SECTION 11. — PHÉNOMÈNES PRIMAIRES. FORMATIO N DE LA PELLICULE
PROLIGÈRE.
Nous avons vu, dans la première section, que l'apparition des Proto-organismes était toujours précédée
par des phénomènes de fermentation ou de putréfaction, qui, en désagrégeant les molécules organiques, préparent ainsi la voie aux nouvelles combinaisons génésiques dans lesquelles celles-ci doivent entrer. Il résulte de là, ainsi que l'ont déjà fait remarquer Wrisberg et J. Mûller, que la formation des animalcules dans les macérations, est précédée d'un déo^agement de gaz divers produits par la décomposition des substances que l'on a employées (i).
Bientôt après la manifestation de ce phénomène, on reconnaît qu'il se forme à la surface des liquides en expérience une pellicule d'abord inapparenle et que le microscope discerne à peine; puis celle-ci s'épaissit successivement, et finit même parfois par devenir assez tenace. Cette pellicule est évidemment composée par des débris d'animalcules, d'abord de l'ordre le plus infime, et ensuite, par ceux d'espèces de plus en plus élevées dans la série des Microzoaires. C'est cette mince pseudo-membrane que j'ai nommée pellicule proligère, parce qu'il est évident que c'est elle qui, à l'instar d'un ovaire improvisé, produit les animalcules. On peut y suivre leur développement à l'aide de nos instruments et reconnaître qu'ils s'engendrent à môme les débris organiques dont elle se compose.
Les Protozoaires qui forment d'abord la pellicule prohgère sont des Monades, des Bactériums et des Vibrions, et chacun de ces animalcules lui donne un
(1) Wrisberg, Observationum de animalculis infusoriis natura. Gottingue, 1765, p. 85.
J. MuLLER, Manuel de 'physiologie. Paris, 1851, t. I, p. 16.
aspect particulier. Comment ces animalcules sont-ils produits? d'où viennent-ils? c'est ce que nous ne pouvons dire, leur extrême petitesse les dérobant à toute espèce d'investigation. Mais plus tard apparaissent les Paramécies, les Vorticelles^ les Kérones, les Kolpodes, dont on peut reconnaître l'origine ; et qui, eux, après s'être formés à même les débris organiques des animalcules qui les précèdent, contribuent ensuite, après leur mort, à augmenter l'épaisseur de la pseudo-membrane, et à lui donner un nouvel aspect.
Valentin prétend que la pellicule de la surface des infusions n'est que le résultat des réactions chimiques qui se manifestent dans les substances que l'on a employées, et que ce n'est qu'après que cette pseudo-membrane est apparue que l'on voit naître les premières générations d'animalcules (1). Je m'étonne que Valentin, qui est un des plus profonds observateurs de notre époque, se soit mépris à cet égard. La pellicule proligère , au contraire, est constamment formée, dès son origine, par d'infimes Microzoaires ; et l'erreur vient de ce que l'illustre successeur de Haller n'a fait attention qu'à la seconde génération , celle ^des grands animalcules, qui, eux, s'engendrent à même le détritus des petits.
La pellicule proligère étant constamment formée par les cadavres des animalcules dont les générations se sont succédé, doit présenter des caractères assez
(1) Valentin, Additions à Burdach. De la modalité de Théte'rogénie. Physiologie, Paris, 1838, 1. Il, p. 123.
variés, et c'est ce qui a lieu en effet. Bien plus, les débris des Microzoaires s'y conservent parfois d'une si complète manière, que souvent, longtemps après leur mort, on les y reconnaît encore parfaitement. Ceci nous a permis de distinguer bien nettement quatre sortes de membranes qui ont des caractères très-tranchés, et que nous décrirons ci-après ; ce sont : la pellicule proligère granulée ; la pellicule enchevêtrée; la pellicule pseudo-cellulaire et la pellicule mixte.
1° Pellicule proligère granulée. — Cette pellicule est évidemment formée par des cadavres de Monades ou de Bactériums, c'est la plus élémentaire qu'il soit possible d'observer. Voici comment elle se développe dans les macérations que l'on a pris le soin d'abriter sous des cloches, afin d'éviter qu'il ne s'y mêle quelques-uns des corpuscules que l'atmosphère tient constamment en suspension.
Dans l'origine, la matière organisable est à l'état de dissolution complète dans les liquides qui la renferment, et le microscope le plus perfectionné n'y démontre absolument rien (1). Ce n'est qu'après un certain temps de repos, quinze à vingt heui'es seulement, si la température est élevée^ et sous l'influence de l'air et de la chaleur, qu'on voit apparaître à leur surface des corpuscules ou molécules microscopiques, sphéroïdes, d'une petitesse extrême , et qui semblent absolument privés d'organisation. Ces corpuscules restent plongés dans la plus profonde immobilité,
(I) J. MuLLER, Manuel de physiologie, traduit de Tallemand;, par A. J. L. Jourdan. Deuxième édition. Paris, 1851, t. I, p. 6.
a56 HÉTÉROGÉNIE.
comme s'ils se trouvaient enchaînés à distance. Cette immobilité est même, selon nous, un caractère fondamental qui les dislingue des molécules inorganiques. Et quand plus tard ces corpuscules s'animeront, leurs oscillations seront tout à fait différentes de celles qu'a observées M. Brown sur les particules inertes. C'est là la transition de la matière inerte vers la matière animée; c'est là la plus simple expression des particules organisatrices venant de s'échapper des corps en décomposition; c'est là entîn ce que nous nommons molécules primaires immobiles.
Ces granules ou corpuscules globulaires, comme les appelle Tiedemann, doivent être, selon lui, considérés comme la forme élémentaire des corps organisés et comme les dernières molécules organiques douées de formes distinctes que l'on puisse apercevoir en eux (1).
Le lendemain, des phénomènes d'un ordre opposé se manifestent dans la macération : à l'immobilité de la veille succède une agitation particulière. Les molécules organiques, sans avoir grossi en apparence et encore tellement ténues que les plus forts microscopes ne tes font apparaître que sous la forme de pointes qu'on distingue à peine, s'agitent de côté et d'autre et sont toutes animées de mouvements que l'on ne peut méconnaître. C'est lorsqu'elles sont sous cet état que nous leur donnons ce nom de molécules primaires mobiles.
Ce mouvement intime des molécules organiques,
(1) Treviranus, Traité de physiologie de l'homme. Paris, 1851, t.l, p. H9.
observé par nous, avait déjà été reconnu par 0. F. Millier et par iM. Dumas (1).
J. Muller et M. Dujardin ont essayé de réfuter ce phénomène, en prétendant que c'est au mouvement brownien qu'il faut rapporter les indices de motilité observés par les deux savants que nous venons de citer (2) ; mais c'est à tort.
Le mouvement qu'offrent les molécules primaires devenues animées ne ressemble même nullement au mouvement brownien. Dans leurs mouvements, ces molécules ne semblent enchaînées par aucune attraction réciproque, et elles sont animées d'une force qui leur est inhérente et leur permet de franchir de si grands espaces, comparativement à leur volume, qu'elles traversent parfois tout le champ du microscope.
Le mouvement brownien est tout différent. Dans celui-ci toutes les molécules s'agitent dans une sphère limitée, et jamais elles n'en sortent; elles semblent enchaînées les unes aux autres par une puissance attractive, et ne varient nullement dans leurs rapports respectifs. Un œil exercé distingue très-bien cela avec le microscope ordinaire ; mais on le prouve, sans réplique, à l'aide du microscope solaire. L'image d'un certain nombre de molécules de fer, de laque ou d'indigo étant projetée sur un tableau blanc, je place sur
(1) 0. F. Muller, Jnim. in fus.
Dumas, Dictionnaire classique d'histoire naturelle. Paris, 1825, t. VII, p. 221. Ann. des sciences naturelles.
(2) J. Muller, Manuel de physiologie. Paris, 1851, p. 7. Dujardin, Histoire naturelle des infusoires. Paris, 1841, p. 93.
quatre ou cinq d'entre elles des aiguilles fines ^ et je reconnais que ces molécules s'agitent en tous sens, se rapprochent ou s'éloignent entre elles, mais que jamais elles n'abandonnent le lieu où elles siégeaient primitivement, et où se trouve enfoncée la pointe de l'aiguille. On a sous les yeux, qu'on me permette cette comparaison parce qu'elle est d'une exactitude parfaite, une espèce de contredanse microscopique dans laquelle les sujets, après s'être agités diversement, reviennent toujours à leur place. Au contraire, quand il s'agit d'animalcules infiniment petits, jamais ceux-ci ne retournent à l'endroit d'où ils sont partis. J'insiste sur ce point parce que, depuis qu'il a été découvert, le mouvement brownien a souvent été mal interprété par les physiologistes et a donné lieu à une foule d'erreurs.
Pour nous, ces molécules primaires mobiles ne sont autre chose que des Monades de la plus petite espèce, le Monas termo, MuU. et le Monas crepiisculum ^ Ehr., qu'on a d'abord aperçus encore inanimés, et qui, avec le temps, ont enfin revêtu le caractère le plus tranché de l'animalité. Et si sous leur premier état nous les appelons molécules immobiles, c'est tout simplement pour exprimer cette phase indécise de l'organisation où un être ne jouit pas encore de ses attributions distinctives; car un animal ne peut résulter que d'une réunion de molécules, et ce nom n'est là employé que pour donner l'idée de leur agglomération et de leur infinie petitesse. La vie de ces Monades est de courte durée. Quelques heures seulement leur suffisent pour en parcourir toutes les phases; et lorsqu'elles sont mor-
tes, leurs corps constituent autant de granulations entassées, qui forment la pellicule que nous nommons pellicule proligère granulée, à cause de son aspect.
