‹ Hétérogénie; ou, Traité de la génération spontanee, basé sur de nouvelles expériencesChapitre 28 sur 50 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Afin qu'il ne s'établisse aucune confusion entre nos idées et les prétentions des physiciens atomistes de l'antiquité et de leurs modernes imitateurs , nous devons insister sur ce point, c'est que la génération primaire ne produit jamais un animal de toutes pièces, mais que seulement elle engendre des ovules spontanés, dans le milieu proligère, absolument sous l'empire des mêmes forces qui façonnent des ovules dans le tissu de l'ovaire. Ceci bien nettement posé , nous pouvons entrer en matière.

Lamarck prétend , avec raison, que c'est la même cause déterminante qui suscite les phénomènes primaires, soit dans la génération spontanée, soit dans la génération sexuelle. C'est cette cause qu'il a})pelle cause excitatrice, stimulus , et aussi aura vitalis (1).

Ce grand zoologiste nous paraît avoir pénétré, en effet, tous les rapports qui existent entre deux actes en apparence si différents, mais qui, cependant, sont absolument similaires.

L'énorme répulsion qu'éprouvent certains savants pour la génération spontanée vient tout simplement

(I) Lamarck, Philosophie zoologique. Paris, 1809, t. 11, p. 71, 75 et 77.

de ce qu'ils comparent les résultats génésiques et non leur point initial.

Cependant, secouant tout scrupule, il en est qui ne craignent pas d'admettre que les ïnfusoires peuvent dériver de l'hétérogénie, parce qu'ils ne voient en eux qu'une ébauche de l'animalité; mais ils se scandalisent à la pensée qu'un oiseau ou un mammifère ait jamais pu surgir de la même source.

Toute dissidence disparaîtrait si ces savants se reportaient à l'origine des choses. Ils y verraient , en effet, que là l'animal le plus complexe se confond absolument avec le plus simple Protozoaire; et ils reconnaîtraient que l'un et l'autre ne sont d'abord formés que par quelques rares molécules organiques , composant là un ovule presque imperceptible.

Il faut essentiellement se persuader que les molécules organiques qui se groupent spontanément, à un moment donné, soit dans l'ovaire des animaux, soit dans la pellicule proligère des infusions, sont soumises aux mêmes lois génésiques. Dans la génération spontanée, il se forme une enveloppe adventive comme dans la génération ovarique. Seulement, dans la première on la nomme kyste, et dans la seconde, membrane vitelline ; mais c'est la même chose. C'est un œuf qui, dans le premier de ses modes, continue son évolution sans fécondation, et qui, dans le second, ne peut ordinairement le faire. Je dis ordinairement, car dans quelques cas la fécondation peut manquer.

Si, dans nos expériences, c'est au contact de corps divers que se développent les Proto -organismes, il ne faut pas croire que la raison de leur apparition est ab-

solument sous l'influence des affinités ; ce serait rabaisser la création au niveau d'une attraction chimique. Non, la cause intime de la vie, cette force initiale qui en groupe le canevas , est cet esprit que Bremser considère comme le régulateur de tous les actes biologiques (1).

« La cause principale de la vie est placée dans ce que j'ai nommé l'esprit, et que l'on pourra appeler x si l'on veut ; mais qui est tout à fait différente du mélange des substances, et par lequel ce mélange devient vivant. Si la vie n'était que le produit d'un certain mélange proportionné des substances, le chimiste, après avoir décomposé un corps organisé, pourrait redonner à ce dernier sa structure primitive ; mais c'est ce que ne peut faire le chimiste, par la raison qu'il n'est pas maître de l'esprit. »

Lorsque M. de Humboldt lui-même écrit les lignes suivantes, ne semble-t-il pas se douter des phénomènes que vont révéler les générations spontanées : « La vie est répandue partout ; la force organique travaille continuellement à rattacher à de nouvelles formes les éléments séparés par la mort ; mais cette richesse d'êtres organisés et leur renouvellement diffèrent suivant les climats (2) .

La répugnance avec laquelle certains savants repoussent toute idée de génération spontanée, provient aussi de leurs fausses notions physiologiques. Ils ne

(1) Bremser, Traité zoologique et physiologique des vers intestinaux. Paris, 1837, p. 87.

(2) A. DE Humboldt, Tableaux de la nature. Paris, 1828, t. II, p. 13.

voient dans la reproduction qu'un acte accompli par la mère, et c'est là, selon nous, une immense erreur. L'œuf, au contraire, est un produit qui, depuis sa plus infînae origine jusqu'à son expulsion, agit sous l'empire d'une force qui lui est inhérente, et semble ostensiblement en révolte contre l'organisme dont il dérive. Pour vulgariser notre pensée, nous dirons que la mère ne façonne pas plus son œuf que son fœtus. Souvent même c'est fort loin d'elle que ceux-ci puisent l'air, l'eau et la chaleur employésauxprincipales phases de leur développement. Ce qui a fait exagérer le rôle maternel , c'est qu'on a toujours pris pour point de départ les mammifères, et il faut se reporter bien au delà si Ton veut juger sainement la question.

