‹ Hétérogénie; ou, Traité de la génération spontanee, basé sur de nouvelles expériencesChapitre 37 sur 50 · INTRODUCTION DES HELMINTHES PAR L ALIMENTATION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION DES HELMINTHES PAR L ALIMENTATION

les introduirait dans son intestin où, en changeant d'halDilat, ils revêtiraient une nouvelle forme et deviendraient le Ténia de V homme (I). Ainsi donc, ce serait le porc qui aurait la fonction spéciale d'élever pour nous la jeune progéniture de notre ver solitaire.

Ceci avait été soupçonné depuis longtemps, car Nitzsch, guidé par Tanalo^ ie, a fait remarquer que les vers vésiculaires pourraient bien n'être que des individus appartenant à d'autres familles d'helminthes, et dont les formes ont subi une déviation spéciale (2). Mais Kûchenmeister, de Zillau, fit connaître le premier, par des expériences, cette transformation des Cysticerques en Ténias (3), et celles-ci ont été répétées par Lewald, Siebold et Van Beneden (4).

Sous rinfluence de ces récentes investigations de la science , Kûchenmeister a même posé comme une loi fondamentale, que tout animal infesté de Cysticerques en trouve la source dans sa nourriture, ou dans sa proie infestée par des Ténias. Et il ajoute que cela lui a été confirmé par ses observations particulières et par celles de MM. Von Siebold, Lewald, Roll, Eschricht, Van Beneden, MoUer et surtout parLeuckart (5).

(1) Tœnia solium; Rud. Brem.

(2) NiizscH, art. Anlhoccphalus dans l'Encyclopédie d'Ersch et de Gril lier, 1.S20.

(3) KïcHE^.MElSTER, Comp. MérT'oire présenlc à l'Académie des sciences, avec celle devise : Oiiine viuum exoou; GeiicratiO œquivoca nuUa. I8oo.

(4) Van Be.neden, Mémoire qui a ol)lenii le prix de l'Académie des sciences, en 1853. Pans, lNo8, in-4", avec 27 pi.

(5) De Siebold, Expériences sur la transformation des Cysticer-

D'après les savants qui ont le plus récemment étudié les helminthes, tels que MM. Kûchenmeister et Van Beneden, les crochets que les embryons du Ténia présentent et meuvent à l'intérieur de l'œuf, leur serviraient à perforer les tissus des animaux, pendant leurs migrations. Si l'on songe, dit Van Beneden, que ces embryons ne dépassent guère le volume d'un globule du sang de la grenouille, on comprendra aisément qu'ils perforent les parois de l'intestin pour s'enkyster sous le péritoine, ou pénétrer dans les vaisseaux et se répandre avec le sang dans divers viscères, sans en excepter le cerveau et les yeux (1).

Dans sa Physiologie, de Siebold avait annoncé le premier, que le Cysticerque qui vit dans le foie des rats et des souris, n'était autre chose que le Ténia du chat, égaré et devenu vésicuîeux (2). Plus tard les expériences du docteur Kûchenmeister deZittau, rengagèrent à s'occuper de ce sujet. DesCysticerques communs sur les lapins et les lièvres, le Cysticerciis pisi^ formis, furent administrés à des chiens pour voir s'ils ne donneraient pas naissance au Tcenia serrala, qui

ques en Ténias. Breslau, 1852, etc. — Lewald, De Cijsticercorum in Tœnias metamorphosi. — Roll, On the resuit of the administration of the Tape-Worm. — Van Benkden, Les Vers Cestoïdes ou Acotyles. Bruxelles. — Moller, Gazette médicale, 1854. — Leuckart, Archiv fur physiol. Heilkunde, XI, p. 404, art. Parasiten und Parasitismus.

(1) Van Beneden, Nouvelles observations sur le développement des Vers cestoïdes. Ann. se. nat. Zoologie. 1853, t. XXIX, p. 318. — Acad. des scien. 1853, p. 788. — Kûchenmeister, On animal and vegetable parasites of the human body. Londres, 1857.

(2) De Siebold, Manuel de physiologie. 1851, vol. IL J'admettrais volontiers l'idée qu'un cysticerque n'est qu'un ténia déforme.

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est aussi fort commun sur cet, animal. Ces expériences, faites de concert avec M. Levvald, son élève, furent couronnées d'un plein succès (1).

Les auteurs qui ont soutenu la thèse de la transmigration des Cyslicerques, ont prétendu, comme on le suppose, que c'étaient ceux des animaux dont ils se nourrissent le plus communément qui les peuplaient de Ténias. Ainsi, selon eux, le Cijslicerciis fasciolaris, qui habite sur le rat et les souris, devient le Ténia du chat; le Cysticerciis pisiformis du lapin, se transforme en Tœnia serrata du chien (2) ; le Cysticerciis celhdosœ du porc, devient, mangé par l'homme, le tœnia solium ou ver solitaire. On ne nous a pas encore dit, que je sache, quelle est l'espèce du premier de ces genres qui fournit notre Botryocéphale ?

VanBeneden, rapporte qu'ayant administré, vers la fin d'octobre 1853, à un porc, des œufs du Tœnia so- /mm rendus par une femme, lorsque l'on tua cet animal en mars 1854, on rencontra dans ses muscles et surtout dans ses muscles intercostaux, un grand nombre de Cyslicerques complètement développés ou à l'état descolex (3). Kiichenmeister complète la trans-

(1) De SiEBOLD, Expériences sur la transformation des Cysticerqnes en Ténias. (Société nationale silésienne de Breslau, 1852; — Institut, n" 974.) Voir Ann.des se. nat., Zoologie, 1852, t. XVII, p. 377.

(2) Il a donc deux systèmes de migrations^puisque ce ténia, selon quelques helminthologistes, donne le cœnure du mouton, — Cœnure au cerveau du mouton, — Cysticerque de Tinlestin sur le lapin? Inoxplicables contradictions!

(3) Van Brneden, Note sur des expériences relatives au développement des Cyslicerques. Ann. des se. nat. Zoologie, 1855, t. I, 104.

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migrafion de cet helminlbe en assurant qu'ayant administré un certain nombre de ('.ysticeiques à une femme condamnée à mort, et l'ayant ouverte le lendemain de son exécution, il découvrit dans l'intestin de celle suppliciée, dix jeunes lénias. De celte observation, le savant de Ziitau conclut que le Cysticerque cellulaire du porc est le jeune individu du Ver solitaire de Tbomnie (î).

(!) KiJCHENMEiSTEH, Lettre sur des expériences relatives à la transmission des vers intesliinnix chez l'espère luunaine. Annales des sciences naiureW'S, Zoologie. 1853, l. V, p. 377,

Expériences de M. Kilchenmeister. — « Envii on cent trentedeux heures avant le moment fixé pour IVxi'^culion d'ime femme condamnée à la décapitation, pour assassinat, je lui fis avaler^ à son insu, un Cysticercustenuicol/is, et au bout de vingt tu'ures, je lui donnai six Cysticercus pisiforrnis,n'a\(\r][ pas à ma disposition de Cysticercus cellulosœ. Ces Vei's. di'pouiUés de leur vessie caudale, furent administrés dans un potage, dont )a tempéralureétait à peu près celle du corps humain.

«Environ quatre-vingts heures avant rexrculion, j'ai pu me procurer de la viande de poic, contenant des Cy iicercus ce'lulosœ, provenant d'un animal tué depuis soixante hiures, et, îe lendemain, je fis servir à la condamnée du boudin dans lequel j'avais introduit douze de ces Vers; enfin d'autres Cysticercus cellulosœ^ au nombre de dix-huit, puis quinze, ensuite douze tt dix-huit,, lui furent administrés avec des aliments, qu'elle prit dans divers repas qui procédèrent l'exécution de soixante-quatre, vingt-quatre et douze heures.

« L'autopsie ne î)ut être faite que quarante-huit heures après la mort. Ayant fait tremper les intestins dans de Teiiu pendant quelque temps, je parvins à découvrir dans le duodénum quatre jeunes lénias, qui tous avaient encore sur la lête wne ou deux paires de crochets; l'un de ces Vers avait encoie la couronne de crnctiets presque complète. Ces parasites a n aient de 3 h. 8 millimcties de longueur, et ressemblaient au tœnia soliuni par le nombre, la grandeur et la l'orme de leurs ciochels. Je

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Un petit licliinnthe, presque iiiicroscopiqiie, qui envahit par millions tout "le système musculaire de l'homme, le TricJnna spiralis, dont on doit la connaissance à MM. Owen , Farre et Hilton (l), avait jusqu'à ce moment paru ne pouvoir être exphqué que par la génération spontanée; mais quelques physiologistes ont aussi annoncé avoir, par l'expérience, prouvé ses migrations. M. Herbst a eu l'heureuse idée d'employer cet helminthe dans ses tentatives de transmission, parce que, comme il est extrêmement rare, son développement dans les sujets consacrés à celle-ci, ne peut être considéré comme une coïncidence. M. Herbst a été exlraordinairemcnt favorisé à cet égard , ayant rencontré plusieurs animaux infestés de Trichina; il a choisi l'un d'eux, un blaireau, pour ses essais (2). Ayant donné la chair de cet animal à manger à de jeunes chiens, au bout de trois mois, quand on les tua, tous leurs membres furent examinés et l'on reconnut qu'ils contenaient un nombre aussi

trouvai aussi, dans la lavure des intestins, six autres Ténias qui manquaient de crochels, mais qui, du reste, ressemblaient tout à fait aux précédents. »

(1) R. Owen, Transactions de la Société zoologique de Londres. 1835, t. I, p. 315. — Lectures on tiie comp anat. andphys., p. 62. — A. Fakre. Comp. zool. ïrans. t. I. Hu.ton, Médical Gazette. February 1833. Ce ver, qni est long de 8/10 de millimètre, vit dans de petits kysles à l'intérieur desquels il est enruulé, et qui ont un demi- millimètre de longueur. A rhô[>ilal Saint- Barlhélemy de Londres, on en trouva dix-sept h rintérieur d'un des muscles des osselets de l'ouïe, sur un militaire qui y était mort.

(2) M. Herbst l'a rencontrée presque simultanément sur un chat, un chien, un hibou et un blaireau.

considérable de Trichina spiralis qu'en possédait la chair de l'animal qu'ils avaient dévorée (1).

En résumé, on peut donc dire qu'il résulte des expériences et des observations de Kiichenmeister, Leuckart, de Siebold, Lewald, Van Beneden et Moller, que les Cysticerques et les Cénures ne sont que de jeunes Ténias, qui, pour arriver à un entier développement, ont nécessairement besoin d'abandonner l'animal sur lequel ils vivent d'abord, pour aller, après une migration plus ou moins longue , se développer sur une autre espèce d'animal, souvent fort difîérente.

SECTION IV. — DISCUSSION DE i/hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS.

Les observations et les expériences récentes sur la genèse des lichiiintbes étant considérées, par quelques physiologistes, comme ayant donné le dernier coup à l'hétérogénie , il est de notre devoir d'^examiner si cette prétention est aussi fondée qu'on l'a pensé. Nous apporterons dans cet examen la plus extrême impartialité, mais aussi nous y mettrons une sévérité qui n'accusera que notre ardeur à démêler le vrai , mais

(1) Herbst, Expériences sur la transmission des vers intestinaux. Société des sciences de Goetlingue, 1851; Institut, n» 956. Jnn. des se. nat. 1852.

(2) KucHEMMEiSTER , On animal and vegetable parasites of the human body. London, 1857, t. I, p. 34. — Leuckart, Archiv. fur physiol. — Dt; SiEuoLD, Mémoire sur les vers rubannés et vésiculaires de l'homme et des animaux. Ann. des se. nat. Zoolf 1855. — Lewald, De cysticercorum in Tœnias metamorphosi. — Van Beneden, Vers Cestoïdes ou Acotyles. Bruxelles. — Moller^ Gazette médicale. 1 851 .

DISCUSSION DE L HYPOTHESE DES MIGRATIONS. o4i

jamais la loyauté d'aucun expérimentateur. La discussion nous prouvera que de nouvelles expériences sont peut-être encore à désirer, pour mettre la question hors de doute; et qu'il n'est pas absolument démontré, pour tout le monde, que quelques helminthes ne se produisent pas par la génération spontanée.

Nous avons devant nous des antagonistes d'un grand renom, des expérimentateurs consommés, et au premier abord, notre entreprise paraîtra téméraire. Elle ne l'est cependant nullement, et eux-mêmes, en se combattant réciproquement, nous permettront d'établir, sans conteste, que leur victoire est encore fort indécise. Là, nous assisterons à leurs luttes; ailleurs, nous les verrons successivement changer d'opinions, et, avec le scepticisme qui seul convient au milieu de tant d'indécisions, nous nous demanderons où est la vérité?

En doutant des migrations, nous n'avons pas la prétention de venir ici contester une conquête scientifique, vierge de toute atteinte. Nous ne sommes pas le seul dont les doutes ne soient pas absolument dissipés, car si M. de Filippi a pu dire que les recherches de de Siebold et de Steenstrup (1) avaient démontré que les Cercaires sont des larves de Distomes ; d'un autre côté, des savants du plus grand mérite, tels que Ehrenberg et Diesing (2), prétendent encore que les

(1) De Filippi, Mémoires de V Académie de Turin, 2® série, t. XV. — De Siebold, dans Burdach, P/ïî/^., t. III. — Steeîsstrup, Uëher den Générât ionswechsel. Copenhague, 1842.

(2) EuRENBERG, Monatsbericht d. k. Âkademie zu Berlin, 1851, p. 776. — DiESiNG, Systema helminthum. Vindobonac, 1850, t. I.