M. Pineau (1) a bien reconnu l'apparilion de ces animalcules, mais il a eu tort en prétendant que c'était la substance organique des infusions qui se transformait elle-même, par voie de division, en granulations qui acquéraient, par degrés, les caractères de l'animalité, et formaient autant de Monades.
Bory de Saint-Yincent, en suivant pas à pas l'organisation de la matière, a signalé aussi des phénomènes analogues à ceux que nous venons de décrire. Il dit, avec raison, qu'au moment où le liquide commence à se troubler à sa surface, celle-ci est occupée par des globules sphériques, infiniment petits, animés d'un mouvement incessant, et auxquels il donne le nom de matière agissante (2). Ce sont, selon lui, ces globules que 0. F. Mûller a figurés sous le nom de Monas termo, au nombre des Infusoires (3). Selon Bory, chaque molécule de cette matière représente une individuaHté, jouissant d'une vie propre, mais qu'elle peut perdre en se groupant avec d'autres molécules identiques pour contribuer à la production d'un être
(1) J. Pineau, Recherches sur le développement des animalcules infusoires. Ann. se, nat. Zoologie, 1845, t. 111, p. 183.
(2) BoR\ DE Saint-Vincent, Dict. classique d'histoire naturelle, Paris, 1826, t. X, p. 260, dit que ces globules sont d'une telle petitesse que leur volume n'équivaut pas, après un grossissement de mille fois, à celui du trou que Ton ferait dans une feuille de papier avec une aiguille extrêmement déliée.
(3) 0. F. Muller, Encyclopédie méthodique. Paris, 1791, pi. I,
tig. i.
plus élevé. Nous verrons plus loin que cette idée est exacte; mais, comme nous venons de le dire, chaque molécule animée n'en représente pas moins un animalcule.
D'autres fois, au lieu de Monades, ce sont desBactériums qui forment uniquement la pellicule proligère. D'abord on en distingue très-peu à la surface du liquide; puis ensuite d'autres apparaissent. D'abord, aussi, ils sont tous immobiles; mais bientôt leurs mouvements deviennent sensibles, et souvent en vingt-quatre heures, leur vie s'est totalement écoulée et l'on ne rencontre plus après que leurs cadavres excessivement lassés et formant une pseudo -membrane vermiculée. J'ai souvent vu des pellicules uniquement composées par le Bacteriumarticulatum, Ehr.; quelquefois aussi il s'y mêle des Monades.
2° Pellicule proligère enchevêtrée. — Mais, la majeure partie du temps, lorsque la température est élevée, la pseudo-membrane se produit par un procédé qui diffère de celui dont il a été question dans la section précédente. On voit tout d'un coup la surface du hquide se peupler d'une immense quantité de longs Vibrions qui s'enchevêtrent ensemble en mourant, et forment une pellicule plus ou moins tenace. Voici^ce qui se passe alors.
Dans ce cas, le rôle principal de la formation de cette pseudo-membrane est confié à deux très-longs Vibrions, qui ne me paraissent avoir été décrits par aucun auteur. J'ai nommé l'un d'eux Vibrion granifère, à cause de sa structure, et l'autre Vibrion lisse.
Le Vibrion granifère, Vibiio granifer offre une
taille peu commune parmi ses congénères : sa longueur atteint souvent 0,0560 de millimètre; il est parfaitement cylindrique dans toute sa longueur et obtus à ses deux extrémités. Son corps est incolore, hyalin, transparent, et presque constamment l'intérieur en est occupé par huit granules, ce qui me donna d'abord l'idée de le nommer Vibrio oclopunctatiis ; uiRh parfois aussi on n'y en compte que quatre, et d'autres fois il n y en a que deux ou même qu'un seul. La disposition de ces granules offre une certaine régularité; ils sont toujours groupés deux à deux. Un groupe de deux est placé vers l'une des extrémités, et un groupe de deux autres vers l'autre extrémité ; les quatre granules qui restentsont, au contraire, situés vers le milieu du corps et ramassés deux à deux, en laissant un certain intervalle entre leurs deux groupes.
Ce Vibrion a une natation élégante, absolument analogue à celle de l'anguille commune, seulement un peu plus lente et moins tortueuse. On le voit parfois faire de grands efforts pour traverser certains endroits d'un abord difficile, et quand il ne peut réussir à s'y enfoncer, il rétrograde en nageant en arrière. Plus les Vibrions granifères sont longs, plus ils nagent gracieusement. Ils semblent parfois se multiplier par scission; je dis parfois, car d'abord on les voit tous apparaître brusquement en ayant toute leur longueur. Quand cela a lieu, la scission se fait entre les deux groupes de granules situés vers le milieu du corps. Alors la natation n'est plus onduleuse : elle ressemble aux mouvements anguleux qu'auraient deux ba-
guettes raides, articulées chacune ensemble par l'une de leurs extrémités : les inflexions sont considérables comme si les deux portions faisaient de mutuels efforts pour se séparer, se briser, à un endroit déjà étranglé.
La durée de la vie du Vibrion granifère est peu considérable. Souvent on le voit apparaître dans les macérations vingt-quatre heures après qu'elles ont été commencées. Il s'y agite pendant vingt ou vingtquatre heures, et après ce laps de temps écoulé, il a généralement accompli le cycle entier de son existence. Nés presque tous à la même heure, presque tous succombent en même temps et viennent, en mourant, s'enchevêtrer et former un véritable canevas à la surface de l'eau.
Ni 0. F.Mûller(i),niEhrenberg(2),ni Dujardin(3), ni enfin Diesing (4), qui n'admet que les espèces des deux premiers naturalistes, ne me semblent avoir décrit le Vibrion queje mentionne. 0. F. Mûller ne cite
(l) 0. F. MuLLER, A7iiTnalcula infusona fluviatilia et marina' Hauniœ, i786.
(2} Ehreisberg, Die infusionsthierchen, etc. Leipzig, 1838.
(3) DujARDiN, Histoire naturelle des infusoires. Paris.
(4) DiEsiiNG, Systema helminthum. Vindobonae, 1850. La description du vibrio prolifer.Ehv. que donne cet auteur, semblerait s'en rapprocher : Syntherium cylindricum, crassum, flexuosum, utrinque rotundatum corpusculis ad 8, ovatis, hyalinis, distinctis. Mais la figure d'Ehrenberg, qu'il indique, ne s'y rapporte nullement, pas plus que la description. [Infus. 81. tab. 5, 8.) Elirenberg ne parle aucunement, dans sa description, des huit corpuscules mentionnés par M. Diesing. Il le décrit ainsi : Vibrio bacillis validioribus abbreviatis^ hyalinis^ motu lento {lexuosis, distincte articulatis. M. Diesing a mentionné k tort comme des granulations, les huit nodosités moniliformes qu'offre la figure d'Ehrenberg.
aucune espèce qui puisse même en être rapprochée. Son Vibrio bipunclatus est évidemment fort analogue aux fragments de notre espèce; mais ce n'est assurément pas de .ceux-ci qu'il est question dans l'œuvre de ce zoologiste, car, en parlant de son animalcule, il dit qu'il le découvrit in aqua marina posl quatuor septimanas, au moment où elle exhalait une odeur excessivement fétide (1), tandis que le nôtre vient dans l'eau douce, dans laquelle ont seulement macéré, une vingtaine d'heures, quelques substances végétales.
Le Vibrion lisse, Vibrio levis, Pouch. , doit le nom que je lui ai donné à son corps allongé et tout à fait lisse. Ce Vibrion est certainement aplati, ce qui se distingue nettement quand il nage. Il est excessivement long et atteint jusqu'à 0,0840 de millimètre de longueur, ce qui m'avait d'abord porté à lui donner le nom de Vibrion gigantesque. Son diamètre est de 0,0014 de millimètre; sa natation est très-élégante, anguilloïde.
Le Vibrion granifère semble précéder un peu l'apparition du Vibrion lisse. Il arrive un moment où l'on trouve encore dans les macérations de nombreux représentants du dernier, tandis que l'autre n'offre çà et là que quelques individus entiers et languissants, et une foule de fragments ou de granules, répandus dans le liquide, qui n'en sont que les débris. De place en place même, ces granules forment parfois des îlots colorés en jaune, composés de grains très-distincts, placés dans les lacunes de l'enchevêtrement des Vi-
(1) 0. F. MuLLER, Animalcula infusoria fluviatilia et marina. Hauniae, 1786, p. 52, pi. YII, fig. \.
brions lisses, comme si, dans certaines circonstances, le corps du Vibrion granifère, après la mort, se dissolvait en laissant ses granules libres, tandis que le corps du Vibrion lisse reste indécomposé un certain temps pour former le primitif canevas de la membrane proligère.
La pellicule proligère enchevêtrée est formée principalement à l'aide des deux Vibrions que nous venons de décrire. A cet effet, ils s'entassent en se mêlant, soit séparément, soit ensemble, en se feutrant, pour parler exactement; et c'est ainsi qu'ils donnent naissance à cette pellicule qui, au microscope, ressemble au tissu d'une toile d'araignée. Celle-ci, à cause de sa nature, est plus solide, plus résistante que celle qui est simplement composée de débris de Monades. La pellicule enchevêtrée est parfois presque uniquement formée par le Vibrion granifère qui est resté entier; d'autres fois, par le Vibrion lisse; parfois aussi elle est constituée par ces deux espèces, et dans l'intervalle de leurs mailles on voit des corpuscules qui ne sont que des vestiges de petits Vibrions, de Monades ou de Bactériums, qui ont vécu en même temps que les longs Vibrions qui composent essentiellement le canevas de la pseudo-membrane.