A l'abri de la coquille d'un œuf d'oiseau , on voit s'accomplir un acte bien autrement surprenant que la formation de l'œuf lui-même. Sous la mère, un embryon qui était d'une telle ténuité qu'on en apercevait à peine les premiers linéaments, se transforme en poulet ou en jeune autruche. Elle n'a nullement concouru cependant, par elle-même, à façonner ce nouvel être, dont une muraille calcaire la sépare : le fœ^tus se développe à l'aide de sa seule force vitale mise en jeu par l'air et la chaleur humide. La mère est si bien inutile à cet acte que l'incubation artificielle peut absolument la remplacer ; et l'on sait même que certains oiseaux de l'Australie, si féconde en productions extraordinaires, ne couvent nullement leurs œufs. lisse contentent de les déposer dans d'immenses amas de foin ou de terre mêlée de débris de végétaux, en confiant uniquement le soin de leur incubation à la cha-

leur q^ue la fermentation développe dans ceux-ci. C'est ce que Gould nous rapporte à l'égard du Telegalla Lathami, Gould, et du Megapodius tumulus, Gould, dont il a si bien observé la nidification (1).

Depuis le nnoment où un ovule groupe ses deux premières molécules jusqu'à celui où il s'isole complètement de l'organisme maternel par ses enveloppes adventives , il est constamment sous l'empire d'une force vitale, qui lui est absolument inhérente et à l'aide de laquelle il dégrade, à son profit, ce même organisme. Je me sers à dessein de cette expression, parce que chaque reproduction est réellement un acte énervant pour la mère, un acte de mort comme l'appelait de Blainville ; aussi, dans une foule d'animaux, celle-ci succombe-t-elle d'épuisement aussitôt qu'il est accompli...

Supposez alors que la force plastique, au lieu de se manifester dans l'ovaire, se produise au sein d'un amas de matière organique, il en résultera un nouveau produit qui dans l'un et l'autre cas s'élèvera à un degré différent d'organisation , dépendant de la nature absolue de l'un ou de l'autre milieu. De l'ovaire d'un mammifère sortira un singe ou un bélier; de la pellicule d'une macération , un simple Microzoaire. Tout sera subordonné aux mêmes lois : celles-ci sont posées par la nature ; l'homme en interprète seulement les résultats, mais sans en pénétrer la cause.

Burdach ne semble-t-il pas étayer cette manière de voir de tout l'ascendant de son autorité lorsqu'il dit :

(1) Gould, An introduction to the Birds of Australia. Londres, 1843, p. 82-87. — The Birds of Australia. Londres, 1840.

« Dans la propagation par œufs, le nouvel individu se forme aux dépens d'une masse amorphe de granulations microscopiques qui se décomposent. De pareilles analogies ne permettent pas de regarder comme absolument impossible que de la substance grenue, produite par la décomposition de la matière organique, il se développe un animal d'une autre espèce, pourvu de bouche, de cavité digestive , d'organes locomoteurs, quoique d'ailleurs d'une structure fort simple (1). »

Mais quelle est cette force vitale qui se manifeste à certaine époque dans un point de l'organisme maternel? Quelle est cette puissance organisatrice, ce îïiodus fiendi atqiie agendi, comme l'appelait Stahl (2)? c'est ce que nous ne pénétrerons sans doute jamais (3).

Cependant, quelle que soit cette force, elle gouverne déjà la formation de l'ovule; elle la domine avec une puissance suprême, absolument identique à celle avec laquelle elle régira toutes les fonctions organiques qui vont successivement se manifester chez l'être créé. Elle se complique en même temps qu'il s'avance dans la vie; obscure et indécise d'abord, bientôt elle accroît son énergie et finit ensuite par s'adjoindre les volitions intellectuelles.

La première étincelle de vie qui anime l'orga-

(1) BuRDACH, Traité de physiologie. Paris, 1837, 1. 1, p. 10.

(2) Stahl, Demonstratio de mixti et vivi corporis vera diversitate. Sect. lxi, p. 91.

(3) Cabanis, Rapports du moral et du physique de l'homme. Paris, 1824, t. II, p. 236.

nisme, ne doit évidemment sa manifestation qu'à certaines circonstances concomitantes. Si celles-ci manquent, tout reste dans le néant. C'est à cause de cela qu'on peut remarquer que le principe vital ne se transmet pas toujours d'une façon continue de la mère à sa progéniture : il y a un ou plusieurs hiatus durant lesquels la vie s'éteint absolument pendant un temps illimité.

On sait que certaines graines conservent fort longtemps leur faculté germinative. Duhamel rapporte que des semences de stramoine ont pu se développer après être restées vingt-cinq ans sous la terre (1) ; Friewald a vu des graines de melon germer après avoir été gardées plus de quarante ans (2); Roger Galen et Voss ont fait germer des haricots conservés depuis trente-trois et trente-sept ans (3). Van Swieten raconte que des graines de sensitive extraites d'un herbier, après y avoir séjourné quatre-vingts ans, se sont parfaitement développées (4); enfin, des semences de blé, au rapport de Pline, ont été fertiles après cent ans de sommeil (5), et Gérardin dit qu'après un même laps de temps, il a fait germer des graines de haricot enlevées à l'herbier de Tournefort (6).

On peut encore citer des exemples de semences qui se sont conservées bien plus longtemps que celles

(1) Duhamel, Traité des semis, 'p. 93-95.

(2) Fkiewald, Philosophical Transactions. London, 1742.

(3) RoGF.p. Galen, Philosophical Transactions. Loiidon, 1742. Woss, Bulletin des sciences naturelles, XVII, p. 222.