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mêmes Ccrcaires sont des animaux parfaits. Du reste, quelques expérimcnlaleurs nous viennent déjà en aide, en contestant de fond en comble les nouvelles investigations, dont nous nous bornons seulement à signaler 1 imperfection ou à nier les conséquences. Ainsi MM. Ercolani et Vella ont récemment combattu les conclusions de Kiichenmeister, de Siebold et de Van Beneden, en prétendant que leurs recberches n'étaient point applicables à l'entière solution de la grave question de la genèse des helminthes. Ces savants ont même échoué dans leurs expériences, en voulant obtenir des Cysticerques en employant des œufs de Ténia (i).

Presque tous les savants modernes qui ont spécialement étudié les vers intestinaux, s'accordent à penser que ceux-ci ne peuvent d'abord se produire qu'à l'aide de la génération spontanée. Retzius avoue que l'apparition des Entozoaires lui paraît pouvoir tout aussi bien s'expliquer par elle, que par l'émission des œufs; Reil et d'Outrepont partagent cette opinion ; Linck, Baillieet Cooper sont également unanimes sur ce point (2). Rudolphi et Bremser, auxquels on doit de si beaux travaux sur les helminthes, n'hésitent pas eux-mêmes à dire que ces animaux dérivent en par- Ci) Ercolani et "Vella, Comptes rendus de V Académie des sciences, 1855, 24 avril.

(2) Retzius, Lect. publicœ de vermib. intestinalib . imprimis humanis. Holmiœ, 1788. — Reil et d'Outrepo.nt, Perpétua materiœ organico-animalis vicissitudo. Haloe, 1798. — Linck , Versuch einer Geschichte und Physiologie der Thiere. Chemnilz, 1805. — Baillik, Morbid anatomy. — Cooper, On intestinal worms. Lond., Med. Soc, t. V.

DISCUSSION DE l'iIYPOTOÈSE DES MIGRATIONS. 5 43

tiederiiélérogénie; Ticdemann, Biirclach, Bérard et beaucoup d'autres physiologistes parfagent cette manière de voir, qui est aussi la nôtre (I). Enfin, M. Dujardin, qui a écrit récemment un traité sur les Entozoaires, a été conduit à la même conclusion à l'égard de plusieurs d'entre eux. Dans un de ses chapitres, il avance que l'existence du Trichiua spiralis est un puissant argument en faveur de la génération spontanée de ccrlains helmintlies (2). Dans un autre endroit, la même idée revient, lorsqu'il parle d'un Distome qui se rencontre dans le foie des limaces et n'offre aucun organe sexuel ; il dit qu'il s'y produit spontanément (3). M. Gérard prête aussi ce mode de génération à la plupart des vers intestinaux (4).

C'est à tort que M. C. Vogt prétend que la reproduction des vers intestinaux a été le dernier refuge des partisans de l'hétérogénie (5), car ils en tirent encore aujourd'hui de vigoureuses objections contre les prétentions de leurs antagonistes ; et celles-ci sont, jusqu'à ce moment, restées sans réponse. M. Vogt lui-môme, malgré son mérite éminent, n'apporte sur

(1) RuDOLpni, Entozoorum historia naturalis. Amst. 1808, t. I, p. 375-100. — BiEMSEK, Traité zoologique, physiologique des vers intestinaux de Vhomme. Paris, 1824. — Tu demann, Physiologie de l'homme. Paris, 1834. — Blrdach, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. I, p. .■:I0. — Béraud, Cours de physiologie. Paris, 1859.

(2) DujARDiN , Histoire naturelle des helminthes. Paris, 1845,

(3) DujARDiN, ibid., p. 408.

(4) Gérard, Dict.univ. d^htst. nat. Paris, 1845, t. Yl, p. 67.

(5) Ch Vogt, On the transmigration of Worms. Dans The ann. and. mag. of nutural history. T. IX, p. 436.

ce sujet aucun fait positif, dans le court article où il parle si facilement de ses adversaires.

Résistance vitale des helminthes et de leurs œufs. — Dans le but d'élaguer l'une des principales difficultés qu'offre leur système, les partisans des migrations ont supposé aux helminthes ou à leurs œufs, une résistance vitale extraordinaire. Il est facile de passer leurs assertions à un critérium infaillible, il ne faut que les opposer à celles des autres naturalistes.

Depuis bien des années, Rudolphi, dans son fameux Traité des vers intestinaux, avait raconté aux savants que des Ascarides placés dans une forte solution d'aloès, y restèrent vivants pendant quatre jours (1).

On sait aussi que Rudolphi rapporte que de pareils vers, extraits d'un cormoran, après avoir séjourné onze jours dans de l'alcool, n'avaient pas encore cessé de vivre. Enfin M. Miran dit que des Entozoaires de ce genre, retirés d'un poisson, revinrent aussi à la vie après avoir été desséchés (2) .

Les œufs, peut-être avec plus de raison, ont étéconsidérés comme jouissant encore d'une plus grande résistance vitale. Dans l'eau ils paraissent pouvoir se conserver très-longtemps. M. Verloren, a vu ceux de V Ascaris marginata y vivre une année entière ; et M. Davaine dit avoir reconnu que les œufs de l'Ascaride lombricoïde de l'homme restent sous l'eau six mois

(1) Redi, Osservazioni degli animait viventi che si trovano negli animali viventi. Firenze, 1684.

(2) Rudolphi. Entozoorum synopsiSj, p. 250. Miran. Wiegmann's Jrchiv. 1840, p. 35.

avant de commencei' leur développement. Tout ceci se conçoit parfaitement; mais, ce qui est tout à fait extraordinaire, c'est de voir MM. Ercolani et Vella, prétendre que des œufs et des embryons d'Helminthes, après avoir été six jours dans l'alcool et avoir subi une dessiccation de trente jours, ont été complètement revivifiés (1). Van Beneden va beaucoup plus loin encore, puisqu'il dit que « des œufs pris de vers conservés depuis assez longtemps dans l'alcool, ayant été placés dans l'eau, on y a trouvé, au bout de quelques jours, des embryons vivants ; et que la vie n'était pas non plus éteinte dans des œufs retirés de préparations anatomiques séchées depuis plusieurs années, ou même plongées dans l'acide chromique (2). »

Tout cela est prodigieux, et l'on doit regretter que Van Beneden ne dise pas si c'est lui-même qui a observé de tels faits. Cependant voici d'un autre côté un des plus ardents partisans des migrations, Ktichenmeister, qui soutient une thèse absolument contraire. Cet helminthologiste prétend que l'action de l'alcool est absolument mortelle sur les œufs des Ténias; et il considère comme tout à fait faux, le fait rapporté par Mo lier à l'égard du Cysticercus cellulosœ qu'on aurait obtenu à Paris, avec des œufs du tœnia soliiim, conservés dans l'esprit-de-vin (3).

(t) Ercolani et Vella, On the embryogeny and propagation of intestinals Worms. Ann., aiid mag. of. nat. hist. London 1854, XIV, p. 156. — Comptes rendus de l'Ac. des scienc. 1855, 24 av.

(2) Van Beneden, Zoologie médicale. VdiVis, 1859. T. II, p. 312, de l'Homme et de la perpétuation des espèces, Bruxelles, 1859.

(3) KiicHENMEisTER, Oïl animal and vegetable parasites of human body. Londres, 1857. t. I, p. 45. — Moller. Gaz. méd., 1855.

A l'égard de ce qui concerne l'extraordinaire vitalité des helminthes, nous ne pouvons croire tout ce qui se trouve plus haut. Les auteurs sont unanimes, au contraire, *pour considérer ces animaux comme succombant au bout d'un temps fort court lorsqu'ils sont extraits de leur habitat normal. Bremser et Burdach affirment qu'ils périssent presque immédiatement après la mort de l'animal qui les nourrit; M. Robin a vu que les échinocoques succombaient en quelques heures lorsqu'on les en avait enlevés (1).

Relativement à l'innocuité de l'acide chromique et de l'alcool, nous ne pouvons rien dire, n'ayant pas pu faire d'expérience sur ce sujet. Mais ne sommes-nous pas en droit de nous demander si ce phénomène extraordinaire, strictement examiné, ne perdrait pas tout son prestige? Nous avons déjà vu que les Roiifèrcs, que Spallanzani et MM. Doyère et de Quah^efages pensaient pouvoir être impunément tués et ressuscites (2), succombaient, au contraire, dans des expériences exécutées avec précision. Et en se fondant sur des observations bien dirigées, MM. Pennetier et Tinel ont mis ce fait hors de doute (3).

(1) Bremser, Traité zoologique et 'physiologique des vers intestinaux. Paris, i824. — Burdach, Traité de physiologie. Vdx'i's, 1837, t. I, p. 27. — Nysten, LiTTiŒET Gii. Roem, Dictionnaire de médecine. Paris, 1838.

(2) Spallanzani, Opuscules de physique animale et végétale. Paris, 1787, t. II, p. 205. — De C)\]kïK^?kGv.'s>, Souvenir s d'un naturaliste. Paris, i8v^6. — \)oxtK^,Annales des sciences naturelles. 1841.

(3) Peisjsetier, Journal l'Ami des Sciences. Paris, 1839, Juin. — TiNEL, l'Union médicale. Paris, I859,no 72. Ce que Ton a pris pour une résurrection est simplement l'dclosion des jeunes Rotifères ou des Tardigrades, ces animaux possédant une enveloppe imper-

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De l'introduction des oeufs des helminthes. — La circonscription géographique des helnriinthes, parfois si limitée, n'est-elle pas elle-même un argument fort sérieux contre leur introduction par la voie des aliments? Un fleuve, une rivière établissent, en certains pays, une limite très-tranchée entre les lieux envahis par deux espèces fort distinctes. Ainsi, d'après M. Boudin, le Botryocéphale, qui réside spécialement dans l'est de l'Europe, en Russie et en Pologne, s'arrête à la Yistule; et en deçà de ce fleuve, on ne rencontre plus que le Ténia solitaire (1). Cette ligne de démarcation est tellement tranchée, qu'à Dantzick, qui est située sur ce cours d'eau, de Siebold devinait la résidence des personnes à la nature des helminthes qu'elles expulsaient (2) . Si c'était la nourriture, comme celle-ci est identique sur les deux rives du fleuve, on ne voit pas pourquoi des deux côtés on ne rencontrerait pas les mêmes vers.

Une chose aussi serait bien inexplicable pour les helminthologistes qui prétendent que les vers se propagent par les aliments : c'est l'extrême fréquence de quelques-uns de ceux-ci, comparée à la rareté de leurs analogues. Ainsi, d'après MM. Boudin et Odier, le quart des habitants de Genève a eu, ou aura, leBotryo-

méable, sous laquelle ils peuvent se conserver vivants, malgré la sécheresse.

(1) Boudin, Traité de géographie et de statistique médicales. Paris, 1857, t. I,p. 336.

(2) R. Vf AG^ER, Haiidwàrterbuch der Physiologie. BrBiunschweig, 1844, t. II, p. 652.

céphale (1); ce Botryocéphale dont la larve n'a point de crochet, et dont on ne peut expliquer la migration ; ce Botryocéphale, enfin, dont les voyages extraordinaires sont encore un mystère, et qui là est plus commun que le Ténia! Est-ce donc qu'à Genève on ne mange point de porc, ni de toutes ces viandes qu'on dit être la source du Ténia des Français?

Enfin, l'hypothèse de l'introduction des vers intestinaux par l'alimentation, et, par suite, celle des migrations, sont tout à fait renversées par l'existence bien constatée de ceux-ci, soit sur des animaux encore à la mamelle, soit même sur des fœtus encore contenus dans l'utérus. Parmi les nombreux exemples que Ton pourrait citer, mentionnons seulement les suivants : Gœze, Bloch et Rudolphi ont fréquemment rencontré de longs Ténias sur de jeunes agneaux encore à la mamelle (2) ; Bremser en a trouvé quarantecinq sur un jeune cornus frugilegus, encore au nid et sans plumes (3) ; Rudolphi dit avoir observé plusieurs fois des Douves du foie sur plusieurs autres oiseaux aussi jeunes; Fromann a rencontré de ces vers sur des agneaux nouveau-nés (4); enfin Pallas et Bloch

(1) Boudin, Traité de géographie et de statistique médicales. Paris, 1857, t. 1, p. 336. — Ouier, Médecine 'pratique^ p. 224.

(2) GoEZE , Naturgeschichte d. Eingeweidewurmer , cité par Bremser, p. 27. — Bloch, i46/iand/., e!c. Berlin, 1782. — Rudolphi, Entozoorum seu vermium inteslinalium historia naturalis. Anister- »'aî-\ 1808.

(3) BiiKMSER, Traité zoologique et physiologique sur les vers intestinaux. Paris, 1824, p. 27.

(4) Rudolphi, idem. — Fromann, Observ, de verminoso in ovibuf et juvencis reperto hepate. Ephemerides nat. cur. 1G77.

DISCUSSION DE l'iIYPOTHÊSE DES MIGRATIONS. 549

assurent que des Ténias ont été observés à Tintérieur du fœtus humain par Brendel et Heim (1). Hippocrate dit qu'on en a découvert dans les intestins d'un enfant qui venait de naître, et Rudolphi dans ceux d'un chien qui venait d'être mis bas. Quoique M. Blanchard ait contesté la présence des vers intestinaux dans le corps du fœtus (2), c'est un fait établi aujourd'hui par des observations si positives qu'il n'est pas possible de le nier. M. Berthélue a rappelé qu'il y a sur ce sujet des observations positives qui remontent au dix-septième siècle (3) ; et Graetzer, dans son Traité des maladies du fœtus, cite des faits nombreux et bien établis d'helminthes développés sur l'espèce humaine, pendant la vie utérine (4). Van Beneden, lui-même, prétend que de jeunes cochons naissent parfois en ayant déjà des Cysticerques (5). Il serait vraiment utile de sortir de toutes ces contradictions. En effet, si les helminthes entrent avec les aliments, comment peut-il s'en rencontrer sur le fœtus? Nous avons vu que la transmission de la mère à celui-ci était impossible.

