vase rempli d'une macération de lin, j ai vu, à une température moyenne de 18 degrés et sous une pression de 0,75, que des Kolpoda ciiculluSy MuU., y parvenaient a leur entier accroissement en six à sept jours, tandis que dans les vases placés dans des circonstances analogues mais soustraits à l'influence de la pile, pour atteindre cet état, ils mettaient neuf à dix jours.

L'influence de l'électricité atmosphérique est encore plus remarquable. Plus elle est abondante, plus j'ai reconnu que les Infusoires s'engendraient vite, surtout si l'air n'en est pas surchargé instantaii^

20 i HÈTÉROGÉNIE.

par un orage, et si sa tension électrique se prolonge plusieurs jours : dans ce cas, j'ai \u une accélération de moitié dans le développement des Kolpodes. En trois jours, par une température de 25 degrés, j'obtenais deces animalcules offrant une dimension qu'ils mettaient six jours à acquérir par la même température lorsque l'air n'était pas surchargé d'électricité.

ïreviranus avait fait des expériences analogues mais sur les végétaux. Il dit que sous l'influence du galvanisme on voit des Bissusse former sur des infusions qui, soustraites à son action, ne donnent que des moisissures, au moins le plus communément (1).

Quand on reconnaît cette influence si manifeste de l'électricité sur le développement non-seulement des organismes inférieurs, mais encore sur celui des êtres d'un ordre élevé , n'est-il pas permis de croire que ce fluide joue un grand rôle sur les phénomènes primaires de la vie, au moment où le premier groupement des molécules organiques va se former? MM, Coste et Delpech le lui prêtent en effet, et prétendent qu'il domine les premiers éléments générateurs (2).

Il y a une vingtaine d'années , qu'un expérimentateur anglais, M. Cross, fit retentir le monde savant de faits non moins extraordinaires que ceux queFray avait avancés. Dans des essais qu'il avait, dit-il, répétés à plusieurs reprises, en soumettant de la lave arrosée d'une solution de silice à l'action

(1) Treviranus, fi^o/o(/^>, t II, p. 327.

(2) Coste et Delpech, Recherches sur la génération des mammifères. Paris, 1834.

d'un courant électrique, il vit bientôt se produire, à la surface de cette roche, de petits corps qui s'animèrent enfin , prirent une forme déterminée, celle d'un Acarus d'une espèce encore inconnue (l).Mais cette asserlion ne nous paraît pas assez sérieuse pour mériter qu'on la réfute , et nous ne l'enregistrons que comme document historique.

L'état hygrométrique de l'atmosphère a aussi une influence non douteuse sur les phénomènes de l'hétérogénie. Gruithuisen avait déjà fait remarquer que les Microzoaires apparaissent en plus grande abondance dans les temps humides et chauds, que dans ceux qui oftYent une constitution opposée (2). Dans nos expériences nous avons aussi constaté ce fait et remarqué que la chaleur humide accélérait énormément l'accroissement des animalcules. Toutes les fois que nous placions, sous des cloches dont le pied était baigné d'eau, des vases dans lesquels nous voulions produire des animalcules, ceux-ci se développaient manifestement beaucoup plus vite que dans les mairas exposés à l'air.

Nous avons reconnu que la génération spontanée est influencée par la température et par l'intensité et la coloration de la lumière ; on doit ajouter que la naissance de certains Microzoaires est aussi influencée par l'heure de la journée. Ainsi, M. Boudin prétend que le Cercaire éphémère, Cercaria ephemera, naît constamment vers midi, et qu'avant cette

(1) Cros5;^ Athenœum.

(2) Gruithuisen, Beitràge zut Physiognosie. — Idées sur la physiognosie.

206 IIETEROGENIE.

heure, l'eau qui en fourmille n'en offre point le moindre individu ; car tous ceux qui apparaissent si subitement, sont morts le lendemain matin avant le moment où il s'en reproduit une nouvelle génération (1). Six. jours consécutifs d'observations ont démontré ce fait à Nitzsch. Une autre Cercaire,la Cercana majora devance de deux heures la précédente : elle apparaît vers dix heures du matin (2).

Outre l'influence qu'ont sur les Proto-organismes les principaux agents de la nature, il en existe encore d'autres qui possèdent également sur eux une action réelle, lorsqu'ils se trouvent accidentellement soumis à leur influence. Enfin, l'on doit aussi rectifier ce que l'on a avancé d'inexact sur la manière d'agir de certains corps à leur égard.

Dans cette dernière catégorie nous devons citer le mercure dont on a considéré les émanations ou le contact, comme étant funestes aux animalcules. L'efficacité avec laquelle les sels mercuriels paralysent le développement des Proto-organismes en aura sans doute imposé, car, dans nos expériences, nous avons constamment reconnu l'innocuité des vapeurs ou du contact de ce métal à Tégard des Protozoaires et de la végétation cryptogamique.