(4) Van Swieten, Comment. VI, ad s. Q\\\,de Podagrâ, p. 260. (o) Pline, Histoire naturelle.

(6) Gkkardin, Propriété conservatrice des graines.

dont il vient d'être question. Ch. Desmoulins rapporte que des graines d'Héliotrope, deMédicago et de Bluet, trouvées, il y a quelques années, dans un tombeau gallo-romain du troisième ou quatrième siècle, ont parfaitement poussé dans un jardin où elles furent cultivées (l). Malgré l'assertion contraire de Rœmer (2) et de De CandoUe (3), on sait aujourd'hui que des grains de blé, datant encore d'une époque beaucoup plus reculée, et qu'on recueille à l'intérieur de quelques tombeaux de l'ancienne Egypte, germent et multiplient parfaitement dans nos campagnes. On a même vu, en Angleterre, un ognon de scille, trouvé dans les mains d'une momie, et qui, ayant été cultivé, s'est couronné de feuilles et de fleurs.

Dans tous ces cas, dira-t-on que la parcelle de vie qui devait présider à la résurrection des grains, était restée latente dans leur sein? Non, la force vitale qui s'y est révélée a dû sa manifestation au concours des circonstances dans lesquelles l'organisme a été replacé. Si la vie s'y paralysait seulement, si elle y restait à l'état latent, il n'y aurait pas de raison pour qu'elle n'en fît autant chez les animaux que l'asphyxie tue, sans qju'aucun secours puisse les ranimer, après un trépas de quelques minutes.

Dans le but de refouler toute idée de spontéparité, on s'est toujours complu à rappeler les descendances naturelles dans lesquelles le produit ressemble con-

(i) Charles Drsmoulins, Écho dumonde savant, 2e année.

(2) Rœmer, Théorie élémentaire, Trad. de Tallem., t. L p. 187.

(3) De CxNDOLL!::, Traité de physiologie végétale. Paris, 1832, t. H, p. 623.

stamment à l'être qui Tengendre, comme si celui-ci, ayant participé activement à sa formation, l'avait façonné à son image. L'objection tirée de la ressemblance serait de quelque valeur, si l'être producteur déployait une force active dans l'acte génésique ; ou si, comme Bufîon le prétendait, le produit extrayait tous ses éléments des divers organes maternels (1); ou si enfin, lorsque celui-ci naît, il était toujours semblable à ses parents. Mais rien de tout cela n'est absolument rigoureux. La mère n'a nulle influence normale sur son produit, et celui-ci se forme non-seulement à son insu, mais, en outre, par une force spéciale; et pour rendre notre pensée à l'aide d'une métaphore vulgaire, nous redirons que ce n'est pas la mère qui le sculpte, mais que c'est lui qui se sculpte lui-même, ce qui est immensément différent. La nature a voulu que chaque être ait sa reproduction limitée et définie, et si une chose pouvait être anormale, ce serait le renversement de ses harmonieuses lois. L'annéhde et l'insecte reproduisent des êtres semblables à eux et non des animaux plus élevés, ce qui serait un scandale; la membrane prohgère d'une infusion donne naissance, selon sa composition, à des espèces également déterminées, et jamais on n'y voit les mieux organisées précéder celles qui le sont moins; jamais le Rotifère n'apparaît avant la Monade!

La génération spontanée se manifeste dans le milieu prohgère absolument sous l'empire des mêmes lois que

(1) BuFFON, Histoire naturelle générale et particulière. Deux- Ponts, 1786.

la génération normale dans le tissu de l'ovaire. Cette dernière, à son origine, n'est aussi qu'une génération spontanée, qui ne recevra que plus tard le stimulas du mâle. Et c'est la même influence occulte qui produit un être donné dans un ovaire offrant des conditions particulières, et un autre être donné dans un milieu proligère offrant d'autres conditions.

La démonstration des diverses phases de la génération spontanée est difficile et laborieuse ; voici pourquoi ses antagonistes ont pu si facilement l'attaquer, et pourquoi ses partisans ont quelquefois désespéré d'arriver à en dérouler de manifestes preuves.

Ainsi Sénebier prétendait qu'il n'y a eu aucun système qui ait été plus fortement attaqué et plus solidement renversé que Thétérogénie; selon ce savant expérimentateur, Bonnet et Spallanzani l'auraient même dissipé au point de n'en laisser aucune trace (1). Nous ne sommes pas de l'avis du respectable ministre genevois. Un système pour lequel ont combattu ou combattent encore des hommes tels que Buffon,Lamarck, Treviranus, Tiedemann, J. Muller, Burdach et Bérard, est loin d'être, non pas anéanti, mais seulement énervé par deux savants, au talent desquels nous rendons hommage, mais qui sont loin d'avoir acquis

(1) ^É^EBiER, Ébauche de l'histoire des êtres organisés avant leur fécondation, p. 8, dans les Expériences pour servir à l'histoire de la génération, par Spallanzani.

rillustration de ceux qu'on peut leur opposer (1).

Et, quoiqu'on puisse ranger Burdach parmi les plus énergiques partisans de la génération spontanée, ce .

savant prétend cependant que celle-ci ne peut être ni '

réfutée, ni démontrée directement d'une manière complète. Mais nous, nous pensons que le moment est enfin arrivé où l'observation directe peut éclaircir quelques points de la question ; et que s'il n'en était pas ainsi, la solution rationnelle pourrait même acquérir toute la certitude possible. Il peut en être de l'hétérogénie comme de certains phénomènes physiques, qui, quoique inaccessibles à nos sens, n'en subissent pas moins la plus stricte démonstration à l'aide d'expériences ou d'observations indirectes, que viennent élucider toutes les ressources de l'intelligence.