Les enfants ne sont ordinairement sujets qu'aux Oxyures et aux Ascarides, et ce n'est que par exception que l'on rencontre chez eux des Ténias et des Cysticerques. Si les œufs provenaient du dehors, pourquoi ne rencontrerait-on pas aussi bien chez eux ces derniers

(1) Pallas, De mfestis viventibus intra viventia. Rotterdam, 1768. — Bi.ocH, AbhandL, etc. Berlin, 1782.

(2) BLA^CHARD, Mémoire lu à l'Académie des sciences en 18i8.

(3) Berthéiue^ Revue zoologique, 18^8, p. H 9.

(4) G\ikE7ZE\x, Maladies du fœtus. Breslau, 1837.

(5) Van Blneden, Zoologie médicale. Paris, 1859, t. II, p. 260.

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Enfozoaires, qui semblent n'affecter que T homme adulte. — On ne peut arguer que les enfants n'offrent pas les conditions de vitalité qu'exigent ces vers, puisqu'on en a observé sur plusieurs, exceptionnellement, et qu'on en trouve fréquemment à l'intérieur de quelques jeunes animaux, tels que les chiens. Ce n'est là qu'un argument accessoire. Mais ne semblet-il pas que si ces Entozoaires ne se développent ordinairement que dans Tàge adulte, c'est que celui-ci seulement, livre à leur état naissant une substance assez animalisée pour leur permettre de coercer les matériaux nécessaires à leur organisation.

Si l'air, l'eau et les aliments étaient les véhicules des helminthes, ceux-ci seraient assurément plus uniformément répartis qu'ils ne le sont sur ces animaux. Pour ne pas rester, à ce sujet, dans le vague des généralités, citons quelques exemples. Le Trichina spiralis, en particulier, ne peut être assurément expliqué par aucun des moyens derrière lesquels les ovaristes se retranchent. Tout à coup ce ver, dorat nous avons déjà parlé, se déclare sur les individus et pullule par myriades dans tous les muscles de l'économie. En voyant se manifester un tel phénomène, on conviendra immédiatement qu'il a fallu que le milieu ambiant dans lequel a vécu la personne infestée renferme un incalculable nombre de germes de cet Entozoaire, un nombre qui surpasse même tout ce que l'on peut imaginer. Or, comment se pourrait-il faire que lorsque beaucoup d'hommes habitent le même lieu, vivent de la même nourriture, présentent le même accès à l'infection, ont le même âge, et souvent

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la même constitution, comment se pomTait-il faire, dis-je, que quand la cause qui agit est si multiple, si répandue, un seul individu se trouve cependant infesté?... Tel est le cas d'un soldat dont tout le système musculaire fut littéralement envahi par le Trichina spiralis^ et en telle abondance qu'on en trouva jusque dans les muscles de l'oreille interne (1).

Si la cause provenait du dehors^ si les germes de ce Trichina avaient été contenus dans l'air ou dans Feau, comment expliquerait-on pourquoi aucun des autres militaires de la même caserne n'a éprouvé, je ne dirai pas cette véritable infiltration générale d'Entozoaires, mais seulement l'attaque de quelques-uns? La cause, ayant eu une incalculable énergie, devait agir sur un grand nombre d'individus, comme cela s'observe dans toutes les épidémies; et elle le devait d'autant plus qu'elle trouvait dans sa sphère d'action des sujets dans la même condition. Quoi! l'atmosphère ou la nourriture, qui possédaient pour le militaire en question de si amples matériaux léthifères, avaient une parfaite innocuité sur ses compagnons de chambrée ou son camarade de lit! Seul il a été infesté par des myriades d'animaux dont les germes ont enveloppé tous les autres soldats, et aucun de ceux-ci n'a été tourmenté par un de ces vers qui tuent leur camarade! Tout cela tiendrait du prodige, dans l'hypothèse des migrations.

L'examen des animaux peut nous fournir des arguments analogues à ceux qui précèdent.

(1) R. OwEN, Transactions de la Société zoologique. Londres^

On rencontre parfois à l'intérieur de quelques-uns une extraordinaire abondance d'helminthes, tandis que les autres individus de la même espèce n'en offrent jamais un nombre qui lui soit comparable ; c'est ainsi que M. Nathusiusatrouvé dans une cigogne noire, plusieurs centaines d'helminthes appartenant à des genres trèsdivers, et disséminés dans presque tout l'organisme (1).

Krause rapporte aussi qu'un cheval de deux ans et demi contenait plusieurs milliers de vers très-disparates "(2).

Envoyant ces animaux tourmentés par un si grand nombre d'helminthes, on se demande comment, en admettant que c'est à l'aide de l'air ou des aliments que se transmettent ces parasites, on pourrait expliquer pourquoi cette cigogne et ce cheval sont ainsi devenus de véritables pépinières de vers, tandis que leurs congénères n'en étaient point affectés, quoique \ivant dans les mêmes circonstances. Cependant cela

(1) Nathushjs, Wiegmann's Archiv, 1837. — Vingt-quatre filaria lahiata dans le poumon, seize syngamus trachealis dans la trachée, plus de cent spiroptera alata entre les membranes de l'estomac, plusieurs centaines d'/îolosioînwînea^caya/um dans rinleslin grêle, environ centd/sioma ferox dans le gros intestin, vingt-deux distoma hîans dans l'œsopbage; cinq distoma Mans (?) entre les membranes de Testomac, et enfin un distoma echinatum dans Tintestin grêle.

(2) Krause, Wiegmann's Archiv, 1840. — Plus de cinq cent dixneuf ascaris megalocephala, centquatre-vingt-dix oœyuris curvula, deux cent quatorze strongylus armatiis, plusieurs milliers de strongylus tctracanthus, soixante-neuf tœnia perfoliatn, deux cent quatre-vingt-sept filaria papillosa, et six cysticercus fistularis.

Dujardin, Histoire naturelle des helminthes. Paris, 1845. p. 13.

DISCUSSION DE l'uYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 553

aurait dû être si les vers provenaient réellement du dehors. Si cela ne vs'est pas présenté, c'est que ceuxci n'ont trouvé la raison de leur apparition que dans la nature des circonstances particulières qui leur ont été otTertes par les deux animaux en question, circonstances qui chez eux en ont déterminé l'apparition spontanée.

A l'aide de l'expérience, Pallas a prouvé que des œufs d'Entozoaires peuvent se grefîer sur un autre animal que celui qui les a produits, et se développer là où on lésa placés. Il rapporte avoir introduit, par une plaie, quelques œufs de Ténia du chien dans la cavité abdominale d'un autre animal de cette espèce, et qu'ils s'y sont parfaitement développés, jusqu'au point d'atteindre la longueur d'un pouce dans l'espace d'un mois. Mais, comme le fait judicieusement observer Bremser, cela est insignifiant, puisque ces œufs possédaient toute leur fraîcheur, venant d'être extraits à l'instant même d'un autre chien (1). Cette expérience soulève quelques objections fondamentales. Comment donc ces œufs de Ténia ont-ils donné naissance à de jeunes individus finement annelés, ayant le faciès de leurs parents, et non pas à des Cysticerques, ce qui devrait avoir eu lieu, si les faits annoncés par les partisans des migrations sont exacts? Comment s'est-il pu faire aussi, en suivant leurs errements, qu'il se soit développé de jeunes Ténias à la surface du péritoine, eux qui pour arriver dans l'intestin des

(I) Bremser, Traité anatomique et physiologique des vers intestinaux. Paris, i824, p. 42.

animaux, leur site de prédilection, opèrent de si extraordinaires voyages?

Absorption des oeufs ou des embryons. — Pour être à l'abri de tout reproche, les expériences de migrations artificielles des helminthologistes auraient dû, absolument, se rapprocher de la marche de la nature, et c'est ce qui n'a pas eu lieu.

Ces expériences sont tellement subordonnées aux précautions que prennent les physiologistes , que Klichenmeister avoue lui-même que, pour en faciliter la réussite, on doit avoir la précaution d'enlever les enveloppes des Cysticerques, et même d'inciser la vésicule de ceux qui sont volumineux, parce que, sans cela, ils sont vomis très-fcfcilement. Dans la nature, les animaux qui mangent accidentellement des Cysticerques prennent-ils ces précautions (1)?

Mais si, dans ces expériences, le Cysticerque, que l'on a mis hbre dans l'estomac, traverse cet organe pour aller ensuite se développer sur l'intestin grêle, cela ne dit nullement que, dans l'ordre naturel, les phénomènes se passent ordinairement ainsi. Aussi sommes-nous porté à considérer ces expériences, non comme exprimant la marche normale de la nature, mais comme n'étant qu'une transposition artificielle d'un animal qui, placé dans de défavorables circonstances, n'y devait jamais présenter qu'une forme tératologique; mais qui, transporté par le bienfait de la transmigration, dans un habitat plus propice, y prend toute son extension. Ainsi une plante s'étiole et meurt

(1) KucoENMEisTER^ Ou animal and vegetable parasites of the htiman body. Londres, 1837, 1. 1, p. 83.

dans un sol trop restreint et privé d'éléments nutritifs, mais devient un végétal robuste quand ensuite on la confie à une terre plus riche et plus étendue.

Admettons cependant que cette difficulté soit levée, et que l'œuf ou l'embryon d'un Cestoïde se trouve parvenu dans l'intestin d'un animal ; comment de là opérera-t-il sa migration pour se rendre dans les organes éloignés? Les helminthologistes prétendent qu'il est absorbé, mais les physiologistes sont fortement autorisés à nier que cela soit possible.

Il est vrai que Herbst, par ses expériences sur les fonctions du système lymphatique, avait fait supposer que des molécules de lait ou d'amidon pouvaient être absorbées dans l'intestin, et passer dans le système sanguin (1); et que, plus tard, OEsterlen, ayant nourri des lapins, des chats et des poules avec de la poussière de charbon, a retrouvé des parcelles de celle-ci, de 30Ô à À de millimètre, dans le sang des veines du mésentère (2). Il est vrai aussi que F. Éberhard a retrouvé des molécules de soufre de 3J0 à 7J0 ^^^ millimètre de diamètre , dans le sang des veines mésaraïques^ de divers chiens qu'il avait nourris avec du soufre sublimé (3). L'on sait aussi, que Mensonides et Donders prétendent qu'ayant fait avaler, de vive force, de l'amidon à des grenouilles, au moyen d'une seringue,

(1) Hekbst, Le Sijstèmehjmphatique et ses opérations. Gœii'ingne, 1844 (en allemand).

(2) ŒsTERLEN, Annales de Henle et Pfeufer pour la médecine rationnelle, Heidelberg, l. V, p. 43i.

(3) F. Eberhard, Recherches sur le passage des matières insolubles de l'intestin et de la peau dans le sang. Zurich;, 1847 (en allemand).

après six heures, ils ont retrouvé des molécules de farine dans les veines du mésentère de ces reptiles, et que là elles étaient paifaitement reconnaissables à l'aide du microscope et de l'iode. Bruch assure même que les molécules du lait passent intégralement dans le sang des jeunes animaux encore à la mamelle, et dit avoir retrouvé ce fluide dans les veines mésentériques de plusieurs petits chats (1). Enfin, Marfels. en injectant du sang de brebis et du sang de bœuf dans l'estomac de plusieurs grenouilles, a retrouvé ce sang dans le cœur, et a même \u ses globules circuler dans les capillaires les plus ténus du mésentère de ces reptiles (2).

Mais déjà on a fait quelques objections à plusieurs des expériences que nous venons de citer. On a prétendu, avec raison, que les molécules du charbon, présentant communément des angles assez aigus, avaient pu dilacérer les fines parois des absorbants pour s'introduire danslesystème circulatoire (3). C. E. Hoffmann, qui a remporté le prix proposé par la Faculté de Wûrtzbourg sur cette question : « Si du mercure et de la graisse peuvent entrer en substance dans le système circulatoire?» contredit les expériences

(1) Bruch, Annales de la zoologie scientifique de Ch. de Siebold et Kolliker. Leipzig 1853, l. IV.

(2) F. ^\\ïKFEL'è, Recherches sur la voie par laquelle de petits corpuscules solides passent de l'intestin dans l'intérieur des petits vaisseaux chyliféres et sanguiîis. Ann. se. iiat. Zoologie. 1856, t. V, p. 134.

(3) Corn p. F. Marfels. Recherches sur la voie par laquelle de petits corpuscules solides, elc.

DISC! SSÎON DE l'hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 557

d'Éberhard sur ce sujet (1). On pourrait enfin se demander si, dans ses expériences, Martels n'a pas pu confondre des globules du sang de grenouille à l'état de corpuscules élémentaires, avec le sang du mouton et du bœuf qu'il avait présenté à l'absorption? Mais une objection autrement capitale que les précédentes, c'est le diamètre des œufs des helminthes, beaucoup plus considérables que celui des globules du sang et du lait, en admettant que l'absorption de ceux-ci soit un fait positivement établi.

En ce qui concerne la fécule, dans mes expériences sur les grenouilles et les poissons, soit que je l'aie fait manger à ces animaux, soit que je l'aie injectée dans leur tube digestif, jamais je ne l'ai retrouvée en circulation dans les veines mésaraïques (2).

Mais si les helminthes qu'on trouve dans les organes profonds, qui n'ont aucune communication avec l'extérieur, ne sont pas le produit de l'hétérogénie, il faut absolument indiquer par quelle voie ils

{{) C. E. Hoffmann. Sur le passage du mercure et de la graisse dans le courant du sang, dissertation inaugurale. Wiirtzboiirg, 1854 (en allemand).

