‹ Hétérogénie; ou, Traité de la génération spontanee, basé sur de nouvelles expériencesChapitre 27 sur 50 · F. MuLLER, Vibrio spirillum, Infus.,pl. vi, fig · texte numérisé non relu

F. MuLLER, Vibrio spirillum, Infus.,pl. vi, fig

(3) Bacterium articulatum et Baderium triloculare (I'Ehrenberg. DuJARDIN, //î/'us.;,p. 216.

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on voyait aussi à certaines places quelques animalcules que je pense indéterminés. Ceux-ci étaient cylindriques, obtus aux extrémités, et renfermaient à leur intérieur de trois à cinq grosses granulations ; leur longueur était en moyenne de 0,0200 de millimètre. Il existait encore çà et là quelques semences de Pénicilliums faciles à reconnaître.

De tels résultats, obtenus par notre contre-expérience, renversent donc ceux que Schultze avait obtenus dans son expérience si célèbre.

Voici, dans cette contre-expérience, ce qui se passa dans le critérium. Le second jour, le liquide ne présente aucune production organique. Le troisième, il offre à sa surface un certain nombre de grands Vibrions ayant pour la plupart 0,0140 de millimètre de longueur. On rencontrait aussi, de place en place, quelques Vibrio levis, nob. de 0,0336 à 0,0420 de milli-mètre de longueur; enfin çà et là il existait quelques Vibrio bacilliis de 80 à 100 divisions micrométriques, doués, ainsi que tous les autres , de mouvements très-manifesles. Le quatrième jour, la température étant de 1 4°, tous les Vibrions observés la veille sont morts et forment à la surface de la liqueur un réseau lâche inaniaié. Cette rapide phase de vitalité à laquelle succède une destruction complète n'aurat-elle pas été une cause d'erreur pour les observateurs qui n'ont obtenu que des résultats négatifs? Le cinquième jour, la température moyenne est de 10°. Le réseau de Vibrions morts , formé à la surface de la liqueur est encore très-distinct, on n'observe pas le moindre animalcule vivant. Le sixième jour, temp.

10% le foin est remonté et surnage un peu; la superficie du liquide , pendant la nuit, a produit quatre petits îlots de Pénicillium glaucum, Link. Le septième jour ,tenip. 15°, même état. De temps à autre . on aperçoit quelques Vibrions de 4 à 5 divisions micrométriques, animés de mouvements manifestes, et d'autres Vibrions, mais très-petits, qui ont des mouvements fort rapides. On ne les distingue qu'aux plus puissants grossissements : sans une attention soutenue, on pourrait croire qu'il n'existe dans cette décoction aucun animalcule vivant. Le huitième jour, temp. 13% dans certains endroits on découvre beaucoup de Vibrions granifères enchevêtrés en pellicule et inanimés; puis beaucoup de plus petits, très-agiles, très-nombreux. Le dixième jour, temp. 14% Hqueur devenue jaune, trouble ; à sa surface nagent plusieurs ilôts de Pénicillium, Pellicule inapparente. On observe beaucoup de corps inanimés de Vibrions granulés, des Monades terme. Le quatorzième jour, temp. 18% les îlots de Pénicillium se sont agrandis et laliqueur ne contient absolument qu'une immense abondance de Monades fort rapprochées du Monas elongata , Duj. Le vingtsixième jour, jour où l'on ouvre l'appareil, le critérium n'est pas plus avancé que lui pour sa faune ; quelques rares Monas lermo y quelque?, très-petits Vibrions, voilà tout ; l'avantage serait peut-être même à l'expérience. On voit que nos décoctions à Tair libre ne sont pas aussi rapidement fécondes que celles de M. Schultze; nous n'avons trouvé aucun Polygastrique dans cette circonstance.

Expérience. — Après avoir suivi le même procédé

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que M. Schultze , j'ai conçu une expérience qui est encore plus rigoureuse que la sienne, et, dans cette tentative, que j'ai répétée plusieurs fois, j'ai obtenu encore des résultats opposés à ceux du savant étranger. Voici cette expérience : un flacon à trois tubulures, de la contenance d'un litre, fut totalement rempli d'acide sulfurique concentré. La première tubulure était occupée par un tube recourbé qui , par l'une de ses extrémités , communiquait avec une pompe à air, et par l'autre plongeait au fond de l'acide. La seconde tubulure , ou tubulure du milieu , était munie d'un siphon qui naissait au niveau de la réunion du tiers supérieur du flacon avec les deux tiers inférieurs et allait se plonger au fond d'une éprouvette vide.La troisième tubulure portait un tube allant se rendre dans le second Qacon.

Ce second flacon, de la même capacité que l'autre, avait été rempli d'eau bouillante ; sa première tubulure donnait passage au tube qui provenait du flacon rempli d'acide ; né au niveau de la tubulure de celuici, il allait se rendre au fond de l'eau bouillante. La tubulure du milieu avait un siphon offrant exactement la même disposition que le précédent et reçu aussi dans une éprouvette vide. Enfin, de la troisième tubulure partait un tube allant dans le fond du troisième flacon.

Ce flacon d'une capacité égale aux autres n'offrait que deux tubulures. La première recevait le tube provenant du flacon à eau bouillante ; né dans celui-ci au niveau de sa tubulure , il ne se plongeait qu'au même niveau dans le dernier flacon. La seconde tubulure portait un tube ou siphon qui, né au-dessus du

niveau des deux tiers du flacon, allait se rendre dans une éprouvette remplie d'eau.

Une forte décoction de foin bouillant ayant été introduite dans ce troisième vase et le remplissant exactement, on luta l'appareil avec le plus grand soin, à l'aide de vernis gras et de vermillon, afin de le fermer hermétiquement. L'appareil était donc absolument occupé par de l'acide sulfurique et de l'eau presque en ébuUition. Alors, avec beaucoup de lenteur, à l'aide d'une petite pompe on introduisit de l'air dans l'appareil, et voici ce qui se passa, et ce que l'on voulait obtenir : l'air introduit traversa peu à peu l'acide sulfurique concentré et s'amassa à la partie supérieure du premier flacon ; la pression qu'il détermina mit en jeu le siphon qui était adapté à celui-ci et le tiers de l'acide sulfurique alla remplir la première éprouvette. Lorsque tout ce que ce siphon pouvait enlever d'acide fut parti, l'air qui avait traversé celui-ci passa dans le flacon d'eau bouillante, se déchargea des vapeurs d'acide qu'il avait pu entraîner et s'amassa au haut de ce second flacon ; bientôt le siphon se mit en action et vida un tiers de l'eau bouillante dans la seconde éprouvette. Enfin, lorsque l'action de ce second giphon fut épuisée, l'air passa dans le troisième, où le dernier siphon se mit en jeu pour enlever aussi le tiers de la décoction qui s'y trouvait contenue. Dans cet état de choses, il n'existait donc absolument en contact avec la décoction mise en expérience que de l'air ayant traversé un flacon rempli d'acide sulfurique concentré, et un autre flacon rempli d'eau bouillante, double épreuve plus que suffisante pour détruire tous

les germes d'animaux ou de plantes qui auraient pu se trouver dans l'air.

Ensuite on abandonna absolument l'appareil à luimême, bien persuadé qu'il ne pouvait y avoir aucune communication entre l'atmosphère et le troisième flacon, car, par un excès de précaution, le fond des éprouvettes contenait du mercure dans lequel plongeaient des siphons, afin qu'on ne pût accuser aucune action d'endosmose du liquide. La dernière éprouvette servait de critérium.

Le critérium examiné de temps à autre prouva, comme il fallait s'y attendre , que Texpérience devait marcher avec beaucoup de lenteur. Pendant plus de quinze jours, quoique exposé à l'air, il n'offrit cependant aucune production organique. Ce ne fut que le dix-huitième jour qu'on découvrit à la surface une petite touffe de Mucorinée près de laquelle s'agitaient en abondance des Vibrions.

L'appareil ayant été abandonné à lui-même pendant vingt jours, le flacon qui contenait la décoction n'ayant reçu aucune nouvelle portion d'air, n'avait donc alors été en contact qu'avec un demi-litre de ce fluide. Avant d'ouvrir cet appareil on put observer qu'il n'y avait pas eu la moindre communication entre son contenu et l'air atmosphérique ; le niveau de l'eau que les pressions diverses avaient, dès l'origine, déterminé dans les tubes et les sipohns n'ayant nullement varié.

A l'issue de ces vingt jours on s'attendait à trouver à l'intérieur du liquide en expérience des produits analogues à ceux du critérium, et cela eut lieu en ef-

fet. On avait vu , dès le dix-huitième jour, se former dans l'appareil des îlots d'une Mucorinée semblable à celle qui recouvrait alors le critérium. Quand le flacon fut ouvert, on reconnut que celle-ci était un petit champignon à mycélium , excessivement grêle, et dont les ramifications étaient alternes, inarticulées, d'un bleu extraordinairement pâle, d'un diamètre de 0,0028 de millimètre. Dans les ramifications de cette plante, ainsi qu'au fond du vase, on rencontrait un grand nombre de Bactériums articulés, Bacterium articidatum, Ehr., en mouvement ou immobiles ; ils étaient plus abondants au fond , où la végétation cryptogamique manquait ; on rencontrait aussi çà et là des Vibrions-anguilloïdes, Vibrio undula Mull. (1), très-agiles, et des Vibrions linéaires immobiles, Vibrno bacillus, Mull.

Comme on le voit, le contenu du flacon isolé de l'atmosphère était à peu près le même que celui du critérium. Peut-on donner une plus manifeste preuve que ce n'est point l'atmosphère qui recèle les germes des animaux? La Mucorinée du flacon était évidemment la même que cefle du critérium ; seulement, si elle n'offrait point d'articulations, cela provenait de ce qu'elle était un peu plus nouveflement formée; la vie ne marchant jamais à vaisseau clos et en présence d'une faible portion d'air, comme efle marche en pleine atmosphère, car on se rappelle que dans notre appareil l'air n'a pas été renouvelé.

(1) 0. F. MuLLER, Anim. infus., pi. III, fig. 5, 7. Spirillum undula, Ehrenberg. Infusion, tab. V, fig. 12. Spinllumundulaj Dujardin. Infusoires, p. 223, pi. I, fig. 8.

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Expérience. — Connaissant combien les animalcules sont lents à apparaître dans les décoctions, j'ai varié cette expérience de la manière suivante, pour obtenir plus rapidement des produits et aussi des animalcules d'un ordre plus élevé; j'ai réussi ainsi que tout me le faisait présager.

En juillet, cinq grammes de foin ayant subi l'action d'un courant de vapeur d'eau pendant vingt minutes, sont introduits dans le troisième flacon de mon appareil à acide sulfurique, précédemment décrit. Le second flacon venant d'être rempli d'eau bouillante, on versa immédiatement aussi de l'eau bouillante dans le troisième flacon et on luta hermétiquement. Ensuite chaque jour, on fit passer un htre d'air dans l'appareil à travers l'acide sulfurique, puis l'eau destinée à le laver.

Après huit jours d'une moyenne de 22° pour la température, on examina le contenu du flacon qui renfermait le foin et voici ce que l'on trouva. Le liquide offre une pellicule apparente, mince, cassante. Le microscope y signale ce qui suit : uiie immense quantité de Vibrions granifères et de Vibrions lisses (1) en partie vivants et en partie déjà morts. On n'aperçoit aucune Monade, et les Vibrions de petite espèce sont excessivement rares. De place en place, on découvre de petits îlots composés de granules contenus dans l'enchevêtrement que forment les corps des Vibrions morts. Ces granules ne sont évidemment que des vestiges de la décomposition des Vibrions

(1) Vibrio granifer, Pouchet. — Vibrio levis, Pouchet.

granifèies, de façon que là la membrane proligère n'est point formée par des Monades ou de petits Vibrions, mais par les corps des grands et par leurs granulations.

Expérience. — L'expérience qui suit fut exécutée sans que l'on s'entourât des précautions si rigoureuses que l'on avait prises dans les précédentes, et cependant, pour moi, elle est tout aussi explicite. Elle offre des résultats plus évidents parce que l'on y a moins altéré les éléments génésiques. On l'exécuta dans le même appareil. On introduisit de l'eau bouillante dans le second flacon et le troisième fut rempli d'eau filtrée et de dix grammes de foin gardé pendant trente minutes dans une étuve chauffée à 200° ; enfin de l'air extérieur fut introduit dans l'appareil en traversant le flacon d'acide sulfurique et le flacon d'eau bouillante.

Le lendemain, la température ayant été de 17% l'eau est colorée en fauve; il n'existe à sa surface aucune bulle de gaz, ce qui indique qu'aucun mouvement fermentescible ne s'est établi. On injecte alors un litre d'air.

Le deuxième jour expiré, l'appareil est ouvert. Il existe à la surface du liquide quelques bulles de gaz; la macération est légèrement trouble. Le liquide offre une pellicule proligère excessivement mince, formée d'une immense quantité de Vibrions granifères enchevêtrés avec des Vibrions lisses, et ayant leurs intervalles remplis de Monades crépusculaires et de Bactériums articulés. Presque tous les Vibrions sont déjà morts, cependant quelques-uns sont encore très-

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agiles. De place en place aussi on voit s'agiter quelques Monades lentilles.