Dans nos diverses observations, le microscope, par ses admirables perfectionnements, en centuplant nos sens, nous initie aux confidences du Créateur ; et l'intelligence, en venant à son aide, étend indéfiniment ses mystérieuses révélations. Ainsi s'eclaircissent ces sublimes et presque incompréhensibles lois qui président à l'organisation de la matière. Et c'est cet instrument que nous allons actuellement appeler à notre

(1) BuFFON, Suppléments à l'histoire naturelle. Deux-Ponts, 1786, t. II.

Lamauck, Physiologie zoologique. Paris, 1809.

Treviuaîsus, Biologie. Gœttingue, 1802.

TiEHEMANN, Pkijsiologie de l'homme. Paris, 1831.

J. MuLLER, Manuel de p%sio/o(/îé?, traduit de rallemand, par

A. J. L. Jourdan. Paris, 1851.

Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. 1. Bérard, Cours de physiologie. Paris, 1848.

aide pour explorer tout ce que la question possède de points tangibles.

Phénomènes catalytiques. — On peut considérer comme une loi fondamentale, que des phénomènes de fermentation ou de dédoublement catalytiques précèdent ou accompagnent toute génération spontanée.

Il est curieux de voir que ceci avait déjà été soupçonné par quelques anciens alchimistes. Après avoir divisé en deux sections la production des êtres organisés : ceux qui naissent spontanément, sine arte, et ceux qui sont le produit de Tart. qim fit arte, nempè alchymiam, Paracelse entrevoit déjà, dans son chapitre De gfe?ie?'a^fo/ii6î/5 rerum, quelle est l'influence du mouvement putrescible des corps sur la génération, car là il s'exprime ainsi : Nampulrefactio est supremus gradus et primiim inUiiim ad generationem . Puis il ajoute : Putrefactio aiitem inithim siiiim snmit ex humido calore (1).

En effet, les organismes ne se produisent qu'à même ia nature expirante, et au moment oii les éléments des êtres sur lesquels ils s'engendrent entrent dans de nouvelles combinaisons chimiques, et éprouvent tous les phénomènes de la fermentation ou de la putréfaction. Van Helmont était dans une voie assez rationnelle , lorsque , alliant ses idées de spiritualiste à ses doctrines alchimiques, il disait qu'à Taide d'un ferment, l'archée peut organiser la matière directement et spontanément (1).

(1) Paracelse, Chap. De generationibus rerum naturalium, t. VI» p. 201.

[{) Van Helmont^ Ortus medicinœ. Amstel., 1648.

Il résulte de là qu'il ne se manifeste de générations primaires, qu'après que les corps dont elles dérivent commencent à subir les premiers phénomènes de décomposition ; comme si, pour s'organiser, les êtres nouveaux attendaient la désagrégation des autres, afin de s'emparer des molécules de la substance expirante, à mesure qu'elles se trouvent mises en liberté. 11 est évident que l'organisme ne puise ses éléments matériels qu'à même les cadavres des anciennes générations. Aussi Liebig a-t-il pu dire que le même atome de carbone, qui fait partie des fibres du cœur d'un certain homme, a pu, autrefois, appartenir au cœur de l'un de ses ancêtres; et que les atomes d'azote de notre cerveau, peuvent provenir de l'encéphale d'un Égyptien ou d'un nègre (1). Oken avait déjà dit que le corps des animaux n'était qu'un édifice de Monades, s' élevant aux dépens de la putréfaction, qui ne représente qu'une désagrégation de Monades (2).

Bremser envisage sous un point de vue nouveau les phénomènes qui se manifestent pendant la décomsition des organismes morts et la production de ceux qui leur succèdent. Il considère ce double mouvement comme une fermentation particulière , dans laquelle chaque particule se désagrège de l'être en décomposition, pour entrer ensuite dans de nouvelles combinaisons organiques. Mais, selon ce savant, ces particules que le chimiste considère comme absolument mortes, jouissent d'une vitalité latente, susceptible de

(i) J. LiEBiG, Nouvelles lettres sur la chimie. Paris, 1852, p. 7. (2) Oken, Lehrbuch der Naturphilosophie. léna, 1831.

se manifester aussitôt qu'elles rentrent dans quelque organisme nouveau. D'après lui, il y a même une immense différence, entre les corps absolument morts, tels que les particules minérales, et les corps simplement privés de vie, tels que les débris organiques. Durant toutes nos opérations, aucune production animée ne peut apparaître dans les premiers, tandis que les autres en produisent constamment (1).

Aux diverses époques géologiques, selon Bremser, durant les grandes réactions qui s'opéraient à la surface de la terre, la matière et ce principe suprême qu'il appelle esprit, se combinaient diversement en produisant des êtres nouveaux, dont l'organisation se trouvait en rapport direct avec la masse en fermentation.