(2) Expérience. Sur une Rana esculenta, on injecta dans l'estomac de la fécule non colorée ; si\ heures après on tua l'animal et l'on explora attentivement le mésentère, sans y rencontrer un seul grain de cette fécule ; l'iode n'en signale pas non plus. S'il eût existé des granules d'amidon dans les vaisseaux, on les eût découverts immédiatement, ceux-ci ayant un diamètre au moins du double de celui des globules du sang. — J'ai répété ensuite cette expérience avec de l'amidon préalablement coloré en bleu par l'iode, pour qu'elle fût encore plus précise; et, soit sur des grenouilles, soit sur des poissons [cyprinus auratus), jamais je n'ai vu un seul grain de fécule être absorbé.

558 HETERO GENIE.

onl pu s'y introduire. Comment, par exemple, s'ils ne se développent point sur le lieu même, certains Entozoaires envahissent-ils le cerveau, le foie, la rate, la cavité du péritoine, celles de la plèvre et du péricarde, et même celle des os !

Est-ce à l'état d'œuf qu'on prétend qu'ils y arrivent ou à l'état vivant?

A l'état d'œuf, il est de toute impossibilité qu'ils puissent s'insinuer dans les organes; le système vasculaire sanguin ou lymphatique ne pouvant les admettre dans leurs canaux, ceux-ci formant un ensemble parfaitement clos.

Et d'abord, relativement à l'introduction des œufs, il y a impossibilité matérielle, car dans aucune partie des surfaces absorbantes des mammifères, par exemple, ils ne pourraient être aspirés.

Il n'y a pas besoin d'insister sur la barrière infranchissable que la peau oppose à ces œufs; et il est évident que s'ils peuvent s'introduire à l'intérieur des organes, ils doivent nécessairement, après leur admission préalable avec l'air ou les aliments, être aspirés par la surface des muqueuses intestinales ou pulmonaires. Or, les travaux de précision des anatomistes et des physiologistes du dix-neuvième siècle nous démontrent, jusqu'àl'évidence, que cela est tout à fait impossible.

Les œufs ne peuvent assurément pas être absorbés par les vaisseaux sanguins ou chylifères de la muqueuse intestinale, puisque ceux-ci n'ont aucune ouverture béante à la surface de cette membrane ; et que, d'après Valentin, Béclard et Bérard, ils n'y

pompent les fluides que par une imbibition endosmotique (1).

Et d'ailleurs, avant ce débat il y aurait une observation préjudicielle à exécuter : il faudrait s'assurer si l'on peut découvrir des œufs d'helminthes dans les organes digestifs des animaux qui sont le plus fréquemment infectés de vers vésiculaires. Et déjà des helminthologistes, qui ont fait de nombreuses recherches, assurent n'avoir jamais rencontré un seul œuf de Ténia dans les intestins des porcs et des lapins.

L'absorption pulmonaire étant absolument endosmotique, il est évident que les œufs des helmmthes ne peuvent pas plus entrer dans l'économie animale par les cellules bronchiques, qu'ils ne peuvent y pénétrer par les villosités intestinales. Le grand physiologiste J. Mûller a lui-même senti combien ces faits ont une imposante autorité (2).

Enfin, un obstacle encore plus grand viendrait s'offrir par rapport à certains helminthes qui sont vivipares. Pour eux, il faudrait donc que les petits s'échappassent du gîte maternel, ce qui est déjà difficile; puis, qu'après avoir traversé, sans périr, un espace d'atmosphère plus ou moins considérable, ils entrassent ensuite dans Tintérieur d'un autre animal pour s'y insinuer à travers des membranes que nous avons déjà vu être infranchissables pour des œufs

(1) Valentin, Physiot. London, 1843 (trad.), p. 56.— Béclard, Traité élémentaire de physiologie. Paris, 18o9;p. 162. — Bérard, Cours de physiologie. Paris, 1848.

[1] i.MiJLLER, Manuel de physiologie, trad. de rallemand par Jourdan. 3« édit. Paris, 1851, p. 15.

plus petits qu'eux. C'est encore plus impossible.

Migration des oeufs et dks embryons. — Nous avons d'abord démontré que l'absorption des œufs était tout à fait impossible ; et que les muqueuses intestinales et pulmonaires leur refuseraient absolument passage, si on supposait même qu'ils aient pu s'introduire dans les voies digestives ou respiratoires. La micrométrie parle là avec une irrécusable autorité. Maintenant il nous sera tout aussi facile de démontrer que la circulation n'est pas plus apte à transporter les œufs à travers l'organisme que celui-ci ne l'est à les absorber.

En admettant même que quelques œufs puissent s'introduire dans le système circulatoire et qu'ils soient entraînés dans son torrent, bientôt wne double barrière, barrière absolument infranchissable, s'opposerait à ce qu'ils parvinssent dans la profondeur des organes. En effet, il faudrait qu'avant tout, ils traversassent deux systèmes capillaires : celui du foie et celui du poumon ! double impossibilité.

En effet, nécessairement, ils devront être absorbés par les veines mésaraïques; et, en admettant qu'ils parvinssent à traverser le système capillaire du foie, arrivés dans le pouaion, ils y trouveront un nouvel obstacle infranchissable; les capillaires extrêmement déliés qui tapissent les cellules bronchiques, n'offrant pas un calibre susceptible de leur livrer passage. Cependant, si ces premiers obstacles infranchissables, obstacles sérieux, auxquels je crois qu'on n'avait pas encore songé , pouvaient être franchis , le système artériel pourrait il ensuite lancer les helminthes dans

DISCUSSION DE l'hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 561

cette foule d'organes profonds où parfois on les découvre? mais nullement.

Les physiologistes qui ont parlé de la dissémination des œufs à l'aide du système vasculaire, et qui l'ont fait après un examen attentif des prémisses de la question, à savoir : le rapport des diamètres de ceux-ci et des capillaires, sont restés convaincus qu'il y avait impossibilité physique. Burdach pense, qu'en admettant même qu'ils parvinssent dans les vaisseaux, ils ne pourraient circuler à l'intérieur de leur étroite filière, les œufs de certains vers étant, selon lui, dix fois plus gros que les globules du sang, qui, eux-mêmes, y trouvent parfois des passages dans lesquels ils peuvent à peine s'introduire. J. Muller etBremser professent une opinion analogue (1).

En effet, les œufs de beaucoup d'helminthes ont une grosseur qui dépasse considérablement le calibre des capillaires; aussi, est-il impossible d'expliquer par ceux-ci leur transport dans l'organisme. Le diamètre des vaisseaux capillaires de l'homme variant de 0,005 à 0,006 de millimètre, et celui des œufs des Ténias étant de 0,020 à 0,080de millimètre, ceuxci ne peuvent par conséquent traverser leur réseau.

Les modernes partisans des migrations des Entozoaires expliquent celles-ci par deux moyens. Les uns pensent que l'embryon, après avoir été introduit dans les voies digeslives des animaux, se fraye un chemin

(1) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. I, p. 28. — J. Muller, Manuel de physiologie. Paris, 1851, p. 15. — Brehser, Traité zoologique et physiologique des vers intestinaux. Paris,

à travers les tissus à l'aide de ses crochets, jusqu'à ce qu'il soit parvenu dans un site de prédilection (1); les autres croient qu'après s'être introduits dans les vaisseaux, les jeunes helminthes sont passivement disséminés dans les diverses régions de l'animal qu'ils vont infester. On rapporte même, à l'appui de cette dernière opinion, que Leuckart a trouvé quatre embryons de vers, libres dans la veine-porte, à son entrée dans le foie (2).

Voici déjà une grande concession de faite par les partisans des migrations. La progéniture n'entre point dans le système vasculaire par l'absorption organique, mais elle s'y insinue violemment à l'aide de sa propre force vulnérante ; ou bien, en employant celle-ci, elle perfore une série d'organes pour parvenir enfin dans son site d'élection.

Ces nouvelles explications, quoique fort ingénieuses, soulèvent une tourmente d'objections. D'abord quand 'Tembryon, car ce n'est plus un œuf, a percé l'intestin pour arriver dans les veines du mésentère, alors il faut r qu'il traverse le système capillaire du foie; 2° qu'il franchisse le système capillaire du poumon ; 3° qu'il passe une seconde fois par le cœur; 4° qu'il soit, enfin, lancé dans les organes à l'aide des artères. Mais, sans compter tout ce qu'a d'extraordinaire ce

^1) Telle est Topinion de Kûchenmeister et de Van Benederi, qui décrivent avec un soin exliême le mécanisme par lequel le ver fouille et perfore les tissus. — Klchenmeister, 1. 1, p. 48. — Van Beneden, ZooL méd., t. II, p. 217.

(2) Comp. Kûchenmeister, On animal and vegetable parasites of the human body. London, i857, t. 1, p. 50. {Trad. angl.)

DISCUSSION DE l'hYPOTIÎÈSE DES MIGRATIONS. 563

vo;yage, nous avons déjà \u qu'il offre deux insurmontables obstacles, deux systèmes capillaires itifranchissables.

Si les œufs des entozoaires qui attaquent T homme, étaient transportés dans les organes par le système vasculaire, comme nécessairement beaucoup devraient être en circulation, on les y trouverait, comme on trouve dans les vaisseaux ceux de quelques entozoaires qui y vivent naturellement ; et je ne sache pas, qu'excepté M. Leuckart, slucun savant en ait observé.

Les physiologistes ont récemment démontré que plusieurs helminthes se rencontrent, et parfois même en abondance, à l'intérieur du système vasculaire, où semble être leur habitat normal. Presque tous ceux-ci appartiennent au genre Filaire; et MM. Delafond et Gruby en ont reconnu un assez grand nombre circulant avec le sang des mammifères et des reptiles. M. Valentin a découvert un Hématozoaire particulier, une espèce (ÏAmœda, dans le sang d'un saumon. Plus récemment, M. Gruby a fait connaître des animalcules infiniment petits, de 0,0040 de millimètre de longueur, roulés en spirale et dentés en scie, qu'il a rencontrés abondamment sur des grenouilles adultes, mêlés à des Pilaires, et en circulation dans les vaisseaux, où ils se meuvent d'un mouvement extrêmement rapide (1) . On sait en outre que Schmitz, Va-

(1) Delafond et Gruby, Comptes rendus de l'Académie des sciences y t. XXXIV, p. 9. —Valentin, Archiv. de Muller. 1841, p. 435.— Gruby, Recherches et Observations sur une nouvelle espèce dliématozoaire. {Try panosoma sanyuinis.) Ann. se. nat. 1844, 1. 1, p. 164, pi. 1, fig. B.

lentin, Vogt, Remak, Mayer, Berg, Creplin ont aussi rencontré des helminthes dans le sang des grenouilles et de quelques poissons d'eau douce (1); de Siebold en a souvent vu au milieu de celui des oiseaux (2).

On connaît, depuis Swammerdam, une espèce d'Ascaride qui vit particulièrement dans le poumon des grenouilles (3). M. Gluge a découvert, il est vrai, les ovaires et reconnu les œufs de ce parasite, qui est Y Ascaris nigrovenosiis. Valentin a vu circuler ceux-ci avec le sang de ce reptile ; mais ces œufs n'avaient point été introduits du dehors, ils se trouvaient en quelque sorte enfermés dans leurs cavités naturelles (4). Il y a loin de là à l'hypothèse qui admettrait l'entrée de ces œufs, par endosmose, dans le tissu capillaire, à travers la paroi des bronches. Ils sont tellement ici dans leur site d'élection, que M. Gruby, ayant injecté de ces œufs dans les vaisseaux des grenouilles, parvenus au poumon, on les a vus s'arrêter dans ses capillaires pour s'y développer (5).

(1) SciiMiTZ, De vermihus in circulatione vivent ibus. Berolini, 1826. — Valentin, De functîonibus nervorum cerebralium et nervi sympathici, 1839, p. 101 et 144. — Vogt, Mullef's Archiv. 1842 — Remak, Canstatfs Jahresbericht. 1842. — Mayer^ De organo eleclrico et dehœmatôzois. Bonn, 1843, p. 10. — Berg et Creplin, Archiv skandinavischer Beitràge zur Naturgeschichte. 1815, t. I.

(2) De Siebold, art. Parasites du Handworterbuch, t. Il, p. 648.

(3) Swammerdam, Biblia naturœ. Leyde, 1737.

(4) Gluge, Sur un Entozoaire dans te sang de la grenouille. Arctiives de médecine comparée de Rayer, t. I, p. 44. — Valentin, De la présence d'entozoaires dans le sang. Archives de médecine comparée de Rayer, t. I, p. 42, 43.

(5) Gruby, Recherches et observations sur une nouvelle espèce d'hématozoaire. Ann. des se. nat., 3® série, t. 1.

DISCUSSION DE l'hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 56S

M. Joly, ayant rencontré récemment des Filaires de quinzeà vingt centimètres de longueur, dans les deux oreillettes d'un plioque commun, a pensé que ces helminthes, qui tous étaient femelles et remplis d'œufs et de petits éclos, n'étaient que l'ét^il adulte âufilaria pisciiim.Ce zoologiste suppose que les phoques, vivaqt presque exclusivement de poissons, avalent avec ceuxci les Filaires dont ils sont remplis, et que ces derniers résistant à l'action digestive, perforent les parois du tube intestinal, s'insinuent dans les vaisseaux sanguins et parviennent au cœur (1).

