‹ Hétérogénie; ou, Traité de la génération spontanee, basé sur de nouvelles expériencesChapitre 25 sur 50 · HYPOTHÈSE DE LA DISSÉMINATION DES GERMES ORGANIQUES · texte numérisé non relu

HYPOTHÈSE DE LA DISSÉMINATION DES GERMES ORGANIQUES

Les physiologistes qui ont tracé la voie expérimentale à suivre dans le but de réfuter les générations spontanées, ont considéré comme une condition fondamentale de s'assurer d'abord que tout organisme, soit à l'état de germe, soit à l'état vivant, était détruit dans les corps soumis aux expériences; puis ensuite de veiller à ce qu'il ne puisse, durant celles-ci, s'en introduire de l'extérieur. Nous convenons , assurément, que c'est là une condition essentielle ; mais il eût fallu ajouter aussi qu'en prenant ces deux précautions , on aviserait à ne pas dénaturer trop profondément les divers éléments génésiques. Nous aurons à examiner si cette loi n'a pas souvent été transgressée par l'action des agents chimiques ou physiques que l'on a employés; et si ceux-ci, en altérant le milieu au sein duquel réside le principe vital, n'y ont pas frappé de mort tout effort organisateur; c'est pour éviter cet écueil que souvent nous avons suivi des routes inusitées.

Pour nous conformer aux exigences de la critique, nous avons exécuté beaucoup d'expériences à vaisseaux hermétiquement isolés du contact de l'atmosphère. Nos précautions, à cet effet, ont été poussées à

Textrême, afin de suspendre les élans d'imagination de ceux qui pourraient voir dans un atonie d'air la source de l'incommensurable fécondité de nos matras. Mais en outre, nous avons fréquemment aussi adopté une voie absolument opposée à celle de nos devanciers: nous avons opéré à l'air libre; et les faits, dans celleci, se sont tellement contrôlés réciproquement, et ils sont tellement nombreux , que nous pensons qu'ils forment un faisceau non moins indestrucfible que les révélations obtenues par la méthode opposée. Ainsi donc toutes les ressources ont été appelées à notre aide : là le tribut de l'observation a seul été invoqué ; ailleurs les supputations de l'intellect. La méthode expérimentale ne doit pas être plus oppressive que l'idéalisme. Chaque moyen a ses avantages; si l'expérience subjugue parfois la raison, celle-ci peut souvent l'éclairer à son tour; il faut prendre ce que l'une et l'autre voie ont de bon : nous voulons l'ascendant de Galilée uni à l'investigation de Schelling.

Dans tout le cours de cet ouvrage on verra que nous avons répété la majeure partie des expériences de nos prédécesseurs, non pour nous en servir directement, parce que souvent elles manquent de précision, mais pour expliquer la diversité des résultats auxquels elles ont conduit. Nous ne prétendons nullement rétrograder jusqu'à Spallanzani et Bonnet, mais nous interpréterons la portée de leur œuvre.

En commençant ce chapitre nous exposerons nettement ce qu'il est appelé à démontrer. Le but que nous nous proposons est de prouver que les germes des Proto-organismes ne peuvent être contenus dans

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les corps qui concourent à leur évolution, et que, par conséquent, ils ne doivent leur genèse qu'aux réactions qui s'opèrent dans l'ensemble de ceux-ci. De très-simples arguments suffiront pour cela.

Selon Ehrenberg , les germes des Microzoaires auraient une double source : ils préexisteraient dans les substances que l'on met infuser ou dans l'eau qui sert aux expériences. Là, ils resteraient absolument inaccessibles à nos plus puissants microscopes, jusqu'au moment oii les infusions leur offrant une nourriture appropriée , devenus plus apparents enfin, nous les apercevons (1). Au contraire, selon Spallanzani et Bonnet, ce serait l'air qui contiendrait les germes des animalcules, en quantité telle que l'esprit ne peut s'en faire une idée. Et ce fluide en pénétrant dans les interstices les plus inaccessibles des corps, y disséminerait ces incalculables légions de Proto-organismes qui, en apparaissant tout à coup , étonnent et stupéfient l'imagination (2).

Ainsi donc, de l'aveu des plus ardents antagonistes de l'hétérogénie , les germes des Proto-organismes qu'on voit surgir dans nos expériences , ne peuvent

(1) EHnENBEKG (Gérard), Dict. d'hist.natur.ded'Orb., t. TI.p. 6o.

(2) Spallanzani , Opuscules de physique animale et végétale. Pavie, 1787, t. I, p. 295.

BoNKET voit même clans chaque être une espèce de microcosme, et il s'exprime ainsi à ce sujet :

« Cha(}iie corps organisé se présente à moi sous l'image d'une petite terre où j'aperçois, en raccourci, toutes les espèces de plantes et d'animaux, qui s'offrent en grand sur la surface de notre globe. Un chêne me paraît composé de plantes, d'insectes, de coquillages, de reptiles, de poissons, d'oiseaux, de quadrupèdes,

dériver que de trois sources : du corps putrescible , de l'eau ou de l'air.

Mais l'examen de l'état de la question contribue encore à la simplifier. En effet , on reconnaît tout d'abord que les physiologistes qui se sont élevés avec le plus de vivacité contre la génération hétérogène, vaincus par l'argumentation de ses partisans , ont été rapidement forcés d'abandonner deux des moyens de propagation : le corps putrescible et l'eau. Et c'est seulement à l'air qu'ils ont confié le rôle de disséminateur universel de ces germes invisibles, impalpables comme l'atmosphère elle-même, et qui s'insinuent avec lui partout et dans tout (1). Ainsi donc l'air, et l'air seul, sera réellement en question, et l'objet de la lutte décisive.

Si l'on admet que dans nos expériences la génération ne peut s'opérer qu'à l'aide de trois facteurs, et que c'est l'un d'eux seul qui recèle les germes des Proto-organismes, il est évident que si l'on prend chacun de ces trois corps en particulier , sans s'inquiéter nullement alors des deux autres , et que l'on démontre successivement que ce n'est aucun d'eux

d'hommes môme. Je vois monter dans les racines de ce cliêne, avec les sucs destinés à sa nourriture , des légions innombrables de germes. Je les vois circuler dans les différents vaisseaux, se loger ensuite dans l'épaisseur de leurs membranes pour les augmenter en tous sens. » [Cons. sur les corps org., t. 1^ p. lOo.) Et c^est avec de tels arguments que nos adversaires prétendent combattre rhétérogénie!

(1) Ici nous adoptons le langage de nos adversaires, car nous verrons que souvent ces germes sont parfaitement connus, mesurés, et qu'ils ne peuvent échapper où ils sont réellement.

qui contient ces germes , il faudra bien , en somme , reconnaître, quand le fait aura été strictement établi pour chacun isolément , que ce n'est donc aucun de ces trois corps qui peut servir d'asile aux œufs ou aux séminules introuvables des êtres divers qu'on voit s'engendrer sous ses yeux.

Si cela n'est pas évident, il faut renoncer à persuader nos antagonistes.

Ceci bien nettement posé, nous ajouterons qu'il est de la plus extrême facilité de renverser les divers systèmes qui nous sont opposés, et nous le ferons d'abord en quelques mots , sauf à apporter plus loin des masses de preuves.