Les vapeurs mercurielles, dans les expériences de M. Gaspard, semblent avoir agi avec plus d'intensité sur les insectes qu'elles ne l'ont fait dans les miennes

(1) Boudin, Traité de géographie et de statistique médicales. Paris, 1857, t.II, p. 9.

(2) Nitzsch^ Beitràge zur Infusorienkunde . Halle, 1817, p. 43. — Idées sur l'histoire naturelle des infusoires.

sur les Microzoaires. Des œufs de Mouche qui se trouvaient sur un morceau de viande, ayant été placés dans des vases contenant du mercure et sans être en contact avec le métal, ne produisirent jamais de larves, tandis qu'il en naissait de ceux qui avaient été mis dans des circonstances analogues, mais loin des émanations mercurielles (1).

Expérience. — Le fait suivant suffirait seul pour démontrer ce que nous avançons :

Le 1" mai, nous avons pris un verre à expérience rempli de Kolpodes et de Vorticelle?, et nous l'avons exposé sous une cloche dont le pied était baigné de mercure. Deux jours après, la température moyenne ayant été dans l'intervalle de 20 degrés, on examina le contenu du verre et l'on y rencontra ces mêmes animaux en parfait état. Deux jours après ce premier examen, ces Vorlicelles et ces Kolpodes avaient même considérablement pullulé. Le 15 niai, toute la population animée déposée sous les cloches se portait parfaitement bien.

Ainsi donc il est évident que les vapeurs mercurielles pendant un espace de quinze jours, n'ont eu aucune influence délétère sur des Microzoaires et n'ont nullement arrêté leur procréation. Le niveau de la macération était à dix centimètres au-dessus de celui du mercure.

Expérience. — Cette expérience prouve encore mieux que les précédentes l'innocuité du mercure. Des Vorticeiles et des Kolpodes ayant été placés sur

(1) Gaspard, Journal de physiologie expérimentale de Magendie. 1821, 1. 1, p. 105.

une couche de mercure qui était contenue dans une petite cuvette en cristal, et celle-ci ayant été ellemême mise à flot sur un bain de ce métal et recouverte d'une cloche, le lendemain, quoique ayant été exposée à l'action directe du mercure et aux vapeurs qui s'en élèvent, ainsi que le prouvent les expériences de Faraday (1) et d'Alex. Colson (2), les animalcules que nous venons de citer ne parurent en avoir éprouvé aucun inconvénient. Huit jours après, ces animalcules étaient encore en parfaite santé.

L'expérience qui suit démontre même que le contact du mercure n'entrave nullement la production des Microzoaires.

Expérience. — Le fond d'une cuvette en cristal, de 30 centimètres de diamètre, a été rempli d'une couche de mercure d'un centimètre de profondeur. Au-dessus on a mis une couche d'eau de 3 centimètres d'épaisseur ; dans le milieu de celle-ci on plaça une petite cuvette en cristal, qui flottait sur le métal et contenait 5 grammes de foin, afin d'empêcher celui-ci de toucher le mercure, sans cependant qu'il cessât d'être baigné par la masse du liquide en expérience; enfin, l'appareil fut recouvert d'une cloche en verre.

Après avoir abandonné cet appareil pendant huit jours, sous l'influence d'une température moyenne de 21 degrés, il fut examiné. Toute la surface de l'eau était peuplée d'une immensité de Kolpodes.

{\) Quarterly Journal of sciences and arts, 20th novcmber. (2) Alex. Colson^ Archives générales de médecine. Paris, 1826, t. Xlï, p. 70.

Ce Kolpodevcnu sur le mercure ne me paraît se rapprocher d'aucune espèce décrite. Il est réniforme et contient ordinairement de dix à vingt vésicules stomacales ; on voit fort bien que ces vésicules ont une paroi ; elles offrent de deux à trois divisions micrométriques de diamètre et semblent remplies d'aliments qui leur donnent une teinte légèrement jaunâtre. L'animalcule est diaphane, hyalin ; le cœur, peu apparent, est très-difficile à reconnaître, à cause de la lenteur de ses contractions. La superficie du corps est grossièrement striée , granulée. Les vésicules internes sont évidemment des estomacs et non des œufs, ce que l'on pourrait croire. J'ai donné du carmin à ces animalcules et bientôt je lésai vus remplir un certain nombre de ces vésicules ; en dix minutes, dix à vingt étaient déjà gorgées.

Si réellement il était possible d'assigner un caractère positif à de tels animaux, je nommerais ce Kolpode, que je crois particulier, Kolpoda hydrargijri.

M. Morren a prétendu que Tair qui passait à travers l'acide sulfurique déterminait la mort des Microzoaires ou entravait leur production (1).