Mais M. Joly, avouant que ce ver, qu'il nomme filaria cordis pliocœ, n'a ni bouche, ni anus, et que même sa tète est obtuse, on ne peut expliquer comment il lui serait possible de perforer les parois résistantes des vaisseaux et de l'intestin. Selon ce zoologiste, ce Filaire acquiert son développement complet dans le sang du phoque, et il y produit même ses petits. Mais comment ceux-ci passent-ils donc dans les poissons? Ces myriades de jeunes Filaires, qui, à un moment donné, envahissent le système sanguin, en sortent-ils en criblant ses parois pour se répandre ensuite dans la mer? Ce ne peut être que là que les absorbent les poissons, car ceux-ci ne mangent pas, à leur tour, les phoques dont ils sont la pâture. 11 faudrait donc admettre que ccsFilaires naissent dans les canaux sanguins de ces mammifères; qu'ils en sortent ensuite pour aller vivre sur des poissons, et qu'ils ont besoin

{\) Joly, Mémoire sur une nouvelle espèce d'hématozoaire, observée dans le cœur d'un phoque. Compt. rend. 1858, t. XLVI, p. 403.

enfin, pour parvenir à leur état adulte, qu'un phoque les dévore, pour qu'ils se réintroduisent dans le même appareil qu'ils ont précédemment abandonné.....

Tout cela est vraiment extraordinaire ! et ce que je puis affirmer, bien plus difficile à comprendre que l'évolution spontanée de ces Pilaires, tout simplement dans le lieu où on les découvre. Et pourquoi donc ces Pilaires se donneraient-ils tant de peine pour s'expatrier d'ujj milieu où ils doivent enfin revenir?

Comment donc Van Beneden, qui connaissait ce fait, mais qui ne le cite que fort brièvement, a-t-il pu dire que tous les hématozoaires paraissent se trouver à l'état agame dans le système vasculaire (1)?

Lorsque l'on découvre aujourd'hui si habilement les hématozoaires qui circulent avec le sang, et qui ont parfois des dimensions infiniment petites, telles que l'hématozoaire de 0,0040 demiUimètre dont parle M. Gruby(2); on se demande comment, si le sang était réellement le véhicule normal des helminthes, comment, nous le répétons, depuis longtemps, on n'aurait pas déjà découvert leurs œufs ou leurs embryons dans ce fluide? Cela serait on ne peut plus facile, car ils devaient se rencontrer en abondance chez certains animaux, qui sont infestés par une inconcevable quantité de vers. On devrait d'autant plus obtenir

(i) Gervais et Van Beneden, Zoologie médicale. Paris, 4859, t. II, p. 303.

(2) GuuBY, Recherches et observations sur une nouvelle espèce d'hématozoaire. Ann. se. nat. Zoologie, 1844, 1. 1, p. 104. Quelques savants ont douté, il est vrai, de l'animalité de cet helminthe, mais cela ne diminue nullement de la force de rargnmenlalion, si ce n'est pas un véritable animal, c'est une production quelconque.

DISCUSSION DE l'hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 567

ce résultat, que beaucoup de germes voyageurs doivent s'égarer ou périr en route, et qu'il faut nécessairement qu'il y en ait un immense nombre en circulation, pour qu'il en arrive quelques-uns seulement à leur destination.

Mais la découverte des hématozoaires, ainsi que le fait observer Bérard, n'offre aucun argument en faveur de la transmission des œufs à l'aide de la circulation. Bien au contraire, ces animaux sont là dans leur site d'élection, et ils y offrent une preuve de plus en faveur de la génération spontanée (1).

On sait que Valentin a découvert un microzoaire dans le sang. Cet animalcule, qui y était excessivement abondant, ressemblait absolument aux Protées et n'offrait pas la moindre trace' d'organisation ni d'appendices (2). La présence de ce microzoaire ne peut être expliquée là que par l'hétérogénie ; car je ne suppose pas que les partisans des migrations puissent admettre qu'un être microscopique diffluent, privé d'appendices vulnérants, a pu pénétrer dans le système sanguin.

De l'habitat des helminthes. — Les savants qui prétendent que les œufs s'introduisent du dehors dans l'intérieur des organes, ne se sont pas réellement rendu compte des conséquences de cette hypothèse, sans cela, ils auraient reconnu qu'elle est complètement inadmissible. Burdach, qui a très-bien entrevu les difficultés qu'il y a d'expliquer ainsi les Entozoaires

(1) Bérard, Cours de physiologie. Paris, 1848, t. I^ p. i02.

(2) Valentin, ArchivesdeMuUer. 1841, n° 5, p. 435. Ami. se. nat. Zoologie, 1841, t. XVI, p. 303.

que recèlent les cavités closes ou les divers tissus, dit avec raison : « Leurs œufs ne pourraient être portés « au dehors qu'à la faveur du renouvellement des « matériaux du parenctiyme de ces organes ou du « liquide qu'ils contiennent; c'est-à-dire, qu'autant « qu'ils seraient amenés dans le sang par l'absorption « et séparés de cette liqueur par la sécrétion ; après « quoi il leur faudrait, pour arriver chez un autre « individu, à l'endroit qui les doit recevoir, s'intro- « duire avec les aliments dans le canal intestinal, « puis couler avec le chyle dans le sang, et se détacher « du sang pendant le travail intime de la sécrétion et « de la nutrition. Mais ces migrations sont compléte- « ment fabuleuses, puisqu'il n'existe point ici de voies « ouvertes, et que tous les vaisseaux sanguins ou con- « duits sécrétoiresont des parois closes à travers les- « quelles aucune substance ne peut pénétrer qu'à « l'état de dissolution et de liquidité (1). w

En effet, on implorerait en vain toutes les hypothèses, hors l'hétérogénie, il n'en est aucune qui puisse expliquera présencedecertains helminthes parmi une foule d'organes. Comment, en effet, sans elle, concevoir les Cysticerques ou les Échinocoques qu'on découvre dans nos organes les plus inaccessibles? Bonet et Geoffroy en citent qui ont été rencontrés dans la cavité pectorale ;Morgagni dans le cerveau et la moelle épinière; Ruysch, F. Plater et Corvisart dans le foie; Cullerier dans l'intérieur du tibia (2). M. Yalenciennes

(1) BuRDACH, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. I, p. 28.

(2) Bonet, Sepulcretum, seu Anatomia practica. Genève, i679, lib. XI, obs. 21 . — Geoffroy, Sur deux hydatides trouvées dans la

DISCUSSION DE l'hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 569

a découvert dans la cavité péritonéale d'un lézard vert soixante-trois helminthes de plus d'un centimètre de longueur, appartenant à une espèce nouvelle, assez rapprochée des Ténias. Aucun de ces vers ne se trouvait dans l'intestin de ce reptile, et celuici ayant été gonflé d'air, le savant zoologiste s'assura qu'aucune ouverture n'avait été faite par eux pour pénétrer dans la cavité close de l'abdomen (1). M. Dujardin dit avoir vu un helminthe semblable à Tintérieur de l'une des plèvres d'un singe (2). Dans deux Môles que j'ai disséqués au muséum de Rouen, j'ai moi-même rencontré, dans la cavité péritonéale de ces poissons, une quantité considérable de vers Cestoïdes. Il y en avait dans chacun d'eux, un peloton gros comme la tête d'un enfant, et de toutes les tailles. Le docteur* Brunetta assure aussi avoir trouvé quelques Ascarides dans une tumeur molle située sur l'avant-bras d'un sujet qui avait été précédemment affecté de syphilis (3). J'ai moi-même rencontré un ascaris lombricoides mâle, dans une fistule de la partie moyenne de la cuisse, sur le cadavre d'une vieille femme. Les partisans de l'hypothèse des migrations,

cavité thoraci que. Bull.de Téc. de méd., an xiii,p. 164. — Mokgagni, De sedibus et causis morborum. — Ruyscii, Thesaur., \, n. 12. — Plater, Observ., lib 111, p. 617. — Corvisart, Observation sur une hijdropisie enkystée du foie avec hydatides. Jouin.de méd. — CuLLERiER, Observation sur une tumeur du tibia qui contenait une grande quantité d'hydntides. Jonrn. de méd., 1806.

(1) VAl.ENCIE^^ES, Observation d'une espèce de ver de la cavité abdominale d'un lézard vert. {Dithyridium lacertœ. Val.) Ann. se. nat. Zoologie, 184'f, t. II, p. 248.— Institut, t. XIX.

(2) Cité par M. Vdlenciennes.

(3) Brunltta, Scienziati italianiatti. Lucca. 1844, p. 532.

expliquent le voyage de l'embryon à l'aide du travail des crochets dont il est armé. Mais comment les ascarides se transportent-ils, eux qui ne possèdent pas de semblables appendices?

Ajoutons enfin, que quelques savants italiens sont unanimes pour soutenir que l'on a parfois trouvé divers animaux dans les pustules de la variole. Le professeur Cerioli dit y avoir rencontré des helminthes, et considère leur production comme une nouvelle preuve de la génération équivoque. Le docteur Morello observa deux cas semblables dans une récente épidémie à Lucques (1 ) .

Par la théorie des migrations, comment expliquer aussi les helminthes que l'on rencontre à l'intérieur des yeux des animaux vertébrés ? Si leur habitat dans ces organes était un fait isolé ou rare, on pourrait lui chercher quelque cause extraordinaire ; mais il est tellement fréquent qu'il faut presque lui trouver une voie naturelle, si l'on n'admet point l'hétérogénie (2). En effet, Nordmann rapporte qu'ils sont

(i) Cerioli, Scienziati italiani atti. Lucca, 1844, p. 532. — Mo- RELLO, Scienziati italiani atti. Lucca, 1844, p. 546.

(2) Le docleur Hsering a découvert un cyslicerque dont on distinguait parfaitement les suçoirs et les crocliets, entre la sclérotique et la conjonctive de l'œil d'un enfant. — HiERiNc, Observation de cysticerquecelluleux entre la conjonctive et la sclérotique, Gazette médicale de Paris, 1839, p. 636.— Le Diplostomum volvens,^ovA., se rencontre en telle abondance dans l'œil des poissons, que ses cavités en sont presque remplies. Dans son bel ouvrage, Nordmann en a liguré qui avaient envahi l'humeur vitrée d'une perche. On le découvre aussi jusque dans l'humeur aqueuse; ce savant a représenté les yeux d'un yadus Iota et ceux d'un cyprinus erythrophthalmus sur lesquels, .cette humeur en contient une

communs dans les yeux des poissons, et qu'il en a rencontré dans presque tous ceux qu'il a disséqués. Ces vers, de genres variés, appartenaient aux Distomes, aux Diplostomes et aux Holostomes ; les uns siégeaient dans l'épaisseur des membranes, et les autres dans ses plus profondes cavités, l'humeur vitrée et le cristallin (1). Il n'est pas rare non plus de découvrir des Filaires vivants dans les yeux des mammifères. Hopkinson, Morgan et Bremser ont observé le filaria papillosa dans la chambre antérieure de l'œil du cheval, où il est assez commun, et où parfois on le distingue parfaitement se mouvoir pendant la vie de l'animal (2). Enfin, plusieurs observations curieuses de MM. Rayer etNordmann prouvent que l'homme luimême recèle parfois des helminthes à l'intérieur du globe de l'œil. Ces savants ont découvert des Filaires dans le cristallin de quelques personnes affectées de cataracte (3). L'hypothèse des migrations serait bien

énorme quantité. — Nordmann, Mikrographische Beitràge zur Naturgeschichte der wirbellosen Thiere. Berlin , 1832, p. 110, pl.i, fig. 1, 2, 3.

(1) Nordmann, Mikrographische Beitràge. Berlin, 1832, t. I, p. 219.

(2) Hopkinson, Account of a worm in a horse's Eye. In Trans. of the amer, philos, society. 1786, p. 183. — Morgan, Of a living snakein a living horse's Eye, etc., In Trans. of the amer, society. 1786, t. n, p. 383. — Bremser, Traité zoologique et physiologique sur les vers intestinaux. Paris, 1824, p. 18.

(3) Rayer et de Nordmann, Helminthes dans Vceil de l'homme^ Archiv. de médecine comparée. — Ces filaires ont paru à ces observateurs constituer même une espèce particulière, à laquelle ils ont donné le nom de filaria oculi humani. Van Beneden le nomme filaria lentis. — Comp. Sichel , Iconographie ophthalmologique . Paris, 1859. — Ammon, Klinische Darstellungen, pi. XII.

impuissante pour expliquer tous ces faits, et surtout ces derniers, quand on songe que les Filaires sont vivipares (1) ! Sœmmering assure même avoir découvert un cijsticercus cellulosœ vivant, de la grosseur d'un pois, dans la chambre antérieure de l'œil d'une jeune fille.

Dans riiistoire des helminthes, certains faits de double ou de triple emboîtement, viennent encore corroborer d'une extraordinaire manière la théorie des générations primaires. Bojanus et de Baër ont trouvé, dans le foie de quelques limaçons, des Distomes à l'intérieur desquels il existait des Cercaires (2). De Nordmann rapporte avoir fréquemment rencontré, dans l'œil des poissons, des ïrématodcs qui contenaient d'autres Entozoaires microscopiques (3). Mais de Siebold a mentionné un fait bien autrement étonnant encore : c'est celui d'un Monostomum mittabile, ver qui vit à l'intérieur des palmipèdes, et dans le corps duquel il existait un œuf occupé par un jeune Monostomum, qui lui-même contenait un Distome (4) ! Bremser rapporte avoir trouvé dans le foie d'un bœuf,

(1) Comp. Leblond, Quelques matériaux pour servir à l'histoire des filaires, Acdd.âesscwnc.àe Rouen, \S3^, p. 145. — ValenciENisES^ Institut. I806, 4 août. — Jacobso.n, Nouvelles annales du muséum, t. III, p. 80.

(2) BoJA^us, Isis, 1818, p. 729. — Baer, Nov. act. nat. cur. t. XIII, p. 603.

(3) Nordmann, Mikrographische Beitràge. Berlin, 1832, p. 47. Recherches microscopi'iues, elc.