D'après ce qui précède, pour démontrer, jusqu'à la dernière évidence, l'existence de la génération spontanée, il suffit donc de constater que les corps que l'on a employés ne contenaient auparavant aucun germe. Mais cela est on ne peut plus aisé par les plus élémentaires combinaisons de l'expérimentation ; et il faut assurément vouloir fermer les yeux et détourner son esprit, pour ne pas se rendre à l'évidence.

En effet , les trois expériences qui suivent prouvent sans réplique que ce n'est : ni le corps solide, ni l'eau, ni l'air qui contiennent les germes ; et si je m'étonne, c'est que les savants se soient donné tant et tant de mal pour arriver à un tel résultat.

1" Il est évident que le corps putrescible ne contient point les germes des Proto-organismes, puisque, lorsqu'on n'emploie celui-ci qu'après l'avoir carbonisé, on voit l'eau dans laquelle on l'a placé,

se peupler de Microzoaires et de cryptogames (1).

2° Ce n'est pas l'eau, non plus , qui renferme ces germes, puisque si l'on met une substance organisée dans de l'eau artificielle, on voit s*y produire aussi des animalcules et des végétaux (2) .

3° Enfin, il est évident aussi que ce n'est pas l'atmosphère qui dissémine les germes, puisque , dans nos expériences multipliées, nous avons vu des Protoorganismes s'engendrer soit dans des vases où il n'existait que de l'air artificiel, et pas la moindre parcelle d'air atmosphérique; soit dans des appareils où il ne parvenait que de l'air dont on avait détruit radicalement tout principe vital , en le soumettant à la température de la chaleur rouge ou en lui faisant traverser de l'acide sulfurique concentré (3).

Si la genèse d'un Proto-organisme réclame, généralement, le concours de trois éléments, comme aucun de ceux-ci, en particulier,. n'a la puissance de le produire, et ne le contient pas, ainsi qu'on le démontré expérimentalement, il faut bien, nécessairement, que l'être nouveau dérive de deux ou de trois de ces éléments. Or, comme un germe ne peut pas être bien tripartite , il est évident que celui-ci résulte de toutes pièces des combinaisons des particules orga-

(1) Voyez, pour le développement de cette proposition^ le chapitre concernant rélimination du corps putrescible considéré comme véhicule des germes, où se trouvent les expériences à Tappui.

(2) Compulser la section de rélimination de l'eau, etc. , p. 231.

(3) Consulter, pour toutes les expériences sur ce sujet , la section de rélimination de Tair considéré comme véhicule des germes, p. 240.

niques contenues dans les trois éléments producteurs.

Si c'était réellement l'un des trois corps au milieu desquels se produisent les Proto-organismes qui en contînt les germes, on ne voit pas pourquoi ceux-ci ne se développeraient pas dans l'eau pure, comme le font les œufs de tant d'animaux aquatiques, qui n'emploient absolument à leur évolution que le fluide ambiant. Sans doute qu'on n'ira pas jusqu'à représenter les germes des Microzoaires comme étant plus exigeants que ceux des poissons ou de tant d'autres animaux. Et si l'on prétendait que l'eau pure ne peut pas nourrir les légions de germes qui y tombent, nous répondrions à cela qu'au moins on rencontrerait de jeunes animalcules dans celle-ci , sauf à les voir périr d'inanition ; et nous ajouterions même que l'expérience nous a prouvé que les adultes trouvent trèsbien leur nourriture dans l'eau pure, et même dans l'eau distillée.

SECTION 1. — ÉLIMINATION DU CORPS PUTRESCIBLE, CONSIDÉRÉ COMME VÉHICULE DES GERMES.

Nous venons de dire que des expériences excessivement simples, démontrent ostensiblement que les germes des animalcules ne se trouvent ni dans le corps fermentescible, ni dans l'eau, ni dans l'air atmosphérique, et que par conséquent il faut bien que les animalcules doivent leur origine à une génération primaire.

Maintenant il s'agit de prouver ce que nous avons avancé, et nous débuterons en nous attachant à dé-

montrer que le corps solide ne peut receler les germes organiques. Ce sera facile.

Quoique jouant le rôle le plus important dans le phénomène de l'hétérogénie, le corps solide, dans quelques cas exceptionnels, peut cependant manquer absolument. Ainsi, de la Matière verte, des Conferves se développent fréquemment soit dans l'eau ordinaire, soit même dans l'eau distillée, qui ne contiennent aucune substance putrescible (1). Et c'est même probablement à cette propriété inhérente à l'eau, qu'il faut seulement attribuer la matière verte que Burdach et d'autres ont vu se développer dans des macérations de granit et de quelques autres corps minéraux (2).

Les savants qui, à l'exemple de Bonnet, prétendent que les corps putrescibles sont les dépositaires des germes organiques, supposent que ceux-ci se trouvent dispersés à leur intérieur, et qu'ils n'en sortent pour subir leur évolution qu'au moment où ces mêmes corps se décomposent et rendent leurs éléments à la masse commune (3). Maintenant que nos instruments d'optique sont si perfectionnés et que l'on connaît si

(t) BoRY DE Saint- Vincent, Dictionnaire classique d'histoire naturelle. Paris, 1826, art. Matière^ t. X, p. 263.

(2) Burdach^ Traité de physiologie. Paris, 1837 t. I.

(3) Bonnet. La prodigieuse petitesse des germes, dit cet auteur, les met hors de l'atteinte des causes qui. opèrent la dissolution des mixtes. Ils entrent dans Tintérieur des plantes et des animaux; ils en deviennent même partie constituante ; et, lorsque ces composés viennent à subir la loi des décompositions, ils en sortent sans altération pour flotter dans l'air ou dans l'eau , ou pour entrer dans d'autres corps organisés. {Consid. sur les corps org., t. I, p. 3.)

bien les œufs el les séminules d'une foule d'êtres microscopiques, on peut dire que cela est physiquement impossible, parce que si ces germes encombraient les organes des animaux et des plantes, on les y découvrirait.

Des expériences très-simples suffisent pour démontrer que ce n'est pas le corps putrescible qui recèle les germes ; aussi nous ne nous arrêterons guère sur ce fait qui n'est plus contesté, ni contestable.

Si, par exemple, on soumet à la carbonisation certains produits animaux ou végétaux, on sera bien certain qu'après l'opération, tout germe organisé a été complètement détruit dans ceux-ci ; et que, dans l'hypothèse contre laquelle nous nous inscrivons, ces mêmes produits ne pourront, par conséquent, donner naissance à aucune génération d'êtres organisés. Et cependant c'est tout le contraire qui s'observe; seulement on remarque alors que les animalcules n'apparaissent que plus tard, et qu'ils sont d'une organisation inférieure à celle que la substance produit lorsqu'elle n'a pas subi la carbonisation. Sans doute que l'on ne prétendra pas que le feu a épargné les germes des Microzoaires que Ton voit naître alors,

tandis qu'il consumait les autres Si l'on pouvait

nous faire cette objection, nous n'aurions plus rien à répondre à de tels adversaires.