Parallèlement à cette expérience, il existe près de mon appareil un flacon de la même capacité, et dans lequel, à l'aide d'une lampe à esprit-de-vin, j'ai fait bouillir le foin pendant trente minutes. Le liquide est d'un fauve extrêmement foncé, limpide, aucunebulle de gaz n'existe à sa surface, aucune pellicule ne s'y observe. Examinée au microscope, la décoction n'offre pas alors la moindre trace d'animalcule !

Schwann a exécuté aussi quelques expériences qui ont eu le même retentissement et le même résultat que celles de Scliultze ; mais au lieu d'employer Tacide sulfuriquepour tuer les germes qu'il supposait errants dans l'atmosphère, il eut recours au feu. Ce savant, après avoir fait bouillir de Teau chargée de matières organiques , ne faisait parvenir sur celles-ci que de Tair qui avait traversé un milieu soumis à la température de la chaleur rouge. Dans ses expériences aucun mouvement putrescible ne se manifesta dans le hquide, et jamais dans celui-ci aucun animalcule ne se développa, aucun végétal rudimentaire (1).

Voulant rendre incontestable que l'air ne peut être considéré comme le véhicule des germes, et renverser ainsi le dernier retranchement des adversaires de l'hétérogénie, j'ai, à plusieurs reprises, répété l'expérience de Schwann avec le plus grand soin, et même en prenant des précautions encore plus sévères que ce savant ne l'avait fait, et, cependant, mes résultats

(1) Schwann, Des générations équivoques. [Annales de Poggeni-irf, 1837, p. 184.

ont été tout à fait opposés aux siens. J'ai vu des cryptogames et des Protozoaires se développer abondamment dans des vases qui n'étaient accessibles qu'à de Tair élevé à une température telle que dans l'hypothèse ou celui-ci aurait pu contenir quelques germes, ceuxci avaient évidemment été détruits.

Expérience. — J'ai pris un gros tube en verre, long de cinquante centimètres, et, afin de multiplier les points de contact et de ralentir la marche de Tair qui devait le traverser, tout l'intérieur en fut obstrué avec des filaments d'amiante et des fragments de verre. Ce tube recevait d'un côté un tuyau de gomme élastique communiquant avec une pompe à air, et de l'autre il se continuait avec l'appareil. Ce tube était disposé horizontalement et au-dessous de lui se trouvaient trois grosses lampes à esprit-de-vin dont la flamme l'entourait complètement. Venaient ensuite deux flacons, l'un à trois tubulures et l'autre à deux. Le premier de ceux-ci était totalement remph d'eau bouiflante et recevait, par sa première tubulure, un tube recourbé qui plongeait jusqu'au fond du liquide. La tubulure du milieu était munie d'un siphon qui naissait dans ce flacon vers le milieu de sa hauteur et allait se rendre dans une éprouvette vide. Enfin la troisième tubulure porlait un tube qui, né à un centimètre au-dessous de son bouchon , allait se rendre dans le second flacon. Ce second flacon avait été rempli entièrement d'une décoction de foin bouiflante. Sa première tubulure recevait le tube qui partait du vase précédent, et ce tube ne s'enfonçait point dans le flacon à plus d'un centimètre au-dessous du bouchon.

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De la seconde tubulure naissait un tube faisant fonction de siphon. Il naissait vers le milieu delà hauteur du flacon et allait se rendre au fond d'une grande éprouvette vide. L'appareil ayant été luté exactement en mettant peu de lut et en recouvrant celui-ci d'une couche de vernis et de vermillon, on allumâtes trois lampes; et lorsque, après une demi-heure, il fut évident que le tube et les fragments de verre et d'amiante qu'il contenait étaient élevés à la température rouge , on poussa très-lentement de l'air dans l 'appareil , à l'aide de la pofnpe. Cet air, à cause de la multiplicité des points de contact, fut réellement tamisé tout le long du tube, de manière à tuer incontestablement tous les germes d'animaux, s'il en contenait. De là il passa dans le premier flacon en traversant l'eau presque bouillante qu'il contenait. Immédiatement l'air introduit dans l'appareil mit en jeu le premier siphon et ce premier flacon se vida de la moitié de son eau dans r éprouvette qui lui était contiguë. Peu de temps après, l'air traversait le tube de communication du deuxième flacon, arrivait dans celui où était la décoction de foin et mettait en jeu le second siphon, qui alors en enlevait rapidement la moitié pour en remplir la seconde éprouvette. Plane, llï, fig. 3.

Ainsi donc, tout l'air qui remplissait alors le flacon contenant la décoction en expérience avait été tamisé dans une longueur de cinquante centimètres et y avait été élevé à la température de la chaleur rouge, et ensuite cet air avait traversé de l'eau presque bouillante. Aucun germe n'avait donc pu résister. Les tubes des éprouvettes plongeaient dans du mercure.

Dans la première expérience que nous tentâmes avec cet appareil, nous fûmes plus rigoureux que M. Schwann. L'air ne fut nullement renouvelé et la décoction ne se trouva, durant tout le temps, en contact qu'avec un décimètre cube de ce fluide. Ce ne fut qu'après six semaines que l'on déluta l'appareil et l'on put avant s'assurer que l'intérieur n'avait pas reçu la moindre parcelle d'air atmosphérique, la différence de nivellement que l'eau offrit tout d'abord dans les siphons n'avait point varié depuis le commencement de l'expérience jusqu'à sa terminaison.

Voici ce qui fut observé alors : on n'a jamais distingué de pellicule à la surface du liquide, qui a toujours été diaphane et d'un fauve foncé. Seulement après vingt-qualrejoursona vu se former de place en place des îlots de quatre et six millimètres de diamètre, composés évidemment d'amas de petits champignons reconnaissables à la loupe, à travers les parois du flacon. Ces amas, d'abord de couleur blanche, faisaient une saillie d'un millimètre à la surface de l'eau. Deux jours après, leur teinte devint d'un vert glauque ( 1 ). A l'ouverture du flacon, avec le microscope on reconnut qu'ils étaient composés d'une espèce de Pénicillium très-analogue au Pénicillium glaucum de Link, ainsi que le firent soupçonner quelques vestiges de sa fructification en pinceaux qu'on rencontrait çà et là. Chacun de ceux-ci était environné d'un nuage de spores libres, sphériques de 0,0028 à 0,0040 de millimètre de diamètre, colorés en jaune très-clair. Ou-

(i)A ce moment on n'observait aucun de ces cryptogames dans le critérium, ni dans le laboratoire.

tre ces spores, on trouvait encore dans le liquide des corpuscules allongés fort petits, presque tous absolument immobiles et qui n'étaient que les restes d'une génération de Vibrions qui avait précédemment animé cette infusion. Quelques-uns seulement jouissaient encore de mouvements. Ceci est parfaitement en harmonie avec ce qu'a observé M. Pineau. 11 a vu le Pénicillium glaucum succéder à des générations de Vibrions (1).

Quoi qu'il en soit, voici évidemment un végétal et des Vibrionides qui se sont développés spontanément après quelques semaines, dans une atmosphère d'air non renouvelé ayant subi la température rouge et traversé deux flacons d'eau presque bouillante. Il est évident que l'on ne peut pas dire que là les séminules sont venues du dehors. Si ces séminules, chose impossible, avaient traversé le tube rouge, elles ne seraient même pas parvenues dans le second flacon , elles fussent restées flottantes dans le premier; enfin , on les voit, on les connaît ; si elles pénétraient dans des appareils, on les y découvrirait... Nous les y découvrons comme on le voit, quand elles y sont réellement.

Pendant tout le temps qu'a duré l'expérience, le critérium a conservé sa transparence, et après six semaines c'était à peine si sa surface offrait une pellicule apparente. Le vingt-huitième jour il offrait quelques yibrio rngula,Du']., mais en si faible quantité

(4) J. PiNF.AU, Recherches sur le développement des animalcules infusoires et des moisissures. {Ann. des se. nat. Zoologie, t. I!l, p. 187.)

272 HETERO GENIE.

qu'ils auraient pu passer inaperçus. Le trente-cinquième jour on n'y distinguait absolument rien. Enfin, observé parallèlement au Qacon et le même jour, on ne reconnut à sa surface aucun Mucor ni aucune séminule de Mucor. De place en place seulement on voyait une ou deux Monades, un ou deux Vibrions, pas plus.

Si les germes étaient réellement suspendus dans l'atmosphère, pourquoi le Pénicillium qui s'est si amplement développé dans le vase fermé, n' eût-il pas apparu en plus grand nombre dans le critérium exposé à l'air? Il le devait dans l'hypothèse de la panspermie. Si cela ne s'est pas réalisé, c'est que celle-ci est sans fondement. Pourquoi le critérium était-il aussi dénué d'animaux, lui sur lequel tous les germes atmosphériques pouvaient pleuvoir?... Pourquoi! C'est qu'à l'air libre comme dans les vases fermés, les décoctions sont souvent fort peu riches en animalcules, et c'est ce qui a égaré les expérimentateurs qui nous ont précédé.

Expérience. — Nous avons tenté une nouvelle expérience dans l'appareil dont la description précède. On y abandonna , pendant six semaines , un demilitre d'eau bouillante, contenant cinq grammes de foin, après avoir introduit sur celle-ci un demi-litre d'air qui avait traversé le tube chauffé au rouge , et ensuite le flacon rempli d'eau à 98 degrés. Après, et pendant tout le cours de l'expérience , aucune nouvelle quantité d'air ne fut introduite dans l'appareil.

Lorsque j'examinai le liquide je reconnus qu'il était d'un fauve foncé, diaphane, limpide. Examiné

au microscope, on s'aperçut que sa surface était occupée par une mince membrane proligère , formée évidemment de cadavres de longs Vibrions. Les intervalles, de ceux-ci étaient remplis de myriades de Spirillums ondulés, Spirilhim undula ,Ehv. y offrant de 0,0084 à 0,0124 de millimètre de longueur, nageant tantôt lentement , tantôt rapidement par un mouvement anguilloïde (1).

L'air contenu dans l'appareil avait une extrême fétidité. Est-ce celle-ci qui a empêché d'autres générations de se produire? L'odeur était analogue à celle de r hydrogène sulfuré.

Pour les hommes qui font succéder le jugement à la méditation, et qui, sans prévention, acceptent les décisions de l'expérimentation, il est évident que le fait suivant, quoique dépouillé d'une partie des précautions infinies qui ont été prises précédemment, n'en arrive pas moins au même but, à savoir : à prouver purement et simplement que les germes ne sont pas contenus dans l'air. Nous employons ici exactement le même appareil que dans les deux précédentes expériences , seulement le second flacon où est le foin chaufféà 200 degrés, au lieu d'être remph d'eau bouillante, est plein d'eau froide. Dans ce cas, au bout de deux à quatre jours, on voit constamment une nombreuse population zoologique apparaître dans l'appareil. Le résultat est dû à ce que, dans ce cas, nous n'employons pas d'eau bouillante , qui , comme

(1) Spirillum undula, Ehrenberg, Infus., pi. V, fig. 12. — Spirillum undula^ Dujardin, Infus., pi. I, fig. 8. — Vibrio undula, MuLLtR, Infasoria, tab. YI, fig. 4-6.

274 lîÈTEROGENIE.

nous l'avons établi dans tant d'expériences spéciales, paralyse ou anéantit le mouvement génésique. Si l'on ne se reporte pas à ce qui précède, on objectera que les animalcules ont pu tirer leur origine de l'eau ; nous pourrions ne pas nous préoccuper de cette objection puisqu'il ne s'agit ici, purement et simplement, que de prouver que ce n'est pas l'air qui en est le dépositaire (1). Mais nous avons démontré précédemment que l'eau ne recèle pas les germes : tous les naturalistes en conviennent aujourd'hui. Or, si dans notre appareil il se développe des Proto-organismes , comme ils ne peuvent provenir de l'air qu'on y introduit, il faut bien leur affecter un autre berceau que l'atmosphère.

Expérience. — Voici le résultat de l'une de nos expériences. On a rempli d'eau bouillante le premier flacon de l'appareil à trois lampes. On a rempli d'eau filtrée froide le second flacon et l'on y a mis dix grammes de foin passé dans une étuve chauffée à 200 degrés. Lorsque le tube fut porté à la température rouge, on introduisit de l'air dans l'appareil. Deux jours après, la température moyenne ayant été de 22 degrés , on ouvrit celui-ci et voici ce que l'on observa. La macération était de couleur fauve et sa surface se trouvait occupée par quelques bulles d'acide carbonique. Le microscope fit découvrir dans l'eau une immense quantité de Vibrions granifères et de Vibrions lisses ; puis beaucoup de Mona-

(1) Pour l'instant, si l'on voulait, on pourrait même supposer que l'eau est gorgée de germes; cela n'entrave nullement la conclusion.

des crépusculaires et de Baclériums articulés (1).