En voyant ainsi les Vibrions composer par leurs débris inanimés une sorte de sol à même lequel vont à leur tour se former des Microzoaires d'un ordre plus élevé, nous pourrions, à l'exemple de M. W. Burnett, supposer que ces Vibrions ne sont que des végétaux primaires (1), et les considérer comme des créait) w. BuRNETT, The family oj Vihrioma (Ehrenberg) ?<of Ani-
FORMATION DE LA PELLÏCLLE PROLIGERE. 365
tures d'essai destinées à nourrir les animalcules qui vont leur succéder. Mais il est évident que ces Vibrions sont parfaitement des animaux, quoi qu'en ait dit le savant Américain.
3" Pellicule proligère pseudo-cellulaire. — Parfois aussi, lorsque les générations de Monades et de Vibrions se sont anéanties et que des Microzoaires d'un ordre plus élevé sont apparus, ceux-ci, en mourant, ajoutent leurs débris à la mince pellicule précédemment formée par de plus infimes animalcules. Je dis parfois, car, dans certaines circonstances, ces Microzoaires, en expirant, se dissolvent complètement dans le fluide qui les contient; phénomène dont nous parlerons plus loin. Mais celui-ci, que l'on regarde comme un fait général, est peut-être plus commun sous la pression qu'éprouvent les Microzoaires, durant nos observations, qu'il ne l'est dans la nature. Ce que je sais, c'est que souvent j'ai vu que quand nos macérations étaient anciennes et que la pellicule était très-épaisse, pultacée, on reconnaissait évidemment que presque toute l'épaisseur de cette pseudo-membrane était le résultat d'amas de corps de Kolpodes ou de Monades volumineuses, dont les cadavres s'étaient entassés en mourant et avaient pu se conserver mutuellement.
Des expériences conduites avec délicatesse démontrent cela bien évidemment. Si l'on prend une pellicule épaisse dans une macération où se sont succédé plusieurs générations de Kolpodes, et qu'on la com-
mals, but Plants. — Proceedings of (he American association for Ihe advancement of science, 1851.
prime très légèrement, bientôt on reconnaîtra qu'elle est composée d'espèces d'utricules, qui ne sont autre chose queles cadavres de ces animalcules, à l'intérieur desquels on distingue parfois même encore les estomacs. La micrométrie ne permet aucune erreur à ce sujet.
Si l'on comprime un peu plus la pellicule proligère, quoique fort légèrement encore, les corps tassés l'un contre l'autre prennent l'aspect d'un tissu cellulaire végétal, même assez régulier, ce qui est produit par la pression réciproque des animalcules morts.
Lorsque cette pellicule pseudo-cellulaire a été formée par la Monade lentille, cette espèce étant globuleuse et plus petite, l'apparence cellulaire est beaucoup plus régulière et imite des cellules beaucoup plus fines. ■ Combien de temps des cadavres de Kolpodes ou de grosses Monades peuvent-ils se conserver sans trop se déformer, pour engendrer ainsi une pseudo-membrane? C'est ce que je ne pourrais dire au juste. Mais je crois que les Monades se conservent facilement cinq à six jours. L'enveloppe cutanée des Kolpodes me paraît durer beaucoup moins, mais leurs estomacs au contraire sont parfois assez tenaces, et ce sont eux qui ont été dans quelques circonstances pris pour de petits Kystes.
Lorsque l'on rencontre des pellicules proligères formées par des corps de gros animalcules, ceux-ci ont toujours été excessivement nombreux et entassés dans la macération, où ils semblent parfois s'être étouffés par leur extrême multiplication.
4° Pellicule proligère mixte. — Nous appelons
ainsi les pellicules proligôres qui sont à la fois composées par les divers éléments qui entrent dans les espèces de pseudo-membranes dont nous venons d'étudier la formation.
On rencontre, à la rigueur, assez communément cette sorte de pellicule que nous appelons mixte, car souvent aux Vibrions on voit se joindre des Monades et d'autres animalcules; mais cependant, si une espèce est tranchée et si une sorte d'animalcule en prédominant, donne à la pellicule un caractère spécial, nous préférons la désigner sous l'un des noms précédents.
Enfin, lorsque ce sont des végétaux qui apparaissent à la surface des macérations, on voit un autre ordre de phénomènes se présenter. La pseudo-membrane proligère est alors presque uniquement formée par l'enchevêtrement des mycéhums des champignons rudimentaires qu'on observe à sa surface, etsouvent cette pseudo-membrane prend alors une épaisseur fort remarquable et offre une résistance qu'il faut une certaine force pour vaincre. On pourrait donc ajouter à ce qui précède qu'il y a une pellicule proligère cryptogamique ; mais celle-ci, par son aspect microscopique, doit rentrer dans la catégorie des pellicules enchevêtrées. C'est ainsi que souvent la surface de l'urine qui s'altère se couvre d'une pellicule extrêmement épaisse, coriace, qui est formée par le mycélium du Pénicillium glaucum, Link. qui y abonde ordinairement.
SECTION m. — PHÉNOMÈNES SECONDAIRES. APPARITION DE l'ovuLE SPONTANÉ DANS LA PELLICULE PROLIGÈRE. PREMIERS GRANULES VITELLINS.
En comparant attentivement les phénomènes génésiques qui se manifestent successivement lors de l'apparition des ovules spontanés et des ovules ovariques, je ne vois pas la moindre différence enire eux, sinon que les uns résultent de la concentration des molécules organiques du stroma de l'ovaire, tandis que les autres sont produits par celle des molécules organiques de la pellicule proligère. Et si, par la suite, il y a une différence fondamentale entre les deux corps engendrés, elle est à l'avantage de celui qui naît spontanément, car l'œuf ovarique, pour continuer son évolution, a ordinairement besoin d'être fécondé, tandis que l'œuf spontané, élevé à une plus grande puissance biologique, parcourt toutes ses phases sans nul stimulant nouveau.
Bory Saint-Vincent avait déjà parfaitement senti que, durant leurs premières phases génésiques, tous les êtres organisés se ressemblent par leur extrême simplicité. Il est une époque de l'existence, dit-il, où tout être vivant, quels que soient sa taille et le rôle qu'il joue sur le globe, n'est qu'un animalcule (1). Nous, nous n'entendons pas par là que l'être traverse successivement les formes des Microzoaires, bien loin s'en faut, mais qu'au moment où les premières molécules se groupent dans la substance ovarique ou dans la
(1) BoRY Saint-Vincent,. Dictionnaire classique d'histoire naturelle. Paiis, 1820, t. X, p. 534.
membrane proligère pour former l'ovule, tout s'y passe absolument de même.
M. Dumas, dans des observations semblables aux noires, mais faites sur des macérations de viande, a vu se développer des phénomènes absolument analogues à ceux que nous allons bientôt décrire. Selon cet illustre savant, voici comment les infusoires surgiraient spontanément dans la matière organique. «Que l'on place, dit-il, un fragment de chair animale ou d'une matière analogue dans de l'eau et que l'on abandonne le mélange à lui-même, on observera bientôt, au moyen du microscope, une foule de petits globules dans le liquide, et l'on pourra se convaincre aisément que chacun d'eux est doué d'un mouvement spontané, qu'il paraît peu capable de diriger et qui ressemble assez, mais avec beaucoup moins de précision, aux oscillations de la lentille d'un pendule.
« Le diamètre de ces petits êtres, qui paraissent propres à réaliser la haute pensée des molécules organiques de Buffon, est absolument semblable à celui des globules élémentaires qui constituent la fibre musculaire. Ils sont par conséquent aussi petits que les plus petites particules organiques qu'il nous ait été permis d'observer encore, et cependant ils jouissent du mouvement volontaire ou au moins d'un mouvement spontané, fonction qui semble indiquer une organisation déjà compliquée. »
Cette observation nous montre la matière organisée morte désagrégeant ses éléments en une infinité d'être animés, dont chacun ne semble que l'un de ses
F'orcriEr. 2*
globules élémentaires. «En continuant l'observation, on aperçoit bientôt, ajoute M. Dumas, deux de ces globules mouvants s' accolant l'un à l'autre, de manière à produire un être nouveau plus gros, plus agile et capable de mouvements mieux déterminés que ceux que l'on observe dans les simples globules. Ce composé binaire ne tarde pas à attirer à lui un troisième globule, qui tiendra se réunir aux précédents et se souder intimement lavec eux. Enfin un quatrième et un cinquième et bientôt trente ou quarante se trouveront accolés et constitueront un animal unique, doué de mouvements puissants, énergiques, et muni d'appareils locomoteurs plus ou moins compliqués ; enfin, un être dont l'organisation sagement calculée, repousse au premier abord toute idée d'une génération aussi simple que celle dont on vient d'offrir l'histoire (1). »
Nous ne venons ici que soutenir et développer les doctrines analogues à celles qu'a professées l'illustre chimiste. Seulement nous pouvons le faire, nous le pensons, avec la précision que l'on doit attendre de la marche ascendante de l'expérimentation et du perfectionnement des instruments que nous offre notre époque.
Semblable à certaines forces physiques, la puissance vitale paraît diffusément répandue dans toute la matière organique, où elle n'attend que quelque circonstance déterminée pour concentrer son action et produire de nouveaux êtres. Yoici pourquoi Timpor-
(It Dumas. Dictionnaire classique d'histoire naturelle, Paris, 1825, t. VII, p. 194.
tance de ceux-ci est toujours en raison proportionnelle de la masse en fermentation.
Les premières piiases génésiques d'une Monade ou d'un Mammifère offrent la même simplicité. La force plastique se manifeste sur un point quelconque de la matière et comme un centre vitaly coerce quelques molécules organiques ; et c'est de son degré de tension que dérive l'importance de l'être qui va suri^ir. îl n'y a pas là d'atomes formant d'impossibles combinaisons sous l'empire du hasard, mais l'influence dominatrice d'une force spéciale, rassemblant successivement toutes les particules du nouveau produit situées à sa portée, et centuplant son action à mesure que celui-ci s'organise et se développe.