L'illustre médecin, dont rien n'arrête les hautes pensées, transforme ainsi le globe en un vaste laboratoire de l'organisation, dans lequel, au moment où les cataclysmes faisaient table rase des anciennes créations, de nouvelles précipitations comblaient le vide,

(1) ((Le corps mort, dit Bremser, est composé de substances toutes différentes que celui qui est organisé, et que les parties qui en proviennent après sa mort. Les corps morts se laissent aussi bien dissoudre et décomposer que les corps privés de vie. Quelques corps morts, comme par exemple les métaux, se laissent même transformer dans des états sous lesquels on peut à peine deviner leur état primitif; mais, par des procédés chimiques, on peut de nouveau les réduire et les ramener à cet état primitif. Des corps organisés, privés de vie, se laissent également décomposer par l'art dans leurs substances originelles, mais jamais un chimiste n'a réussi à rendre ensuite à un corps organisé et décomposé sa structure véritable et primitive. » Bremser, Op. cit., p. 84.

en fournissant des races déplus en plus perfectionnées.

Poursuivant audacieusement son sujet, Bremser exhume les révélations du passé et suppute l'avenir ; et. en voyant qu'à chaque époque de la nature, l'esprit tend à révéler sa suprématie et à dominer la matière, il s'exprime ainsi dans une belle page que nous ne pouvons résister au plaisir de reproduire textuellement :

« Les animaux de la première création, dit-il, ne pouvaient pas être si parfaits que ceux delà dernière. Dans la première, l'esprit était encore trop enchaîné à la matière, et ce n'est qu'après s'être débarrassé de cette dernière, non propice à l'animalisation, qu'il pouvait agir plus librement et parvenir enfin à gouverner l'existence corporelle de l'organisation à laquelle il est adhérent, car l'homme, animé par l'esprit, veut, et sa volonté est une loi pour la matière. Cette assertion souffre cependant quelquefois des exceptions ; mais alors l'esprit demande plus que la matière ne peut faire, et nous devons également considérer que l'homme n'est pas un pur esprit^ mais seulement un esprit borné par la matière de différentes manières. En un mot, l'homme n'est pas un Dieu ; mais malgré la captivité de l'esprit dans sa corporéité, celui-ci est déjà assez libre en lui pour qu'il s'aperçoive qu'il est gouverné par un esprit plus élevé que le sien, c'està-dire par un Dieu. Pouvoir ou plutôt devoir comprendre, cela est ce qui forme la différence entre l'homme et les animaux... Il est encore à présumer, dit Bremser, dans la supposition qu'il y aurait une nouvelle précipitation, que des êtres beaucoup plus parfaits que ceux qui ont été le résultat des précé-

dentés seraient créés. L'esprit dans l'homme est à la matière dans la proportion de 30 à 50, avec de légères différences en plus ou en moins, car c'est (an tôt l'esprit et tantôt la matière qui domine. Dans une création subséquente, si celle quia formé l'homme n'est pas la dernière, il y aurait apparemment des organisations oii l'esprit agirait plus librement et où il serait dans la proportion de 75 à 25. Il résulte de cette considération que l'homme a été formé comme tel à l'époque la plus passive de l'existence de notre terre. L'homme est un triste moyen terme entre l'animal et l'ange ; il tend aux connaissances élevées et ne peut pas y atteindre ; quoique nos philosophes modernes le croient quelquefois, cela n'est réellement pas. »

Ce qu'il y a de certain , c'est que le mouvement putrescible est si indispensable à chaque manifestation génésique que toute production organique cesse de se former aussitôt qu'on l'arrêie. Dans nos laboratoires nous remarquons même constamment que l'eau dans laquelle se produisent des Microzoaires, subit des modifications dans sa composition chimique. Burdach l'a fait observer avec raison (1), et, avant lui, Gruithuisen avait même considéré ce phénomène comme devant être une espèce particulière de fermentation (2).

Certains savants considèrent la fermentation, ou la résolution des molécules organiques complexes en combinaisons plus simples, comme étant due à l'appa-

(1) Burdach^ Traité de physiologie. Paris, 1837, t. H, p 122.

(2) Gruithuisen, fietira^e zur Physiognosis, p. 116, 107. — Idées «iirlaphysiognosie.

rition de certains organismes inférieurs (1). Yirey a rappelé que le père Kircher avait émis une opinion analogue (2).

La putréfaction, en désagrégeant plus rapidement l'organisme que ne le fait la fermentation, agit encore d'une manière plus énergique sur l'hétérogénie. Les molécules organiques composées qu'elle met en liberté entrent bien vite dans d'autres combinaisons : ainsi une recrudescence de vitalité tire sa source de phénomènes d'un ordre absolument opposé. La putréfaction, non-seulement dégage les molécules qui vont s'assimiler primairement à l'organisme, mais aussi, elle est ultérieurement pour celui-ci une source incessante de nutrition, puisque la plupart des aliments des animaux sont extraits des substances putrescicibles (3).

Il ne serait pas déraisonnable de penser que les premiers phénomènes génésiques doivent peut-être leur manifestation à des conditions chimiques nouvelles, qui surgissent à certaines époques, soit dans les animaux, soit dans les plantes. Liebig en avouant que nous ne savons pas faire une distinction nette entre les effets des forces vitales (4), ne nous autorise-t-il pas

(1) Liebig dit : « On sait^ en effet, par l'analyse microscopique, que la lie et la levure se composent de petits globules souvent réunis sous forme de chapelet, qui possèdent les caractères des cellules végétales vivantes, et ressemblent beaucoup à certaines plantes inférieures, à des champignons, ou à des algues. » Nouv. lett. sur la chimie, p. 29.