Mais quoique les résultats que nous venions d'obtenir en répétant les expériences de MM. Schwann et Schultze fussent absolument décisifs, nous n'en sommes pas resté là, et pour éviter toutes les objections subtiles, nous avons exécuté une série d'expériences dans lesquelles l'air atmosphérique a été absolument banni. On voudra bien, nous l'espérons, dans ce cas, nous concéder qu'un agent que nous n'employons pas doit être parfaitement vierge de tout soupçon.

Quoique mes nombreuses expériences démontrent jusqu'à l'évidence , selon moi , que l'air atmosphérique ne peut être et n'est pas le véhicule des germes des Proto-organismes, j'ai pensé que ce serait en couronner heureusement la série et en même temps ne laisser aucune prise à la critique, si je parvenais à déterminer l'évolution de quelque être organisé , en substituant de l'air artificiel à celui de l'atmosphère.

Les belles expériences de MM. Regnault et J. Reiset me semblaient à l'avance indiquer que des animaux inférieurs pourraient se développer dans cet air, puisque des animaux vertébrés y vivent bien (2). Mes tentatives ont été couronnées de succès. Dans de l'eau totalement privée d'air et qui ne se trouvait en contact qu'avec de l'air artificiel ou de l'oxygène pur, j'ai vu des Proto-organismes variés se développer. De tels

{\) Vibrio granifer, Pouchet. Vibrio levis, Pouch. Monas crepusculurriy Ehrenberg. Bacierium articulatum, Ehr.

(2) Regnault et Reiset, Recherches chimiques sur la respiration des animaux des diverses classes. Paris, 1849.

faits suffiraient seuls pour étayer solidement les opinions que nous professons.

L'expérience que j'ai tentée en employant l'air artificiel, a été faite en commun avec un jeune et savant chimiste, M. Houzeau, dont le nom s'est déjà inscrit d'une si brillante manière dans la science.

Expérience avec l'air artificiel. — Nous avons pris un grand flacon de cinq litres de capacité, bouchant à l'émeri. Ce flacon a été rempU d'eau bouillante et immédiatement on Ta hermétiquement fermé et renversé sur une cuve à mercure. Lorsque l'eau fut refroidie , on introduisit dans ce flacon un mélange de gaz oxygène et d'azote, dans les proportions voulues pour constituer de l'air artificiel ; celui-ci occupa les trois-quarts de la capacité du vase. Enfin , en prenant les plus grandes précautions, on a aussi introduit dans ce flacon 10 grammes de foin qui venait d'être exposé durant vingt minutes dans une étuve à la température de 100 degrés. Ce foin ayant été enlevé de l'étuve dans un flacon à large ouverture, bouché lui-même dans l'étuve et débouché seulement sous la cuve , on l'introduisit dans le flacon. Ainsi on était certain que si quelques parcelles d'air étaient restées dans les interstices de ce foin, chauffées à \ 00 degrés , efles ne pouvaient receler aucun germe susceptible de se développer. Enfin , le flacon ayant été bouché sous le mercure, fut remis dans sa situation ordinaire et tout le contour de l'ouverture , pour plus de précision , quoique le bouchon ait été enduit d'un corps gras, fut revêtu d'une couche de vernis à la copale, épaissi avec du vermillon.

ÉLIMINATION DE l'aIR. 277

Le vase fut ensuite placé dans notre laboratoire, près d'une fenêtre, et observé chaque jour à l'extérieur.

Durant les six premiers jours, la température ayant été en moyenne de 18 degrés, le liquide resta jaune et limpide.

Le huitième, Teau commence à devenir nébuleuse; l'on aperçoit près de ses bords un îlot flottant , d'un vert glauque, ayant environ trois millimètres de diamètre, et formé sans nul doute, d'une végétation cryptogamique due à une agglomération de Pénicillium.

Le douzième jour la liqueur continue à être trouble, sans bulles à sa surface, et on y découvre, vers le fond du vase, un globule sphérique de cinq millimètres de diamètre, constitué très -probablement par un amas d'Aspergilhis.

Le dix-huitième jour, l'eau est encore plus trouble que précédemment et il apparaît vers son milieu un nouvel îlot flottant, formé évidemment de Pénicillium en fructification.

Le vingt-quatrième jour le liquide présente à peu près le même aspect que précédemment, seulement il est plus trouble vers le fond.

Enfin, un mois après le commencement de cette expérience, le flacon fut débouché. Le gaz contenu dans son intérieur n'avait contracte aucune mauvaise odeur ; la superficie de l'eau n'offrait aucune pellicule, et on y voyait flotter quatre petits îlots de Pénicillium, Danscehquide, qui était jaune et trouble, nageaient plusieurs flocons d' Aspergillus de grosseurs diverses^

et dont deux, composés de touffes serrées de ce champignon, offraient le volume et l'aspect des grains de groseille blanche.

L'un des îlots, extrait et examiné au microscope, est formé d'une cryptogame très-touffue, très-ramifiée, à ramifications éparses, appartenant au genre Pénicillium, C'est évidemment le Pénicillium glaucum de LinkO).

Les flocons qui se rencontrent immergés dans la macération, par l'aspect de leurs touffes et par la structure de leurs mycéliums, ressemblent absolument à VAspergillus que nous avons observé dans l'oxygène dans une expérience subséquente ; mais comme ces flocons sont restés sous l'eau et n'ont pas fructifié, il a été impossible de déterminer exactement à quelle espèce appartenait la mucorinée qui les compose.

On rencontre çàet là nageant à la surface de l'eau, des grains de matière verte, sphériques, remplis de granules, et offrant 0,01 12 de millimètre de diamètre.

Malgré la température qui avait toujours été assez basse pendant la durée de cette expérience, et en moyenne de 15% et malgré l'influence défavorable que présentent toutes les expériences exécutées à vaisseaux clos, nous découvrîmes un assez grand nombre d'animalcules dans notre macération. Sa surface était remphe deProtées diffluents, P r oteus diffliiens ^MuW. , Amiba diffluens^ Dujardin. On y voyait aussi un grand nombre de Trachelius absolument analogues au Trachelius trichophorus d'Ehrenberg, jeunes, et n'a-

(1) Synonymie: Mucor aspergillus, Bulliard; Monilia glauca ^ Persoon; Aspergillus glaucus, F ries.

yant que 0,065 de aiillimètre de longueur ; ils étaient extrêmement agiles, se contournant en tous sens et dardant leur longue trompe de tous côtés. On y voyait, en outre, quelques Trachelius globifer, Ehr. ; puis quelques Monas elongatUy Duj., et un grand nombre de Vibrions excessivement fins, parmi lesquels on remarquait surtout le Vibrio lineola, Mull., et le Vibrio riigida, Mull.

Ainsi donc voici une Faune variée d'animaux microscopiques et quelques champignons, qui se sont développés dans un milieu absolument privé d'air atmosphérique, et où celui-ci, par conséquent, n'a pas pu apporter les germes.

Cette expérience à l'aide de l'air artificiel parle avec une telle autorité, qu'il semble désormais impossible d'offrir un plus audacieux démenti aux partisans de la panspermie aérienne. Mais nous avons pu venir encore l'étayer par quelques autres faits, et l'oxygène étant la partie essentiellement vitale de l'air, nous avons pensé qu'en l'employant on pourrait peut-être voir quelques Proto-organismes apparaître au milieu de lui. Nous avons privé absolument d'air une certaine quantité d'eau, et mis dans celle-ci un corps putrescible ayant subi une température élevée, et le flacon qui les contenait ayant été rempli d'oxygène, on vit en effet des végétaux parfaitement caractérisés naître dans ce gaz! N'est-ce pas là encore une palpable preuve en faveur de notre opinion ? Voici les détails de cette expérience répétée par nous deux fois avec des résultats analogues.

Expérience avec l'oxygène. — Un flacon d'un

litre de capacité fut rempli d'eau bouillante et bouché hermétiquement avec la plus grande précaution, et immédiatement on le renversa sur une cuve à mercure. Lorsque l'eau fut totalement refroidie, on le déboucha sous le métal, et on y introduisit un demi-litre de gaz oxygène pur. Aussitôt après, on y mit, sous le mercure, une petite botte de foin pesant dix grammes, qui venait d'être enlevée, dans un flacon bouché, à une étuve chauffée à J 00% et où elle était restée trente minutes. Le flacon fut enfin fermé hermétiquement à l'aide de son bouchon rodé à l'émeri ; et pour surcroît de précaution, lorsqu'on l'eut enlevé de la cuve, on mit une couche de vernis gras et de vermillon tout autour de son ouverture.

Huit jours après, la macération était d'une couleur fauve, sans pellicule apparente à sa surface, au moins à l'œil nu, mais le foin submergé offrait sur quelquesuns des brins qui hérissaient sa petite masse, des globules d'un blanc jaunâtre, de la grosseur d'un grain de groseille blanche, auquel de loin ils ressemblaient parfaitement. Ces globules, au nombre de huit à dix, mais dont quelques-uns étaient très-petits et libres dans la liqueur, paraissaient évidemment formés de filaments de Mucorinées implantés en un même endroit, et de là s' irradiant en touffes serrées. Le microscope le démontra.

Le dixième jour, le flacon, ayant été ouvert, on examina son contenu. Il n'v avait eu entre l'extérieur et l'atmosphère aucun échange. Le gaz oxygène qu'il contenait paraissait encore absolument pur; et les corps en ignition qu'on y plongeait activaient leur combustion.

ÉLIMINATION DE l'aIR. 28 i

On reconnut alors que les gros flocons blanchâtres, qu'on discernait à travers les parois du vase et qui étaient immergés dans l'eau, étaient évidemment formés par une espèce de champignon à mycélium trèstouffu et tassé. Les filaments de celui-ci étaient cylindriques , articulés, et leurs articulations plus rapprochées vers leur base qu'à leur sommet ; des granulations fines en remplissaient les intervalles ; et celles-ci, nombreuses vers l'origine des filaments, le devenaient de moins en moins vers leurs extrémités.

Les sporanges sont parfaitement sphériques, lisses, d'une couleur brune et d'un diamètre de 0,0700 de millimètre ; ils sont enveloppés extérieurement d'une fine membrane transparente qui recouvre les spores.

Le réceptacle dépouillé de ceux-ci, est sphérique et d'un diamètre de 0,0280 de millimètre. Sa surface est finement marquée de points indiquant l'implantation des spores. Ceux-ci sont ovoïdes et implantés tout autour du réceptacle ; le plus long diamètre de ces spores varie de 0,0056 à 0,0084 de millimètre et leur plus court de 0,0028 à 0,0050.

Cette plante, que je pris pour un Aspercjilhis, ne me paraissant point avoir été décrite, afin de m'éclairer à ce sujet, je me suis adressé à M. Montagne, dont l'autorité en semblable matière a une si haute valeur. Il a pensé aussi que c'était une espèce nouvelle, et il lui a plu de lui imposer le norn d' Aspergillus Poiichetii{i). J'ai respecté sa décision.

Comme durant ces derniers temps, plusieurs sa-

(1) Montagne, Plantes cellulaires nouvelles , exotiques et indigènes. Paris, 1859, 8' centurie, 9« décade.

vants ont prétendu que les spores de quelques cryptogames ne perdaient leur faculté de germer qu'à une température au-dessus de 100 degrés, j'ai dû, pour donner à l'expérience dont il vient d'être question toute l'authenlicité possible, m'assurer s'il n'en serait pas ainsi à l'égard des végétaux qui s'étaient produits durant celle-ci.

Bulliard ayant déjà reconnu que des séminules de quelques petits champignons, et en particulier celles du Mucor sphœrocephalus, perdaient leur faculté germinalive après une courte immersion dans l'eau bouillante, je pensai, par analogie, qu'il devait en être de même pour le champignon qui s'était développé durant mon expérience.

Ayant pris des spores du Pénicillium glaiicunif Link, je reconnus qu'ils étaient parfaitement sphériques et offraient un diamètre de 0,0028 à 0,0042 de millimètre. Je les plaçai dans un petit tube avec environ deux centimètres cubes d'eau, et celle-ci, à l'aide d'une lampe à esprit-de-vin, fut entretenue en ébullition pendant un quart d'heure. Au bout de ce temps, on put constater, à l'aide du microscope, que les spores de ce Pénicillium étaient déformés; ils avaient perdu un peu de leur sphéricité, et leur volume était presque doublé; ils offraient alors un diamètre variant de 0,0050 à 0,0055 de millimètre.

On rencontrait aussi dans la liqueur des espèces de granules aplatis, du diamètre de 0,0028 à 0,0030, qui semblaient n'être que des débris du test de quelques séminules de ce Pénicillium, dont la substance intérieure avait été enlevée par le fait de Fébullition.

ÉLIMINATION DE l'aIR. 283

L'action de l'eau en ébuUition a paru affecter encore bien plus profondément les spores d'un Aspergilliis. Ces séminules, plus volumineuses que les précédentes, et dont par conséquent on pouvait mieux suivre les altérations, étaient ovoïdes et offraient un diamètre de 0,0092 de millimètre de longueur sur 0,0054 de largeur.