Les Protozoaires qui apparaissent ne sont que le résultat d'une combinaison organique autre que celle qu'on eût obtenue des mêmes corps à l'état frais; et s'ils sont moins élevés dans l'échelle zoologique, cela

est uniquement dû à ce qu'ils ont été produits par des combinaisons dont l'un des éléments avait en partie perdu sa faculté génésique, durant la rude épreuve à laquelle il a été soumis.

Spallanzani lui-même, qui a fait quelques expériences dans cette direction, a vu que des graines de divers végétaux qu'il exposait, selon son expression, à la terrible flamme du fourneau à réverbère, après y avoir été totalement carbonisées, n'en donnaient pas moins naissance à de nombreux animalcules. A ce sujet le savant Italien s'exprime ainsi : « J'avoue ingénument que je ne me serais pas attendu à ce que des animalcules parussent encore dans ce nouveau genre d'infusion, comme dans les précédentes; même après les avoir vus et revus, je pouvais à peine en croire mes yeux (1). » Mais, dans ses expériences, Gruithuisen a obtenu des résultats absolument opposera ceux du physiologiste de Pavie et n'a pu produire des Microzoaires en employant des substances charbonnées (2). Cette dissidence absolue entre ces deux savants, nous a engagé à réitérer leurs tentatives, et nous avons reconnu que c'était Spallanzani qui avait raison. Voici nos résultats un peu plus rigoureusement notés que les siens.

Expériences. Dans une cuiller à projection en fer et rougie sur un brasier ardent, on a successivement opéré la carbonisation complète de dix grammes de

(1) SPALLAiNZAisi, Opuscules de physique animale et végétale. Paris, 1787, t. I, p. 14-27.

(2) Gruithuisen 5 Beitrœge zur Physiognosie und Eautognosie, p. 105.

POCCHET. 15

chacune des semences suivantes : du Maïs, des Pois, des Haricots, des Lentilles. Après cette opération, chaque espèce de semence a été placée dans un vase de verre avec 500 grammes d'eau distillée, et mise sous une cloche en verre.

Après vingt jours, la température ayant été en moyenne de 25% et la pression atmosphérique de 0,76, on observa les macérations et on les trouva toutes peuplées d'animalcules ; Tune d'elles contenait, en outre^ quelques végétaux rudimentaires.

Le Maïs avait la surface de sa macération totalement envahie par un champignon appartenant au genre Aspergillus de Micheli, ayant des ramifications trèstouffues et enchevêtrées. Il n'y existait alors aucun animalcule ; ce ne fut que quinze jours après, qu'on y rencontra un bon nombre de Monades et de Vibrions.

Les Pois contenaient des Microzoaires assez variés, très-nombreux et très-agiles, ayant 0,0175 de millimètre de longueur, et très-rapprochés du Monas attenuata, Duj .

Les Lentilles nous ont présenté une abondance des mêmes animalcules.

Les Fèves avaient à leur surface une population encore plus serrée que les macérations précédentes, et évidemment composée par le Monas attenuata, Duj. qui là était bien caractérisé (2).

On avait placé à côté de ces macérations des critériums, contenant les mêmes graines, mais qui n'a-

{{) MicuF.Li, Nova plantarum gênera. Florentiae, 1779, p. 212. (2) DujARDiN, Histoire naturelle des infusoires. Paris, 1841, pi. m, fig. 12.

vaient pas été exposées à l'action du feu. Les animalcules y apparurent avec la plus grande abondance après trois jours; et ceux-ci se composaient d'espèces bien plus élevées par leur organisation que celles qui peuplaient les graines charbonnées; alors celles-ci n'offraient absolument rien encore.

J'espère que l'on conviendra que durant la carbonisation, tous les germes ont été détruits dans lesgrainés, si elles en contenaient; mais nous voulons aller au-devant de toute objection. On ne peut pas prétendre quel'eau a été, dans ces expériences, le dépositaire des germes, puisque nous nous sommes servi d'eau distillée; et d'ailleurs dans un moment nous démontrerons que celle-ci ne les contient point. On ne pourrait non plus objecter que c'est l'air qui en a été le véhicule. Ce n'est pas plus lui que l'eau, car s'il avait charrié ces germes, on eût trouvé, dès le début, les mêmes animalcules dans les macérations des graines carbonisées que dans celles de graines fraîches ; et d'ailleurs, dans un des paragraphes suivants, nous prouverons aussi que l'air ne jouit pas de cette attribution.

Cette expérience suffirait seule pour enlever au corps soHde le rôle de véhicule, si on s'efforçait encore de le lui attribuer. Mais actuellement les plus énergiques fauteurs du panspermisrae ont eux-mêmes abandonné cette prétention; aussi nous ne nous étendrons pas longuement sur ce sujet, et c'est à peine même s'il est utile de citer les faits suivants.

Si nous ne poussons pas tout à fait aussi loin que précédemment la rigueur expérimentale, et si nous nous contentons seulement de soumettre le corps or-

ganisé à une chaleur qui, sans le carboniser, soit extrêmement élevée, nous voyons dans ce cas apparaître dans l'eau où on le dépose, de nombreuses légions de Proto-organismes. Nous élevons sa température de 200'' à 220°. Sans doute que l'on conviendra que dans ce cas aucun germe organique n'a échappé à la destruction. Si quelques savants ont prétendu que les germes de certains oïdiums n'étaient détruits qu'à la température de 140° (1), aucun, que je sache, n'a encore avancé qu'un œuf ou qu'une séminule de plante pouvait supporter 200°.

Expérience. — Dans un ballon de verre portant à l'intérieur un thermomètre, on plaça 10 grammes de foin , et celui-ci y fut chauffé pendant une heure à une température de 200° à 210% et même sur les bords du ballon à une plus haute température, car le végétal commençait à s'y charbonner. Ce foin, alors parfaitement sec, cassant, fut placé dans 500 grammes d'eau distillée que l'on recouvrit d'une lame de verre et que Ton mit sous une cloche. Quatre jours après, une température de 26° en moyenne ayant régné dans mon laboratoire, la macération fut examinée et on la trouva peuplée d'une abondance de cadavres de grands Vibrions, et d'une population serrée de Glaucomes scintillants (2) et de Monades lentilles (3).

(1) Payen, Chimie industrielle, Paris, p. 540.

(2) Synonymie : Ovales, Jobelot, Observations micrographiques. Pari^!, l7o4^ — Cydidium bulla , Muller, Tnf. — Bursaria hullina^ ScHRANK, FaunaBoica. Nuremberg, 1798, — Glaucoma scintillans, Ehrenberg, Inf. — Dujardin, Inf.

(3) Monas lens, Dujardin, Histoire des Infusoires, pi. iv., f. 5, et pi. IV, f. 7.

Expérience. — Lorsqu'on met un corps putrescible dans de l'eau qui a bouilli, et que celle-ci est contenue dans un appareil parfaitement clos et qui reçoit seulement de l'air passé à travers de l'acide sulfurique ou un tube chaufTé au rouge, on ne voit aucun animalcule y apparaître encore du troisième au sixième jour, tandis qu'ils fourmillent, beaucoup avant ce temps, dans les critériums exposés à l'air libre et confectionnés avec l'eau ordinaire, si la température moyenne a été d'environ 25°. Si le corps solide contenait réellement les germes des Protozoaires, ils devraient normalement se développer aussi vite dans cet appareil où l'air et l'eau en ont été seulement privés, s'ils en contenaient, mais où le corps putrescible n'a subi aucune altération notable ; et cela n'a pas lieu (1).