C'était cette primitive origine qu'il fallait comparer; tout y est identique, car c'est une puissance absolument similaire qui préside à la genèse de tous les animaux, seulement elle varie selon son intensité et son siège. Là, en s'épanchant avec surabondance elle nous livre toutes les magnificences de la série zoologique; ici, tout à fait débile, elle n'aboutit qu'à engendrer ses plus infimes représentants. Mais, quoi qu'il en soit, au début, comme le dirait Geoffroy Saint-Hilaire, il y a unité de composition et unité de plan (1) ; et ce n'est même qu'en passant par divers états transitoires que les êtres élevés parviennent à acquérir leur perfection organique. Les travaux des naturalistes l'ont mis hors de doute (2).
(1) E. Geoffroy Saint-Hilaire^ Principes de philosophie zoologique. Paris, iS'SO, p. 59.
(2) Comp. E. Geoffroy Saikt-Hilaiiœ, Principes de philoso^
37 2 HÉTÉROGEME.
Les plus délicates observations microscopiques révèlent que tous les êtres vivants, à leur plus infime origine, ne résultent d'abord que d'un simple groupement de quelques molécules; et que ce n'est que plus tard que celles-ci augmentent et forment un sphéroïde à la surface duquel l'organisation se manifeste. Bremser en était arrivé de vive force d'intelligence à cette conclusion (1); Carus y fut conduit après de graves supputations anatomiques (2).
Voici la série de phénomènes qu'on voit successivement apparaître. Lorsque la pellicule proligère est parfaitement liomogène, et que ses granulations sont uniquement formées de cadavres de Monades crépusculaires ou de Monades termes, le premier indice de genèse que peut apercevoir l'observateur consiste en de petits amas de ces granules qui se forment de place en place dans cette membrane, et à distances à peu près égales. Ces amas sont simplement dus au groupement ou à la concentration des granules qui environnaient le centre vital, comme si celui-ci les avait attirés à lui aux dépens de ceux de sa circonférence. Il en résulte que ce premier indice d'ovule, car c'en est un en effet, présente des granulations un peu plus serrées que la pellicule proligère elle-même, et que
phie zoologique. — Serres, Recherches d'anatomie transcendante. Paris, 18*^3. — Dugès, Mémoire sur la conformité organique dans l'échelle animale. Paris, 1832. — Traité de physiologie comparée. Montpellier, 1833, t. 111, p. 408.
(1) Bremser, Traité zoologique et physiologique des vers intestinaux de lliomme. Paris, 1824, p. 81.
(2) Carus, Traité élémentaire d'anatomie comparée. Paris, 1835, t. ni, p. 20.
fout autour de cet amas central il y a, au contraire, une zone un peu plus claire et très-large. Cette zone, dont les limites ne sont point nettement circonscrites , forme dans la pellicule autant de cercles clairs que l'on a d'ovules en voie de formation sous le champ du microscope. Mais tout est encore confondu avec la pellicule proligère durant ce premier effort organisateur. Ces amas de granules constituent les premiers granules \itellins de l'ovule du Microzoaire (1).
L'histologie des Microzoaires est venue confirmer un fait remarquable que nous avions déjà signalé dans le développement des Mollusques; c'est que les premiers linéaments de l'animalité se recrutent à l'aide des débris d'une génération qui vient d'expirer. Nous avions reconnu qu'avant la segmentation du vitellus des Lymnées, celui-ci était rempli d'animalcules dont l'agitation incessante ne pouvait être confondue avec le mouvement Brownien (2), L'œuf des Microzoaires se forme lui-même de molécules qui ne sont évidemment que les cadavres des Monades et parfois des Vibrions qui l'ont précédé et qui forment la pellicule proligère.
Les granules élémentaires dont nous voyons le groupement constituer les plus infîmes linéaments de l'embryon, composent la base.de tous les tissus et de tous les fluides de l'organisme. Beaucoup do savants,
(1) Voyez la planche ii , tig. 1, où Ton représente ce premier indice d'ovule.
(2) PoucHET, Annales françaises et étrangères d'anatomie et de physiologie. Paris, 1838, t. II, p. 2o3.
374 HÉTÉROGÉME.
tels que Swammerdam (1), C. F. Wolf (2), C. R. Treviranus (3) , Sprengel (4), L. C. Treviranus (5), Link (6), Rudolphi (7), J. F. Meckel (8), et Tiedemann (9) en ont démontré la présence dans les embryons des plantes et des animaux.
Ce n'est qu'en se reportant à l'origine des phénomènes de la génération normale et de la spontéparité qu'on se met à même de bien juger la question. L'histologie nous démontre évidemment que, chez un grand nombre d'animaux de toutes les classes, les premiers linéaments des ovules n'ont nulle adhérence avec l'appareil maternel qui les produit, et que ces ovules, sous l'empire d'une force spéciale, se forment au milieu d'un fluide granuleux sécrété dans les cavités de cet appareil. Là ces ovules, primitivement constitués par le groupement d'un certain nombre de granules, restent flottants pendant un certain temps au milieu de ceux-ci. R. Wagner a fort bien représenté cela chez le lapin ; Dugès le mentionne chez certains insectes (10). L'ovule s'est donc formé au mi-
(1) SwAMMERDAM, Bibi anattiTCB. p. 817.
(2) Wolf, Theoria generationis^ t. Il, p. 2-16.
(3) Treviranus, Biologie, 1. 111.
(4) Sprengel, Von clem Bau und der Natur der Geivœchse. Halle, 1812.
(5) L. C. Treviranus, Beitrœge zur Pflanzenphysiologie, p. 1.
(6) Link, Grundlehren der Anatomie und Physiologie der Fflanzen, p. 29.
(7) Rudolphi, Anatomie der Pflanzen, p. 27.
(8) Meckel, Vergleichende Anatomie, t. I, p. 40.
(9) TiEDKMAîNN, Traité de physiologie de lliominc^ Paris, 1831, t. 1, p. 119.
(10) R. Wagner, Icônes physiologicœ, lab. ii, tig. 8. — Dugès,
APPARITION DE l' OVULE SPONTANÉ. 375
lieu d'un fluide qui avait été sécrété par l'ovaire; et cet ovule, n'ayant aucune connexion avec la mère, ne peut en être considéré comme une expansion anatomique. Ce n'est donc qu'un produit qui, par sa propre force plastique, s'est organisé au milieu d'un fluide, ainsi que l'affinité chimique produit un cristal dans une solution saline. Cette force organique est si bien inhérente aux ovules que ceux qui cheminent dans un longoviducte, grossissent souvent dans le trajet avant d'être pondus et avant l'annexion de leurs enveloppes adventives.
Or, si la production d'un ovule dans la génération normale est indépendante de la mère et dérive des réactions d'un simple fluide sécrété, on ne voit pas pourquoi certaines macérations abondantes en molécules organiques ne pourraient pas aussi produire des Protozoaires.
Plus tard il existe encore une analogie frappante entre le développement de l'ovule spontané et celui de l'ovule des animaux. On peut s'en convaincre en compulsant les travaux et les planches des zoologistes qui se sont occupés de l'évolution de ceux-ci. En suivant les magnifiques figures qu'a données Nelson, sur le développement de V Ascaris mystax, il semble que l'on assiste à l'apparition d'un ovule spontané dans sa pellicule proligère (1). C'est le même mode de groupement des granules vitellins ; c'est la même nuance
Traité de physiologie comparée. Montpellier, 1839, t. 111, p. 303.
(1) Nelson, The reproduction of the ascaris mysfax. Phil. trans., i852, ni. xxviii, lig. 48, 49, 50, ;iJ.
claire qui isole raggloraéralioii centrale; ce sont les mêmes granulations; il ne manque à Tovule du Microzoaire que l'apparition de la vésicule germinative; elle y existe peut-être, mais trop exiguë , on ne l'aperçoit pas. L'ovule primaire des Microzoaires., au moment où il apparaît, offre aussi le même aspect que celui d'un grand nombre de mollusques, ainsi que j'ai eu l'occasion de le reconnaître sur les huîtres, les anodontes, les lymnées ; il ressemble absolument à celui de V Unio pictorwn y qu'a figuré M. Lacaze-Dutbiers dans son travail sur les organes génilaux des acéphales (1). Il n'otTre aussi nulle différence avec celui des pectinibranches, fort bien représenté par MM. Koren et Danielssen dans leurs recherches sur le développement de ces mollusques (2) , et avec ceux des annélides que M. de Quatrefages a fait figurer dans ses travaux sur l'embryogénie de ces animaux (3).
L'œuf primaire des Microzoaires suit aussi, en se développant, absolument les mêmes phases que l'on observe dans celui des poissons lorsqu'il apparaît dans lestroma des lames ovigères. On peut le voir en comparant ce que nous venons de dire avec les recherches de M. LerebouUet sur les œufs de la Perche flu-
(1) Lacaze-Dutihers, Recherches sur les organes génitaux des acéphales lamellibranches. — Ann. se. nat.. zoologie, i854, t. II, p. loi), pi. vii, fig. 6.
(2) J. RoREN et D. Damklssen, Recherchea sur le dévelo}ypement des pectinibranches. — Ann. se. nat., zoologik, 1853, t. XiX, p. 80, pi. XIX, fig. 2.'
(3) De Quatrefages, Études embrijogéniques. — J7in. se. nul. Zoologik, 1848, t. X, pi. ni, fig. 3.
vialile, et celles de M. Dufossé sur le Serran (1).
