‹ Hétérogénie; ou, Traité de la génération spontanee, basé sur de nouvelles expériencesChapitre 26 sur 50 · EXPÉRIENCES EXÉCUTÉES A VAISSEAUX CLOS · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES EXÉCUTÉES A VAISSEAUX CLOS

Pour mieux élucider ce sujet, nous le partagerons en

reste, l'on pût conclure la non-existence de la generatio œquivoca )).(/m, 1837, p. 523.) (i) Longet, Traité de physiologie. Paris, 1851.

(2) Bulliard, Histoire des champignons de France. Paris 1809. t. I, p. 115.

(3) Spallanzani, Opuscules de physique animale et végétale Pavie, 1787. t. I, p. 29.

ÉLIMINATION DE l'aIR. 251

deux parties. La première traitera des expériences exécutées à vaisseaux clos, et c'est dans celle-ci que l'on trouvera le récit des deux tentatives qui viennent d'être mentionnées et celui de nos travaux contradictoires. La seconde partie contiendra l'exposition des expériences exécutées à l'air libre, et qui selon nous, ont une non moindre valeur que les autres, quand on les interprète avec un esprit exempt de toute prévention.

Les seules expériences fondamentales qu'on ait opposées à l'hétérogénie sont celles de M. Schultzeet de M. Schwann, insérées dans les Annales de Poggendorf {{).

Expérience de Schultze. — Voici en quoi consiste l'expérience de M. Schultze. Il prit un tlacon dans lequel il mit des substances végétales et animales, et ensuite celui-ci fut rempli d'eau distillée que l'on fît bouillir pour détruire tous les germes d'êtres vivants qui pouvaient s'y trouver en suspension. Le bouchon de ce ballon était traversé par deux tubes à analyses munis de leurs boules. Celles de l'un des tubes étaient pleines d'acide sulfurique concentré; celles de l'autre contenaient une solution de potasse. Cet appareil fut ensuite placé sur une fenêtre et à côté de lui se trouvait un vase ouvert contenant les mêmes substances. Pendant deux mois, chaque jour, M. Schultze renou-

(1) Schultze, Annales de Poggendorf, 1837, p. 41. Comp. Edinburgh new philosophical Journal. 1 STi , octobre. [Annales des sciences naturelles, Zoologie, 1837, t. VIII, p. 320.)

Schwann, Des générations équivoques. [Annales de Poggendorf,

vela l'air de son flacon et examina le contenu de celuici. Il prétend que, pendant ce laps de temps, il ne se développa aucun Infusoire, ni Moisissure, ni Con« ferve dans le bocal fermé ; tandis que dans le critérium exposé à Tair, on vit apparaître des Monades, des Vibrions et des Polygastriques. Plane. III, fig. 1 (1).

Schultze ajoute que, lorsque las d'attendre vainement, il débouchait son vase et y laissait pénétrer l'air extérieur, au bout de trois jours, des Infusoires y pullulaient, apportés, dit-il, par le fluide atmosphérique qui les tenait en suspension (2). Ce dernier fait est pour moi inexplicable car nous avons déjà vu, et nous verrons encore, que dans les décoctions le phénomène ne marche pas aussi rapidement.

Nous ne concevons pas trop comment cette expérience a été conduite et comment chaque jour sans introduire de l'air, avec un tel appareil, on a pu vérifier ce qui se passait dans le flacon en expérimentation. Nous pourrions dire aussi avec M. Bérard, que cette expérience prouve tout simplement que l'air qui a traversé l'acide suif urique est contraire à la génération spontanée (3). Mais nous n'avons nullement besoin d'employer de tels arguments, puisque cette expérience répétée avec des précautions infiniment plus grandes que celles dont parle M. Schultze nous a donné des résultats contraires et positifs. Nous avons vu des Mucorinées, des Monades et des Vibrions se développer dans des vases qui ne recevaient que de

(1) ScmiLTZVyEdinburgh new philosophical /oî/rnaZ. Janvier 1837.

(2) Schultze, Annales de Poggendorf, 1837, p. 41.

(3) Bérard, Cours de physiologie, Paris, 1848, 1. 1, p. 95.

l'air qui avait traversé une grande épaisseur d'acide sulfurique,et même en plus, de l'eau bouillante. Nous pouvons en outre prétendre, après une lecture attentive des Recueils scientifiques, où l'expérience unique de M. Schultze a été insérée, que celle-ci n'offre aucune garantie sérieuse .(1).