(2) ViREY, Dict. se. méd.^ article Fermentation, t. XV.

(3) Liebig, Nouvelles lettres sur la chimie. Paris, 1852, p. 24.

(4) Ibid., p. 40.

à émettre cette idée ; et cette opinion ne trouve-t-elie pas une certaine force dans ces nombreuses légions d'organismes, qui apparaissent dans les corps en putréfaction, ou dans ceux dont les ovules surgissent périodiquement sous l'influence des saisons?

La présence d'un corps qui, en se décomposant, produise de l'azote, semble une indispensable condition de l'hétérogénie ; et si, dans beaucoup de leurs expériences, certains pliysiologistes ont obtenu des résultats négatifs, c'est presque toujours parce qu'ils avaient préliminairement entravé le mouvement putrescible dans les substances qu'ils employaient. M. Morren, depuis longtemps, a fait connaître combien ce gaz est indispensable à la vie des Microzoaires de tous les ordres ; il a même reconnu que quand il manque, ces animaux deviennent immobiles et passent à une sorte de vie simplement végétative (1). M. Laurent prétend même qu'en donnant aux înfusoires un supplément d'azote, il déterminait chez eux un accroissement extraordinaire (2).

Cette importance de l'azote nous paraît non douteuse. — Il semble, en effet, que pour les Microzoaires, sa présence est peut-être un élément indispensable et que ceux-ci l'emploient, en quelque sorte, à l'état naissant: c'est pourquoi T effervescence génésique se manifeste plus amplement dans les corps

(1) Morren, Expériences sur l'absorption de V azote par les animalcules et les algues. — Ann. se. nat., Zoologie. 1854, t. I, p. 339.

(2) P. Laurent, Études physiologiques sur les animalcules des infusions végétales. Nancy, 1854, t. I.

Si A HÉTÉROGÉNIE.

abandonnés à la fermentation putride, où l'azote se produit avec abondance, que dans ceux qui ne subissent qu'une simple fermentation. Ce produit est aussi susceptible de leur fournir cet élément, puisque des végétaux simplement recouverts d'eau aérée, en fermentant, dégagent de l'azote, de l'acide carbonique et de l'hydrogène carboné (1).

Phénomènes de réorganisation. — D'après Lamarck, la génération directe ne consisterait que dans la transformation de petites masses gélatineuses ou muqueuses en tissu cellulaire ; à remplir de fluides divers les cellules qui se forment ; et enfin à les vivifier en mettant les fluides contenus en mouvement à l'aide du stimulus vital (2).

L'idée du grand zoologiste, comme on le voit, était fort simple, mais nous pensons que Ton peut fouiller la question un peu plus avant, ainsi que nous allons actuellement essayer de le faire.

Il y a des molécules inertes, comme il y a des molécules organiques ; les unes et les autres sont régies par d'invariables lois. A l'aide de forces particulières, qui, comme tant d'autres, nous sont inconnues (3) les

{]) Trè^ard, Traité de chimie. Paris, 1815. t. III, p. 410.

(2) Lamarck, Philosophie zoologique, Paris, 1809, 1. 1, p. 373.

(3) Que nous a expliqué Newton en disant : « La gravitation est Tattraction vers le centre de la terre? Quelle est la cause de celte attraction? Peut-être que les grands corps attirent les petits; bien : mais quelle est la cause que le plus grand attire le plus petit? Personne ne peut l'expliquer, et personne ne le comprendra aussi longtemps que notre esprit sera captivé par notre corporéité; mais nous le saurons quand cette tension élevée de l'esprit, ce que nous appelons dans le sens strict esprit ou intelligencey aura quitté la matière. » Bremser, toc. cit.^ p. 87.

molécules minérales s'agrègent avec ordre et se cristallisent sous des formes identiques ; à l'aide d'autres forces, non moins obscures, les molécules organiques se groupent pour composer des êtres vivants déterminés. Lorsqu'une force a désagrégé les molécules d'un minéral, on ne trouve pas singulier que dans des circonstances différentes, ces mêmes molécules reconstituent leurs cristaux. Serait-il donc si étrange que des molécules organiques, qui ont aussi leur mode d'association déterminé, s'organisassent lorsqu'elles se rencontrent dans la modalité de leur attraction sensitive? Si nous ne pouvons pas, nous, reconstituer des organismes dans nos laboratoires, cela ne dit pas que la nature ne peut pas le faire dans le sien !

Les chimistes ayant reconnu l'existence de molécules organiques complexes (1), et les médecins en ayant démontré empiriquement la présence, par la transmission des miasmes et des principes contagieux (2), il n'est pas douteux que ce ne soient ces molécules, mises en liberté par la putréfaction, qui entrent dans de nouvelles combinaisons pour former les organismes incréés.

Dans ceux-ci, chaque molécule organique primaire possède indubitablement deux éléments, l'un matériel et l'autre vital ; sans cela le phénomène de la conti-

(J) Comp. LiEBiG, Nouvelles lettres sur la chimie. Paris, 1852, p. 25.

(2) Comp. Lancîsi, De noxiis paludum effluviis. Rornse, \1S1.

Platner, Dissertatio de pestiferis aquarum putrescentium expirationibus. Leipsig^ 1747.