Lorsque la vie vient de s'éteindre dans un corps organisé et que la fermentation s'en empare et désagrège ses divers éléments, on ne nie pas là l'intervention d'une force spéciale, d'un véritable élément désorganisateur dont l'essence intime nous échappe, mais dont les grossiers phénomènes de dédoublement nous contraignent cependant d'admettre la présence. Pourquoi donc n'existerait-il pas aussi une force capable de grouper les molécules qu'une autre disperse à son gré? S'il en existe une pour diviser, n'est-il pas rationnel qu'il en existe une autre pour concentrer? L'une brise, l'autre édifie; Tune est la force centrifuge qui disperse, l'autre est la force centripète qui rassemble; l'équilibre réside au milieu.
L'observation des phénomènes biologiques rend incontestable l'existence de ces forces opposées : s'il n'en était pas ainsi , la raison les admettrait en présence de l'harmonieux ensemble de la création. Ceci étant reconnu, on se demande s'il n'est pas plus extraordinaire de voir la force plastique mouler un gros œuf d'oiseau à même les molécules d'un ovaire, que de la voir former un ovule microscopique d'Infusoire, dans un amas de granules organiques.
Je m'attends bien qu'on m'objectera que l'ovule émis par l'oiseau provient d'un appareil spécial, et
(1) Lereboullet, Embryologie comparée Je la perche, du brochet et de l'écrevisse. — Annales des sciences naturelles, zoologie, 1854, t. I^ p. 239. — Dufossé, De V hermaphrodisme chez certains vertébrés. — Ann. se. nat , zoologie, 18o(3, t. V, p. 295.
que celui-ci émet un produit semblable à la mère dont il dérive. Celte objection, pour le premier chef, n'aurait de valeur que si l'animal façonnait son œuf; et pour nous, celui-ci, loin d'être son œuvre, se forme de lui-même par une force qui est telle que, loin de la mère, elle opère encore des actes bien autrement importants que ceux qui s'accomplissent dans son sein. Le produit est semblable à la mère, c'est évident; il serait bien plus étrange qu'il ne le fût pas. De l'appareil maternel émane une force dynamique qui reproduit le type originaire, chaque être, comme l'a dit Dugès, ayant ses affinités moléculaires spéciales (Ij. Au sein des molécules organiques libres, des forces différentes travaillent avec moins d'ampleur, mais guidées par des lois non moins sévères. Là aussi la nature ne subit aucun écart ; ses produits ne varient plus selon la nature de l'espèce, mais selon celle des substances en fermentation, selon leur abondance, leur température, etc.
Ainsi donc, pour nous, l'ovaire est le siège d'une force génésique indépendante, dérivant d'un concours de circonstances; et les matières organiques peuvent être le siège d'une force analogue.
Dans tout ce qui précède, comme on vient de le voir, nous reconnaissons que la genèse des ovules spontanés, dans la pellicule prohgère, est absolument analogue à celle de l'ovule normal dans l'ovaire. Et si plus tard l'ovule spontané continue son évolution sans le concours de la fécondation, c'est encore là un
(t) Dugès, Traité de physiologie comparée. Montpellier, 1831', t. lll,p. 38i.
APPARITION DE l'oVULE SPONTANÉ. 3 79
fait que l'on sait aujourd'hui se présenter parfois dans la série zoologique. En effet, il est quelques insectes et quelques crustacés dont on n'a jamais trouvé les mâles, et d'autres dont les femelles n'ont jamais subi les approches de celui-ci, et qui pourtant produisent des œufs féconds. Léon Dufour n'a jamais pu rencontrer de mâles du Diplolepis gallœ tinctoriœ, parmi les nombreuses femelles qui s'échappaient des noix de galle qu'il possédait dans son laboratoire, et qui déjà, lorsqu'elles en sortaient, avaient leurs œufs fort développés (1). A l'appui de ce fait, après avoir observé neuf à dix mille individus du Cynips divisa^ et trois à quatre mille du Cynips folii, Hartig affirme qu'il y a vingt-huit espèces du genre Cynips qui n'ont point de mâle. Il a même toujours vu que la femelle du dernier de ces hyménoptères , immédiatement après sa sortie de la galle, se mettait à pondre ses œufs (2). On ne connaît encore que les femelles de VApus cancriformis (3). A. Brongniart n'a pas pu trouver les mâles de la Limnadia Gigas (4). Jurine et ceuxquil'ont suivi, n'ont encore jamais rencontré que des individus femelles du Polyphemiis oculus (5). Vogt
(1) Léon Dufour, Recherches anatomiques et physiologiques sur les orthoptères, les hyménoptères et les névroptères. — Mém. de l'Acad. des sciences; Savants étrangers, 1841, t. VII, p. 527.
(2) S. Hartig, Zweiter Nachtrag zur Ngturgeschichte der Gailwespen, ou Germar's Zettsch. f. die Ëntomol. 1843, Bd. 4, p. 397.
(3) Comp. SiEBOLD, Manuel d'anatomie comparée. Paris, 1848, p. 39o, note 8.
(4) A. Brongniart, Mémoire sur la Limnadie. — Mém. du Mm. d'hist. nat., 1820, t. VI, p. 89.
(o) Jurine, Histoire des Monocles qui se trouvent aux environs de Genève. 1820, p. 146.
affirme avoir observé le fractionnement d'œufs de Firole qui n'avaient point été fécondés (I), Enfin, dans un assez récent mémoire sur la génération de quelques Lépidoptères dont on ne connaît point les mâles, Siebold dit qu'il pense que Tancienne hypothèse que les œufs, pour se développer, ont besoin d'être fécondés par le mâle, a reçu de graves atteintes (2).
C'est à cette production d'œufs féconds, émis par des femelles qui n'ont subi le contact d'aucun mâle, à cette véritable Lncina sine conciibitu, que l'illustre R. Owen a donné le nom de Parthénogenèse (3). C'est un phénomène analogue que nous voyons se produire dans les ovules engendrés spontanément dans les macérations, et qui ensuite continuent leur évolution sans fécondation et par une espèce de Parthénogenèse.
SECTION IV. — PHÉNOMÈNES TERTIAIRES. ENKYSTEMENT GÉNÉSIQUE DE l'ovule SPONTANÉ OU FORMATION DU ClIOUION.
Peu de temps après que s'est effectué le groupement des premières molécules de l'ovule, et que celui-ci s'est ainsi révélé dans la pellicule proligère, on voit apparaître un autre ordre de phénomènes biologi(jues, indice de plus en plus évident de l'œuvre incessante qui se poursuit. Après une vingtaine d'heures, et parfois moins, selon la température, le
(1) VoGT, Bilder aus dem Thierleben. 1852, p. 2)7.
(2) SiKBOLD, Wahrc Parthenogenesis, etc. — Rechprches sur la ParthénofjPnésie proprement dite, chez les Lépidoptères et les abeilles. — Analyse, Ann. se. nat., iSSô, zoologie, i. VI, p. 193.
(3) R Ow'iN^ On Parthenogenesis or the successive production of individuaJs from a seng'e oviim. J8i9.
ENKYSTEMENT GÉNÉSIQUE DE l/oVLLE. 38 i
nouveau produit opère sa délimitation. L'ovule qui n'était précédemment circonscrit que par nne limite indécise, a désormais sa forme, et représente une sphère parfaitement distincte, dans laquelle les granules qui formaient précédemment un amas centrai, sesontdisséminés d'une manière à peu près uniforme.
Dans la Paramécie que nous avons particulièrement observée, à ce moment, cet ovule devient même partout d'une teinte plus claire que la pellicule proligère, et les granules qu'il contient, les granules vitellins, sont assez inégaux. PI. lï, fig. 2.
Dans l'origine, la membrane externe ne s'aperçoit nullement, et l'ovule, quoique ayant acquis sa forme, semble encore adhérer par toute sa surface à la pellicule dans laquelle il est né. Ce n'est que plus tard, et souvent après vingt-quatre heures, que la membrane enveloppante se forme et se distingue, et que l'ovule semble tout à fait circonscrit et libre d'adhérence. Cette membrane est d'abord fort mince et absolument incolore; mais ensuite, chez certains Microzoaires, elle acquiert une épaisseur assez notable, et souvent alors elle se colore d'une teinte violette très-claire. La partie externe de cette membrane est ordinairement unie et constamment dépourvue de cils. Mais chez certains Microzoaires, où elle devient avec le temps extrêmement épaisse, en dehors, elle semble chiffonnée. C'est cette délimitation à l'aide d'une membrane protectrice compacte, que l'on a parfois nommée enkystement.
Ce dernier acte a été, selon nous, l'objet d'une assez grande confusion de la part des micrographes. Ils
ont pensé qu'il y avait là un enkystement d'individus adultes, et que ceux-ci formaient de cette manière une sorte de coque, comme font certains insectes en se métamorphosant. Nous verrons plus tard que lorsque des Microzoaires s'enkystent réellement, c'est chez eux un phénomène morbide, une espèce de préparatif de mort, et nous distinguerons facilement l'enkystement génésique de ce véritable enkystement sépulcral, avec lequel on l'a confondu.
Voici les mesures micrométriques des ovules que nous avons observés. Chez les fortes espèces de Microzoaires le diamètre de l'ovule est de 0,0280 à 0,0560 de miUimètre. Chez les Paramécies, nous lui avons souvent trouvé 0,0420 de millimètre. Chez d'autres, telles que les Monades de forte espèce, ces ovules n'ont que 0,0095 de milhmètre de diamètre.