Nos expériences nous ont démontré l'inexactitude de cette assertion. Et quoiqu'elles fussent exécutées avec plus de rigueur que celles qui ont été précédemment entreprises, et que nous ayons poussé le soin jusqu'à faire traverser l'eau oii vivaient les Microzoaires par l'air lavé dans l'acide, ceux-ci n'ont jamais

{{) Morren, Expériences sur l'absorption de l'azote par les animalcules et les algues. [Ann. des sciences naturelles. Zoologie, 1854, 1. 1, p. 339.)

POUCHET. i 4

paru en souffrir, et ils ont même multiplié dans les vases où ils se trouvaient.

Expérience. — On a pris un appareil de Woulf, composé de trois flacons à deux tubulures. Le premier de ces flacons fut rempli, aux trois quarts, d'acide sulfurique concentré. La première tubulure donne entrée à un tube effilé à la lampe à son extrémité et qui plonge au fond de l'acide. De la seconde, part un tube qui naît au-dessus du niveau de cet acide et va se rendre dans le flacon suivant. Ce second flacon a été rempli aux trois quarts d'eau et l'on a peuplé sa surface d'une immense quantité de Glaucomes, de Dileptes et de Kolpodes. Le tube qui provient du flacon d'acide sulfurique plonge au fond de l'eau, et l'autre tubulure donne issue à un tube qui naît un pouce au-dessus de l'eau et va se terminer dans le dernier flacon à la même hauteur. Enfin ce troisième flacon est également rempli aux trois quarts d'eau, et en outre on y met les mêmes animalcules que dans le précédent. De la dernière tubulure sort un tube qui se rend dans une éprouvette remplie d'eau.

Deux fois par jour on pousse dans cet appareil une cinquantaine de litres d'air, et il se passe donc ceci : cet air traverse d'abord tout l'acide sulfurique qui remplit en grande partie le premier flacon; ensuite il traverse de bas en haut toute l'eau que Ton a placée dans le second, et enfin il laboure toute la surface du troisième.

L'appareil est déluté le huitième jour, et Ton reconnaît que non-seulement tous les animalculesqu'on

y a introduits sont en parfait état, mais qu'en outre ils ont multiplié ; quelques animalcules nouveaux ont même apparu dans l'un et l'autre flacon. On n'y avait mis aucune Vorticelle, et quand on examina le résultat de l'expérience, il s'y en trouva un bon nombre.

Ainsi donc, non-seulement les Microzoaires vivent bien sous l'influence de l'air qui a traversé de l'acide sulfurique, mais encore on peut faire traverser par cet air l'eau qui les recèle, et ils ne paraissent pas non plus en soufl'rir; bien mieux, ils y multiplient.

La proximité de l'acide sulfurique semble aussi être sans action sur les Microzoaires.

Expérience. — Le l^'" mai, j'exposai un grand verre à expériences, rempli de Kolpodes et de Vorticelles sous une cloche dont le pied était baigné d'acide sulfurique concentré. Deux jours après, la température moyenne ayant été de 20 degrés centigrades, le contenu du verre ayant subi un nouvel examen, j'y retrouvai les mêmes légions d'animalcules qui y existaient précédemment, tout aussi abondantes et seulement un peu plus développées. Le 15 mai, un nouvel examen ayant été fait, on reconnut que les animalcules avaient augmenté en nombre et qu'il s'en était produit de nouveaux. Il était donc évident que l'acide n'avait point influencé les Microzoaires pendant un contact médiat de quinze jours.

La proximité de certains corps influe d'une manière extraordinaire sur les phénomènes de la génération spontanée. Dans de nombreuses expériences, exécutées dans des conditions absolument identiques.

avec les mêmes liquides, dans des vases absolument pareils, et sous l'influence de temps égaux, nous avons constamment vu que les vases que nous recouvrions avec un fort couvercle en bois, offraient toujours une pellicule animée beaucoup plus épaisse que ceux qui avaient un simple couvercle en verre, et que leurs animalcules étaient infiniment plus abondants et se développaient avec plus de rapidité que dans ces derniers. Un semblable résultat ne peut être attribué qu'aux émanations de la substance végétale qui se trouvait à proximité de la surface de l'eau, à quatre millimètres à peu près.

Au contraire, les effluves du bois semblent avoir un effet paralysant sur la production de la matière verte. Mais pour ceci je n'ai qu'une seule expérience à citer. Plusieurs vases étaient remplis d'eau de puits; ils restèrent en expérience deux mois. Au bout de ce temps tous les vases offraient de la matière verte en abondance, nageant à la surface de l'eau ou précipitée au fond. Le vase recouvert de bois n'en contenait que beaucoup moins et sa coloration était d'un vert sale, blafard, peu foncé.