Le fait suivant viendrait encore à l'appui, s'il en était besoin, des expériences précitées; comme elles, il contribue à enlever au corps solide la faculté de receler les germes.

M. Poggiale, pharmacien encbef du Val- de-Grâce, a communiqué à l'Académie de médecine le résultat de ses recherches sur une coloration du pain de munition fabriqué à la Manutention militaire de Paris, en 1856. Ce pain, qui avait été préparé avec un mélange de farine de blé dur et de farine de blé tendre d'Espagne, passa au noir bleuâtre peu de temps après son refroidissement. M. Poggiale a reconnu que ce pain contenait un nombre considérable d'animalcules

(I) Compulser rélimination de l'air et de l'eau considére's comme véhicules.

filiformes, cylindriques, roides, articulés et animés d'un mouvement vacillant. Ces Proto-organismes, que ce savant considère comme appartenant au genre Bacterium, avaient généralement 0''^"\003 à 0'"™,004 de long. Quelques-uns beaucoup plus longs pouvaient être vus à l'aide d'un faible grossissement. On observait en même temps d'autres animalcules microscopiques en petit nombre, assemblés par deux ou par trois. Comme on ne trouvait point de ces Infusoires dans les diverses farines employées, ni dans le biscuit préparé sans levain, M. Poggiale conclut que la formation de cette grande quantité de Baclerium était due à la fermentation panaire (1). Sans admettre la génération spontanée, comment expliquerait-on, en effet, après la cuisson dans le tissu solide du pain, la production de ces animalcules , leurs germes n'ayant pu résister à la chaleur du four ou s'introduire à Tintérieur de la pâte?

Enfin ce que rapporte Bory de Saint- Vincent, dans les lignes qui suivent, suffirait pour prouver que le corps putrescible n'est pas le réceptacle des germes, puisque deux de ces corps réunis donnent des produits qui diffèrent de celui qu'offre chacun d'eux en particulier. « Que l'on choisisse, dit ce naturaliste, pour « faire l'expérience, une plante propre au Canada, « par exemple ; qu'après l'avoir soumise à l'expérience « et quand elle a produit des animalcules on en mêle « l'infusion avec celle d'un végétal de l'Inde ou de la « Nouvelle-Hollande, et qu'il en résulte, comme la

{\) Poggiale, Bulletin de l'Académie de médecine, 1856, t. XXI, p. 875, et Journal l'Ami des sciences, 1856, n. 29.

« chose ne manquera pas d'arriver, quelque Infusoire c( qui ne se trouvait ni dans l'un ni dans l'autre de « ces deux liquides, n'aura-t-on pas opéré une véri- « table création, un être que la nature n'avait pas « arrêté dans son plan primitif (1)? » Cela est positif et la nature ici ne déroge pas sans doute à ses sublimes harmonies ; seulement par l'étroitesse de nos conceptions nous avons méconnu l'extension de ses lois.

SECTION II. — ÉLIMINATION DE l'eAU, CONSIDÉRÉE COMME VÉHICULE DES GERMES ORGANIQUES.

L'observation dévoile bien rapidement à ceux qui, sans système préconçu, cherchent la vérité, que la source des Proto-organismes de nos macérations ne peut être dans l'eau; quelques expériences, fort simples, le prouvent. Il résulte de là qu'aujourd'hui bien peu de personnes soutiennent encore cette thèse; presque tous les défenseurs de l'ovarisme, comme nous l'avons dit, s'accordant, en ce moment, pour attribuer ce fait à l'air. D'après cela, on sent à l'avance que dans ce chapitre nous n'avons besoin d'émettre qu'un petit nombre de preuves décisives, pour éviter une inutile prolixité; le paragraphe de l'air devant être celui qui appelle toutes nos ressources expérimentales, ainsi que les plus sévères investigations de l'intellect.

Les expériences de Spallanzani lui-même ont,

(i) BoRY DE Saint- Vincent, Dict. class. d'Hist. nat. Paris, i824, t. V, p. 46. Cette opinion, comme nous l'avons exposé p. i50, est aussi celle de Treviranus et de M. Gérard.

232 EETEROGENIE.

depuis longtemps, démontré que des substances végétales, quoique ayant subi une ébullition de deux heures de durée, n'en donnent pas moins naissance à des Microzoaires. Or, comme les germes de ceux-ci, de l'assentiment de tous les observateurs, ne peuvent après une telle épreuve poursuivre leur évolution, il devient hors de doute que l'eau n'a pu leur donner asile (1). Le physiologiste de Pavie soumit à cette expérience des graines de haricots, de vesce, d'orge, de maïs, de mauve, etc.

En se fondant, avec raison, sur ces expériences, Spallanzani, professa d'abord que nul germe ne résistait à la température de l'eau bouillante. Mais un certain temps après, entraîné par les conséquences de ses doctrines, il s'efforça de faire prévaloir des opinions contraires. Pour ce revirement, il se fonda sur une assertion de l'abbé Rozier, qui rapporte que Sonnerai a rencontré des poissons dans des sources thermales des îles Phihppines, dont la température s'élevait à 69° du thermomètre de Réaumur (2). Spallanzani prétend aussi s'étayer sur ce que, d'après une étrange supputation qu'il fait du climat de la Caroline, la chaleur y atteindrait au soleil plus de 80*' du thermomètre de Réaumur, c'est-à-dire une température plus élevée que celle de l'eau bouillante, sans que cependant, dans cette contrée, la chaleur, détruise les germes des animaux et des plantes. Nous ne pouvons réellement nous occuper de réfuter de

(1) Spallanzani, Opuscules de physique animale et végétale. Paris, 1787, 1. 1, p. 22.

(2) Rozier, Observations sur la physique, t. lll.

ÉLIMINATION DE l'eAI. 233

telles assertions (1 ). Qui ne sait qu'au Sénégal, d'après Adanson, le thermomètre ne s'élève pas au soleil au-dessus de 60'' (2)?

Voici comment Spallanzani se rétracte. « La sincérité philosophique, dit-il, m'oblige à penser sur les germes de quelques espèces d'animalcules, d'une manière contraire aux idées que j'ai publiées dans ma dissertation. Je disais alors que je ne croyais pas possible que les germes en général de ces animalcules pussent résister à l'action de l'eau bouillante ; j'avais auguré cette impossibilité, parce que j'avais vu périr des graines et des œufs par ce degré de chaleur; mais les faits que je viens de raconter, et que je ne connaissais pas, me forcent à changer d'opinion (3).»

Mais lorsqu'on lit attentivement le récit que Spallanzani fait de ses expériences, on s'aperçoit immédiatement qu'on ne peut en rien conclure. Ainsi, dans celles-ci, des œufs de grenouille périssent à 34"; ceux du ver à soie à 45% et ceux de la grosse mouche à 48^ Il ajoute que la faculté germinative des graines s'anéantit au-dessous de 75'' à 80"^ du thermomètre de Réaumur, c'est-à-dire à la température de l'eau bouillante. Une fois seulement il vit des graines de fèves qui y résistèrent. Mais toutes les expériences du physiologiste de Pavie manquent de précision. On voit, en effet, qu'il se contentait dans celles-ci , de placer ses graines dans de l'eau contenue dans des

(1) Spallanzani, Opuscules de physique animale eC végétale. Paris, 1787, 1. 1, p. 70.