La membrane qui circonscrit l'ovule a elle-même une épaisseur fort variable. Chez les Paramécies, elle est souvent fort mince et n'a que 0,0014 de millimètre d'épaisseur; mais chez d'autres Microzoaires elle acquiert une épaisseur qui s'élève de 0,0028 de millimètre à 0,0056. Tantôt, quoique épaisse, elle forme une zone transparente, et tantôt elle est colorée; de manière que Ton est réellement fort embarrassé sur le nom par lequel on doit la désigner, et sur ses véritables rapports biologiques. Quand cette membrane est épaisse et translucide, on serait tenté de lui donner le nom de zone transparente, que de Baër a imposé à la tunique de l'œuf des mammifères, à laquelle elle ressemble beaucoup; ou celui de Cho-
ENKYSTOIE>T GÉNÉSIQIE DE l' OVULE. 383
rion, que R. Wagner lui donne; car, si dans l'origine cette membrane est transparente, parfois aussi, vers l'époque de la sortie de l'embryon, quand elle se colore d'une façon assez intense et que sa surface devient ridée, elle semble mériter cette dernière dénomination (1). Krause et Valentin considèrent cette enveloppe comme étant de nature albumineuse chez les mammifères (2) ; son aspect, absolument identique chez certains Microzoaires, pourrait faire soupçonner qu'elle y offre aussi cette composition.
Ce sont surtout sur les œufs des Vorticelles, que le chorion offre une épaisseur si remarquable. Dans ceux du plus fort diamètre, sur lesquels cette enveloppe extrêmement développée offre 0,0056 de millimètre d'épaisseur et présente une teinte violette, elle semble formée de deux couches distinctes : l'une interne plus pâle et homogène ; l'antre extérieure lamelleuse, chiffonnée et d'un violet plus foncé.
Ce sont ces œufs protégés par un chorion épais que MM. Stein, Pineau et d'autres ont considérés comme n'étant que des enkystements (o), ou des espèces de cocons selon M. Gros (4), sous lesquels l'animal
(1) Baer, De oii mammalium et hominis genesi, p. 9. — R. Wagner , Histoire de la génération et du développement. Bruxelles, 1841, p. 40.
(2) Krause, Muller's archiv.^Nkvmii^, Repertorium, t. III,
(3) Stein, Recherches sur le développement des vorticelles. — Ann. des se. ?îat. Zoologie, 1842, t. XVlll. — Pineau, Observations sur les animalcules infusoires. — Ann. se. nat. Zoologie, 1848.
(4) Gros, De la génération primitive ascendante facultative contingente des infusoires poly gastriques. 1855. Mém. prés, à Tlnst.
384 HÉTÉROGÉME.
opérait toutes ces extraordinaires métamorphoses que, dans ces derniers temps, on a prêtées aux Microzoaires. Je dis extraordinaires métamorphoses, parce que s'il est constant que ces animalcules subissent en se développant de notables mutations, ils sont loin d'offrir cette véritable fantasmagorie de formes qu'on leur a prèlée.
La membrane vitelline, admise dans les mammifères par W. Jones, Barry, Wagner et J. Muller, et qui y est si difficile à distinguer (1), existe aussi chez les Microzoaires, et y contient le vitellus, à n en pas douter; mais celui-ci remplissant toujours l'œuf, cette membrane ne peut être aperçue.
Les œufs que nous avons observés sont absolument distincts des boules que forment, dit M. Haime, les Trichodes pendant leurs métamorphoses. On n'aperçoit nullement à leur surface les vestiges des cils qu'y a figurés cet auteur, ni la disposition intérieure qu'il signale (2). Enfin, les ovules que nous décrivons ne peuvent appartenir à la métamorphose d'aucun de ces animaux, puisqu'ils apparaissent avant qu'aucun d'eux ne se soit montré. Ces boules ne seraientelles pas un état morbide, que nous décrirons plus loin
{{) Warthon Jones, London and Edinburgh phUosophicnl magazine. 1835, t. VIL p. 209. — Bxrrs , Fhilosophical Transact. 1838. — Wagnei!, Histoire de la génération et du développement. Bruxelles, 1841, p. 40-49. — J. Muller, Manuel de physiologie. Paris, 1851, T. II, p. 621.
(2) J. Haime. Observations sur les métamorphoses et sur l'organisation de la Trichoda lynceus. Ann. se. nat. 1853, Zoologie, t. XIX, pi. vi^fig. 11, 12.
GYRATION DU VITELLUS. 385
sur les Paramécies? Je dois avouer que je n'ai aucune opinion à cet égard, n'en ayant jamais observé.
Section v. — phénomènes quaternaires, gyration du vitellus. punctum saliens. mouvements embryonnaires.
Peu de temps après que le chorion a complètement enkysté l'ovule, on voit l'embryon se former: ses mouvements gyratoires, les pulsations du punclum saliens, et enfin ses mouvements instinctifs décèlent manifestement sa présence sous l'enveloppe de l'œuf. Dans les Paramécies, ces indices se manifestent de vingt-quatre à quarante-huit heures après l'achèvement de la délimitation de l'ovule.
Le mouvement gyraloire s'établit généralement peu à peu. Lorsqu'il va se manifester, on aperçoit d'abord des espèces d'oscillations dans la masse des granules vitellins , comme si celle-ci cherchait à rompre ses adhérences. Ce n'est qu'après quelques heures d'hésitation, que l'embryon, devenu libre enfin, commence des mouvements uniformes et parfaitement réguliers, analogues à ceux d'une sphère qui tournerait lentement sous une enveloppe transparente. Toute la masse vilelline est en même temps emportée dans le tourbillon. Si quelque animalcule vient à passer et ébranle l'œuf, immédiatement la gyration s'arrête.
Bientôt après que s'est manifesté le mouvement gyraloire, on aperçoit, vers le milieu de l'embryon, qui est encore subglobuleux, un endroit plus pâle que le reste; et si on fixe attentivement ce point pendant quelques minutes, il arrive qu'on le voit
subitement disparaître, puis ensuite, peu à peu, il redevient sensible. C'est là le premier vestige du centre circulatoire ou le punctum saliens ; et c'est ce qui, plus tard, constituera cequeles auteurs ont nommé vésicule contractile, et ce qui, selon moi, n'est autre chose que le cœur des Microzoaires ; opinion déjà adoptée par un certain nombre d'observateurs.
Enfin, après un nouveau laps de temps, on voit apparaître un autre ordre de phénomènes, ce sont les mouvements embryonnaires ou les véritables mouvements instinctifs. Ceux-ci sont absolument différents de la gyration ; ils sont irréguliers, saccadés, et déjà ils se révèlent sous l'apparence de contractions de la masse de Tanimalcule, qui changent sa forme sous la coque de l'œuf. Dans ses mouvements, l'embryon semble parfois ramper contre les parois du chorion et le corroder pour opérer sa sortie. Dans ces circonstances, il ressemble exactement aux jeunes mollusques gastéropodes, et en particuUer aux Limnées, qu'on voit ainsi s'agiter pour rompre leur enveloppe. Lorsque quelque Microzoaire vient à toucher l'œuf, ces mouvements deviennent à ce moment plus vifs et plus prononcés. Nous venons de voir qu'il en était autrement des mouvements gyratoires, eux dont l'harmonie est immédiatement rompue par le moindre ébranlement.
Dans son intéressant mémoire sur la métamorphose des Trichodes, M. Haime parle, il est vrai, de mouvements gyratoires qu'offre à certaines époques l'embryon de ces animalcules, lorsqu'il est contenu sous sa coque. Mais ces mouvements, qu'il dit lui-même
GYRATION DU VITELLUS. 387
être rapides et intermiltents, et s'opérer à l'aide de cils que l'on voit sur le jeune individu (1), ne sont nullement semblables à ceux que nous pensons avoir observés le premier et qui sont strictement des mouvements gyratoires, continus, réguliers, et appartenant au simple vitellus et non à un embryon. L'un de nous a donc vu lagyration vitelline et l'autre le mouvement embryonnaire.
Mais telle n'est pas toujours la simple succession des phénomènes. Dans certains Microzoaires, Tœuf, au lieu de ne receler qu'un ovule, produit trois ou quatre animalcules ; c'est ce que nous avons observé sur quelques Paramécies de petite taille. Dans ces circonstances, à un certain moment, on aperçoit sur la sphère vitelline deux à quatre échancrures, puis, bientôt après, le vitellus se partage en quatre portions distinctes, et enfin on voit sous son enveloppe quatre embryons s'agiter ensemble, appliqués l'un contre l'autre vers le centre de l'œuf. Cet état pourrait en imposer et faire croire à une segmentation du vitellus : ce sont seulement quatre embryons accolés dont on voit séparément battre les vésicules contractiles. Après s'être agités quelque temps sous la membrane protectrice, celle-ci finit par se rompre, et les jeunes se dispersent immédiatement. J'ai assisté quatre ou cinq fois à ce spectacle. Voici ce qui se passa dans l'une d'elles :
Dans une macération, un gros kyste à enveloppe mince, ayant 0,0400 de millimètre de diamètre,
(1) J. Haime, Obser Dations sur les métamorplioses et sur l'organisation de la Trichoda lynceus. Ann. se. nat. Zoologie, t. IX.
paraissait segmenté en trois; mais au bout d'un moment, les trois parties qui le formaient parurent chacune s'animer d'un mouvement particulier. Puis , pendant leurs mouvements , apparut une quatrième partie, et il devint évident qu'il y avait sous le kyste quatre Microzoaires s'agitant pour rompre leur coque commune. En effet , après de longs et vifs mouvements, durant lesquels ils paraissaient fort tassés, leur enveloppe finit par se déchirer, et nous pûmes voir les quatre animalcules en liberté. Ceux-ci étaient des Paramécies qui se dispersèrent immédiatement, et je pus seulement constater que chacune d'elles avait, au moment de sa sortie, 0,0280 de millimètre de longueur. Leur corps était piriforme, pointu en avant , avec l'intérieur rempli de très-fines granulations. On y apercevait le cœur déjà doué de contractions sous l'enveloppe du kyste.