Et d'abord, malgré le titre d'Expériences sur les générations équivoques, le mémoire ne contient qu'une seule expérience fort incomplètement exposée. M. Schultze ne dit nullement quelles substances il a employées dans l'eau qui remplissait son flacon. Il dit seulement qu'il y mit des substances animales et végétales variées; il n'en mentionne point la quantité, il ne donne aucune attention à la température qui a régné durant son expérience. Le vase employé par cet expérimentateur était une simple fiole à liqueur, dont l'unique goulot était fermé par un bouchon duquel sortaient deux tubes recourbés, dont un communiquait avec un des petits appareils de Liebig destinés aux analyses organiques et était rempli d'acide sulfurique, tandis que l'autre offrait un appareil semblable mais rempli d'une solution de potasse. Ces deux appareils avaient été adaptés aux tubes tandis que la liqueur.du flacon était en ébullition. M. Schultze aspirait chaque jour deux fois avec sa bouche l'air du flacon par l'appareil rempli de potasse, et il y rentrait de l'air nouveau qui traversait les boules remplies

(1) Schultze, Notice ofthe Resuit of an Expérimental Observation made regarding Equivocal Génération. — Edinburgh new philosophical Journal. Octobre 1837. — Expériences sur les générations équivoques. Ann. des se. nat.,2.^ série. Zoologie, t. VIII, p. 320.

d'acide sulfurique ; et il dit aussi que pendant plus de deux mois que dura l'expérience, il eut le soin d'examiner chaque jour au microscope l'infusion contenue dans le flacon et qu'il n'y rencontra jamais aucun animalcule. Nous ne dirons rien du soin avec lequel M, Schultze renouvelait l'air de son appareil, il était superflu ; mais nous voudrions bien que Ton pût nous enseigner comment , dans un appareil semblable , M. Schultze a pu chaque jour, sans l'ouvrir, constater ce qui se passait dans l'infusion et en explorer les bords, comme il le dit, à l'aide du microscope! Voici pour nous ce qui est inexplicable (1).

Nous ne parlerons nullement du critérium placé à côté de l'appareil et dans lequel M. Schultze trouve rapidement des Infusoires, parce que si le savant de Berlin dit bien que dans celui-ci il plaça les mêmes substances que dans l'appareil, il ne dit nullement s'il les soumit également à T action deVébullition, ce qui est fort essentiel à savoir.

L'expérience suivante tend à prouver que la facilité avec laquelle Schultze obtenait des animalcules, soit dans son critérium, soit à volonté et si rapidement lorsqu'il ouvrait le matras à expérience, n'existe pas toujours, et nous la regardons même comme fort pa-

(1) Voici comment s'exprime le traducteur du travail de M. Schultze dans le Nouveau Journal d' Edimbourg :

Continued uninterruptedly the renewal of the air in theflask, without being able, by the aid of the microscope, to perceive any living animal or vegelable substance, although during the whole of the tirne I made my observations almost daily on the edge of the liquid. »

radoxale lorsqu'il s'agit de décoction de substances végétales.

Expérience. — Un petit ballon à large goulot, d'un demi-litre de capacité a été rempli d'eau à moitié, et l'on y a ensuite introduit cinq grammes de foin. A l'aide d'une lampe à esprit-de-vin on a entretenu l'eau en ébullition pendant quinze minutes, et ensuite, le matras étant débouché y son contenu a été abandonné au contact de l'air. Pendant l'entière durée de l'expérience, qui fut longue, la température fut en moyenne de 16" cent. L'expérience fut commencée le 24 juillet. Le 2 août le liquide était diaphane et d'une teinte fauve ; sa surface n'offrait aucune pseudo-membrane, aucune bulle gazeuse; on n'y voyait aucun vestige d'êtres organisés. Le 7 août on n'y reconnut encore absolument rien. L'observation fut répétée sans plus de succès jusqu'au 18 septembre, c'est-à-dire pendant presque deux mois.

En présence d'un tel résultat que doit-on croire de ce qu'avance Schultzequi, dans des cas analogues, obtenait des êtres organisés aussitôt qu'il exposait sa décoction au contact de l'atmosphère?

Lorsque je me trouvai rationnellement bien pénétré de l'évidence de la thèse que je devais défendre, je me mis à l'oeuvre pour la démontrer expérimentalement. Mais en même temps que mes travaux, dans cette direction, venaient chaque jour confirmer mes vues, je m'occupai, d'un autre côté, de refaire d'un bout à l'autre toutes les expériences des antagonistes de l'hétérogénie, en les répétant à plusieurs reprises, et en m'entourant de toutes les précautions imagina-

bles. Voici ce qui advint. Dans tous les cas où les physiologistes que nous combattons ont opéré de manière à ne pas entraver absolument la vie organique, j'ai obtenu des résultats entièrement opposés aux leurs, j'ai vu constamment des animalcules et des végétaux apparaître là où ils prétendaient n'en avoir jamais observé. Puis, dans les cas où les résultats ont été négatifs, dans mes expériences comme dans les leurs, j'ai reconnu qu'on le devait à ce que les conditions étaient telles qu'aucun être vivant ne pouvait subsister au milieu d'elles.