Exposées dans l'eau à la température de 98° pendant un quart d'heure, leur configuration s'y altéra sensiblement; elles se gonflèrent et devinrent diversiformes en prenant un aspect granuleux à l'intérieur. Enfin, lorsque l'eau dans laquelle se trouvaient ces spores d'Aspergillus eut subi une ébuUition d'un quart d'heure de durée, ils disparurent complètement et l'on n'en retrouva plus que des débris.

Ces recherches microscopiques confirment donc les observations de BuUiard et viennent démontrer que, le cas échéant où notre liquide ou le corps putrescible que nous avons employé, aurait contenu quelques spores de la végétation cryptogamique recueillis dans notre appareil, la faculté germinative de ces séminules eût été anéantie par le procédé expérimental.

Cette expérience vient donc mettre hors de doute que ce n'est pas l'air qui est le dépositaire des germes, puisque nous voyons un végétal naître dans un milieu dont l'air, absolument banni,- a été remplacé par de l'oxygène. Il faut donc bien que les Proto-organismes se forment de toutes pièces dans les milieux qui les recèlent.

Dans cette expérience, le liquide, examiné très-

attentivement, ne nous a paru contenir aucun animalcule.

EXPÉRIENCES EXÉCUTÉES A l'aIR LIBRE.

Quoique les expériences à vaisseaux clos déposent d'une manière accablante contre l'hypothèse de la dissémination aérienne et la renversent sans retour, cependant, nous avons voulu encore joindre ici une surabondance d'essais tentés en pleine atmosphère. Notre intention est de prouver, par là, qu'il n'est pas utile d'avoir recours à tant et tant de précautions pour faire luire la plus vive lumière.

Si, comme le veulent nos adversaires, l'atmosphère est réellement le disséminateur universel des germes organiques, on doit en déduire rationnellement que plus la masse d'air en contact avec un corps donné sera considérable, plus aussi la fécondité de ce dernier s'étendra numériquement. Mais rien de cela n'a lieu, parce que l'idée, que l'atmosphère charrie merveilleusement les futures générations des Protoorganismes, n'est qu'une fiction.

Dans plus de cent expériences, je me suis convaincu que le nombre des animalcules n'était pas plus grand dans des vases qui étaient labourés par une puissante nappe d'air que dans ceux qui ne se trouvaient en contact qu'avec quelques centimètres cubes de ce gaz. Mais comme je conçus fort bien que les personnes prévenues contre les doctrines que nous défendons, prétendraient qu'on n'avait peut-être pas opéré en opposant des facteurs assez extrêmes pour bien apprécier le résultat différentiel, j'ai conçu, à ce

sujet, d'exécuter des expériences sur une immense échelle, et elles ont toutes déposé de la plus énergique manière en faveur de mes prévisions. C'est là, comme on le voit, une démonstration d'une précision mathématique. Voici nos principales tentatives dans cette direction.

Expérience. — Dans une grande coupe en cristal, je plaçai cinq cents grammes d'une décoction de foin qui avait bouiUi une heure, afin d'être bien certain que l'eau et la substance végétale avaient été radicalement purgées de tout germe d'animalcule. Une pomme d'arrosoir plane, dont le diamètre égalait presque celui de la coupe, et dont les trous étaient tournés vers l'eau, avait été suspendue à cinq centimètres audessus de celle-ci, afin que le courant d'air n'en troublât pas la superficie, quand on l'établirait, et qu'il ne suscitât aucune perturbation dans le développement des organismes. Cette pomme d'arrosoir, par un tube en caoutchouc, communiquait à l'extérieur et recevait de l'air à l'aide d'une pompe. Enfin, l'appareil fut couvert d'une cloche de verre de dix litres de capacité, dont la base plongeait dans l'eau.

Un critérium était placé à côté de l'appareil précédent : la cloche, le vase et la décoction étaient les mêmes, seulement il n'existait aucune communication entre l'intérieur de la cloche et l'atmosphère.

Pendant trois jours entiers, à l'aide d'une pompe dont le rendement avait été calculé, un homme fut occupé à injecter de l'air dans l'appareil. On en fit passer 10,000 htres. Dix jours après, la température ayant été en moyenne de 21° cent., les deux appareils

furent l'objet d'un examen attentif. Dans l'un comme dans l'autre , on reconnut qu'il existait absolument la même population animée, et qu'elle s'y trouvait aussi en nombre absolument égal.

Comment, en présence de cette expérience, admettre encore cette espèce de panspermie à laquelle on veut nous faire revenir ? Si réellement l'air était le véhicule absolu des germes des Microzoaires, il est évident que, comme la surface de l'une de nos décoctions a été labourée par 1 ,000 fois plus de ce véhicule que l'autre, nous eussions dû rencontrer dans cette décoction 1,000 fois plus d'animaux que dans l'autre ; et rien de cela n'avait lieu. D'un autre côté aussi, comme d'après l'hypothèse que nous nous efforçons d'élucider, plus le volume d'air est étendu et plus aussi il doit disséminer d'espèces différentes, nous devrions trouver plus de sortes d'animalcules dans l'appareil qui reçut le plus d'air ; malgré cela, tout était absolument identique dans l'un et dans l'autre vase.

Nous devons même dire que dans les deux vases la population animée était fort peu abondante, ce qui tient à ce que l'on avait employé une décoction afin d'obtenir un résultat plus rigoureux. On ne rencontrait dans l'un comme dans l'autre, que des amas de Vibrions granifères, de Vibrions lisses, de Bactériums articulés et quelques tigelles de mucorinées articulées et ramifiées.

Expérience. — A une autre époque j'ai recommencé l'expérience précédente, non plus avec une décoction, mais avec une macération de dix grammes de foin haché excessivement fin, réduit presque en

poussière, et mêlé avec le plus extrême soin, afin que ses éléments organiques se trouvassent également disséminés dans sa masse. Cinq grammes .de ce foin furent mis dans cinq cents grammes d'eau distillée et placés sous l'appareil d'injection à air. Les cinq autres grammes furent mis dans cinq cents grammes d'eau distillée et isolés sous la cloche de dix litres de capacité.

Durant toute la première journée on ne cessa de projeter de l'air sur le premier vase à l'aide de la pompe. Après on cessa. Le quatrième jour une température de 24*" en moyenne ayant régné, les deux appareils furent examinés attentivement, à la superficie et au fond. Ils possédaient tous les deux une pellicule de la même épaisseur et tous les deux étaient animés par la même population zoologique. L'un et l'autre contenaient un nombre prodigieux de Vibiio granifer, Poucli., et de Vibrio levis, Pouch., nageant au milieu d'une atmosphère de petits Vibrio rugula, Duj., de Monas termo, Mull., et de Paramécies vertes.

Expérience. — Quoique les expériences qui précèdent aient été entreprises sur d'assez larges bases pour qu'on ne puisse en contester la valeur, j'ai cependant conçu le projet de les répéter sur une échelle colossale, afin de paralyser toute espèce d'objection. J'employai à cet effet une machine à vapeur de la force de huit chevaux, et dont le puissant ventilateur, à l'aide de ses 1,500 tours par minute, en moins de si\ heures remplirait d'air toute la vaste nef de Notre- Dame de Paris. Dans des bocaux d'un litre et de deux litres de contenance, on prépara, dans mon la-

boratoire, diverses macérations. On y employa du foin, des marguerites de la Chine, Aster chinensis. Lin., du stramoine, Datura stramonium, Lin., et de la canne de Provence, Arundo donax, Lin. Les bocaux furent ensuite placés par gradins dans le large conduit que l'air parcourt pour se rendre à un hautfourneau, et le ventilateur fut mis en marche avec une vitesse modérée, afin d'empêcher que la violence du courant ne renversât les vases, et de permettre aux germes organiques de s'arrêter plus facilement à la surface des liquides qu'on avait, dans ce but, hérissée d'aspérités, en faisant saillir de place en place quelques tiges des végétaux en macération. La vitesse du ventilateur fut réduite, à cet effet, à cinq cents tours par minute. Les bocaux restèrent exposés à son courant pendant deux heures, et Ton calcula que, durant ce temps, un volume de six millions de litres d'air les avait frappés.

Après ce temps, ces bocaux furent rapportés au laboratoire et placés près de leurs critériums, contenant les mêmes macérations, dans des vases absolument semblables, mais que l'on avait placés sous des cloches contenant un litre d'air, et dont le pied était baigné d'eau, afin d'empêcher toute communication avec l'extérieur et de laisser les vases en contact avec une atmosphère d'un volume déterminé. Toutes ces expériences furent laissées ainsi pendant cinq jours sous l'influence d'une température moyenne de 15° et d'une pression de 0,75.

Il est évident que si l'air est le réceptacle des germes et que si c'est lui qui les disperse, les vases qui

ont été labourés par six millions de mètres cubes de ce fluide doivent contenir six millions de fois plus d'animalcules que ceux qui n'ont été en contact qu'avec une atmosphère d'un litre d'air : Texpérience prouva, au contraire, qu'il y avait autant d'animalcules dans les uns que dans les autres. Il nous semble qu'un fait semblable suffit seul pour constater que l'hétérogénie, dans cette circonstance, est l'unique source de toute vitalité.

Yoici l'analyse comparative des vases exposés au ventilateur avec celle de leurs critériums.

Le vase qui contenait du foin et que l'on avait exposé au puissant courant d'air du ventilateur, était peuplé d'une immense quantité de Monas lens. Mull. et de Kolpodes d'une espèce particulière. On y voyait en outre beaucoup de Vibrions divers, mais aucun Monas crepusculum . Le critérium qui avait été placé sous une cloche offrait exactement les mêmes animauxj et ceux-ci y étaient en même nombre. Si môme l'une des deux macérations offrait quelque prééminence sous ce rapport, c'était plutôt la dernière, par des raisons que nous avons déjà appréciées : la température un peu plus élevée sous la cloche qu'à l'air libre du laboratoire.

Le vase qui contenait des tiges d'Aster de la Chine et qu'on avait soumis au ventilateur, était rempli d'une espèce particulière de Kolpodes non décrite, très-distincte du Kolpoda cuculhis. Mull., et d'une taille remarquable, car elle n'avait pas moins de 0,06 à 0,09 de millimètre de longueur. On y voyait, en outre, beaucoup de Glaucoma scintillans, Mull., ainsi

que des Monas lens, Duj. et des Paramécies vertes; mais on n'y rencontrait aucune Monade crépusculaire. Le critérium possédait absolument la même population pour la nature des espèces et pour le nombre.

La macération de Datura, soumise à l'action du ventilateur, était habitée par une couche épaisse et extrêmement tassée de Monas crepuscidum, Ehr. et par quelques Paramécies vertes; mais on n'y rencontrait certainement aucun Kolpode, aucun Glaucome. Le critérium conservé abrité sous une cloche, offrait la même faune, et le nombre de ses habitants paraissait absolument semblable aussi à celui de la macération soumise au ventilateur, si même il ne le dépassait un peu.

Enlin, le vase rempli de Canne de Provence et soumis à l'action du ventilateur nourrissait quelques légions, mais peu nombreuses, de Glaiicoma scinlillans, Duj. On y rencontrait un nombre énorme de Monas lens, Mull. Il y avait aussi à la surface de l'eau une pellicule renfermant des amas serrés de Bacterium arlîculatum. Ehr., mais tout à fait morts. On n'y voyait point de Monade crépusculaire. Le critérium abrité présentait tout à fait la même population et pour les espèces et pour le nombre. Tel est l'exposé de cette expérience qui, seule, nous semble parler plus éloquemment que tous les commentaires possibles.

Les expériences qui précèdent parlent, nous le pensons, avec une irrécusable autorité; nous pourrions donc nous arrêter ici. Cependant nous allons encore les escorter d'un assez bon nombre de faits, qui^ in-

terprétés, en suivant les préceptes de M. Whewel, à l'aide d'une discussion approfondie, viendront jeter de nouvelles clartés sur ce sujet (1).

Partant de cette pensée, que si c'était l'air qui déposât réellement les germes des Proto-organismes, celui-ci devrait successivement s'en épurer à mesure qu'il traverse des milieux propices, j'ai entrepris une série d'expériences pour constater ce fait. Je me suis servi , à cet effet , d'un long appareil de Woulff ^ composé de huit flacons, dans lesquels je mettais de l'eau ou des décoctions variées. De l'air projeté dans cet appareil en le traversant d'un bout à l'autre, s'il est réellement le véhicule des germes, devrait successivement les abandonner dans les premiers flacons, de manière à en être totalement privé ou à n'en posséder qu'un bien moindre nombre en arrivant aux derniers. Et conséquemment, les premiers devraient être d'une grande fécondité, et les derniers absolument stériles ou bien peu peuplés. Rien de tout cela n'a lieu : la génération zoologique est aussi abondante par tout l'appareil. Voici les résultats précis de quelquesrunes des expériences que j'ai exécutées dans cette direction.