(4) SiEBOLD, Sur le Monostomum mutabile, dansWiEGMANN's Arch. t. 1, p. 45. Comp. aussi Carus, du Leucochloridium paradoxum. I^ov. act. nat. cur., t. XVII.

DISCUSSION DE l'hYPOTIIÈSE DES MIGRATIONS. 573

une Hydalide de ia grosseur du poing, qui, après avoir été incisée, laissa ^s'échapper une grande quantité de vésicules d'eau, dont quelques-unes avaient le volume d'une noix. Celles-ci étaient elles-mêmes remplies de plus petites Hydatides, dans la cavité desquelles nageaient de véritables Échinocoques.De semblables emboîtements ont été observés sur 1 homme (1 ) . Recherches expérimentales. — En décrivant les migrations des vers, Kùchenmeister dit, sans mentionner d'exception, que l'hôte qui recèle les Cystoïdes est dévoré par les animaux carnivores, et que c'est par ce moyen que ces vers arrivent dans leur estomac (2). S'il ne s'agissait que des carnivores, si même de nombreuses objections ne se présenlaient contre ce mode d'introduction, il resterait encore à expliquer comment les espèces herbivores introduisent dans leur tube digestif les scolex qui sont appelés à produire les nombreux Ténias qu'on rencontre parfois sur eux; eux qui ne mangent pas de viande, et qui par conséquent ne dévorent aucun cystoïde. On pourrait citer en particulier le mouton , qui a parfois plus de cinquante Ténias dans ses intestins. En effet, à une époque où, en Normandie, on remarqua beaucoup de Ténias chez ces animaux, j'ai disséqué des brebis qui en contenaient un tel nombre, que l'intestin grêle en était absolument obstrué (3). On pourrait demander

(1) Brkmskr, Traité zoologique et physiologique des vers intestinaux. Paris, 1824, p. HO.

(2) KÛLHEMWF.iSTERj Oïl animal and vegetable parasites of the human body. Londres, 1857, t. 1, p. 80.

(3) Je conserve encore au muséum de Rouen une anse d'intestin grêle demouton qui est absolument interceptée par ces ténias.

o74 HÉTÉROGÉWE.

aux fauteurs des migrations, comment ces moutons ont pu collecter une telle abondance d'Entozoaires. On ne peut pas dire qu'ils dévorent de la chair de porc!... Où étaient donc les cystoïdes qui ont engendré leurs cesloïdes?

Les partisans des migrations seraient tout aussi embarrassés à l'égard des chamois mentionnés par Bremser, et dont il a été question. Qui pouvait leur avoir communiqué cette abondance de vers dont parle le célèbre helminthologiste? Relégués vers les contins des neiges éternelles, il n'y a pas là de chiens pour souiller d'immondices leurs solitaires pâturages, et ils ne mangent pas de chair d'animaux!

Il est essentiel de constater ici que le cysdcercus cellidosœ mi parfaitement sur l'homme, et qu'on l'y a déjà observé un assez grand nombre de fois. Sur notre espèce, ainsi que l'a fait remarquer R. Owen, c'est spécialement dans les muscles qu'on le rencontre (1). On l'a parfois observé en Angleterre, mais il y est rare; sur le continent, au contraire, on le rencontre assez fréquemment. Rudolphi rapporte que sur deux cent cinquante cada\res humains qui sont annuellement disséqués à l'École d'anatomie de Berlin, on en compte quatre ou cinq qui contiennent un nombre plus ou moins grand de Cysticerques (2).

Les observations de Plater (3), Bonet, Rudolphi,

(1) R. OwEN, The Cyclopœdia ofanatomy and physiology de Todd, Londres, 1839, art. Entozoa, p. 119.

(2) Cette observation fut faite par Rudolphi durant plusieurs années consécutives.

(3) Platek, Observ. lib. III, p. 3. — Bonet, Sepulcretum sive Anatomia practica. Genève, 1()97. — Rudolphi, Lettre de Brem-

DISCUSSION DE l'hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 575

Bremser, Van Beneden, ayant parfaitement démontré que les Cysticerques se développent aussi bien sur l'homme que sur les animaux, on ne voit pas pourquoi le porc deviendrait l'indispensable intermédiaire par lequel ces \ers devraient passer avant de ^enir se fixer dans nos intestins. Or, puisque notre espèce est aussi apte à nourrir ce Cysticerque que l'espèce porcine, et qu'elle doit encore être plus apte qu'elle à le contracter, possédant ce vers adulte, rempli de sa progéniture, nous devrions en être plus fréquemment infestés.

M. Ch. Vogt, quoique prétendant que la théorie de la génération spontanée est ébranlée et renversée sur tous les points, ne nous satisfait pas, tant s'en faut, à l'égard des voies par lesquelles il explique les migrations des Helminthes (1). « Dans tous les pays oùleBothriocéphale est si fréquent, dit-il, on a l'habitude d'arroser les plantes qui servent de légume avec des excréments liquides, puisés dans les fosses d'aisances. Il n'y a point de doute qu'un certain nombre d'œufs deBothriocéphales, rejetés avec les excréments, ne parviennent, avec la salade et d'autres légumes crus, dans les intestins de l'homme. »

Les physiologistes modernes s'efforcent de faire intervenir le porc commun, comme l'indispensable nourricier des Ténias qui infestent les Anglais et les Franger. — Bremser, Traité zoologique et physiologique des vers intestinaux de l'homme. Paris, 1824, p. 228. — Gervais et Van Beneden, Zoologie médicale. Paris, 1859, t. II, p. 251.

(1) Ch. Vogt, Sur la transmigration des vers. Bib. univ. de Genève, 1851, t. XVIII, p.

çais; M. Vogt, à l'égard du Bothriocéphaîe, y va plus franchement. Selon lui, cet Helminthe n'est pas enchaîné, comme le Ténia, à faire un pénible stage et un voyage encore plus pénible pour parvenir dans le corps humain : il l'envahit directement. J'ajouterai seulement que c'est par une inconcevable erreur que ce savant prétend qu'en Hollande, ce pays de l'idéal de la propreté, ou en Suisse, on arrose les légumes avec nos excréments liquides.

A l'exemple de M. Vogt, Van Beneden pense aussi quelesœufs des Bothriocéphales sont introduits immédiatement dans notre intestin. Il croit qu'ils se trouvent dans l'eau que nous buvons et que leurs embryons ne s'enkystent pas (1). Mais on se demande comment donc il se peut qu'il y ait une si extraordinaire différence entre les mœurs et le développement de deux helminthes aussi rapprochés que les Ténias et les Bothriocéphales? Et, d'un autre côté, ne sait-on pas que depuis un siècle, Schreiberet Bremser ont combattu ce mode d'introduction des vers avec une incontestable supériorité, en joignant l'expérience à la sévérité de l'ai'gumentation (2).

En admettant même, dans toute leur extension, les théories de Kiichenmcister, de Siebold et de Van Beneden, sur les migrations des helminthes, il serait de toute impossibilité d'expliquer, à l'aide de celle-ci, les Cœnures et les Échinocoques.En effet, si un embryon arrive dans un site et qu'il y produise un helminthe

(1) Van Beneden, Zoologie médicale. Paris, 1859, t. II, p. 237.

(2) Schreiber cité par Bieiriser. — Bremsek, Traité zoologique et physiologique des vers iîitesttnaux, Paris, Ia24.

DISCUSSION DE l'hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 577

vésiculaire , un Cysticerque, cela se conçoit; mais que cet embryon-là, tantôt donne naissance à un ver vésiculaire simple, et tantôt donne naissance à une vésicule qui, elle-même, engendre de nombreux embryons Je ne conçois plus cet être avec de si étranges prérogatives. On ne dira pas, sans doute, qu'à l'endroit oii se développe un Écbinocoque, il s'est amassé des myriades d'œufs de Ténia, comme à une espèce de rendez-vous, tandis que l'on n'en trouve nulle part ailleurs, dans l'économie. En efîet, si leur migration s'était produite sur une si vaste échelle, pour qu'il s'en arrêtât autant à une place, on en verrait quelques-uns ailleurs, et souvent il n'existe sur un animal qu'une seule vésicule de Cœnure ou d'Echinocoque. A l'égard desÉchinocoques,les migrations ne peuvent donc paraître sérieuses. Et l'on sait que ces helminthes sont une objection terrible à la théorie nouvelle. M. G. Busk avoue lui-même avoir fait d'infructueux efforts pour éclaircir leur dissémination (1).

Depuis longtemps, la vésicule enveloppante des Échinocoques a été signalée comme jouant un rôle actif dans la production de ceux-ci ; Laennec, sans la connaître à fond, l'avait déjà entrevu (2). Délie Chiaje a insisté sur ce sujet, et, dans une plus récente produc-

(1)G. Busk, Some observations on the Natural History of the Echinococcus. Dans the transactions of the microscopical society of London, 1849^ vol. II, p. 49,

(2) Laennec, désignait ces helminthes sous le nom d'hydatides ou d'acéphalocystes. — Delle Chiaje, Cumpendio di Elmintografia Umana. Naples, 1823^ p. 30. — Thomas Huxley, On the Anatomy and Development of Echinococcus veterinorwn, Zoological society. Ann. and. ofmag. nat. hist. 1854, p. 379, pi. xi.

578 HÉTÉROGÉME.

tion, T. Huxley représente, dans une figure hypothétique, la production des Échinocoques par la face interne de la vésicule qui les contient. Enfin, M. Robin a démontré, d'une manière évidente, comment cette membrane interne des Échinocoques, qu il appelle membrane mère ou fertile, produisait de jeunes individus par une espèce de gemmation. Toutes les phases de leur développement sont représentées avec soin dans le travail de ce savant (1).

Nonobstant tout cela, VanBeneden prétend que les Échinocoques ne sont qu'un état particulier des vers Gestoïdes (2) ; et, au contraire, de Siebold affirme que ce ne sont que des Ténias malades, hydropiques (3).

On le voit, ces deux savants se trouvent à cet égard étrangement en dissidence.

Si l'on penchait vers l'hypothèse de de Siebold, n'aurait-on pas à s'étonner de voir des êtres malades, jouir d'une fécondité qu'on ne rencontre pas chez ceux qui se trouvent dans l'état normal !

Si, avec Van Beneden, on considère les Échinocoques, comme n'étant que des vers Gestoïdes againes (4), alors, ce sont donc les mêmes êtres agames qui, tantôt, sont isolés et obligés d'exécuter une labo-

(1) Robin, Dictionnaire de médecine de Nysten. Paris, i8o8, |). 468.— Griffitii et A. Henfrey, dans The micrographie dictionary, Lonclon, 1856, ont représenté cette gemmation sur la face externe de la membrane de VEchinococcus veterinorum. Rud. pi. xvi^ f. 2.

(2) Van Beneden, Les vers cestoïdes ou acotyles. Bruxelles, p 83. Zoologie médicale. Paris, 1859, t. II, p. 216.

(3) De Siebold, Zeitschr. fiir wiss. Zool. 1850, p. 220.

(4) Gervais et Van Beneden, Zoologie médicale. Paris, 1859, î. H, p. 216.

DISCUSSION DE l'hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 579

rieuse pérégrination, pour aller sur un autre animal s'y métamorphoser et s'y revêtir d'un appareil sexuel, afin de produire des embryons (1) ; et qui, tantôt, sont agglomérés, et, tout agames qu'ils sont, donnent naissance à ces mêmes embryons, par simple gemmation, à la surface de leur membrane interne (2) !

L'esprit ne suit qu'avec difficulté ce dédale de contradictions. Et, en voyant la membrane interne granuleuse des Échinocoques, donner naissance, par gemmation, à une nouvelle progéniture, dont l'apparition se voile des plus profondes ténèbres, n'est-il pas plus évident qu'elle y prend spontanément*naissance, par cette espèce de gemmation si bien décrite par les observateurs. Ainsi naissent les Microzoaires, dans les granules des membranes proligères.

Un Nématoïde microscopique déjà mentionné, le Trichina spiralis (3) , qui envahit tous les muscles de l'homme, et même ceux de l'oreille interne, offre un argument sans réplique en faveur de l'hélérogénie. Tout le monde l'a parfaitement senti ; cependant, que peut-on opposer aux expériences de Herbst, que nous avons citées? Rien, tant elles sont précises. On ne peut que louer celui-ci d'avoir été assez heureux pour rencontrer tant d'animaux infestés de ce ver, lui qui est si rare chez nous; et ensuite, d'avoir si merveilleusement

(i) Les cysticerques obligés d'aller sur un autre animal se transformer en ténia!

(2) Les échinocoques, produisant des embryons libres à leur intérieur !

(3) R. OwEN, Transactions de la société zoologique de Londres, 1835, t. I, p. 315.

réussi (1). Seulement, on pourrait objecter à cette expérience que de Siebold ne considère le Trichina spiralis que comme une espèce qui s'est égarée dans ses migrations, et que, par conséquent, il est réellement fort extraordinaire que ce ver se soit constamment fourvoyé durant les expériences de Herbst (2). Ainsi, nous opposons toujours les expérimentateurs les uns aux autres.

Remarques sur les transmigrations des vers. — Je n'ai nullement à me préoccuper, dans ce travail, si les Cysticerques sont ou non de jeunes Ténias; ce qui m'intéresse seulement, c'est d'élucider par quels moyens les vers parviennent ou apparaissent dans les organes variés où nous les trouvons. M. Leuckart, qui assure avoir très-souvent vu se produire des Cysticerques sur des mammifères que l'on avait nourris avec des proglottides, dit lui-même : « Je regrette de ne pouvoir pas encore indiquer assurément la voie par laquelle les embryons parviennent dans le foie, n'ayant pas encore été assez heureux jusqu'à présent pour trouver l'embryon voyageur (3). » Ce serait cependant là, il faut en convenir, la chose fondamentale.