Nacquart, Dictionnaire des sciences médicales. Paris, 1819, t. XXXUI, p. 353.

nuelle rénovation des tissus vivants serait absolument inexplicable. On ne peut attribuer ce mouvement incessant de l'organisme à la puissance de ses appareils. La preuve qu'il n'en existe aucun pour l'opérer, c'est qu'au moment où ses premiers linéaments commencent à poindre , il ne se produit d'abord qu'une trame microscopique, et celle-ci, par conséquent, ne peut être que le résultat des affinités moléculaires; nul organe achevé ne pouvant alors diriger, avec suprématie, le mouvement vital. îl n'y a donc évidemment là qu'une action intime de molécule à molécule. Si les molécules se sont assimilées d'abord par leur propre force, dès l'origine de la vie, doivent-elles, par la suite, perdre cette propriété?

Les plus hardis penseurs de notre époque, qui ont systématiquement soutenu l'hypothèse de la spontéparilé, n'entendent plus, aujourd'hui, que les corps organisés émanent directement de matériaux inorganiques, mais qu'ils se produisent à même des éléments dissociés, qui ont précédemment subi l'influence vitale ou au moins en partie. Nous avons déjà vu qu'une telle opinion était professée par Treviranus, Tiedemann, Burdach, Bremser et J. Muller (1).

Ainsi donc, sous l'empire de la fermentation ou de la putréfaction, les corps organisés se décomposent et dissocient leurs molécules organiques; puis, après

(1) Treviranus, Biologie. Gœttingue, 1802^ t, 11^ p, 267, elc.

TiEDEMANN, Physiologie de l'homme. Paris, 1831, 1. 1, p. 100, etc.

Bremser, Traité des vers intestinaux. Paris, 1824.

BuRDAcn, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. I.

J. Muller, Manuel de physiologie. Paris, 1851, t. I, p. 9.

avoir erré en liberté pendant un temps illimité, lorsque les circonstances plastiques viennent à se mani fester, ces molécules se groupent de nouveau pour constituer un nouvel être. Aussi, Burdach a-t-il pu dire que, dans la nature, il n'y a que deux formes primordiales essentielles de toute activité biologique : celle dans laquelle le multiple procède de l'unité : et celle dans laquelle le multiple retourne à l'unité. Notre théorie, ajoute-t-il, a donc pour axiome que la nature est la manifestation de l'infini dans le fini (1).

Mais la force agissante qui opère et qui crée, ne façonne parfois que des êtres d'une extrême simplicité. De là, il nous semble que c'est avec raison que M. Raspail dit que le type de l'être organisé peut se réduire, dans sa plus simple expression, à une vésicule imperforée, douée delà propriété d'élaborer, au profit de son développement , les substances gazeuses et liquides qu'elle attire dans son sein par aspiration ; et de rejeter par expiration ceux des éléments décomposés qui ne peuvent servir à l'assimilation (l).En effet, certains êtres rudimentaires, tels que les globules du sang et quelques Monades, ne semblent composés que d'une cellule élémentaire.

Depuis bien des siècles, l'hétérogénie, cette question d'un ordre si élevé, a passionné tous les philosophes. Admise par la plupart d'entre eux, beaucoup cependant se sont révoltés avec colère contre elle. Il semblait à ceux-ci qu'il était de la plus inexplicable folie qu'on pût admettre qu'il soit possible à la matière

(i) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. U, p. 332. (2) Raspail, Nouveau système de chimie organique, Paris, 1838.

amorphe, d'engendrer des êtres organisés d'un ordre élevé. Il leur semblait que toutes les molécules matérielles ne pouvaient jamais se rencontrer dans le mode de combinaison voulu pour produire une œuvre aussi capitale qu'un lion ou qu'un palmier. Je dois me hâter de répeter que je partage largement leur manière de voir sur ce sujet, mais que ce n'est nullement là que réside la question. Pour la résoudre, il faut se reporter au point initial de V organisation , alors tout se simplifie et se comprend. Nous n'avons plus à nous occuper si par d'incommensurables combinaisons, des molécules se sont groupées pour former de gigantesques êtres, tels que le hon et le palmier, mais seulement si , sous l'empire d'une force initiale, quelques molécules se sont rencontrées pour engendrer un ovule imperceplihle, presque un point mathématique!

A l'origine des créations, il ne faut par chercher Vêtre, mais uniquement la force génésique, car c'est elle seule qui d'abord se révèle, et qui, selon son énergie, détermine la modalité spécifique. Et cette force initiale, se manifeste généralement avec d'autant plus de profusion que le produit qui doit en découler est moins élevé: l'étroit canal sexuel d'un Ascaride donne naissance à des milliards de vermicules, et le volumineux ovaire d'une cavale ne laisse tomber qu'un seul fœtus. Faites, si vous voulez, dériver cette force initiale de l'incessante action de la nature ou admettez qu'elle émane de la puissance créatrice, il n'en est pas moins vrai qu'elle apparaît partout et dans tout. C'est elle qui se manifeste tantôt au milieu de

la substance de l'ovaire , tantôt parmi ces amas de matières organiques répandus à la surface du globe.