Expérience. — Un appareil de Woulff de huit flacons fut disposé sur une même table, et l'on en supprima seulement les tubes de sûreté. Chaque tube sortant d'un flacon plongeait au fond du liquide contenu dans le flacon suivant. Une forte décoction de foin, qui avait bouilli une heure et que l'on avait pas-

(1) W. Whewel, The philosophy of the inductive sciences. London, 1847, t. I, p. 548.

sée au filtre, fut introduite bouillante dans tout l'appareil. Chaque flacon en était rempli aux trois quarts. Quoique l'air renfermé dans les flacons se trouvât luimême presque porté à la température de l'eau bouillante, cependant pour bien s'assurer qu'il ne pouvait rester dans l'appareil aucun germe qui n'eût subi cette température, on fit passer un courant de vapeur pendant un quart d'heure à travers toute la série des flacons.

Au bout de quinze jours, la température ayant été, en moyenne, de 18", on déluta l'appareil et il fut exploré. Voici ce qui fut observé : chacun des flacons présentait à sa surface une couche serrée d'une petite espèce de Kolpode, très-agile, passant comme un trait dans le champ du microscope, et qui ne me paraît pas encore avoir été décrite. Ce Microzoaire était réparti avec la même abondance dans chaque vase.

Ainsi donc, dans cette expérience, l'air qu'on suppose chargé de Microzoaires , et qui les dépose si facilement dans l'eau, arrive cependant jusqu'au dernier flacon de l'appareil sans avoir perdu une parcelle de sa fécondité, puisque ce flacon est tout aussi riche en animalcules que les premiers Est-ce rationnel? je le demande.

Expérience. — Les premières expériences que je fis à l'aide de mon appareil à huit flacons et à courant d'air, furent tentées d'abord dans toute la simplicité possible, et lorsque les résultats en furent parfaitement constatés, et que, par la multiplicité des preuves, il devint impossible de les contester, je m'appliquai à multiplier les obstacles sur le trajet déjà si

complexe de l'air mis en circulation. Tantôt j'occupai tout le fond de mes bocaux par des fragments de verre de bouteille, grossièrement brisés, afin que l'air poussé à l'aide du soufQet, se divisât au milieu d'eux en très-petits globules, et pût abandonner plus facilement les œufs des Protozoaires, s'il en contenait. Dans d'autres expériences, j'ai garni la surface de l'eau d'une multitude de fragments de liège pour arrêter ces mêmes œufs ; quatre flacons étaient remplis par celui-ci, quatre autres contenaient des décoctions. Dans d'autres appareils, quatre flacons étaient remplis de sable grossier. Enfin, dans le but de multiplier encore les obstacles, j'ai parfois rempli le fond de quatre de mes flacons de fragments de verre, tandis qu'à la surface de l'eau de ceux-ci nageaient des fragments de liège.

Eh bien! dans tous ces cas, malgré tant et tant d'obstacles qui auraient dû arrêter complètement, ou au moins en grande partie, les œufs en suspension dans l'atmosphère, dans tous ces cas, dis-je, pendant des expériences qui se sont renouvelées sans relâche durant deux années entières, c'est-à-dire qui ont été tentées sur une immense échelle, toujours nous avons vu que les animalcules étaient normalement aussi nombreux dans tous les flacons, dans le premier comme dans le dernier.

Si les œufs des infusoires étalent réellement disséminés dans l'air atmosphérique, j'espère que personne ne se refusera de convenir que des résultats absolument opposés à ceux que nous avons obtenus auraient dû se produire dans nos expériences.

Expérience. — Une macération de sommités de luzerne fut exposée durant quinze jours dans un appareil deWoulff, composé de huit flacons. Pendant tout ce temps, on y injecta, chaque jour, une dizaine de h très d'air atmospliérique, et la température moyenne fut de 23°. Quand on déluta l'appareil, il offrit une faune aussi inattendue qu'inexplicable, en suivant les errements des partisans de la panspermie. En effet, le même courant d'air ayant traversé les vases, si réellement les œufs flottants des Microzoaires parvenaient, comme ils le prétendent, si facilement dans les matras que nous prenons cependant tant de soin d'isoler, toutes les pièces de notre appareil, à plus forte raison, auraient dû se peupler d'une progéniture analogue; et tout le contraire a eu lieu.

Le premier flacon était peuplé d'une espèce de Conferve verte, articulée, qui y était fort abondante ; puis d'une énorme quantité de Navicules, Navicula obtiisa, Turp., parfaitement en mouvement. Rien autre chose ne s'y rencontrait.

Le second ne renfermait que des Dileptes feuilles, Dileptiis folmm^Bu], (1), qui y étaient en extrême abondance et s'y agitaient au milieu d'ilôts de matière verte. D'endroit en endroit, mais rarement, on observait un Trachèle fouet, Trachelius trichophoriis, Ehr.(2).

Le troisième bocal ne contenait que de fort petits animalcules et quelques Rotifères ; puis quelques

(1) DujARDiN, Infusoires,^. 409, pi. II, fig. 6. Ce netait peut-être qu'une espèce voisine, qu'on ne peut rapprocher d'aucune autre.

(2) EhrenberGj //î/i<so?res, pi. XXXIII, fig. 11.

ÉLIMINATION DE l'aIR. 295

Confei'ves différentes de celles du premier flacon.

Le quatrième flacon n'était rempli que d'une Conferve de la même espèce que celle du premier vase et de beaucoup de Kolpoda cucullus, Mull., adultes, et dont les estomacs, chez quelques-uns, étaient gorgés de matière verte.

Le cinquième n'offrait qu'une abondance de Yoriicelles communes, d'Épistylis et de Glaucomes, et rien de tout ce qui se rencontrait dans les pièces précédentes de l'appareil.

Le sixième flacon n'est absolument rempli que de globules de matière verte, GîobuUna botryoides, Turp., simples et doués de mouvements très-rapides, ou enkystés deux à deux, trois à trois, quatre à quatre et immobiles; puis, en outre, d'une abondance extrême de Trachèles fouets, Trachelius trichophorus, Ehr. (2).

Le septième flacon est rempli d'une immense quantité à'Enchelys corrugata, Duj., et de matière verte à granules simples. Puis de Kystes qui donneront probablement naissance à des animalcules semblables à ceux du sixième flacon. Mais on n'en rencontre pas d'adultes. Pas de Conferves, pas de Yorticelles.

Il est évident que pour ceux qui admettent que le véhicule des œufs leur donne un si facile accès partout, cette progéniture insaisissable a dû circuler amplement dans notre appareil, avec le grand volume d'air qui le traversait chaque jour. Ils pourraient prétendre rationnellement qu'il y eût une différence no-

(1) TuRPiN , Dictionnaire des sciences naturelles. Végétaux microscopiques, pi. IV, fig. 1.

(2) Ehrenbebg, Infusoires, pi. XXXllI, fig. H.

table, et même fort notable, dans le nombre d'animalcules qu'offriraient les premiers et les derniers flacons; et que l'avantage devrait toujours être au profit des premiers. Mais dans l'hypothèse de la dissémination des œufs on ne peut pas admettre qu'une espèce puisse traverser les premiers flacons sans s'y arrêter le moins du monde, pour n'aller féconder que les derniers ; on ne peut pas admettre que la population animée des diverses pièces de l'appareil de Woulff, puisse être absolument différente, comme si chaque flacon la choisissait au passage. Eh bien! c'est cependant tout cela qui a eu lieu dans notre expérience.

Ainsi, le premier flacon nous offre des Navicules et l'on n'en rencontre plus une seule dans tous les autres. Le second est rempli de Dileptes feuilles, dont pas un ne s'est arrêté dans le premier flacon ; dont pas un ne s'est transmis aux autres. Le troisième possède des Rotifères et c'est Tunique où l'on en trouve. Le quatrième est plein d'une génération de Kolpodes capuchons qu'on ne retrouve nulle part. Le cinquième n'est peuplé que par des Yorticelles, des Épistylis et des Glaucomes, dont on n'a pas observé un seul spécimen dans les autres flacons. Le sixième n'est absolument animé que par une abondance de Trichophorus, Ehr. (1), dont aucun ne se retrouve dans les flacons qui suivent.

Tout cela est fort remarquable et on se demande pourquoi tous les germes des Navicules se sont-ils arrêtés au premier flacon sans se propager aux autres ?

(1) EEREmEKG , Infusionsthierchen , pi. XXXIII, fig. H. Synonymie.

ÉLIMINATION DE l'aIR. 297

pourquoi aucun des œufs problématiques qui ont été éclore dans le cinquième compartiment de l'appareil pour former desYorticelles et des Épistylis, ne s'est-t-il arrêté avant pour s'y développer, ou n'a-t-il pas passé outre ? Il est vrai que Ton a découvert trois ou quatre Traclîèles fouets dans le second flacon, tandis que le sixième a été leur lieu d'élection particulier ; mais ce fait est peut-être le plus fort argument dont nous pourrions nous servir contre nos adversaires. En effet, je demanderai pourquoi, dans l'hypothèse de la panspermie, il ne s'est pas arrêté un plus grand nombre de germes dans le second vase, tandis qu'il s'en est tant développé dans le sixième. Puisqu'on en a rencontré dans le second, le site convenait à l'espèce, et il était naturel de l'y rencontrer plus abondamment que dans l'un des flacons suivants, et on a observé le contraire. Il faudrait expliquer aussi pourquoi cette forte espèce qui est l'un des plus robustes Microzoaires que l'on connaisse, après avoir laissé quelques rares représentants de sa race dans le second flacon, a sauté pardessus le troisième, le quatrième et le cinquième sans y abandonner un seul de ses représentants.

Tout cela est inexplicable par le système des ovaristes; tout cela s'explique facilement par l'hétérogénie. Chaque vase a vu s'engendrer des générations spéciales, parce qu'il se trouvait lui-mêa^e dans des circonstances particulières provenant des modiflcations que le temps avait réparties inégalement sur les macérations qu'il contenait depuis une quinzaine de jours.

Pour ceux qui ne réfutent pas systématiquement

l'évidence^ il n'est même nullement besoin de recourir à cette série d'expériences complexes auxquelles nous nous sommes livré ; les suivantes, quoique bien simples, suffiraient.

Expérience. — Deux petits paquets de luzerne, parfaitement homogènes et d'un poids égal, ayant été mis bouillir dans de l'eau, afin de tuer tous les germes qui pouvaient s'y rencontrer, on mit cette eau bouillante dans deux grands verres à expériences, en les remplissant presque jusqu'aux bords, après avoir placé dans chacun d'eux un de ces paquets. On laissa à l'air libre l'un de ces vases; on déposa sur l'autre une lame de verre et on l'abrita sous une grande cloche.

En raisonnant d'après l'hypothèse qu'on nous oppose, le verre exposé au contact de l'air, et dont la surface en est sans cesse effleurée, a dû recevoir une pluie de germes. Mais, au contraire, le vase qui est sous la cloche et recouvert d'une lame de verre, n'ayant été en contact qu'avec une fort minime couche d'air qui ne s'est renouvelée qu'insensiblement, a dû être privé des éléments générateurs que l'autre a pu recevoir si libéralement. Conséquemment il devra donc y avoir une grande quantité d'animalcules dans le verre exposé à l'air libre, et infiniment moins dans celui qui est doublement abrité. La vérité, cest quil y en a autant dans Vun que dans Vautre.

Une telle expérience, lorsqu'il a été précédemment établi que le corps solide ne contient pas les germes, ne suffit-elle pas pour prouver en outre que ni l'eau ni l'air n'en sont les dépositaires ?

Expérience. — Deux vases, d'un litre de capacité.

sont remplis d'eau, et l'on place dans chacun d'eux dix grammes de roseau commun, arundo phragmites. Ils sont mis ensemble sous une grande cloche en verre. La température est de 28 degrés.

Le lendemain, la surface de ces deux vases contient une prodigieuse quantité de Vibrions rugules, Vibrio rugitla, Mull. ; puis en outre un nombre immense de grands Vibrions anguilloïdes, Vibrio levis, Pouch., de dix à vingt-cinq divisions micrométriques de longueur.

Six autres vases de diverses formes sont, au même moment, mis en expérience. Tous reçoivent trois cents grammes d'eau seulement et cinq grammes de roseau. Ils ne sont recouverts d'aucun appareil.

Le lendemain, ces vases sont aussi observés. Quatre de ceux-ci ne contiennent que des granulations immobiles ; deux seulement offrent une abondance de petits Vibrions ; mais dans aucun on ne rencontre ces immenses Vibrions de dix à vingt-cinq divisions micrométriques de longueur, qui se trouvent dans les deux vases abrités.

Dans l'hypothèse de la panspermie, cela est plus qu'embarrassant à expliquer. Les vases exposés à l'air sont moins féconds que les autres. On pourrait dire que la température a été un peu plus considérable sous la cloche, c'est possible , mais ce serait une simple condition de développement, et là il y a une espèce qui manque absolument dans les autres.

Expérience. — Une décoction de deux litres de foin ayant resté à l'air, dans un grand ballon, pendant huit jours, la température moyenne ayant

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été de 24 degrés , cette décoction fut alors explorée très-attentivement.

Le liquide était d'un jaune foncé ; à sa surface nageaient de nombreux îlots de Pénicillium glmicum, Link. On ne reconnut point le moindre vestige d'animalité dans ce liquide.