Dans le développement de l'ovule des Microzoaires, nous n'avons jamais rien vu d'analogue à la segmentation du vitellus, observée dans la plupart des classes du règne animal. Nous n'avons non plus jamais rien découvert qu'on puisse exactement considérer comme une vésicule germinative.
Section vi. — Éclosion du microzoaire spontané.
Maintenant que nous avons exposé quelle était la marche successive du développement des animalcules considérés en général, traçons Thistoire complète de l'évolution spontanée de quelques-unes des espèces que les circonstances nous ont permis de suivre d'un
ÉCLOSION DU MICROZOAIRE SPONTATS'É. 389
bout à l'autre, depuis le groupement des premières molécules vitellines jusqu'à l'éclosion.
Désirant pousser mes recherches jusqu'aux confins du possible, afin de parvenir à éclairer la grave question qui me préoccupe, j'ai entrepris une série d'observations sur le développement des Microzoaires, en suivant jour par jour et parfois heure par heure ses diverses phases, décrivant et dessinant successivement tout ce qui se présentait durant cette première manifestation de la vie. Voici le sommaire de mes observations sur la Monade lentille.
Évolution de la Monade lentille. — L'observation fut exécutée dans les premiers jours de mai, sur une macération de foin. L'état a été constamment noté à midi, de viiigt-quatre heures en vingt-quatre heures, afin qu'il y eût une différence assez notable dans le mouvement organique.
Après un jour écoulé, la température étant de 1 5° et la pression de 0,745, la macération était colorée en jaune pâle ; il n'existait aucune pellicule à sa surface. Examinée au microscope, l'eau ne contenait absolument rien d'apparent.
Le deuxième jour, la température étant de 20° et la pression 0,76, la surface de l'eau n'offrait qu'une pellicule proligère extrêmement fine. Examinée attentivement, celle-ci paraissait vermiculée et uniquement formée d'un enchevêtrement de petits corpuscules ayant 0,0038 à 0,0057 de millimètre de longueur sur 0,0009 de diamètre. Ces corpuscules n'étaient autre chose que des Bacterium articulatum, Ehr., qui formaient ainsi le fond de cette pellicule proligère.
Le troisième jour, à une température de J 4° et une pression de 0,76, l'eau a une teinte fauve foncée. La pellicule proligère est bien formée ; elle a perdu l'aspect Yermiculé de la veille et est aujourd'hui granulée, les Bactériums ayant en partie disparu pour faire place à de simples granules. Cependant on en découvre encore quelques-uns dans le fluide, surtout dans les endroits où il est en mouvement, car les éléments delà pellicule, qui hier étaient libres, semblent, en ayant pris l'aspect granulé, avoir contracté une tendance à s'agglomérer et à donner à cette membrane plus de cohésion.
Cette pellicule est évidemment formée par la soudure des Bactériums observés la veille ou par celle des granules résultant de leur fractionnement ; mais avant de s'agglomérer en pseudo-membrane, ces éléments organiques ont été mobiles et animés. Les granules ont 1/500 de millimètre de diamètre, et tous sont tenus à distance par une sphère transparente qui semble les environner (pi. II, fig. 9).
Quatrième jour, température de 16°; pression de 0,76. — LapelHcule proligère est plus épaisse; son ensemble est composé de grains sablés immobiles; on distingue de place en place dans cette pellicule, des amas de granules, ayant une forme sphérique et dont le diamètre est de 0,0056 à 0,0076 de millimètre. Ceux-ci ont un chorion parfaitement distinct et sont agités de mouvements absolument analogues à ceux d'un balancier de montre, seulement ils ont infiniment moins d'étendue et de rapidité, et ne se manifestent qu'à intervalles, comme une sorte de tremblo-
tement ayant pour but de détacher l'ovule de la membrane proligère.
Ce sont ces ovules mobiles, sphériques, qui constituent toute la génération ; et ce sont eux qui vont bientôt donner naissance à la nombreuse progéniture qui va se répandre dans la macération.
Voulant savoir si les ovules delà pellicule proligère ne seraient pas d'abord formés au fond des vases, plus petits, pour ensuite opérer leur ascension vers cette membrane où jamais on ne les découvre d'un moindre diamètre que celui mentionné, j'ai examiné le fond de ces vases et n'ai rien découvert qui ressemblât à des œufs.
Cinquième jour, température 22°; pression 0,758. — La pellicule proligère est toujours formée de grains sablés immobiles, puis d'une immense quantité des mêmes ovules qui s'y trouvaient hier, seulement ils sont généralement un peu plus gros. Beaucoup aussi se sont détachés de la pellicule et sont libres dans les endroits où il existe des lacunes liquides (pi. II, fig. 11).
Le sixième jour, la température étant de 18" et la pression de 0,76, je trouvai la pellicule proligère à peu près comme la veille. Les animalcules sont un peu plus gros et plus mobiles, ils sont encore absolument sphériques et composés uniquement de granules très-fins, au milieu desquels il existe une vésicule transparente. Ces animalcules que l'on reconnaît déjà n'être bien probablement que de jeunes Monades, Mo?îas lens^ MulL, ont 0,0095 de millimètre de diamètre et leur vésicule centrale 0,0028. Ces
392 HÉTÉROGÉME.
animalcules s'exercent par leur mouvement de balancier, à se détacher de la pellicule proligère. Examinés avec soin, on voit que celui-ci est produit par un long appendice filiforme, flagelliforme, qui vibre difficilement de côté et d'autre, resserré qu'il est encore près du sphéroïde que représente l'animalcule (pi. II, fig. 11).
Le septième jour, la pellicule proligère a repris une forme bacillaire et semble composée de cadavres immobiles de très-petits Vibrions. Les Monades lentilles qui formaient, le sixième jour, la presquetotalité de la population de la macération, s'y trouvent aujourd'hui en bien moindre abondance. Il leur a succédé des animalcules allongés, qui se meuvent à l'aide de mouvements tremblotants. Leur locomotion est due au filament flagelliforme qu'ils portent à leur extrémité antérieure. Ces animalcules, aujourd'hui en nombre considérable, et dont la progéniture semble avoir succédé à celle des Monas, en seraient-ils une métamorphose ? Je le pense. Ils me paraissent évidemment des individus de cette espèce plus avancés en âge, car on suit toutes les transitions de formes. De cette observation il résulterait donc que la Monade lentille n'est qu'un jeune d'une autre espèce.
Le huitième et dernier jour d'observation, il y avait encore moins de Monas lens que la veille, et plus d'animalcules allongés, que je rapproche du Cercomonas crassicauda, Duj., qui me paraît en être l'adulte.
En somme, ces observations nous ont révélé toute la genèse de la Monade lentille.
Nous devons faire remarquer que la lenteur du développement et l'infériorilé des animalcules observés dans cette circonstance, ne peuvent être attribués qu'à la basse température qui régnait, et à la petite quantité de substance fermentescible qui se trouvait dans le liquide. En etîet, dans d'autres vases qui contenaient aussi du foin, mais en bien plus grande proportion, les Microzoaires s'y sont montrés beaucoup plus rapidement et plus abondamment, et ils y étaient d'une organisation plus élevée. La progéniture est donc en raison de l'abondance de la substance en fermentation comme nous l'avons déjà répété. Et si, dans ce cas, nous n'avons aucun indice d'animalcules après vingtquatre heures, nous savons que lorsque la température s'élève à 25% alors le liquide en est déjà rempli, et ceux-ci y présentent même parfois une organisation assez complexe.
Je dois avouer que M. Pineau a fait précédemment à moi des recherches sur l'évolution du Monas lenSy et qu'elles concordent parfaitement avec les miennes (1). Si cet observateur s'est égaré au sujet du développement de quelques autres Infusoires, au moins, pour celui-ci, il est rigoureusement dans le vrai, et je n'ai fait qu'ajouter, par mes observations, quelques faits de plus à ce qu'il avait déjà vu. Il dit, avec beaucoup d'exactitude, en parlant de la pseudo-membrane des macérations : « On remarquait en premier lieu de petits amas de oranulations dont les contours commen-
(1) J. Pineau, Recherches sur le développement des animalcules infusoires. Anii. se. nat. Zoologie, 1845, t, 111. p. 182.
çaient à être diffus; peu à peu ces amas devenaient plus nettement circonscrits, et ils finissaient par acquérir l'aspect de véritables Monades, d'abord immobiles, puis douées de mouvement (1). )^
L'évolution de la Monade lentille était assez difficile à débrouiller, à cause de sa petitesse, mais à mesure que les observations s'étendent à des espèces de plus en plus volumineuses, elles deviennent aussi de' plus enplus faciles, et c'est ce que nous avons vu sur la Paramécie verte, dont nous allons tracer la genèse. Là, l'œil de l'observateur peut suivre chaque phase du développement sans la moindre interruption.
Évolution de la paramécie verte. — On a observé le développement de cet animalcule dans une macération de 5 grammes de foin sur 300 grammes d'eau. A une température de 23° et une pression de 0,758, après dix-huit heures, le liquide est devenu d'un fauve rougeàtre foncé ;iln'existe aucunepellicuie à sa surface. Cependant toute celle-ci est déjà peuplée d'une immense quantité de Vibrions, de 0,0084 à 0,0140 de millimètre de longueur; presque tous sont rectilignes et mobiles. Le liquide contient en outre un grand nombre de Vibrions lisses, de 0,0840 à 0,0900 de millimètre de longueur, nageant fort élégamment comme des anguilles. Il n'y existe aucune Monade, ni aucun petit Vibrion.
L'observation ayant été répétée dans la même journée, vers le soir, six heures après, déjà beaucoup des
(1) J. Pineau, Supplément aux recherches sur le développement des animalcules tnfusoires. Ann. se. nat. Zoologie, 1845, t. IV, p. 103.