(2) Adanson, Voyage au Sénégal. Paris, 1757^ p. 131.

(3) Spallanzani, Opusc , t. I, p. 71.

vases qu'il plongeait ensuite dans de Peau bouillante , pendant deux minutes! Ce temps était absolument insuffisant pour élever la température de la macération au niveau de celle de l'eau dans laquelle on la plongeait et surtout pour que sa chaleur se propageât jusqu'à l'embryon, protégé souvent d'une si efficace manière.

Mais si, dans des expériences, on plonge les graines ou les œufs d'animaux dans l'eau bouillante , en donnant à la température le temps de se transmettre à leur intérieur, bien avant l'ébullition, ces œufs et ces graines sont tués radicalement.

Une seule expérience, fort simple, a prouvé que le corps putrescible ne contenait pas les germes. Il a suffi pour cela de voir des animalcules prendre naissance parmi des substances végétales qui avaient subi une complète carbonisation. Une expérience tout aussi élémentaire peut démontrer que ce n'est pas Teau non plus qui recèle ces germes. On sait que la température de l'eau en ébullition anéantit absolument chez eux toute vitalité. Il ne s'agit donc plus que de constater qu'après que de l'eau a bouilh on voit dans celle-ci se développer des animalcules , comme auparavant. Mais cela , l'expérience le prouve sans conteste ; et ce qui achève encore bien mieux la démonstration , c'est que l'eau distillée elle-même en fournit abondamment.

Il serait vraiment puéril de citer des expériences à l'appui de ceci. Mais une autre espèce d'expériences, tout à fait fondamentale, suffira pour étayer ce que nous avançons : c'est celle qui consiste à employer de l'eau artificielle.

ÉLDîlNATîON DE l'eAU. 235

Expérience. — On fît de l'eau artificielle de la manière suivante. Dans un grand flacon à deux tubulures on mit de l'eau et des fragments de zinc; l'une de ces tubulures recevait un tube terminé en entonnoir, à l'aide duquel on versait de l'acide sulfurique dans le flacon; l'autre était annexée à un gros tube horizontal rempli d'amiante et d'où sortait un petit tube effilé à la lampe à son. extrémité et se terminant près de l'extérieur d'un vase de métal , rempli d'eau froide. L'acide sulfurique ayant été versé il se dégagea du gaz hydrogène que l'on alluma à sa sortie du tube, et dont la flamme rapprochée du vase de métal en humectait toute la paroi de vapeur d'eau, résultat de la combinaison de l'oxygène de l'air avec l'hydrogène de l'appareil; et cette vapeur, après s'être condensée, tombait dans un vase de platine. Cet appareil ayant été entretenu en combustion pendant trois jours, on obtint 200 grammes d'eau qui furent employés dans deux expériences comparatives.

La moitié de cette eau fut soumise à une ébullition d'un quart d'heure, pour tuer les germes qui pouvaient y être tombés , quoique pour la démonstration actuelle nous n'ayons pas le moins du monde à nous préoccuper de ce qui peut entrer dans le liquide, mais de ce qui s'y trouve réellement au point initial. On mit ensuite cette eau dans un verre à expériences, avec 5 grammes de foin passé à une étuve à 200** environ. Ce verre fut déposé dans une cuvette ayant de l'eau à son fond et il fut recouvert d'une petite cloche.

L'appareil resta pendant quatre jours dans un salon

à une température moyenne de il». Quand on l'examina, il existait à sa surface une pellicule granuleuse, dans laquelle nageaient deux espèces de Paramécies fort distinctes, de dix à quinze divisions micrométriques de longueur. L'une d'elles était, pour la forme, assez rapprochée de la Paramécie verte ; l'autre , qui me parut absolument nouvelle, avait la forme d'une losange très-allongée. Toutes les deux présentaient une vésicule contractile très-prononcée à l'extrémité du corps. Enfin, çà et là, la pellicule offrait des œufs non éclos et contenant des embryons en mouvement ; dans chacun de ceux-ci on en distinguait manifestement quatre.

L'autre portion d'eau artificielle avait été placée dans une étuve chauffée à 18°. Tout y avait été disposé de même ; seulement le foin n'avait pas été passé à l'étuve et l'eau n'avait subi aucune ébullition. Le résultat de l'expérience fut cependant absolument identique. Ce dernier fait ne contribue-t-il pas à prouver, en outre, combien sont inutiles ces précautions que l'on prend si futilement pour anéantir des germes qui n'existent réellement que dans l'empire des fictions ?

Cette expérience suffit à elle seule pour renverser sans retour l'hypothèse de ceux qui prétendent que l'eau est le réceptacle des germes. Nous avons dans celle-ci de l'eau qui vient d'être formée de la combinaison de deux éléments gazeux, et dans cette eau apparaissent des animalcules. On ne prétendra pas, sans doute, que ceux-ci nageaient précédemment dans l'hydrogène ou l'oxygène qui l'ont formée, et qu'on vient d'extraire violemment de leurs précédentes

ÉLIMINATION DE l'eAU. 237

combinaisons. Il faut donc bien que les œufs qui ne peuvent provenir de cette eau artificielle aient une autre origine.

Cette preuve est tout à fait suffisante ; cependant nous joindrons ici quelques autres faits , non qu'ils soient utiles à la démonstration, mais seulement parce qu'ils offrent quelque intérêt.

Expérience. — Une immense quantité de Kolpodes ayant été enlevée à la surface d'une macération d'Aster de la Chine , où ils pullulaient , fut placée dans un grand verre à expériences, contenant de l'eau distillée. Pendant quinze jours, on observa cette eau et l'on y trouva les mêmes animalcules en parfaite santé.

Il résulte de là que ce ne sont pas les matières contenues en dissolution dans l'eau qui alimentent les Microzoaires; ou au moins que ceux-ci peuvent vivre longtemps dans l'eau pure. D'après cela, on ne voit pas pourquoi, si l'eau était réellement le véhicule des œufs des animalcules , ceux-ci ne s'y montreraient jamais sans l'intervention d'un corps fermentescible.

Expérience. — A. l'aide d'une petite cuiller on a recueilh à la surface d'une macération une immense légion de Kolpoda ciicullus, Mull., que l'on porphyrisa sur une glace , pendant deux heures , avec un soin extraordinaire. Après cette porpliyrisation la moitié de la pâte homogène qui en était résultée fut délayée dans un verre d'eau et celui-ci fut filtré et placé sous une cloche en verre (1). Une expérience

(!) La pâte qui fut ramassée sur la glace offrait une couleur grise, d'une odeur absolunnent semblable à celle du boletus edw

238 HETEROGEME.

comparative, identique, fut faite en même temps, avec l'autre moitié de cette véritable pâte de Kolpodes porpliyrisés , mais celle-ci ne fut pas filtrée. Ces solutions de Kolpodes furent examinées huit jours après leur confection. Depuis le commencement de l'expérience, la moyenne de la température avait été de 15" cent, et la pression de 0,76.