Voici donc une décoction qui est sans nul doute de nature à pouvoir nourrir les animalcules qui tomberaient à sa surface et qui cependant, quoique exposée à l'air, n'en possède aucun vestige. Faut-il s'étonner, après cela, si les décoctions à vases clos ont paru absolument stériles à des expérimentateurs trop impatients?

Ce ne fut que quinze jours après que de nouvelles observations furent faites ; mais alors une nombreuse population de Kolpodes, de Vibrions et de Monades s'y rencontrait. Ce résultat, tout simple qu'il est en apparence, peut donner lieu à d'importantes remarques. Si l'on n'a pas d'abord trouvé d'animalcules, on ne manquera pas d'attribuer cela à l'étroitesse du goulot du ballon, qui n'a pas permis à leurs germes d'y pénétrer. Mais si cela était exact, on n'eût pas, tout à coup, quinze jours après, trouvé tout le liquide envahi d'animalcules; la même cause ayant dû s'opposer continuellement à cette subite invasion. On peut même ajouter à cela que si c'était seulement le rétrécissement de l'ouverture qui fût l'obstacle, cet obstacle n'étant pas absolu, la population fût arrivée successivement, et dès la première observation il en eût existé des vestiges, et alors on n'y en observait pas le moindre.

Et enfin, nous ajouterons encore que ce résultat était si bien inhérent au liquide lui-même, qu'une portion de celui-ci, exposée dans un vase à large ouverture et amplement aérée, a offert la même particularité. Il est donc évident que dans ce cas les Protoorganismes n'ont apparu qu'à compter du moment où ce liquide leur a présenté la modalité requise.

Expérience. — Cinq vases, absolument semblables, contenant la même quantité d'eau, le même poids de substances fermentescibles,sont exposés le même jour sous une grande cloche en verre et absolument dans les mêmes circonstances. Ils sont ensuite abandonnés huit jours, par une température moyenne de 22 degrés. Voici comment se composait alors la faune microscopique que l'on rencontrait dans chacun de ces vases. Je passe à dessein l'énumération des petites espèces pour rendre la comparaison plus claire.

Le premier vase, contenant du foin haché, n'offrait que des Kolpodes capuchons parfaitement caractérisés.

Le second vase, contenant du même foin, mais entier, était essentiellement peuplé d'une abondance de Kérones lièvres, parfaitement adultes ; et en outre on y observait, mais en petit nombre, une espèce de Kolpode particulière.

Le troisième vase, qui contient du foin entier, n'est rempli que de Glaucomes scintillants , très-développés, et de Protées.

Le quatrième vase, qui est également rempli de foin entier, a sa faune uniquement composée de Paramécies.

Enfin, le cinquième vase, qui contient de l'étoupe

de lin, est peuplé d'une innombrable quantité d'une espèce de Kolpode, très-effilée/très-agile, non encore décrite, à ce que je pense, et que, à cause de sa forme, l'on pourrait nommer Kolpoda triticea.

Ainsi qu'on le voit, dans tous ces vases, la population fondamentale est absolument distincte, car le Kolpode contenu dans le dernier est totalement différent de celui que nous avons signalé dans le second. Cette expérience complexe suffirait seule pour ruiner la théorie du véhicule aérien : car, en supposant que ce soit l'air qui apportât les germes, oserait-on soutenir que celui-ci a pu, en effleurant le liquide des vases en expérimentation, trier pour chacun d'eux une population particulière , absolument particulière même? car, pendant quatre jours qu'ont duré nos observations, nous avons toujours reconnu une parfaite identité dans la faune de chacun de nos verres, et pas un animalcule ne s'était fourvoyé.

Au nombre de cette foule d'arguments que l'on a si souvent en réserve pour nier l'évidence, que l'on ne vienne pas nous dire que la même source de fécondité a été épanchée sur tous les vases en expérience ; que la même pluie de germes a tombé de tous côtés, mais que les macérations ne leur offraient pas à tous un sol propice. Ces espèces, étant toutes analogues, pouvaient vivre dans les liquides identiques qu'offraient ces macérations. Ainsi, pourquoi ne rencontre-t-on pas dans les autres vases un seul des Kérones qui, dans le second vase, vivent cependant avec des Kolpodes? pourquoi les Glaucomes se trouvent-ils seulement parqués dans le troisième vase ? pour-

quoi ces Kolpodes particuliers du lin, s'ils provenaient réellement de l'air, n'auraient-ils pas laissé choir sur les autres vases, placés côte à côte, quelques représentants de leurs innombrables légions ?

Que l'on n'aille pas non plus supposer que quelques rares individus tombent sur un vase et qu'ils s'y multiplient avec une rapidité qui tient du prodige. Non, pour ceux qui observent lesMicrozoaires, on voit que les choses ne se passent nullement ainsi, et que leur génération est tellement obscure, que ce n'est qu'avec une peine extrême qu'on en pénètre le mystère. Si leur multiplication se faisait ainsi, leur nombre et leur taille varieraient à l'infini : et tous, au contraire, quand on commence une observation, sont de la même dimension. On sait aussi, et nous le démontrerons, qu'il faut rayer tout ce que Ton a dit de la génération par scissiparité ; ce n'est qu'un charmant roman. Si elle a lieu, ce dont je doute beaucoup, elle est si rare, si rare, qu'elle constitue plutôt une exception qu'une règle.

Expérience. — J'ai fréquemment fait l'expérience suivante : je disposais trois vases d'eau absolument dans les mêmes circonstances; dans l'un d'eux, je plaçais, tout au fond un paquet de cinq grammes de trèfle, surmonté d'une colonne de hquide d'environ vingt centimètres de hauteur ; dans un autre le paquet de trèfle était placé vers la surface de l'eau, mais cependant totalement submergé; enfin, dans le troisième, le paquet se trouvait seulement plongé dans l'eau aux trois quarts de sa longueur, et le reste était en contact avec l'air. Constamment, dans le

premier vase, les animalcules apparaissaient plus lentement que dans les autres et étaient infiniment moins nombreux. Dans le second, la génération se produisait plus vite et était beaucoup plus abondante ; enfin, dans le troisième, il y avait une marche bien plus rapide encore que dans les deux autres, et surtout une exubérance extraordinaire d'animalcules.

Or, comment les partisans de la dissémination aérienne des germes pourraient-ils expliquer ce fait? Les trois bocaux contenant les mêmes macérations auraient dû aussi offrir des générations identiques. Si cela n'a point eu lieu, c'est qu'il faut en chercher la cause dans une autre hypothèse. Cette différence si notable tient, à n'en pas douter, à l'obstacle qu'éprouve le mouvement fermentescible dans son développement à l'égard du paquet de trèfle qui supporte une plus lourde colonne d'eau, et à la facilité qu'il éprouve à se manifester dans le paquet incomplètement submergé.

Expérience. — J'ai répété un assez grand nombre de fois l'expérience qui suit. Durant le mois d'avril, je mis cinq grammes de foin dans deux cent cinquante grammes d'eau. Le vase qui contenait celle-ci, après avoir été recouvert d'une plaque de verre, fut ensuite placé sous une cloche de cinq litres de capacité, reçue dans un plat dans lequel on versa de l'eau jusqu'à la hauteur de cinq centimètres, afin que l'air contenu sous la cloche ne subisse aucune mutation sous l'influence des différentes raréfactions que pourrait lui imprimer les variations de température diurne ou nocturne. Il était donc évident que ma macération ne

ÉLIMINATION DE l'aIH. 305

se trouvait en contact qu'avec cinq litres d'air envolume ; et je pourrais même dire avec beaucoup moins, le vase qui la contenait étant recouvert d'une plaque en verre qui touchait presque le niveau de l'eau. A côté de cet appareil, un vase absolument semblable contenant la même macération, servait de critérium et était exposé aux divers courants d'air du laboratoire.

La première expérience que je fis avec cet appareil fut tentée en avril 1857. Au bout de quatre jours, la température moyenne ayant été de IG"* cent., et la pression de 76 centimètres, j'examinai les deux vases. Dans l'un comme dans l'autre, il existait une nombreuse génération de Kolpoda cuculhis, MulL, parfaitement adultes. Il en existait un nombre absolument semblable dans le vase abrité par la cloche et dans le vase exposé à toutes les oscillations de l'air libre. J'en appelle à la raison des naturalistes : est-ce que si l'air servait de véhicule aux Microzoaires, il ne devrait pas y en avoir immensément plus dans le critérium que dans le vase abrité, puisque le critérium a été constamment en contact avec tous les courants d'une immense nappe d'air, tandis que la macération abritée, n'a été baignée que par quelques centimètres cubes de ce fluide.

Afin qu'on ne puisse pas prétendre que les œufs étaient déjà dans l'eau, j'ai varié l'expérience de plusieurs manières. En employant des décoctions de foin que j'avais tenues en ébullition pendant un quart d'heure à une heure, j'ai constamment obtenu le même résultat.

POUCIIET. î*

300 HÉTÉROGÉME.

Expérience. — Si le véhicule des germes était le corps solide, l'eau ou l'air, jamais on n'obtiendrait le résultat qui suit. On a opéré avec une substance qu'on pourrait dire hétérogène et qui, par conséquent, devait varier ses produits, si elle les contenait dispersés dans ses interstices. On mit deux litres d'eau dans un vase de cristal à large ouverture et vingt grammes de foin. Ce vase fut abandonné dans le laboratoire pendant dix jours à une température moyenne de 14°. Après ce laps de temps, on n'y observait absolument qu'une quantité innombrable d'une espèce de Kolpode piriforme, d'un volume considérable. Un autre vase reçut du même foin en même quantité et fut examiné après le même temps écoulé. Il ne contenait absolument que des Glaucomes scintillants, de petite taille; pas un seul Kolpode ne s'y voyait.

Expérience. — Dans une macération de cinq grammes d'étoupes dans trois cents grammes d'eau, après dix jours, par une température moyenne de 27% nous avons rencontré une population prodigieuse de Kolpodes; ceux-ci, qui me paraissent être une espèce fort distincte, sont très-finement granulés à l'intérieur, et leur corps est grêle et de petite dimension. Le liquide, qu'on observa attentivement, ne contenait aucun autre animalcule. Tous ces" Kolpodes avaient exactement la même taille et la même coloration d'un jaune citron clair. Dans l'hypothèse de la dissémination par Tair, ce fait a quelque chose d'étrange; car la chute des germes dans le liquide n'a pas dû avoir exceptionnellement

ÉLIMINATION DE l'aIR. 307

lieu à un seul instant donné, et l'on devrait rencontrer des individus de différents âges et d'un développement différent.

Expérience. — L'expérience suivante parle encore avec éloquence pour démontrer que l'air n'est pas le disséminateur des germes organiques. On prit une grande cuvette en cristal, assez profonde, et l'on y plaça sept verres à boire ordinaires; chacun de ceux-ci après avoir reçu une substance putrescible dans son intérieur, fut environné d'un manchon en verre qui en dépassait la hauteur. Enfin, on versa de l'eau dans la cuvette, de manière à lui faire dépasser d'un centimètre les bords des verres. De cette façon, c'était le même hquide qui baignait tout l'appareil ; seulement dans celui-ci les verres étaient entourés d'un manchon capable de parquer les animalcules qui naîtraient dans les macérations et séjourneraient seulement à leur surface. Tout l'appareil fut ensuite recouvert d'une grande cloche en verre et laissé en repos pendant quatre jours, sous l'influence d'une température de 21°, en moyenne, et à une pression atmosphérique de 0,75.

Lorsque, après ce temps, on examinâtes verres dans lesquels macéraient de l'aconit, du hn, de la viande, des os de momie, de l'aster de la Chine et du foin, voici ce que l'on observa :

Le compartiment de l'aconit était occupé par une espèce de Kolpode particuher, très-effilé et trèspetit , puis par des Monades lentilles et des Vibrions baguettes.

Celui du lin était totalement rempli par un Kol-

pode différent du précédent, encore plus effilé, jaunâtre, non décrit par les naturalistes.

Le compartiment de la viande de bœuf offrait un grand nombre de Glaucomes scintillants, de Monades lentilles et de Vibrions baguettes.

Celui où se trouvaient des fragments de tibia provenant d'une momie égyptienne, contenait un Kolpode tout à fait différent des deux espèces observées dans les autres compartiments, et qui était deux fois moins volumineux.

Le compartiment garni de fragments d'aster de la Chine, contenait encore une espèce particulière de Kolpode; celle-ci était piriforme, aiguë et de plus forte taille que dans tous les autres sites de l'appareil (1).

Le compartiment au foin entier est excessivement pauvre en animalcules. On y rencontre à peine quelques Glaucomes scintillants; souvent il n'y en a qu'un dans le champ du microscope, et quelquefois on n'y en trouve aucun.

Enfin, le compartiment qui contient du foin haché est, au contraire, extrêmement prolifique et offre une population serrée de Kolpodes et de Glaucomes.

Afin de ne pas tomber dans de fastidieuses répétitions, nous passerons rapidement sur les conséquences de cette expérience. Dans celle-ci c'est la

(1) Je n'ai donné ici aucun nom à ces différents Kolpodes, parce que rien d'absolument identique n'a été décrit par les auteurs. Rien n'est plus variable que l'espèce dans les Microzoaires. On peut s'en faire une idée en étudiant les tigures originales des naturalistes; pas une ne se ressemble.