Nous avons fait un grand nombre d'expériences sur ce sujet, et ce qu'elles ont en outre offert d'extrêmement remarquable, c'est que, non-seulement la proximité d'une masse végétale augmentait l'intensité de la production des organismes, mais, en outre, c'est qu'elle déterminait l'apparition d'espèces d'un ordre plus élevé que celles qu'on rencontrait dans les autres macérations. Nous ne citerons qu'une seule de nos expériences sur ce sujet :

Expérience. — On remplit deux vases en cristal d'une égale quantité de foin et d'eau qui ont bouilli vingt-cinq aiinutes, pour qu'on ne puisse dire qu'ils contenaient quelques germes. L'un de ces vases rempli presque au niveau de son bord, est recouvert d'une épaisse planche de tilleul et placé sous une grande cloche en verre. L'autre est rempli pareillement et recouvert d'une lame de verre et placé aussi sous une cloche. On a la précaution de ne laisser le foin surnager ni dans l'un de ces vases, ni dans l'autre. Huit jours après, on procède à l'examen des produits.

Le vase recouvert par une planchette de bois est rempli d'un nombre considérable de Kérones et de Glaucomes adultes.

Le vase recouvert d'une plaque de verre n'offre que quelques rares Kolpodes de petite dimension.

Il y a donc eu, dans le premier vase, production d'animalcules plus abondants et d'espèce différente et plus hautement organisés.

Au nombre des choses qui influent sur la procréation spontanée des Microzoaires, on ne s'allendrait guère que l'on dût compter la forme des vases, et cependant il est certain que celle-ci a une incontestable action sur cet acte. Nos expériences sur l'hétérogénie nous ont souvent démontré que la population zoologique est ditîérente dans les vases de configuration dissemblable. Ceci ne veut pas le moins du monde dire que la manifestation organique est liée à la forme grossière de la matière, mais seulement que, par la disposition de celle-ci, les réactions chimiques ou physiques sont influencées, et qu'il en résulte ainsi

une manifeste influence sur la genèse des Protoorganismes. Les faits qui suivent, pris au hasard, parmi tant d'autres, confirment cette assertion.

Expériences. — Dans toutes ces expériences on a employé la même quantité d'eau et de foin, 500 grammes d'eau, 5 grammes de foin, et le produit a été examiné le troisième jour, la moyenne de la température ayant été de 19 degrés, la pression atmosphérique en moyenne de 0,759.

Dans un petit ballon de verre, la pellicule est peu épaisse, et l'on trouve une grande quantité, de Yibrions granifères, quelques Vibrions gigantesques, et enfin quelques Monas lens, Duj.

Dans une éprouvette extrêmement étroite, de deux décimètres de diamètre, la pellicule est peu épaisse. 11 n'y existe aucun Vibrion granifère, mais seulement un fort petit nombre de Vibrions lisses inanimés; on y voit en outre des Vibrions tremblants et quelques Monades lentilles.

Dans une cuvette en verre, de 25 centimètres de diamètre, la pellicule proligère est peu épaisse. Au microscope, elle est granulée et renferme un nombre considérable de Monas oblonga. En outre on y voit un assez bon nombre de Vibrions granifères, et tout le hquide est sablé de petits Vibrions.

Ce vase, dont la surface est peut-être cent fois plus étendue que celle du précédent, contient, en proportion, un nombre d'animalcules immensément plus considérable. Si c'est le corps solide qui les produit seul ou les recèle, un vase en contenant la même quantité que l'autre, les Microzoaires eussent dû être

infiniment plus nombreux à la surface restreinte du précédent, et c'est l'opposé qui a eu lieu!

Une nouvelle série d'expériences sur la forme des vases fut entreprise dans les mêmes conditions que la précédente, maison n'examinâtes résultats qu'après huit jours, durant lesquels la température avait été en moyenne de 24 degrés.

Dans un petit ballon en verre, la pellicule est trèsmince. On y observe une abondance de Kérones lièvres et de petits Vibrions. Aucun Kolpode.

Dans une éprouvette étroite, la pellicule est bien formée, de couleur jaune pâle terne, et contient beaucoup de petits Kolpodes et des animalcules piriformes. Il n'y existe aucun Kérone, mais beaucoup de petits Vibrions.

Dans une grande cuvette de 25 centimètres de diamètre, la pellicule est à peine formée et même manque par places. On n'y découvre que des Kolpodes» mais en très-petit nombre, et une immense quantité de Bacterium articulalumj Ehr.

Dans un grand verre à expériences la pellicule est plus épaisse que dans aucun des autres vases. Le liquide est aussi d'une teinte plus foncée. On y observe immensément plus d'animalcules vivants que dans aucun des vases précédents.

Dans un vase en coupe, dilaté à son fond et un peu rétréci au haut, la pellicule est plus mince que dans le verre. On y trouve des Kérones de forte taille et surtout des Kolpodes et des Bactériums.

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