(1) Herbst, Expérience sur la transmission des vers intestinaux. Société des sciences de Gœtlingue, 1851. Institut, n° 995. Ann. scienc. uat. 1852.

(2) C. T. DE Siebold, Mémoire sur les vers rubanés et vésiculaires de l'homme et des animaux. Ann. se. nat. Zoologie. 1855, t. IV, p. 72. Ce savant considère aussi comme des vers égarés les cysticercus cellulosœ que Ton rencontre sur l'homme^ ce qui, dit-il, arrive assez souvent.

(3) R. Leuckart, Lettre relative à de nouvelles expériences sur le développement des vers intestinaux. Ann. se. nat. Zoologie, 1855, t. III, p. 352. — Kûchenmeister rapporte cependant que ce phy-

DISCUSSION DE l'hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 581

La lettre de M. Leuckart, qui me paraît avoir été provoquée par de légitimes interpellations de M. Valenciennes, ne me semble nullement répondre à celles-ci; et j'avoue ne pas en comprendre divers points, et en considérer d'autres comme tout à fait contraires à la thèse que soutient le naturaliste étranger. Nous dirons d'abord que vraiment il ne nous semble point extraordinaire qu'après avoir nourri des lapins avec des œufs de Ténia, on trouve le corps de ces Rongeurs rempli de Cysticerques. Ils en sont si communément affectés, qu'on pourrait y en rencontrer de même sans leur avoir donné cet aliment. Mais ce que je ne m'explique pas, c'est comment Leuckart, après avoir ûxé à 1 ou 2 millimètres la longueur des Cysticerques, au moment de leur éclosion, à quelques lignesdelà, dit que leurs embryons perforants n'offrent quel/12 de millimètre d'étendue! Enfin, l'expérimentateur étranger n'est pas tellement sûr de l'itinéraire de ses jeunes voyageurs, pour qu'il ne soit forcé de convenir qu'il soupçonne que, parfois, quelques-unsd'entre eux se développent dans le mésentère, sans avoir parcouru le foie (1).

Maintenant, occupons-nous des importants travaux de de Siebold. Mais qu'il nous soit permis de dire, en commençant, que ce grand zoologiste avoue lui-même que les premières tentatives relatives aux migrations des vers, ont fomenté des discussions de toutes parts, et qu'on a reproché au docteur Kûchenmeister de

siologiste, nousTavons dit, a trouvé des embryons dans la veine porte. Kùch., t. I, p. 50.

(1) K. Leuckart, /d., p. 354.

n'être pas assez bon helminlhologiste pour pouvoir élucider la question (1). Donc, dès le début, nous trouvons déjà en dissidence les deux grands promoteurs des nouvelles doctrines.

Après cela, on nous pardonnera, nous l'espérons, si nous nous permettons encore quelques doutes. Nous dirons d'abord, que les premières expériences de de Siebold sont loin, pour nous, d'être plus concluantes que celles du savant de Zittau. Nous n'y trouvons nullement la précision, la rectitude, qu'on doit s'efforcer d'admettre dans de si délicates recherches, et nous trouvons aussi que ce premier mémoire est loin, pour les résultats, d'être en harmonie avec celui que nous analyserons ensuite.

M. de Siebold n'énonce les résultats de ses expériences qu'avec un vague qui étonne. Là il se contente de dire que les chiens tués plusieurs jours après l'ingestion des Cyslicerqucs offraient des Ténias de 1 à 3 pouces. Plus loin, il ajoute qu'après vingt ou vingtcinq jours, ces vers avaient p/wsfeî/ï'5 pouces de longueur. Enfin, dans d'autres expériences, au bout de huit semaines, les Ténias avaient atteint trente-six à trente-neuf pouces, et quelques individus étaient longs de plusieurs mètres (2). Nous verrons ci-après que toutes ces mesures sont loin d'être en harmonie avec les plus extrêmes proportions que l'illustre naturaliste rencontre dans les expériences mentionnées dans son second mémoire. De Siebold dit bien ici

(i )t)E Siebold, £'xpé?'fences sur la transformation des cysticerques en ténias. Ann. se. nat. 1852, t. XVII, p. 378.

(2J De Siebold, Mémoire précité. Anu. se. nat., p. 379.

DISCUSSION DE l'hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 583

qu'il donnait à ses chiens de 30 à 60 Cyslicerques, mais il ne note nullement combien il rencontrait de Ténias dans chaque animal soumis à Texpérimentation. Il est extraordinaire aussi, que dans toutes ses expériences sur les chiens, jamais on ne mentionne un Ténia né naturellement sur ces animaux, eux qui en sont si fréquemment infestés.

Après avoir admis que c'est le Cysticerque des lapins et des lièvres, qui, dévoré par les chiens, produit leurs Ténias, de Siebold fait ingénieusement remarquer que les Ténias sont rares chez les chiens de garde et d'appartement; mais qu'ils sont plus communs chez ceux de chasse, qui ont souvent l'occasion d'avaler les intestins des lièvres et des lapins tués par leurs maîtres, et par conséquent doivent être plus sujets à l'infection (1).

Tout cela est ingénieux , en théorie ; mais quand on y réfléchit on voit que le chasseur ne mange pas proportionnellement plus de gibier qu'une autre personne; les produits de ses courses se disséminent, et à l'office le chien de garde, le chien de salon et le chien de chasse ont absolument le même régime. Il n'est pas prouvé par moi que le chien de salon veuille toujours accepter des intestins de lapin crus pour sa nourriture.

J'ai lu attentivement ce qu'a produit de Siebold sur ce grave sujet, et j'analyserai son œuvre avec une impartialité qui saura, tout en rendant hommage à

(1) De Siebold, Expérience sur la transformation des cysticerques enténias. Ann. des se. nat., 1852, t. XVH, p. 380.

l'immense mérite de l'auteur, rester inflexible lorsque celui-ci me paraîtra sortir du domaine de la réalité. Le but que s'est proposé le professeur de Munich, dans son long mémoire, est de démontrer que les helminthes ne s'engendrent jamais par Thétérogénie, mais qu'ils parviennent dans le corps des animaux à l'aide de migrations, et en subissant des transformations plus ou moins extraordinaires (1).

A diverses reprises, de Siebold a senti lui-même qu'il soutenait une thèse vulnérable, et il s'en explique fréquemment avec ses lecteurs. Au début de son œuvre cet aveu lui échappe : On pourrait peut-être croire^ dit-il, qu'après avoir blâmé les hypothèses imaginées pour expliquer la production des Helminthes, je tombe à mon tour dans le même travers... \diU Beneden a eu de semblables appréhensions au début de ses recherches (2).

En faisant connaître les générations alternantes, Steenstrup (3) a peut-être contribué beaucoup à Taudace des doctrines émises récemment sur les migrations des Helminthes. Le mémoire de M. de Siebold, en est pour nous la preuve. Ainsi là, sans s'appuyer d'aucun fait relatif à l'animal lui-même, en invoquant la simple analogie, il prétend que le Gordius des marais, si rare chez nous, n'est que l'adulte du filaria inseclorum,

{\) De Siebold, Mémoire sur les vers rubanés et vésiculaires de l'homme et des animaux et sur la production des helminthes en général. Ann. se. nat. 1856. Zoologie, t. IV, p. 48.

(2) Quand j'annonçai pour la première fois ce résultat à Paris, on me répondit : C'est un roman. — Van BE^EDEN, De l'homme. Bruxelles, 1839, p. 40.

(3) Steenstrup, Generationswechsel. Copenhague. 1842.

DISCUSSION DE l'hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 585

commun chez les Coléoptères et les sauterelles (1). Nous admettons très-bien, avec de Siebold, que la Lingida simplicissima, pressée dans le corps assez restreint des poissons, y conserve ses organes génitaux à l'état rudimentaire; puis qu'avalée avec ceux-ci par les oiseaux aquatiques, elle les laisse se développer et qu'elle prenne alors un aspect tellement différent qu'on ait pu lui donner divers noms spécifiques (2). Mais il y a de cela à tout ce que l'on nous propose, une immense différence!

L'idée qui domine tout le travail de de Siebold est celle-ci : il veut démontrer que les Ténias sont produits par les Cysticerques, les Cœnures et les Échinocoques, qui n'en sont que les jeunes; et que, par conséquent, il faut faire disparaître un bon nombre des genres qui entrent dans l'ordre des Entozoa-cephalocotylea établi par Diesing (3), et admis par tous les helminthologistes. Ensuite, selon le professeur de Munich, ces vers vésiculaires naîtraient constamment sur une espèce particulière d'animal pour ne terminer leur accroissement complet que sur une autre espèce, après avoir accompli une migration.

De Siebold révèle, il me semble, le côté faible de sa théorie, lorsqu'il prétend que les Cœnures et les Échinocoques représentent autant d'embryons de Ténia (cysticerques), qui, sous l'influence de certaines circonstances, deviennent, dit-il, de grandes vessies à la surface desquelles se développe, par voie debour-

(i) De Siebold, op. cit., p. 57.

(2) De Siebold, op. cit., p. 76.

(3) DiESiNG, Systema helminthum, t. I.

geonnement, une foule d'embryons, qui y restent adhérents dans les Cœnures, et deviennent libres dans les Echinocoques (1). Cette théorie me paraît renverser tout ce que de Siebold s'efTorce lui-même d'étabHr. En effet, si un Échinocoque n'est que l'état embryonnaire d'un Ténia, comment admettre que cet embryon puisse donner naissance à l'une de ses surfaces, à divers autres embryons de l'espèce. Ce serait donc un embryon qui produirait d'autres embryons ; c'est inexphcable.

Les expériences qui ont été faites par de Siebold, pour démonlrer que le Ténia serrata du chien provient de la migration du Cijsticercus pisiformis, nous paraissent loin d'être concluantes : la plus simple analyse le démontre. Et d'abord le savant de Munich pose en principe général, qu'après un séjour de vingt-cinq jours dans l'intestin d'un chien, les Cysticerques se transforment en Ténias qui ont de dix à douze pouces de longueur; et cependant dans presque toutes ses expériences, on ne voit jamais ce résultat avoir été atteint, loin s'en faut (2). Bien pkis, môme, dans des expériences oii les Cysticerques ont été ad.iiinistrés à peu de distance, l'on remarque des difTérences telle-

(1) C. T. De SiEBOi-D, Mémoire sur les vers rubanés et vésiculaires de l'homme et des animaux. Anii. se. nat., Zoologie, 1855, t. IV, p. 177.

(2) Comp. Zeitschrift fur loissen^chaftliche Zoologie, 1854 (Journal deZoologie scientifique), où M. de Siebold a d'abord publié ses recherches. — Lewald, De Cysticercorum in Tœnias metamorphosi pascendi experimcntis in Instiluto physiologico Vratislavensi administratis illustrata. Berlin, 1852. Thèse inaugurale où furent d'abord consignées les recherches de M. de Siebold.

DISCUSSION DE l'hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 587

ment considérables dans l'aceroissement qu'il devient de toute impossibilité d'en donner la moindre explication. Là, à côté de Ténias qui n'ont encore acquis que quatre lignes de longueur, on en voit d'autres qui sont parvenus à dix pouces (1).

La conclusion de de Siebold nous paraît peut-être un peu prématurée. 11 y a dans toutes ses expériences beaucoup de points contestables. De ce que Ton trouve des Ténias dans des chiens, après leur avoir fait avaler

(1) Mais citons des exemples : Expérience troisième. En quatre jours un chien avale trente-deux cysticerques; il est tué au bout d'un certain temps et on rencontre sur lui des ténias qui n'ont que 4 lignes i/1, tandis que d'auties ont 10 pouces t/2 : {inexplicable différence). — Expérience quatrième. On fait avaler à un ciiien vingt-deux cysticerques, et après vingl-lrois jours, ce chien est tué et on trouve dix-neuf ténias dont la longueur varie de 4 lignes à 1 pouce 3/4. (11 y a loin de là à la taille de dix à douze pouces que M. de Siebold attribue aux ténias âgés de vingtcinq jours.) — Expérience cinquième. Ti ente-huit vers vésiculaires sont donnés à unchien, sur lequel, après vingt-huit jours, on trouve trente-deux ténias de 4 lignes 1/2 à 10 pouces 1/2. [De Siebold ne met pas assez de précision en énonçant le résultat de ses expériences. ïl ne dit nullement combien de vers avaient acquis le minimum ou le maximum de la mesure, et c'était cependant indispensable. Quoi qu'il en soit, cette expérience offre ample matière à la critique. Est-il possible, en effet, d'expliquer comment après un si long séjour dans Vintestin ces vers offrent une telle différence dans leur longueur?) — Dans la sixième expérience on a un résultat opposé. Quarante-cinq cysticerques celluleux sont donnés à un chien, et treize jours après Ton ne trouva dans son intestin que quelques léiiias longs de 3/4 de pouce. {Pourquoi ne pas dire le nombre de ces ténias et pourquoi après treize jours sont-ils si peu développés?) — M. de Siebold sent lui-même qu'on doit être étonné de ces différences extrêmes et s'efforce de les expliquer. Mais il y a là une telle anomalie qu'il nous sjmble que l'illustre savant reste réellement impuissant pour en donner une raison plausible.

des Cysticerques, cela n'implique pas que ceux-ci n'en possédaient point avant l'expérience, car on sait que ces animaux en nourrissent très-fréquemment. Ces expériences n'expliquent point non plus l'énorme différence , nous le répétons , qu'offraient les produits qu'elles ont fourni.