ÉLIMINATION DE l'aIR. 309

même eau et le même air qui se trouvent dans tout l'appareil, et cependant partout les animalcules sont différents. Cette expérience s'élève avec énergie contre les hypothèses dans lesquelles on donne à ces agents le rôle de disséminateurs des germes. Si c'était l'eau, est-ce que les mêmes animalcules ne se seraient pas rencontrés partout? elle qui baigne à la fois tous les compartiments de l'appareil. Si c'était l'air, celuici aurait-il choisi ses compartiments pour n'y laisser tomber que telle ou telle espèce sans en égarer une seule sur la limite d'un vase voisin? Et dans cette hypothèse, qui pourrait expliquer pourquoi le foin entier est presque dénué de progéniture, tandis que le foin haché en regorge?

Enfin, il nous a semblé que, pour saper de toutes parts l'hypothèse de la panspermie, il serait bon aussi de fixer expérimentalement les bornes de la dissémination des végétaux inférieurs, et c'est ce que nous avons tenté de faire par les expériences ou les observations qui terminent ce chapitre.

Nous ne prétendons nullement nier les ingénieux moyens que la nature emploie pour disséminer les plantes, ni les extraordinaires migrations des semences voyageuses ; mais il ne faut pas en tirer des conséquences impossibles. Les végétaux inférieurs, eux qui, par la nature de notre sujet, appelaient surtout notre attention ; eux surtout qui apparaissent parfois avec une abondance qui excite l'étonnement ; dans nos expériences, ils nous ont semblé être loin de jouir de cet extraordinaire pouvoir expansif qu'on leur accorde généralement, pour expliquer et leur multitude et leur

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subite apparition dans les plus inaccessibles réduits. A l'égard d'un certain nombre d'entre eux, cette puissance est même extrêmement limitée. Au lieu de franchir merveilleusement l'espace et les difficultés, leurs semences, au contraire, s'arrêtent souvent devant les moindres obstacles.- A l'air libre, elles ne se propagent même pas toujours à un centimètre de distance d'un objet infecté à celui qui ne l'est pas.

Expérience. — Nous plaçons sous une cloche une macération de maïs, dont toute la superficie est recouverte d'une abondante végétation de Pénicillium glaucum, Link. Celui-ci est en fructification, et le microscope constate partout une immense quantité de chapelets de séminules. Cette macération est contenue dans un grand verre à expérience et affleure presque ses bords. Tout à côté d'elle, et dans des vases pareils, nous plaçons trois macérations datant de la même époque, et qui sont vierges de toute végétation cryptogamique. Examinées après six semaines, durant lesquelles la température avait été de quinze degrés en moyenne, ces macérations, qui avaient été faites avec des pois, des fèves et des lentilles, ne présentaient pas à leur surface la moindre trace de ce même Pénicillium. Bien mieux, en explorant de tous côtés la surface de ces macérations, on n'y a pas découvert un seul spore du champignon qui infecte le maïs. On ne peut pas, pour ce Mucor, inventer les germes invisibles auxquels on fait jouer un si grand rôle pour expliquer des phénomènes qui ne sont explicables que par l'hétérogénie. Dans les Pénicilliums, les spores sont parfaitement reconnaissables et ont un diamètre

connu. Et comme j'espère que l'on ne prétendra pas qu'ici il y a des germes mélapliysiques et des germes palpables, je puis dire que si on ne découvre pas de spores à la surface du liquide des autres macérations, c'est qu'aucun ne s'est échappé de celui qui les a produits.

On ne pourrait arguer ici d'arguments tirés de l'insuffisance du temps ou de la non-convenance du milieu offert à la nouvelle végétation. Pour le temps, le Mucor n'a mis que huit jours à se développer sur la première macération, et les trois autres sont restées trois semaines presque accolées dans le mèmemiheu. A l'égard du sol, on n'a pas d'objection sérieuse à offrir, puisqu'il a été reconnu qu'il n'a été infecté par aucune séminule ; et s'il eut été propice à la plante, elle s'y fût bien développée sans leur concours.

On pourrait aussi objecter que les spores qui sont tombés sur ces diverses macérations ont pu échapper à l'observation. Je réfuterai facilement cette objection, en disant que pour un micrographe exercé la régularité que présente la forme des séminules du Pe7iicilUum glauciirriy et leur couleur jaune, quand on les observe dans l'eau et par réfraction, ne permettront aucune erreur. J'ajouterai encore que ces germes, quand on les découvre dans leur site, sont fréquemment accolés plusieurs ensemble et forment même de longs chapelets, ce qui a fait grouper sous le nom de Monilia, quelques espèces de Pénicillium; et que cette particularité ne permet pas de méconnaître ces séminules.

Quelques expériences, exécutées par Bulliard, contribuent encore à démontrer combien la dissémination

aérienne est bornée. Celles- ci ont d'autant «plus d'autorité pour nous qu'elles ont été entreprises dans le but de combattre l'hypothèse des générations spontanées. Bulhard dit qu'ayant à diverses reprises semé du Mucor miicedo yhin., Mucor sphœrocephahis ^BuW., dans des fioles, celui-ci poussa et y fructifia parfaitement, sans que ses séminules s'insinuassent dans d'autres fioles placées dans le voisinage et y produisissent des Moisissures. Ce n'était que par exception que ces dernières en contenaient parfois quelques vestiges (1).

Les expériences d'infection qui suivent, par leurs résultats négatifs, viennent encore limiter la puissance disséminatrice des plantes.

Expérience. — On prit un grand verre à expé- , rience dans lequel macérait un morceau de mie de pain , et dont toute la superficie était recouverte à' Aspercjillm glaiicus, Mich., parfaitement développé et disséminant abondamment ses spores.

Dans le but d'offrir un sol propice aux séminules qui s'échapperaient de la plante mère, on remplit un autre verre semblable au précédent avec une macération qui déjà contenait la Mucorinée dont l'autre était infecté, seulement on en filtra l'eau avec soin pour s'assurer qu'aucun spore n'avait pu y pénétrer. Ce verre fut ensuite placé sous une grande cloche à côté du précédent.

Le huitième jour on observe l'appareil. L'Aspergillée s'est encore énormément développée. Le verre

(1) BuLLiARD, Histoire des champignons de la France. Paris, 1809, t. l,p. 115.

qui est placé à côté de celui qui la contient ne présente pas le moindre rudiment de cette plante, et sa surface ne paraît pas avoir reçu un seul de ses spores. Ceux-ci n'auraient pu se dérober à nos yeux s'ils y eussent existé ; leur longueur, de 0,0056 à 0,0084 de millimètre , eût empêché qu'ils passassent inaperçus.

D'après cela, ne faut-il pas de beaucoup diminuer cette facilité qu'on prête à l'air de transporter partout les germes ? Nous avons là deux vases placés côte à côte, l'un est rempli d'une prodigieuse quantité de germes, et pas un de ceux-ci ne va s'abattre à un centimètre de là ! Les expériences qui suivent contribuent encore à démontrer combien la dissémination des germes doit être limitée.

Expérience. — On enleva sur une macération de mie de pain, une plaque de seize centimètres carrés, d'un amas serré d'une végétation composée de Mucorinées diverses, dont cependant le Pénicillium glaticum, Link, formait la principale masse. Cette plaque fut déposée, avec précaution , sur une tranche de mie de pain, qu'on avait préalablement imbibée d'eau, et dont elle n'occupait qu'un sixième de la surface. Cette tranche de pain fut ensuite placée dans une cuvette au fond de laquelle on avait mis une petite quantité d'eau pour y entretenir une humidité favorable à la végétation cryptogamique. Le tout fut enfin recouvert d'une vaste cloche en verre.

L'appareil ayant été laissé en repos pendant quinze jours, sous l'influence d'une température moyenne de 12% lorsqu'on le visita, la surface du pain n'offrait

pas la moindre trace de moisissure, et même on put constater, en la faisant gratter dans toute son étendue, qu'il n'y existait aucun spore de Pénicillium, même à un centimètre de la plaque déposée sur la tranche de pain.

On ne pourrait pas arguer que dans ce cas les circonstances favorables ont manqué à l'extension de la végétation cryptogamique, car la plaque de Mucorinée avait remarquablement accru la sienne, en se recouvrant d'une nouvelle génération de Pénicillium. Les éléments d'une ample dissémination ne faisaient pas défaut eux-mêmes, car la moindre parcelle du tapis glauque du champignon en expérience présentait au microscope une nuée de spores, et cependant pas un de ceux-ci, en quelque sorte, n'était allé germer à un centimètre de sa souche.

Expérience. — Cette expérience sert en quelque sorte de critérium à la précédente . On mit une large plaque de Pénicillium glaucum^ Link, sur une tranche de mie de pain ; elle en couvrait à peu près le quart de la surface, et cette tranche, trempée dans l'eau, fut abandonnée un mois sous une cloche, par une température moyenne de S". A ce moment toute la surface de la tranche de pain était couverte de petits îlots de Pénicilhum, d'un vert glauque ou blancs, de deux à cinq millimètres de diamètre, très-rapprochés les uns des autres.

Si l'on n'avait eu que cette partie de l'expérience sous les yeux , on aurait évidemment prêté à une infection cryptogamique la nouvelle végétation qu'on observait; mais sous une autre cloche et absolument

ÉLIMINATION DE l'aIR. 315

dans les mêmes circonstances, on avait déposé une tranche du même pain, seulement on n'avait pas mis dessus de plaque de Mucorinée; et cependant cette tranche de pain éloignée de toute infection, n'en offrait pas moins une collection d'îlots de Pénicillium tout aussi abondante que l'autre. Ainsi tombe, en présence des faits, cette puissance exagérée que l'on a prêtée à la dissémination.

Les expériences qui suivent, et que j'expose trèssuccinctement viennent encore à l'appui de notre opinion sur les hmites que l'on doit imposer à la dissémination.

Expérience. — Un très-grand verre à pied rempli d'urine humaine avait sa superficie recouverte d'une épaisse couche de Moisissure en fructification. On filtra le hquide qu'il contenait et on le mit dans deux verres; on recouvrit seulement l'un d'eux avec la couche cryptogamique dont nous venons de parler. Ces deux verres furent ensuite placés tout à côté l'un de l'autre sur une planche du laboratoire, et abandonnés ainsi à l'air libre. Quinze jours après, à la température de 14° en moyenne, lorsqu'on l'examina, le verre sur lequel on n'avait pas mis de champignons n'offrait pas la moindre trace de végétation; sur l'autre, au contraire, avait surgi une nouvelle génération de Mucorinées. Pas un seul^ spore ne s'était transporté d'un verre dans l'autre. On ne peut pas dire là que les circonstances étaient défavorables ; c'était le liquide sur lequel déjà les plantes se propageaient, et depuis le commencement de rexpérience leur nombre s'était accru dans l'un des vases.

Expérience. — On prit un verre à expérience rempli d'eau, dont toute la surface était recouverte de Pénicillium g laiiciim, Link, en fructification. Ce verre fut placé au centre d'une glace, parfaitement essuyée. Quinze jours après, on explora au microscope la surface de celle-ci et une minutieuse attention n'y fît pas découvrir un seul spore.

Expérience. — Une macération de maïs, totalement couverte d'Aspergilliis et de Pénicillium en fruciification et chargés d'une abondance de spores, est placée sur une planche du laboratoire. A côté on met un vase à large ouverture et rempli d'eau distillée. Quinze jours après, on explore la surface de ce dernier pour reconnaître si l'on n'y verrait pas nager quelques spores de ces deux plantes; mais l'observation la plus attentive n'a fait absolument rien découvrir.

M. Gérard a fait aussi une expérience d'une extrême simplicité et qui, avec tant et tant d'autres, vient encore s'élever contre le pouvoir disséminateur de l'air et ajouter une preuve de plus à la spontéparité. Une feuille de papier ayant été exposée par lui à l'humidité, il la vit bientôt se recouvrir de plaques roses, jaunes et noires, qu'il reconnut être occupées par autant d'organismes distincts. ïl semble rationnel dépenser que si c'était à des germes aériens que l'on dût cet essai de végétation, celui-ci eût été uniforme à la surface du papier ; mais que, puisqu'il n'en fut pas ainsi, il faut attribuer la diversité des Proto-organismes à l'hétérogénéité des matières qui entraient dans la composition de leur sol, et qui ont

ÉLIMINATION DE l'aIR. 317

dû en se réorganisant, donner chacune naissance à un produit particulier (1).

En présence des diverses expériences que nous venons encore d'exposer, on est bien forcé de limiter extrêmement les migrations des cryptogames. Du reste pour celles-ci l'imagination peut moins s'exercer. Comme leurs spores sont apparents et qu'on ne leur a pas donné une essence presque métaphysique, comme on l'a fait pour les œufs des Microzoaires, il est moins facile d'errer, parce que le naturaliste exercé peut presque toujours dire que si les germes végétaux existaient réellement, il les découvrirait!

