TRANSMISSION HEREDITAIRE
doit lancer à chaque procréation? Enfin, achevons en disant qu'on n'a jamais rencontré un seul œuf d'helminthes durant les millions d'observations qui ont été faites sur le sperme.
La mère ne peut nullement non plus transmettre les Entozoaires à son fœtus.
Pour cela, il faudrait qu'ils fussent absorbés dans son intestin et qu'ils passassent dans l'appareil circulatoire; qu'ensuite ils fussent absorbés dans le placenta par les radicules de la veine ombilicale, puis qu'ils traversassent l'appareil circulatoire du fœtus pour être enfin déposés dans l'intestin de celui-ci par une sorte d'excrétion spéciale! mais il y a là, absolue impossibilité. L'absorption ne s'opère que par endosmose et à travers les parois des vaisseaux et des membranes; et si l'on supposait même que ces corps, qui sont de nature à ne jamais être absorbés, le fussent cependant, ils seraient trop volumineux pour parcourir le système capillaire, et encore plus pour en sortir et aller se répandre dans les cavités viscérales.
Et cependant nous verrons plus loin que l'on rencontre des vers intestinaux sur le fœtus humain, comme sur celui des animaux.
Or, si comme tous les physiologistes en conviendront, sans conteste, la mère ne peut transmettre d'œufs d'Entozoaires au fœtus, il est évident qu'il ne peut y avoir pour ces animaux d'autre origine que la génération spontanée. C'est le sentiment de Bremser, de Burdach, de Bérard(l), et c'est aussi le nôtre.
(I) Bremser, Traité zoologique et physiologique sur les vers intestinaux de l'homme. Paris, 1824. — Burdach, Traité de Physiolo-
SECTION II. — INTRODUCTION DF.S HfXMINTHES PAR l'alIMENTATION. HYPOTHÈSE A^C1ENNE.
Cette hypothèse a surtout été soutenue par Pallas; et il l'a fait avec une suite d'arguments qui, au premier abord, ne paraissent point dépourvus de valeur (I). Ce naturah'ste prétendit que les Entozoaires sont beaucoup pkis fréquents sur les hommes et les animaux qui habitent dans les grands centres dépopulation, où Ton fait ordinairement usage de réservoirs ou de rivières qui reçoivent les immondices. Selon lui, ils sont aussi plus communs dans les localités où les hommes et les animaux vivent environnés de causes débilitantes, de malpropreté. Le naturaliste prussien prétendit également qu'on trouve peu de vers dans les contrées les moins peuplées de la Russie et de la Sibérie. Et il ajoute enfin que les animaux de proie, qui avalent leur nourriture avec voracité, sont beaucoup plus sujets aux vers intestinaux que ceux qui, tels que les Ruminants et les Rongeurs, vivent d'herbes ou de substances végétales, qu'ils n'avalent qu'après leur avoir fait subir une trituration prolongée.
Les faits abondent pour combattre Pallas. L'argument de la plus grande fréquence des Helminthes sur les habitants des cités populeuses, et leur rareté dans les pays dépeuplés , s'explique facilement , la génération de ces animaux étant, on le sait, sin-
gie. Paris, i837, t. I. — Bérard, Cours de physiologie. Paris, 1848, t. I, p. 100.
(1) Pallas, De infestis viventibus intra viventia. Rotterdam, 1768. — Neue nord. Beitrœge. 1781.
ÎNTUODUCTION DES HEUIINTHES PAR L ALIMEMATION. 1)31
gulicrcment favorisée par les causes débilitantes. A l'aide du système de Pallas, il serait fort difficile d'expliquer la présence des vers chez les Hollandais, qui poussent, la propreté jusqu'à un point fabuleux. La communication se concevrait seulement par l'intermédiaire de l'eau puisée dans les rivières qui reçoivent les déjections. Ce naturaliste semble lui-même se réfuter à l'avance , en convenant que les œufs des helmindics se détruisent fort rapidement quand ils se trouvent éloignés du milieu indispensable à leur conservation (1). Mais en admettant leur introduction avec les boissons, on s'aperçoit qu'à l'aide de cette hypothèse, il est de toute évidence que l'on ne peut expliquer comment certains helminthes, envahissent les organes sans communication avec l'extérieur.
Enfin, en supposant que c'est à l'aide des boissons, que les animaux absorbent leurs vers intestinaux, comment expliquerait-on leur abondance à l'intérieur de beaucoup de Rongeurs, qui vivent uniquement d'herbes et ne boivent jamais?
Relativement à ce qui concerne la plus grande fréquence des helminthes chez les animaux carnassiers que chez les herbivores, malheureusement pour l'hypothèse favorile de Pallas, de nombreuses nécroscopies d'animaux ont démenti son assertion et prouvé que c'est le contraire qui existe. Brçmser rapporte que sur vingt loutres qu'il ouvrit, pas une seule ne contenait d'Entozoaires ; et que parmi cinquante-quatre lapins sauvages qu'il disséqua, il n'y en avait, au contraire,
(1) Pallas, Neue nordische Beitrœge, erster Band. Leipzig, 1781.
que cinq à l'intérieur desquels on n'en trouva point. Il ajoute en outre qu'ayant anatomisé dix-sept chamois provenant des montagnes de la Styrie , tous , à l'exception d'un seul, contenaient des vers (1). Comment donc Pallas expliquerait-il ces faits? Aucun helminthe sur des loutres qui vivent d'animaux qui en sont remplis; et, au contraire, une abondance de vers intestinaux sur des lapins qui ne broutent que de l'herbe ! Comment surtout expliquer leur abondance sur ces chamois dont parle Bremser, eux qui n'habitent que les solitudes glacées des montagnes (2) ?