Le verre qui contenait les Kolpodes broyés et filtrés , offrait alors une innombrable quantité de Vorlicelles, et pas un seul Kolpode. Beaucoup de ces Vorticelles étaient en voie de développement et les autres étaient tout à fait adultes et libres.

Le verre occupé par la solution de Kolpodes non filtrée, n'oftrait aucun Kolpode ni aucune Vorticelle. On ne voyait dans l'arénaire que de rares Microzoaires excessivement petits, appartenant au genre Monas.

Les partisans de la transmission des œufs par l'intermédiaire de l'air atmosphérique, ne pourraient nullement expliquer ce qui s'est passé dans ces deux expériences. Si les deux vases eussent Contenu des Kolpodes, les fauteurs de l'ovarisme n'auraient pas manqué de dire que les œufs de ces animalcules avaient une telle ténuité que la porphyrisation, quelque exacte qu'elle ait été, n'a pu les dilacérer. Mais aucun Kolpode ne se rencontre dans les deux liquides et l'un d'eux seulement est peuplé de Vorticelles. On ne prétendra pas sans doute que celles-ci ou avaient

lis (Lin.). Examinée au microscope, elle n'offrait pas le moindre animalcule vivant, et elle n'était composée que de granules extrêmement fins, de grosseur inégale, véritable cendre organique des animaux qui l'avaient formée.

ÉLIMINATION DE l'eAL. 239

leurs œufs dans l'eau ou que ces œufs y ont été apportés du dehors. Une telle allégation ne serait pas tolérable. Si les œufs des Vorticelles avaient été mêlés à la niasse de Kolpodes qu'on a porphyrisée avec tant de soin, ces œufs eussent été aussi bien broyés que ceux des Kolpodes. Et si l'on admettait mêaie, car nos adversaires peuvent tout supposer, que ces œufs pussent passer à travers le filtre , j'espère qu'on voudrait bien alors nous faire cette concession : c'est qu'il devrait naturellement se trouver plus de Vorticelles dans le liquide non filtré que dans celui qui l'a été. Et on obtient un résultat tout opposé : les Vorticelles abondent dans la dernière macération, et on n'en rencontre pas une seule dans l'autre î

Enfin, en écartant la génération spontanée, on ne pourrait expliquer pourquoi une macération et même celle qui devrait le moins en contenir, offre des Vorticelles, tandis que l'autre n'en présente pas! Le laboratoire étant plein de Microzoaires d'espèces variées, comment se peut-il faire, dans l'hypothèse de la panspermie, qu'un seul des vases se soit peuplé d'une génération animée déterminée, tandis que l'autre en est absolument privé ; et comment sefait-ii, surtout, que ce soient uniquement des Vorticelles et que pas un œuf de Kolpode n'y soit parvenu ?

On ne dira pas, sans doute, que le liquide sur lequel on expérimentait n'était pas apte à nourrir des Kolpodes, lui qui n'a été formé qu'à l'aide même des débris -de leurs légions î ou que dans l'un des vases, il n'était pas propre à l'existence des Vorticelles, lui qui est parfaitement identique dans tous les deux !

240 HÉTÉROGÉME.

On se demandera pourquoi aussi le résidu filtré est rempli d'animalcules d'une organisation supérieure, tandis que l'autre n'est peuplé que d'infimes Monades ? Je répondrai à cela que, sans doute, la liqueur en se filtrant a contracté un principe qui devait s'y rencontrer pour la production des Vorticelles. Car j'avoue moi-même avoir été trompé, et si je m'attendais à rencontrer quelques animalcules c'étaient évidemment des Kolpodes ; et que si, surtout, je m'attendais à en rencontrer quelque part, c'était dans l'eau non filtrée. Tout s'est passé contrairement.

L'expérience dont nous venons de nous entretenir avant été continuée, le résultat était absolument le même quinze jours après.

SECTION 111. — ÉLIMINATION DE l'aIR^ CONSIDÉRÉ COMME VÉHICULE DES GERMES ORGANIQUES.

Nous ne nous dissimulons pas que c'est ici que s'engage la lutte sérieuse , décisive , et nous allons franchement l'aborder. Nous avouerons même que nous l'abordons sans crainte, tant nos convictions ont été renforcées par le nombre de nos expériences et par la méditation; ce sont les faits euxmêmes qui vont combattre pour nous, et c'est ce qui centuple nos forces.

Parmi les plus ardents partisans de l'opinion que c'est l'air qui dissémine partout les germes, nous avons déjà dit que Bonnet et Spallanzani devaient être cités au premier rang (1). Et lorsque ce dernier

(1) Bonnet, Considérations sur les corps organisés. Amslerdam, 1762, l. 1, p. 3.

ÉLIMINATION DE l'aIR. 241

voyait des Microzoàires naître au milieu des diverses graines qu'il avait complètement carbonisées, il en expliquait l'apparition en supposant qu'ils y avaient été déposés par l'atmosphère (1).

Les ovaristes, après avoir considéré l'air comme un disséminateur universel, à cause de la merveilleuse facilité avec laquelle, en apparence, on peut lui confier les plus impossibles rôles, ont, pour les besoins de leurs théories, réduit les germes à un état presque métaphysique.

Bonnet suppose que ces germes sont d'une transparence tellement parfaite, que la lumière les traverse sans réfraction, et il prétend même qu'ils sont tellement petits, qu'ils n'admettent peut-être qu'un ou deux rayons de lumière (2).

Ainsi donc des corps organisés jouiraient de la transparence de l'éther ! Voici à quelles conséquences extrêmes nous conduit une hypothèse défectueuse. Et, en effet, si les Proto-organismes que nous voyons pulluler partout et dans tout, avaient leurs germes disséminés dans l'atmosphère, dans la proportion mathématiquement indispensable à cet effet, l'air en serait totalement obscurci, car ils devraient s'y trouver beaucoup plus serrés que les globules d'eau qui forment nos nuages épais. Il n'y a pas là la moindre exagération. Quelque soit le lieu où un corps se trouve, s'il est apte à se peupler de diverses légions d'animalcules ou de

(1) Spallanzam , Opuscules de physique animale et végétale^ t. I, p. 205, et t. II, p. 14, 27.

(2) Bonnet , Lettre sur les animalcules^ adressée à Spallanzani. (Euv. de Spallanzani, 1. 1, p. 258. 1771.

végétaux, immédiatement il en est envahi. Il faut donc que l'air, pour satisfaire à cette fécondité, regorge dans toute sa masse d'un incommensurable nombre de germes, qui, à de rares exceptions près, se trouvent tous voués à une absolue destruction. Est-il rationnel de supposer que pour peupler quelques flaques d'eau d'infimes Protozoaires ou de quelques cryptogames microscopiques, notre atmosphère en promène inutilement les éléments génésiques tout autour du globe ?La nature nous offre partout une fécondité qui excite l'étonnement de tous ceux qui l'étudient; partout aussi ses moyens ingénieux de dissémination ont excité l'admiration des savants (1); mais c'est réellement une ironie que de supposer que la sagesse créatrice a si frivolement encombré son œuvre. Je sais que pour échapper à de si sérieuses objections, certains partisans de la panspermie aérienne répondront qu'il suffît de quelques germes isolés pour donner naissance aux nombreuses populations que l'on récolte. L'expérience, comme nous le verrons , ne donne nullement sa sanction à une telle supposition, car cette fécondité ne tiendrait pas moins du prodige (2).