Contre-expérience de schultze par m. pouchet. — J'ai répété delà manière suivante l'expérience de M. Schultze : Un ballon d'un litre de capacité a été rempli à moitié d'eau, et l'on a mis dans celle-ci cinq grammes de foin. Le bouchon de ce ballon était traversé par deux tubes recourbés à angle droit à cinq centimètres au-dessus de leur sortie; l'un d'eux, le tube afférent, ne descendait pas plus basque le col de ce ballon; l'autre, le tube efférent, plongeait plus profondément et arrivait à un centimètre du liquide, afin de mieux enlever les gaz pesants qui stagneraient à sa surface. Chacun de ces tubes était articulé, à l'aide d'un cylindre de caoutchouc, avec un appareil à cinq boules de Liebig; cet appareil fut rempli d'acide sulfurique concentré. Pour plus de précision, et afin de faire marcher plus lentement et plus régulièrement l'introduction de l'air et par conséquent de mieux le laver dans l'acide, nous avons employé un vase aspirateur, dont le robinet ouvert à peine n'attirait Tair que globule à globule. Ce vase recevait un

tube qui était articulé avec les boules efférentes. Le bouchon du ballon ayant été luté avec du vernis au copal et du vermillon, et les extrémités des cylindres de caoutchouc qui unissaient les diverses pièces de l'appareil ayant reçu le même lut, on plaça sous l'appareil une lampe à esprit-de-vin et l'eau du ballon fut bientôt portée à l'ébullition. On l'entretint dans cet état pendant une heure, durant laquelle la vapeur sortait abondamment par les tubes. La lampe fut alors éteinte et le ballon se refroidit lentement, en aspirant peu à peu de l'air par les boules. Plane. IIL fig. 2.

Le soir du premier jour, lorsque l'appareil était tout à fait froid, à l'aide du flacon aspirateur qu'on luta alors avec lui, on fit passer un litre dair avec toute la lenteur possible, à travers le ballon. Puis ensuite, chaque jour, la même opération fut répétée avec les mêmes précautions, soit pour enlever les gaz qui se produisaient à la surface du liquide, soit pour fournir de l'air respirable aux animalcules qui pourraient apparaître dans la décoction. Près de cefle-ci, on plaça un critérium : c'était un ballon absolument semblable à celui employé pour l'expérience , ayant reçu autant d'eau et de foin, et dans lequel ceux-ci avaient subi une pareille ébuUition ; seulement on laissa le matras ouvert.

La marche de cette expérience a été un peu lente à cause de la saison dans laquelle nous opérions et de la basse température qui régnait, et qui, en moyenne, ne s'est pas élevée au-dessus de 14°. Le liquide s'est coloré lentement et est resté parfaitement diaphane et fauve jusqu'au vingtième jour, époque à laquelle il

devint un peu nébuleux, trouble et où il se produisit au fond un léger dépôt. Le vingt-quatrième jour, on vit se former à sa surface en petit îlot glauque, d'environ deux millimètres de diamètre, qui paraissait formé d'une espèce de Pénicillium, Le lendemain on en vit un autre de la même dimension.

Enfin, le vingt-sixième jour, l'appareil fut ouvert -et voici l'énumération de ce que nous rencontrâmes dans le liquide qu'il renfermait. Les deux îlots étaient réellement formés d'un Pénicillium , très-rapproché du Pénicillium glaucum , Link, mais plus rameux et à cloisons très- serrées. L'eau était peuplée à sa surface d'une immense quantité de Spirillum ondulé, Spirillum iindula, Eh. Duj. (1) ; et de Spirillum iouYno^^dini, Spirillum volutans, Eh. Duj. (2). On y rencontrait aussi beaucoup d'autres Vibrions très-agiles de 0,0038 de millimètre. La pellicule de la surface était arachnoïde et formée de grands Vibrions morts, parfaitement enchevêtrés et ayant presque tous une longueur de 0,0200 de millimètre environ. Çà et là s'agitaient quelques Monades difficiles à déterminer. On rencontrait en outre, dans cette décoction, une abondance de Bactériums articulés d'une longueur qui variait de 0,0076 à 0,0110 de miUimètre (3). Enfin

(1) Ehrenberg, Infus., pi. V, fig. 3.

DuJARDiN, Histoire naturelle des Infusoires. Paris, 184t,p. 223. 0. F. MuLLER, Vibrio undula, Inf., pi. i, fig. 4-6.

(2) Ehrenberg. Infus.,\)\. v, fig. 13.

DuJARDiN, Infus., p. 225.

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