Personne ne conteste cette mystérieuse puissance, mais il existe seulement de nombreuses dissidences, à l'égard de son mode d'action, de son énergie et du nom sous lequel on doit la désigner. Ces détails nous importent peu ; ce qu'il y a seulement d'essentiel pour nous, c'est que par intuition chacun reconnaît le doigt de cet immatériel agent. Qu'on le nomme âme, avec Stahl (1 ) ; arcliée, avec Van Helmont (2) ; nisiis formativiis, avecBarthez {3) i force plastique, awec d'autres : que ce soit ce que Bichat désigne sous le nom de force vitale (4); que cet agent soit simple, comme le pense Adelon, ou multiple comme le veut Gerdy (5), tout cela nous est absolument indifférent; ce qu'il y a d'incontesté, c'est que tout le monde convient de son existence. Nous nous bornons à constater que pour tous les physiologistes, c'est l'élément coordonnateur des divers actes de la vie, et que celle-ci cesse aussitôt qu'il abandonne l'organisme.

Ceci posé nettement, j'espère que l'on conviendra que cette force plastique, ce nisus formativus est en quelque sorte le noyau immatériel qui préside aux

(1) Stahl, Disquisitio de mechanismt et organismi diversitate.

(2) Van Helmont, Ortus medicinœ. Amsterdam.

(3) Bap.thez, Nouveaux éléments de la science de l'homme. 177s.

(4) Bichat, Recherches 'physiologiques sur la vie et la mort. Paris, 1818.

(o) Adelon, Physiologie de l'homme.

Gerdy, Physiologie philosophique des sensations et de l'intelligence. Paris, 1846.

premiers actes de la vie, et que les premiers atomes de l'organisme sont déjà groupés et animés par lui, car sans cela il faudrait se disputer sans fin sur le moment où Tagent immatériel, appelé à dominer toutes les mutations de la matière, a fait son irruption dans celle-ci. Si le principe vital ne présidait pas au groupement des premières molécules de l'organisme, il faudrait aussi qu'il y eût deux sortes d'existences pour le même être ; Tune simplement abandonnée aux lois de la matière, et l'autre qui serait régie par le principe vital ; cela devient impossible.

11 faut donc qu'à leur origine, les organes et la force vitale soient étroitement unis ensemble, et que par la suite ils se développent parallèlement.

Or ce iiisiis formativiis ^ dont Faction est toujours coordonnée à la nature de la gangue au milieu de laquelle il opère, sous la pression de ses lois intimes, dans l'ovaire des êtres créés, n'engendre que des êtres semblables à eux ; ailleurs, dans les substances en putréfaction, il ne produit que quelques animalcules microscopiques.

En terminant ce sujet, nous ne pouvons cependant pas omettre de dire que quelques savants absolument adonnés aux sciences physiques, considèrent l'hypothèse d'une force vitale, comme n'étant rien moins que logique: telle est en particulier l'opinion de Lehmann. Mais ce chimiste, à quelques lignes de l'endroit où il émet cette opinion, semble lui-même la réfuter en rappelant que l'on n'est autorisé à admettre une force nouvelle, une cause générale pour expliquer un

ensemble de phénomènes, que lorsqu'on a bien reconnu que tous ces phénomènes sont inexplicables par toutes les autres causes connues (1). C'est là précisément, selon nous, le cas des phénomènes organiques, et personne ne le contestera (2).

Nous l'avons dit précédemment, ce sont les prétentions exclusives des écoles qui ont entraîné leur naufrage. Nous rendons un hommage mérité à la science de notre époque, car c'est elle qui doit lui imprimer sa plus éclatante et sa plus solide gloire. Les Lavoisier, les Laplace, les Monge, les Gay-Lussac, les Davy, les Arago ont rempli le monde de leurs immenses travaux; mais il ne faut pas que, dans leur enivrement, leurs successeurs prétendent encore avoir sondé fous les confins de l'inconnu, soulevé tous les voiles de l'organisme. Nous ne voulons subir ni le joug du spirituahsme exagéré, ni celui du matérialisme plus ou moins ingénieusement déguisé : nous demandons seulement que l'on restitue à l'organisme sa véritable dignité, sa suprématie; et nous ne voulons pas pour cela que l'on exhume de chimériques entités pour expliquer d'inexplicables phénomènes, mais qu'on reconnaisse une force organique distincte des forces purement physiques, cette force enfin que tout nous révèle sur chaque feuillet de la création.

En traçant le tableau des facultés intellectuelles,

( 1 ) Lehmann, Précis de chimie physiologique animale. Pari?, 1 855, p. 297.

(2) Lehmann ne le conteste pas lui-même, car il avoue que Ton ne connaît pas encore assez les phénomènes physiques pour pouvoir le faire. (P. 297.)

l'un des chefs de la philosophie allemande a pu dire : Penser, c'est créer,

c'est édifier dans le monde immatériel, intangible.

Pour compléter l'esquisse des attributs de l'organisme, le physiologiste peut ajouter :

Vivre, c'est s'organiser,

c'est édifier, c'est créer un être sensible aux dépens du monde tangible et matériel. Et je n'ajoute pas que c'est en même temps se désorganiser, parce que les phénomènes de décomposition rentrent peut-être dans le cadre de ceux qui tiennent partiellement aux réactions physiques':

De tout ce que l'on vient de lire dans ce chapitre, il résulte ce qui suit :

D'abord, que la fermentation et la putréfaction doivent être considérées comme presque indispensables à la manifestation des générations spontanées.

Ensuite, que la force plastique, dans de certaines limites, s'exerce aussi bien au niiheu des substances organiques en décomposition que dans le tissu de l'ovaire.

Et enfin, que les générations spontanées dérivent aussi d'ovules, qui, à leur point initial, sont d'une petitesse extrême. Et que les molécules y sont groupées sous l'empire de deux forces.

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