(i) Comp. Bernardin de Sainï-Pierre, Harmonies delanature. Paris, 1826.

MiRBEL, Physiologie végétale. Paris, 1815, 1. 1, p. 348.

PoiRET, Cours complet de botanique. Paris, 1813, t. I, p. 18.

DeCandolle, Physiologie végétale. Paris, 1832, t. II, p. 595.

Richard, Éléments de botanique et de physiologie végétale. Paris, 1846, p. 524.

HuMBOLDT, De distributione geographicâ plantarum. Paris, 1817, T^ableaux, p. 163,

(2) Compulsez sur ce sujet nos expériences qui se trouvent plus loin.

ÉLIMINATION DE l'aIR. 243

L'illustre zoologiste dont s'honore l'Angleterre, R. Owen, pense que certains animalcules microscopiques ont une telle ténuité, et tel est, entre autres, le Monas crepiisculum d'Elirenberg, qu'il en entre autant dans une seule goutte d'eau qu'il y a d'hommes répandus à la surface du globe : c'est donc au moins cinq cents millions (1). Mais ce Microzoaire peut se manifester partout où nous lui offrons des infusions propices. Aussi, en soutenant la dissémination aérienne, devient-il indispensable d'en encombrer universellement l'atmosphère, et si l'on y joint tous les autres germes de Protozoaires qui devraient s'y presser avec les siens, n'est-ce pas là une hypothèse mille fois plus effrayante queles plus hardies conceptions des hétérogénistes?

L'expérience vient même démontrer, presque mathématiquement, que si la dissémination aérienne était réelle, il faudrait que chaque millimètre cubique de l'atmosphère contînt immensément plus d'œufs qu'il n'y a d'habitants sur le globe. Si l'on admet que chaque goutte recèle 500,000,000 de Monades, en représentant celle-ci par huit millimètres cubes, il en résultera que chaque millimètre contiendra 62,500,000 animalcules. En supposant seulement que Tatmosphère offre en suspension cent espèces de Microzoaires ou de cryptogames; pour fournir aux exigences de la dissémination, il faudrait donc que chacun de ses millimètres cubiques renfermât 6,250,000,000 d'œufs en disponibihté. Et alors l'air dans lequel nous vivons aurait presque la densité du fer.

(1) R. Owen, Lectures on the comparative anatomy and pluf^iolojjij. London, 1843, p. 18.

24 i HÉTÉROGÉNIE.

Expérience. On a pris trois cuveltes en cristal, de trente centimètres de diamètre, et dans chacune d'elles on a placé 125 grammes de chair musculaire de bœuf provenant du muscle psoas. Puis ces vases ont été exactement remplis d'eau jusqu'à un millimètre de leurs bords ; et ensuite ils ont été recouverts d'une glace pohe, laissant, par conséquent, entre elles et la surface de l'eau un milhmètre d'intervalle. L'un de ces vases fut placé dans les combles du Muséum d'histoire naturelle ; l'autre dans mon laboratoire, qui est au second, et le dernier au rez-dechaussée du même établissement. Trois jours après, on examina ce qui se passait, et l'on trouva la surface de ces divers vases recouverte d'une pellicule animée formée d'une masse compacte de Monas crepiisculiim, (Ehr.), assez entassés les uns sur les autres pour que l'on pût croire qu'il en existait là un chiffre aussi élevé quele suppose l'illustre zoologiste anglais. Mais comme chaque millimètre carré de l'eau, dans toute la superficie des vases,n'a eu au-dessus de lui qu'un millimètre cubique d'air, il est donc rationnel de supposer qu'ayant reçu toutes ses particules génésiques de celui-ci, il se trouvait au moins dans chacun de ces millimètres cubiques plus de soixante-deux millions de germes du Monas crepusculiim , abstraction faite de tous ceux des autres Microzoaires, qui ne devaient pas s'y rencontrer en moindre nombre. Or, comme le même résultat s'est produit et dans les vases placés au sommet de l'édifice et dans ceux placés au rez-dechaussée , les veines d'atmosphère encombrées de germes organiques doivent avoir une grande épais-

seur. En raisonnant dans l'hypothèse de la dissémination atmosphérique, on se demande comment de tels corpuscules , et aussi serrés , peuvent échapper aux lois de la réfraction de la lumière? Pourquoi n'y seraient-ils pas soumis comme les globules d'eau qui forment les nuages? Il semble qu'il y ait là impossibilité physique.

Burdach considère comme décisives, pour démontrer l'absence d'œufs dans l'air, quelques expériences qu'il a faites avecHensche et de Baer. Il prit de la terre fraîche, qu'il soumit à une longue ébullition, dans une grande quantité d'eau. A l'aide de l'évaporation, le physiologiste réduisit la liqueur à la consistance d'extrait sec et en partie pulvérulent. Il renferma ensuite celui-ci avec une certaine quantité d'eau distillée et de gaz oxygène ou de gaz hydrogène dans des flacons bouchés à l'émeri et coiffés d'une vessie. Ces flacons, soumis à l'influence de la lumière, ne donnèrent que de la matière verte de Priestley. Mais cet extrait, mis dans de l'eau commune en contact avec de l'air atmosphérique, ayant été introduit dans les vases, on vit y apparaître de nombreux animalcules (1). Cependant je dois avouer que dans le cas dont il s'agit je ne conçois pas bien la portée de l'expérience du savant Allemand.

Ce qui a pu tromper les observateurs sur le rôle de l'air dans la production des animalcules, c'est qu'on voit parfois celui-ci, comme l'a observé Schultze (2),

(1) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. I, p. 25.

(2) Schultze , Microskopische Untersuchungcn ueber Brown's Entdeckuîiglebender Tlieilcheninallen Kœrpern, p. *z9 (Recherches

entraîner au loin des corps organisés réduits, par !e temps, à l'état pulvérulent, et en les déposant sur des endroits où il y a de l'eau, donner naissance à des Protozoaires. C'est cette poussière, déposée à la surface des vases à expériences, que certains observateurs inattentifs ont confondue avec des œufs; car cette poussière microscopique ne produit évidemment d'animalcules qu'après s'être décomposée et dissoute dans ce liquide. On ne peut donc voir dans cet acte un transport aérien des germes organiques.

Ehrenberg, dont l'opinion en semblable matière a tant d'autorité, vient lui-même corroborer nos assertions. En effet , dans son premier écrit sur la distribution des Microzoaires , il combat vivement ceux qui prétendent que l'air est le véhicule des germes des ïnfusoires (1). Ce savant rapporte à l'appui de son opinion qu'il n'a jamais pu trouver un seul animalcule dans l'eau delà rosée immédiatement après qu'elle avait été recueillie (2).

On voit donc Ehrenberg combattre Bonnet et Spallanzani. Userait bon qu'avant tout nos antagonistes s'accordassent ensemble. Pour nous, qui les réfutons, nous avons, je crois, précédemment démontré que l'on ne pouvait nullement attribuer le rôle d'agent

microscopiques sur les molécules vivantes dans tous les corps, découvertes par M. Brown).