Vibrions qu'on avait vus le malin vivants, étaient morts et formaient les éléments de la pellicule proligère. Ils étaient aussi devenus bien plus nombreux, et de place en place on voyait apparaître quelques Vibrions granifères vivants.
Deuxième jour; température de 23°; pression de 0,76. — Pellicule proligère très-mince, encore incomplète, formée d'îlots aréniformes, composés de débris de Vibrions. Elle est presque entièrement granulaire, entremêlée seulement d'un petit nombre de cadavres de longs Vibrions. Dans les espaces des îlots on distingue un grand nombre de corps de Vibrions de petite espèce, morts, et ceux d'un bon nombre de Vibrions granifères, presque tous morts. Ces grands Vibrions n'étaient apparus que la veille, dans la soirée, et déjà ils ont presque tous succombé ; leur existence est donc fort éphémère et ne comprend guère qu'un cycle de vingt-quatre heures au plus. On voit apparaître dans la liqueur un grand nombre de Monades termes.
Lorsque l'on comprime légèrement la pellicule proligère, on voit qu'il existe de place en place des amas de granules un peu plus tassés, plus foncés que dans le reste de l'étendue de cette membrane. Ces amas de granules sont environnés d'une zone plus pâle et assez large. Dans celle-ci les granules sont, au contraire, moins abondants qu'aux environs. Ce sont là les premiers rudiments des ovules. Quand ceux-ci sont rapprochés, cela donne à la pellicule un aspect tigré. La zone pâle n'étant pas encore Umitée, aucune mesure exacte n'est alors possible (pi. 2, fig. 1).-
Le troisième jour, la température étant de 21° et la
pression de 0,76, les amas de granules se sont transformés en ovules sphériques, parfaitement circonscrits et ayant un diamètre de 0,0420 de millimètre. Les granules ne forment plus d'amas concentriques, mais ils semblent s'être éparpillés dans un fluide hyalin.
Il résulte de cette nouvelle disposition, que ces ovules ne constituent plus dans la pellicule des taches tigrées plus denses, plus foncées que la pseudo-membrane, mais qu'au contraire ils ressemblent à autant de sphères plus pâles que cette pellicule, contenant dans leur intérieur des granules plus rares et plus gros que ceux de celle-ci, et qui constituent les granules vitellins de l'œuf. Ces gros granules ne semblent être que ceux qui s'étaient primitivement entassés vers le centre, et qui, après avoir trouvédansleur contact une nouvelle force plastique, ont grossi. A cette époque le chorion. est excessivement mince, indistinct, et, quoique l'œuf soit parfaitement circonscrit, il semble adhérer à la pellicule granuleuse qui l'environne ; on ne distingue alors ni gyration, ni punctum saliens.
Le quatrième jour, température de 22"; pression de 0,755. — La pellicule proligère est devenue plus épaisse et s'est augmentée des cadavres d'une énorme quantité de Monades, de Bactériums et de Vibrions. Les ovules offrent la même forme sphéroïdale et le même diamètre que précédemment, mais leur intérieur s'est rempli de granules plus fixes et plus serrés. Le chorion, qui est fort mince, s'aperçoit quand on comprime légèrement l'œuf. A l'intérieur de celui-ci le vitellus est en état de gyration. Sur les œufs les plus avancés, on distingue même la vésicule cardiaque.
et de temps à autre, on la voit disparaître en se contractant (pl.Il,fîg. 3).
Le cinquième jour, température de 22° ; pression de 0,75. — La pellicule proligère a à peu près le même aspect que la veille. Les œufs conservent leur forme et leur diamètre, mais leur coloration est devenue plus foncée et d'un vert tendre. On distingue facilement, sous leur mince chorion, l'embryon qui se remue et rampe en quelque sorte sous son enveloppe. D'instant en instant, la vésicule cardiaque, qui forme une tache plus pâle que le corps de l'embryon, se contracte et disparaît, pour se remontrer quelques moments plus tard. De temps à autre, on aperçoit quelque embryon qui, après s'être vivement agité sous son enveloppe, finit par la rompre, sort enfin de l'œuf et se disperse dans l'eau. L'animalcule nouvellement éclos est piriforme, aplati, et long de 0,0420 à 0,05()0 de millimètre. Son corps est cilié très-finement à l'extérieur, et l'intérieur semble rempli de granulations petites et serrées et d'un vert très-pâle (pi. ÏI, fig. 4). Au bout de peu d'heures, ces animalcules ont acquis tout leur volume. Alors ils sont piriformes, aplatis, verdàtres, et vers leur extrémité antérieure, qui est un peu recourbée, on voit une espèce de fente buccale, garnie de plus longs cils que le reste du corps. Au centre, un organe que quelques auteurs on désigné à tort par le nom de nucleus ; vers la grosse extrémité du corps une vésicule contractile. L'intérieur de celui-ci paraît rempli de granules trèsfins, verdàtres, et on n'y observe à la simple inspection, aucune vésicule stomacale (pi. II, fig. 5).
Lecinquième jour, température de 22"; pression de 0,750. — La macération est peuplée d'un grand nombre d'animalcules piriformes nouvellement éclos. Ce sont évidemment des Paramécies vertes, ayant en moyenne une longueur de 0,0560 de millimètre.
Lorsque l'observation se prolonge, on voit, de temps à autre, passer dans le champ du microscope, des sphères verdàtres de 0,0400 de millimètre de diamètre environ, ciliées finement à l'extérieur. Si on examine pendant un certain temps des Paramécies, on s'aperçoit bien vite que ces corps sphéroïdes ne sont autre chose que des Microzoaires de cette espèce, qui, à cause de la gêne qu'ils éprouvent, se contractent, deviennent sphéroïdes au lieu de piriformes et d'aplatis qu'ils étaient; puis se montrent encore quelques instants sous cette forme, qui est un véritable état morbide (pi. II, fig. 7).
C'est cet état, qui en a assurément imposé à quelques observateurs, qui l'ont pris pour un enkystement normal de l'animalcule, préludantà des métamorphoses : c'est selon nous, au contraire, un véritable enkystement mortuaire.
Ainsi, nous avons exposé l'histoire complète de la genèse de la Paramécie verte.
OEuFS NORMAUX. — Daus le but d'expliquer par des voies naturelles la subite apparition des immenses légions de Protozoaires qui peuplent nos macérations, certains naturalistes leur supposent une fécondité qui tient du prodige. Est-ce un fait parfaitement établi ? Nous ne le pensons pas.
A l'égard de la scission, qu'on a regardée comme
CELFS ^ORMAUX. 399
multipliant les Infusoires presque aussi rapidement que pourrait les couper un instrument tranchant, c'est un véritable roman.
Si, pour nous, la spontéparité est le seul moyen par lequel rationnellement et expérimentalement on peut expliquer la primitive apparition des Microzoaires, nous ne pouvons nier cependant que chez quelques-uns, la reproduction sexuelle est également évidente. Mais ce mode normal est tellement rare, qu'il ne doit même pas entrer en ligne de compte dans cet incommensurable nombre de Protozoaires qui se manifestent dans tous les lieux du globe où se trouve quelque amas d'eau en putréfaction, ou quelque macération.
J'ai surtout observé des œufs sur des Kolpodes et des Kérones, et jamais je n'en ai vu dans les Paramécies. Cependant je dois avouer que, pour moi, ce n'est qu'assez rarement e{ue j'ai découvert de ces œufs avec leurs caractères biologiques incontestables. Mais leur présence, parfaitement établie, loin de saper nos doctrines sur l'hétérogénie vient, au contraire, fournir un nouvel et péremptoire argument en leur faveur; c'est une preuve de plus apportée à l'édifice dont nous essayons d'affermir la base ébranlée. En effet, dans les cas rares où nous avons vu des œufs sur ces animaux, jamais il n'y en avait qu'un seul et qui était fort gros; et, avant de rencontrer des faits semblables, plusieurs milliards de Kolpodes ou de Kérones passaient sous nos yeux.
Nous n'avons jamais découvert de Kolpodes accouplés; mais plusieurs fois nous avons rencontré et
dessiné quelques-uns de ces animalcules qui avaient un œuf dans la cavité viscérale , œuf qu'il était impossible de confondre avec quoi que ce soit. J'ai observé ce fait sur desKolpodes qui paraissaient arrivés aux dernières limites de la vie, tant ils étaient volumineux. Ceci est si exact, qu'une ou deux fois j'ai vu ces Kolpodes entr' ouverts et ayant encore l'œuf au milieu de leurs débris ; de manière que je me demande , mais sans avoir d'opinion arrêtée à cet égard, si ces œufs en se produisant n'étouffent pas la mère.
Voici ce qui est exact. Sur des Kolpodes de 0,0840 de millimètre de longueur, et parfois même sur de plus longs encore, j'ai trouvé cet œuf placé vers le milieu de l'animalcule, et toujours au-dessus du cœur: il a de 0,0150 à 0,0224 de millimètre de diamètre. Son chorion est mince, translucide, et contient un vitellus formé de granules fins et d'un jaune pâle. Je n'ai reconnu, dans ces cas, aucune gyration, aucun pimctiim saliens. Mais comme là tout était analogue à ce que nous allons voir ci-après, il est indubitable que nous avions affaire à un œuf. Celui-ci était entièrement libre dans la cavité viscérale qui le contenait. En pressant un peu l'animalcule sous le compresseur, la résistance du vitellus étant plus considérable que celle du reste du corps, arrêtait le Kolpode, et alors on le voyait faire des efforts pour se débarrasser. Durant ceux-ci, l'œuf restait fixé, mais le Microzoaire faisait varier la forme de la cavité qui le contenait ; ou bien même l'œuf, à certains moments, devenait une espèce d'axe immobile, autour duquel l'animalcule ac-