Embarrassés pour expliquer par la simple transmission la présence des Entozoaires, quelques auteurs ont supposé que ceux-ci n'étaient que des vers qui vivent normalement dans l'eau ou dans la terre , et qui après s'être introduits dans le corps des animaux, y subissent diverses métamorphoses.
Cette étrange opinion, dont Brera a été l'ardent défenseur, n'est pas assez sérieuse pour que la science doive s'armer pour la combattre (3) ; quelques lignes
(i) Bremser, Traité anatomique et physiologique sur les vers intestinaux. Vdrh^ 1824^ p. 36.
(2) Une seule expérience, mais une expe'rience fondamentale, suftirait pour renverser tout Téchafaudage accumulé par Pallas; c'est celle de Schreiber. Ce naturaliste a soumis un putois, pendant Tespace de six mois, à un régime qui se composait uniquement de vers intestinaux et d'œufs de ceux-ci, puis de laitage; et^ au bout de ce temps, lorsqu'il sacrifia ce mammifère, il ne trouva aucun helminthe dans ses organes. — Schreiber. Cité par Bremser, p. 37.
(3) Brera^ Traité des maladies vermineuses. Trad. Paris, 1804. — Memorh fisico-mediche sopra i principali vermi del corpo umano. Crème, 1811.
INTRODUCTION DES HELMINTHES PAR l' ALIMENTATION. 533
seulement en démontreront toute la nullité. Et d*ailleurs , la structure des helminthes est absolument différente de celle des animaux dont on prétend les faire descendre , et quand l'habitat impose quelque modification à une espèce, celle-ci n'est jamais que superficielle et ne transforme pas l'organisation de fond en comble ; et sous un état identique , un animal ne renverse pas toutes ses habitudes pour s'accommoder à une nouvelle manière d'être. L'œstre, qui à l'état de larve vit dans le canal digestif du cheval, devenu insecte parfait, y périrait au bout de quelques minutes; les libellules, les éphémères, dont les larves vivent sous l'eau de nos marais pendant plusieurs années, seraient noyées en un moment si, lorsqu'elles se sont revêtues de leurs ailes, on les plongeait dans leur ancien élément (1).
SECTION 111. — INTRODUCTION DES HELMINTHES PAU l'aUMENTATION. — HYPOTHÈSE DES MIGRATIONS.
Évidemment embarrassés pour expliquer la propa-
(1) Si Linnée a pu croire avoir trouvé le distoma hepaticum, le tœnia lata et l'ascaris vermicularis dans des marais; si Uiizer a prétendu que les vers de terre et les Ascarides lombricoïdes n'étaient que les mêmes animaux ; si Beireis assure avoir rencontré l'ascaride lonibricoïdedeThomme dans une fontaine prèsd'Helmstadt; si Gmelin dit avoir observé un Ténia dans un marais; enfin, si Sch seller piétend qu'il a rencontré des Douves du foie vivant dans l'eau; Otto-Frederic iMûlIer, Pallas et Bremser ont renversé de fond en comble leurs prétentions. — Otto-Fredf.p.ic Muller, Verra, terr. hist., t. I, p. 36. — Gmelin, Reisen 3 ter Theil, s. 302. Tab. 30. — ScHAEFFER, Die Engelschnecken, s. 20. Pallas, iVordische Beitr, t. I, s. 42. — Bremser, Traité zoologique et physiologique des vers intestinaux de l'homme. Paris, 1824, p. 8, 9.
gation des helminthes, les adversaires de la génération spontanée ont récernnnent supposé que les œufs ou les petits de ces animaux, étaient d'abord introduits dans les voies digtstives, et qu'ensuite ils pénétraient diveisement dans toutes les parties du corps des êtres sur lesquels ils vivent, même les plus profondes, les plus inaccessibles.
D'après un certain nombre d'helminthologistes modernes, voici ce qui adviendrait normalement.
Les vers intestinaux, après avoir été iniroduits à l'élat d'œuf à l'intérieur de certains animaux, écloraient dans ceux-ci, et y passeraient la première phase de leur vie. Puis, à l'aide d'une extraordinaire migration, ils parviendraient enfin dans une autre espèce pour y terminer leur exislence. Et, comme sous ces deux états ces vers ne se ressemhlent nullement, on les aurait considérés comme étant des êtres fort différents. Citons, à titre d'exemple, l'histoire du Ténia de l'homme. Selon ces helminthologisies, les œufs de ce ver, après avoir été expulsés avec nos déjections, seraient mangés parle porc;el, unefoisintroduitsdansson canal digestif, à l'aide des crochets dont les embryons sont armés, ceux-ci perforeraient les tissus et parviendraient à s'enfoncer dans les organes profonds. Arrivés là, en se développant, ilsy conslilueraient ce quel'on nomme le Cyslicerque du cochon(i), que l'on avait jusqu'à ce jour considéré connue une espèce particulière. Ensuite, l'homme en mangeant du porc cru, au milieu de la chair duquel ces Cysticcrques sont restés vivants,
(1) Cysticercus cellulosœ. Rud. Brems.