BuRDACH, Traité de physiologie. Paris, 1837, 1. 1, p. 24.

{{) Ehrenberg^ Die geographische Verbreitung der Infusionst hierchen, etc. 1828. (De la répartition géographique des infusoires sur le globe.)

(2) Ehrenberg, Ibid.

ÉLIMINATION DE l'aIR. 247

disséminaleur ni à Feau ni aux corps solides, et c'est ici que nous allons nous efforcer d'en dépouiller l'air lui-même.

Si l'on examine quels sont les faits que les ovaristes apportent à l'appui de leurs doctrines, on voit qu'ils n'en possèdent qu'un fort petit nombre. Ils offrent seulement comme inexpugnables deux expériences, l'une faite par M. Schultze et l'autre par M. Schwann. Nous allons les faire connaître, et nous pouvons à l'avance dire qu'en les répétant, soit en suivant les mêmes procédés que ces savants, soit en leur donnant encore plus de rii^idité, nous avons obtenu des résultats absolument différents des leurs. Ainsi donc tombe ce rempart que depuis vingt ans on opposait aux générations spontanées.

M. Longet ne s'étaye même que sur ces deux expériences pour saper tous les travaux des hétérogénistes (1). Et dans un écrit récent sur la génération des Infusoires, M. Claparède imite ce physiologiste ; et pour toute argumentation se contente aussi d"y renvoyer ses lecteurs. Ce dernier s'exprime ainsi dans son chapitre intitulé : Generatio œqiiivoca,

« Nous ne voulons pas entreprendre, dit-il, de réfuter ici la génération spontanée des Infusoires. Les expériences faites à ce sujet sont nombreuses et bien connues. Nous renvoyons donc ceux qui en seraient curieux aux travaux de MM. Schultze (2), Schwann (3)

(1) Longet, Traité de physiologie. Vàiis, i851.

i'i) SciWLizE^ Poggendorf s Annalen, 1857. (3) Schwann, Isis, 1837.

et Morren (1), qui résument au fond toutes les expériences faites jusqu'ici (2). »

De toutes ces expériences nombreuses et bien connues, on n'en cite cependant jamais quedeux ou trois, et des savants vont même, à l'exemple de MM. Gervais et VanBeneden, jusqu'à n'en mentionner qu'une seule, en particulier, comme suffisant pour renverser toutes les autres (3). Une telle manière d'argumenter ménage toujours à son auteur un facile triomphe intérieur, mais elle ne suffit pas à ceux qui groupent les faits et qui les comparent.

Mais ces expériences de MM. Schultze et Schwann sont loin d'avoir toute l'autorité qu'on leur suppose; on en peut juger par la traduction textuelle que nous donnons de l'une de celles du dernier savant, insérée dans VIsis oii on l'indique ordinairement (4) . Et à l'égard des expériences de M. Morren, quand on les lit, on voit qu'elles ont au fond un tout autre but que celui qu'on leur a supposé.

Quelques savants, pour combattre l'hétérogénie, citent aussi l'expérience qui suit, exécutée par M. Milne

(1) Morren, Essai pour déteiminer l'influence qu'exerce la lumière sur le développement des végétaux et des animaux dont l'origine avait élé attribuée à ia génération spontanée. {Observateur médical belge, 1834, et Ann. des se. nat., 1835.)

(2) Claparéde, Mémoire pour le concours du prix de physiologie (manusciit).

(3) Gervais et Van Beneden, Zoologie médicale. Paris, 1859, t. II, p. 309.

(4) Schwann , Traduction de VIsis. — « II avait versé un peu d'une infusion organique dans un globe en verre, laissant la majeure partie de ce globe remplie d'air atmosphérique. Il fermait ensuite les ouvertures pratiquées dans le globe en fondant le

ÉLIMINATION DE l'aIR. 249

Edwards. Ce zoologiste mit de l'eau contenant des substances organiques dans un tube , et fit bouillir le mélange pour tuer tous les germes d'êtres vivants qui pourraient s'y trouver, et ensuite il effila ce tube à la lampe d'émailleur et le scella hermétiquement. Ce savant remarqua qu'aucun Infusoire ne se développait dans ce tube, même après un laps de temps considérable.

Cette expérience que l'on s'étonne de voir certains

verre, et le globe fut mis dans l'eau bouillante ou bien dans le « Pot papinianien », d'où on le sortait après un quart d'heure. Si des animaux se montraient api es un certain intervalle, c'est qu'ils s'étaient formés par la generatio œquivoca, car les germes existants avaient été détruits par la chaleur de l'eau bouillante. S'il n'y avait pas d'animaux microscopiques, c'est qu'il n'y avait pas de generatio cpçttffoca, puisque à l'exception des germes, toutes les conditions pour la form ation de ces animaux subsistaient. Jusqu'ici le docteur Schwann n'avait encore remarqué aucune formation d'animaux microscopiques dans ce globe. Pour éviter l'objection que la matière organique transformerait , pendant que Peau bouillait, Toxygène de l'atmosphère enfermée dans le globe en carbone (en principe charbonneux) , le docteur Schwann avait modiiié son appareil de la manière suivante : le cou de l'alambic fut courbé de haut en bas, puis tordu en forme de genou, de manière que l'autre extrémité se retrouvait tout droit debout. On y joignit, en soufflant, une petite boule. L'autre bout de l'alambic fut tiré, allongé , de manière à former pointe, et puis cassé. Ceci terminé, on remplit le genou de mercure et l'on versa, pardessus cela, une infusion organique dans la petite boule, dopt on fermait, en soufflant, l'issue. Le mercure séparait donc, pendant l'ébuUition de l'eau, le fluide de l'atmosphère renfermée dans l'alambic. L'opération de bouillir terminée, on i^^nversait l'appareil, le mercure descendait et l'infusion entrait en contact avec l'air atmosphérique dans l'alambic. Mais là encore il ne se montrait pas d'animaux microscopiques. Otlon , Renner, Sachs, Huschke doutaient que de ces expérien , expériences très-ingénieuses du

physiologistes invoquer, et tel a été M. Longet (i), pour saper Thétérogénie, ne doit pas même nous occuper, parce que sa direction est telle qu'elle ne peut coïncider avec la vie. L'intérieur du tube étant absolument privé d'air, ne peut ni donner naissance, ni même permettre de vivre à aucun être organisé. Déjà Bulliard avait fait quelques tentatives semblables (2) et nous n'avons pas cru devoir répéter son expérience ni celle de M. Milne Edwards, bien persuadé à l'avance que nous devrions obtenir le même résultat qu'eux. Admettez même qu'on puisse placer des êtres vivants dans de telles conditions, et immédiatement on les verra périr comme dans le vide du marteau d'eau. Cependant Spallanzani avait prétendu que les animalcules du dernier ordre pouvaient naître dans des infusions scellées hermétiquement, et qui avaient bouilli. Mais quoique ses expériences viennent étayer l'opinion que nous nous efforçons de faire prévaloir, elles nous paraissent de nulle valeur, tant elles manquent de précision (3). Si le physiologiste de Pavie eût bien bouché ses matras, aucun ïnfusoiren'y fût apparu.

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