Cependant nous ne pouvons passer sous silence que M. Payen rapporte qu'en 1848 le pain de munition de Paris fut envahi par un Oïdium, VOidium au^ rantiacum (2), dont les spores, dit-il, répandus en poussière invisible, peuvent végéter avec une extrême rapidité sous l'influence de la chaleur et de l'humidité. L'illustre chimiste dit avoir constaté que les séminules de ce champignon microscopique résistent aune température de 100 à 120°, et qu'elles ne perdent leur faculté germinative qu'à 1 40° (3) ; il résulte de là que cette Moisissure se conserve intacte dans la mie du pain pendant la cuisson, parce qu'elle n'y éprouve pas une température qui dépasse iOO^, mais qu'elle s'altère dans la croûte, elle qui subit une

(1) Gérard, Dict. univ. d'hist. nat, Paris, 1845, t. VI, p. 64.

(2) Oïdium décrit et tiguré par MM. Mirbel et Payen , et déterminé par M. Léveillé.

(3) Payen, Précis de chimie industrielle. Paris, 1849, p. 390. — Annales de chimie, 1843.

31 s HÉTÉROGÉNIE.

température dépassant 200°. On rapporte qu'un quart de milligramme de cet Oïdium suffît pour infecter un pain en un temps très-court.

Nous ne pouvons rien dire à cet égard, n'ayant fait aucune expérience sur ce champignon; seulement nous pouvons affirmer que dans toutes les expériences que nous avons faites avec les moisissures qui envahissent ordinairement le pain, et dont nous venons de rapporter un certain nombre, jamais nous n'avons reconnu cette grande facilité de dissémination que l'on prête à VOidium aurantiacum. Toutes nos expériences d'infection ont échoué. Aussi lorsque nous voyons ces cryptogames envahir subitement et sur une grande échelle des substances alimentaires qui s'altèrent, nous sommes bien plus tentés de les attribuer à l'hétérogénie qu'à la génération normale.

Donc, d'un côté, tandis que toutes nos expériences d'infection ont échoué, de l'autre nous avons vu que les spores des moisissures qui envahissent le plus communément le pain se désorganisaient totalement sous l'influence d'une chaleur de 100° ou durant une ébullition d'un quart d'heure à une heure (1).

Une expérience de Bulliard se joint aux miennes pour démontrer, que la température de Veau bouillante suffît pour anéantir la faculté germinative des séminules des plantes inférieures. Il introduisit dans des fioles à médecine une espèce de bouilhe formée de mie de pain et d'eau et saupoudrée d'une ample quantité de spores du Mucor sphœrocephaliis . Ces

(1) Voyez plus haut, p. 282.

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fioles furent plongées clans l'eau bouillante pendant une heure, et ensuite bouchées herméliquement. Bulliard dit que deux mois après on ne distinguait aucun Mucor dans ces fioles, tandis que dans d'autres qui avaient eu le même ensemencement, mais qu'on n'avait pas exposées à la chaleur, on trouvait tout l'intérieur rempli de cette cryptogame. Ce fait prouve donc qu'une température de cent degrés est suffisante pour tuer les semences des champignons (1).

L'observation vient elle-même nous aider à limiter le pouvoir disséminateur de l'atmosphère et donner un nouvel appui à la spontéparité.

Dans la série, déjà assez nombreuse, des végétaux qui se développent sur les animaux, les uns viennent sur les organes qui communiquent avec Talmosphère ambiante, et d'autres naissent dans la profondeur des organes (2). Le champignon qui produit le muguet, V Oïdium alhicans., Ch. Robin, dont l'histoire a été tracée par MM. Gruby et Gh. Robin ; celui qui cause la teigne faveuse, VAcîwrion Schœnleimi, Remak, étudié successivement par Lebert, Remak, Gruby, Ch. Robin, Bazin (3) , ainsi que diverses autres productions

[i] Bulliard, Histoire des champignons de France. Paris, 1809, t.I, p. il5.

(2) Comp. SluyteRj De vegetabilibus organismi animalis parasitis. Berolini, 1847.

Gh. Robin, Histoire naturelle des végétaux parasites qui croissent sur l'homme et les animaux vivants. Paris, 1853.

(3) Lebert, Physiologie pathologique. Paris, 1843, t. II, p. 477. Remak. Diagnost. imdpatliologische Untersuchungen. Berlin, 1855. Gruby, Comptes rendus de l'Acad. des sciences. Paris, 1841, p. 72. Ch. Robin, iy/sL natur. des végétaux parasites. Paris, 18o3,p.441. Bazin, Rech. sur la nature et le traitem.des teignes. Paris, 1853.

cryptogamiques qui engendrent quelques maladies extérieures, pourraient rationnellement devoir leur origine à la dissémination aérienne de leurs séminules.

On pourrait aussi attribuer la même origine aux productions cryptogamiques suivantes : hV Aspergillus candidus, MicheM (1), rencontré dans les sacs aériens d'un Bouvreuil, par MM. Rayer et Montagne (2); à V Aspergillus glanais, Fries (3), découvert par Spring dans les cavités aériennes de l'abdomen d'un Pluvier (4) ; à y Aspergillus nigrescens, Ch. Robin, signalé dans les sacs aériens d'un Faisan (5); et à d'autres végétaux parasites qui ont été observés dans les cavernes pulmonaires de quelques personnes phthisiques, par Bennett (6).

Mais les partisans de la dissémination aérienne ne pourraient expliquer par elle la présence des végétaux bissoïdes rencontrés par M. Rayer dans les plèvres d'un individu tuberculeux ; et ceux que cet illustre médecin trouva dans la cavité péritonéale d'un homme atteint de pneumo-thorax (7). Sansdoute que , comme les séminules de ces végétaux ne sont pas armées de crochets et qu'on ne peut leur attri-

(1) MiCHELi, Nova plantarum gênera. Florenliae, 1779.

(2) Rayer et Montagne, Journal de l'Institut. i842, n. 492.

(3) Fries, Systema mycologicum. 1829, t. 111, p. 385.

(4) Spring, Sur une Mucédinée développée dans la poche abdominale d'un Pluvier doré. Bruxelles {Bull, de l'Acad. rot/.), 1848,

(5) Ch. RoBi^, Histoire naturelle des végétaux parasites qui croissent sur l' homme et les animaux vivants. Paris, 1853, p. 518.

(6) Bennett, On the présence of confervœ in some exsudative masses passed by the bowels. {Lectures on clinical medicine.) Edimburgh, 1851.

(7) Rayer, Journal l'Institut. 1832, n. 392.

buer une force instinctive qui les dirige \ers un site d'élection, on ne pourra pas, pour elles, invoquer l'ingénieux mode de migration que MM. Kuchenmeister, Stein, Leuckart et Van Beneden, etc., prêtent aux embryons de quelques Entozoaires (1).

On ne voit pas comment on expliquerait autrement que par la génération primaire la production des végétaux parasites que l'on rencontre dans les cavités splanchniques des grands animaux. Leurs séminules, d'abord, sont d'un diamètre trop considérable pour pouvoir franchir les parois des vaisseaux absorbants; et si l'on admettait même qu'elles puissent, par quelque violence aux lois physiologiques, s'insinuer dans le système circulatoire, on ne pourrait concevoir par quels procédés elles en sortiraient ensuite, à travers les membranes séreuses, pour tomber dans leurs cavités; car ces séminules, dont le diamètre est souvent de 0,0028 à 0,0084 de millimètre, elles qui ne peuvent traverser nos grossiers filtres en papier, ne pourraient assurément franchir le tissu serré de la plèvre ou du péritoine.

Si cependant, et il faut nous attendre à répondre aux plus extraordinaires objections, on prétendait que cotte miraculeuse migration est facile et qu'on peut l'expliquer, nous répondrions à cela que dans ce cas les faits qui viennent d'être cités devraient se présen-

(1) KucHEiNMEiSTER, Oïl animal and vegetable Parasites of ihe Imman body. Loiidon, 1857.

Stein, S^e6o/(i und Kollikefs Zeitschr.^y ^ p. 380. R. Leuckart, Parasiten und Parasitismus {Archiv fur physiol.) Van Beneden et Gervais, Zoologie médicale. Paris, 1859.

POUCUET. 2 1

ter avec la plus extrême fréquence, car les espèces d'Aspergillées qui envahissent ordinairement l'économie animale étant très-abondantes autour de nous, il n'y aurait pas de raison pour qu'il ne s'en trouvât pas un grand nombre d'absorbées normalement parla respiration ou la nutrition, et qu'on ne les vit se reproduire çà et là à l'intérieur de l'organisme. C'est ce qui n'a pas lieu.

Et ce qui vient même confirmer que leur apparition est un fait de spontéparité, c'est qu'on ne les voit guère se développer que dans les cas où l'individu a succombé sous l'influence de quelque maladie.

M. Ch. Robin, avec cette rare sagacité qui le distingue, a décrit le mécanisme par lequel les spores en germant pénètrent dans les tissus, et y enfoncent leur mycélium (1). Là il y a une puissance active qui presse devant elle la substance organisée et peut, comme il le dit, la faire disparaître molécule à molécule.'Mais aucune force semblable n'est inhérente spore errant, et vraiment il est impossible de supposer qu'il puisse mécaniquement percer les tissus pour entrer dans les cavités closes de l'économie animale. Si des corps étrangers y pénètrent, comme on en cite des cas si rares, ils le doivent à leur volume, à leur pesanteur, à l'aide desquels ils exercent une pression sur les tissus, et y trouvent des points d'appui. Les séminules des cryptogames n'ont rien de ce qu'il leur faudrait pour cela. Étant sphériques ou ovoïdes, elles manquent même de ces formes anguleuses (jui

(1) Cii. KoBiN, Histoire naturelle des végétaux parasites qui croissent sur l'homme et les animaux. Paris, 1853^ p. 278.

permettent, selon certains physiologistes, à des corps pulvérulents inorganiques de s'insinuer dans les tissus (1).

On cite, il est vrai, des spores trouvés dans les sinus sanguins des vers à soie ; mais il faudrait bien déterminer s'ils y ont été observés sur l'animal vivant et avant leur germination, ce qui est fort essentiel. En germant ils peuvent pénétrer dans l'économie; à l'état stagnant ils en sont plutôt expulsés qu'ils n'y pénètrent. M. Ch. Robin rapporte que l'on a trouvé des spores dans les oeufs du Bombyx du mûrier. Pour cela j'y crois fermement, et le célèbre anatomiste décrit parfaitement le mécanisme par lequel ils ont dû y pénétrer : les spores ont pu, dit-il, se trouvant dans l'oviducte, être enveloppés par l'albumen en même temps que le jaune (2) .

Des corps étrangers peuvent fréquemment ainsi s'insinuer à l'intérieur des œufs, même à l'intérieur des œufs des oiseaux. On me parlait souvent, dans les campagnes, de pattes de hannetons rencontrées dans des œufs de poule; j'y croyais à peine. Mais durant une invasion de ce coléoptère en Normandie, oii les poules en mangèrent tant que le vitellus de leurs œufs en avait contracté une couleur d'un brun foncé, qui leur donnait un aspect repoussant, j'eus l'occasion d'ouvrir moi-même l'œuf d'une volaille qui contenait une patte antérieure de hanneton. Gela s'expli-

(i) Ch. Robin Et Verdeil, Traité de chimie anatomique normale et pathologique. Paris, 1852, t. III, p. 520.

(2) Ch. Robin, Histoire naturelle des végétaux parasites j etc.,. p. 282.

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que fort bien. Dans une contraction du cloaque, elle sera entrée par le fémur dans l'orifice del'oviducte ; et les épines de la jambe l'auront fait y monter jusqu'au moment oii l'albumen l'aura enveloppée et où elle sera redescendue pour être ainsi que lui recouverte par la coquille.

Récapitulation. — Le but de ce chapitre était de démontrer que le véhicule des germes organiques ne peut être ni le corps putrescible, ni l'eau, ni l'air atmosphérique.

Cela ayant pu être mis hors de doute pour chacun de ceux-ci en particulier, en somme ce n'est donc aucun des trois. C'est là un fait tout aussi incontestable que le serait un théorème dans lequel , pour prouver qu'une ligne mathématique ne peut exister, on en éliminerait successivement les fractions.

Ce n'est pas le corps solide, puisque des animalcules naissent après que celui-ci a subi une carbonisa-

ionpresque complète, et l'on ne peut pas prétendre que les œufs résistent au feu de forge.

Ce n'est pas l'eau, cardes animalcules naissent dans l'eau artificielle, formée de toutes pièces dans nos laboratoires en combinant de l'hydrogène et de l'oxygène. Personne, je pense, n'oserait soutenir que l'un de ces gaz était le dépositaire des œufs.

Enfin, ce n'est pas l'air atmosphérique , puisqu'il se produit des Protozoaires dans l'air artificiel obtenu en mêlant de l'oxygène et du gaz azote et qu'on n'admettra jamais , sans doute , que l'un de ces gaz a pu fournir des œufs à la combinaison.

Puisque par voie d'exclusion on prouve facilement

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que les Proto-organismes n'ont point leurs germes dans l'un des trois corps précités, il faut donc bien leur chercher une autre origine, et c'est ce que nous allons faire dans le chapitre suivant.

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