Je serais assez porté à considérer les Cysticerques comme desTénias téralogiques, dont le développement est entravé, et qui , lorsqu'ils se trouvent transportés accidentellement dans le tube intestinal , peuvent y acquérir leur forme adulte normale ; mais cela ne dit pas qu'ils n'aient point dû primitivement leur origine à l'hétérogénie. Ainsi donc, nous faisons déjà une grande concession à l'illustre naturaliste de Munich. Mais de là à admettre que tous les Ténias proviennent normalement des Cysticerques avalés par les mammifères d'un autre ordre, il y a une incommensurable différence. Ainsi donc nous ne changeons rien à notre thèse. Depuis longtemps, les helminthologistes qui ont invoqué l'hétérogénie, n'hésitent pas à reconnaître la reproduction sexuelle de certains vers, qu'ils n'en regardent pas moins comme formés primitivement à l'aide de la génération spontanée (i). Telle est aussi l'opinion de Tiedemann (2).

Je me demande si c'est sérieusement que de Siebold et Van Beneden ont prétendu que c'était à Taide de l'alimentation avec la chair du porc ou les saucis-

(1 )Comp.RuDOLPHi. — Bremser, Traité zoologique et physiologique des vers intestinaux. Pans, 1824.

(2j Tiedemann, Traité de physiologie de lliomme. Paris, 1831, t. I, p. 152.

DISCUSSION DE l'hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 589

sons confectionnés à froid, que le Cysticerque s'introduisait à l'intérieur de nos intestins pour y produire le Ténia (1). En effet, est-il permis de penser que, tandis qu'à l'aide des plus grandes précautions, nous ne parvenons à conserver vivants les vers intestinaux qu'un temps fort court, le Cysticerque subirait, sans périr, non-seulement le froid et l'espèce de dessiccation à laquelle il serait si longtemps astreint dans les pièces de charcuterie, mais encore l'action de la fumée, du nitre ou du sel , dont on les imprègne si amplement ?. C'est une prétention qui dépasse les bornes du possible. Enfin, comme c'est la même espèce de porc que mangent les diverses nations de l'Europe, et qu'elle est peuplée par le même Cysticerque, comment se fait-il donc que dans tel pays notre espèce n'est attaquée que par le Ténia, tandis que dans tel autre on ne rencontre que le Bothryocéphale, cet autre ver solitaire dont la généalogie est encore enveloppée des ténèbres cimmériennes?

A l'appui de la théorie de de Siebold et de Van Beneden, on assure que des médecins de Vienne ont observé que les personnes employées dans les boucheries et les cuisines sont fréquemment alTectées de Ténias (2). Le docteur Reinlein prétend avoir remarqué que les chartreux, qui ne mangent jamais de viande et se nourrissent ordinairement de poisson, ne sont point

(<) Van Beneden et Gervais, Zoologie médicale, Paris, 18S9 t. II, p. 255.

(2) Wawruch, Praktische Monographie der Bandwurmkrankheit

sujets au ver solitaire (1). Bilharz dit même avoir observé que ces Ténias sont beaucoup plus abondants sur les races humaines qui se nourrissent de chair crue (2). Le docteurWeisse, de Saint-Pétersbourg, affirme aussi qu'il a vu plusieurs fois le Ténia affecter des enfants qu'il avait soumis à ce régime (3). Enfin, l'un des élèves de M. Van Beneden s'est inoculé le Ténia, en mangeant de la chair de cochon crue, farcie de Gysticer-

ques (4).

Mais un seul fait, bien constaté, irrécusable, nous suffit pour renverser les prétentions de de Siebold et de ses partisans; c'est qu'en France, dans toutes nos villes, on ne mange jamais de porc cru, et cependant on y observe à chaque instant le Ténia : on ne dira pas sans doute que les Cysticerques résistent à la température de l'ébuUilion !... Il y a même des personnes qui, par goût ou par préceptes religieux, n'accepteraient pas une parcelle de cet animal, et qui n'en sont pas moins sujettes au ver solitaire. En admettant même l'alimentation avec le porc cru, nous venons de le dire, est-ce que les Cysticerques pourraient s'y conserver

{\)ï{E\'ShEi'S, Bemerkungenuber den Ursprung, die Entwickelung, die Ursachen, Symptôme und Heilart des breiten Bandwurmes in den Gedàrmen der Menschen. Vienne, 1855, p. 25.

(2) Bilharz , Beitràge zur Helminthographia humana , in der Zeitschrift fur wissenschaftliche Zoologie. Jahrgang 1852.

(3) M. Van Beneden qui reproduit cette observation fait remarquer qu'il paraît que le ténia solium se trouve aussi sur le bœuf. mais cependant ce savant dit que les mammifères herbivores n'ont ordinairement que des cestoïdes sans crochets. Op. cit., p. 236. Comment admettre cette coïncidence?

(4) Berthelot, r/iése inaugurale, Montpellier, 1856. — Gervàis et Van Beneden, Zoologie médicale. Paris, 1859, t. H, p. 259.

vivants? Si les fauteurs des migrations prétendent que oui, nous, nous pouvons leur assurer que les observations de M. Robin affirment que non; ce savant ayant vu que les Échinocoques périssaient de vingt-quatre à soixante-douze heures après la mort de l'animal qui les portait (1).

Le docteur Schleisner rapporte que le foie des Islandais est fréquemment envahi par des vers vésiculaires, et que ceux-ci affectent même parfois les autres viscères abdominaux et la peau (2). Un sixième de la population en est attaqué. De Siebold considère ces animaux comme n'étant que les jeunes du Tœnia serrata^ et il attribue cette affection aux chiens qui sont employés en Islande pour garder les troupeaux.

Mais ce fait nous semble combattre absolument l'hypothèse à l'appui de laquelle on le cite. En effet, de Siebold étant arrivé à réunir le Ténia de l'homme à celui du chien, et à les considérer comme une même espèce, comme Thomme nourrit en Islande on ne peut plus communément le Cysticerque, et qu'il nourrit aussi le ver solitaire, il devient évident qu'il n'est plus besoin d'invoquer d'extraordinaires migrations et l'intermédiaire du porc pour nous infester du Ténia, sa larve et le ver adulte pouvant vivre sur nous.

Et d'abord il serait, avant tout, indispensable que les hclmintholoo^istes s'accordassent à l'éi^ard de l'identité de l'espèce en question, et ils sont fort loin

(1)Ch. Robin, Dictionnaire de médecine de Nysten, 11*= édition, Paris, 1858, p. 170.

(2) Schleisner, Forsôg til en Nosographie of Island. Copenhague, 1849.

d'en être là. Van Beneden conteste à Siebold qu'il s'agisse ici du Ténia du chien, et il prétend avec M. Kschricht que ce sont des Echinocoques qui infestent ordinairement les Islandais (1). D'un autre côté, comment donc le chien communiquerait-il ces Echinocoques à l'homme, puisque cet animal, d'après Van Beneden lui-même, n'en nourrit aucun. Que doit-on croire au milieu de toutes ces fluctuations (2)?

Arrêtons-nous un moment, car ici tout est extraordinaire'et l'hypothèse change de face.

En attendant, qu'on nous pardonne de sortir, en apparence, du domaine des supputations sérieuses; nous nous y renfermons cependant fort sévèrement ; ce n'est pas notre faute si la doctrine que nous combattons s'est elle-même plongée dans d'inextricables contradictions...

Voici donc l'homme envahi par des Cysticerques qui, selon de Siebold, ne sont que déjeunes Ténias du chien : là conséquemment ce sont les Islandais qui par rapport à cet animal remplissent l'office du porc à notre égard, puisque ce sont eux qui nourrissent les Cysticerques qui vont se métamorphoser en Tœ-^ nia serrata sur l'espèce canine. Mais une difficulté se présente. Puisque l'on a prétendu que nous devions notre ver solitaire à l'emploi de la chair du porc infestée de Cysticerques, comment donc cetento-

(1) Van Beneden et Gervais, Zoologie médicale. Paris, 1859, t. n, p. 273. — EscHRiciiT, Undersogelser over den i Island endemiske hydatidesygdom. Copenhague, 1854.

(2) Tableau des helminthes du chien. Zoologie médicale, t. II, p. 316.

zoaire se^conimunique-t-il au chien, car je ne suppose pas qu'en Islande il se nourrisse de chair humaine?

Il y a encore dans le fait qui se passe en îslatnde une bien profonde erreur de la nature. En effet, ces Cysticerques, en choisissant l'homme, se sont égarés, leur instinct a fait défaut, puisque leur progéniture s'y voue à une évidente extinction, les hommes ne s'entre-mangcant pas.

Enfin, quelle complication dans le fait de l'Islande ! On a prétendu que c'était en se livrant à ses habitudes immondes que le porc avalait les œufs du Ténia; les moutons, dit-on, s'en infestent en broutant l'herbe souillée des excréments du chien de berger. Mais comme toutes ces supputations ne sont plus possibles à l'égard de notre espèce, comment donc les habitants de cette île introduisent-ils à l'intérieur les germes des Cysticerques qui les rongent? Les fauteurs de l'hypothèse des migrations ne sortiront jamais de ce dilemme ! Ils ne peuvent même pas dire que l'Islandais suffît seul aux métamorphoses et aux voyages du Ténia! Car si on conçoit que ses embryons tombés dans le tube intestinal ( en abondant dans l'hypothèse de nos antagonistes) puissent se frayer un passage à travers les organes , pour aller au loin mener la vie de Cysticerque, nous ne concevons pas quel itinéraire pourraient suivre ces vers vésiculaires , pour revenir dans l'intestin, vivre sous la forme de Ténia. Partout des impossibilités... Voici la doctrine que nous combattons (1).

(1) Mais nous devons avouer que Van Beneden lui-même hésite

Mais c'est surtout en s'occupant des migrations des Trématodes qui vivent dans le corps des Vertèbres que de Siebold, arrive jusqu'aux plus extraordinaires supposilions. Il en semble lui-même étonné!... Et c'est là qu'il craint de ne point pénélrer ses lecteurs. a On pourrait croire, dit-il, qu'après avoir blâmé les liypothèses imaginées pour expliquer la production des helminthes, je tombe à mon tour dans le même travers. » 11 redoute qu'on accuse ses idées de n'être que de simples supputations de l'esprit. Et malheureusement cela est assez supposable à l'égard des Distomes. En effet, comment admettre son système relativement à ceux-ci? Selon lui, dans leur jeune âge, ces lielminthes ne seraient que de petits Cercaires de la taille des Infusoires, qui vivent en parasites sur divers mollusques d'eau douce tels que les Lymnées et les Planorbes. Plus tard, ces jeunes helminthes perforeraient le corps des larves de certains insectes aquatiques (1), puis après s'être introduits à l'intérieur de ceux-ci, ils s'y enkysteraient pour attendre que leur hôte ait quitté l'eau et subisse ses métamorphoses, afin d'être, en dernier ressort, introduits dans le corps de plus grands animaux avec leur nourriture. Les insectes qui les contiennent sont alors digérés, à ce que prétend de Siebold, et les Cercaires, devenus libres par la dissolution de leur capsule, se fixent sur le

et se demande comment pénètre cet helminthe.... après cela on nous permettra nos dout'es à nous-mêmes.

(1) Selon Siebold ces jeunes distomes attaqueraient surtout les . larves des névroptères, qui , telles que celles des libellules des éphémères et des phryganes, vivent dansTeau.

DISCUSSION DE l'hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 595

nouvel être, oiseau ou mammifère, qui doit les nourrir à l'état adulte, et produisent ainsi les Distomes. Malgré tout le respect qu'on doit aux opinions d'un homme aussi justement illustre que le professeur de Munich, comment admettre qu'une telle source puisse fournir ces Distomes que l'on trouve en quantités innombrables sur les moutons et divers mammifères? Assurément, ceux-ci n'ont guère la faculté d'attraper fréquemment, en paissant, les libellules et les éphémères si légères dans leur vol, et qui siègent dans des lieux ordinairement si éloignés de leurs pâturages. ^

A l'aide de ce moyen, jamais on ne parviendrait à expliquer les épidémies de Distomes qui ravagent certaines campagnes. Et nous ajouterons que dans des observations exécutées sur bien des insectes qu'on dit receler leur jeune progéniture, et d'abord sur plusieurs centaines d'Éphémères, que nous avons anatomisées ou observées soit au microscope ordinaire, soit au microscope solaire, jamais nous n'avons découvert les kystes de Cercaires dont parle de Siebold.

Dans l'hypothèse des migrations, une objection se présente immédiatement. Qu'on admette que la progéniture du Ténia suffise pour produire les générations de Cysticerques, malgré les immenses pertes qu'elle doit éprouver pendant ses extraordinaires voyages, on le conçoit cependant parfaitement. Mais si l'on prétend, avecKûchenmeister (1), que les Cysticerques

(1) KÏJCHEMtfEiSTER, Oïl animal and vegetable parasites ofthe human body. London, 1857, t. I, p. 27.

sont le premier âge des Ténias, et que tous ceux-ci passent par cette forme avant de devenir Vers rubanés, cela devient, comme nous allons le voir, tout à fait inexplicable.

Les vers vésiculaires sont, il est vrai, assez communs sur les porcs et les lapins que nous élevons, mais on n'en observe que rarement sur les autres mammifères, et cependant beaucoup de ceux-ci se trouvent, infestés d'un tel nombre de Ténias, que mathématiquement parlant, les Cystic.erqucs des autres espèces n'ont pu suffire à les leur fournir.

En effet, en admettant même que chaque Cysticerque produisit un Ténia , on reconnaîtrait que le nombre de ceux-ci ne pourrait y suffire. Et comme beaucoup d'embryons meurent sans avoir atteint leur destination , on arrivera à cette conclusion que le nombre des Cysticerques existant dans la nature est loin, et très-loin, de pouvoir exphquer la fréquence des Ténioïdes que Ton y rencontre (1).

Yan Beneden a parfaitement senti cette difficulté lorsqu'il s'écrie dans son discours, en parlant de migrations d'un autre Entozoaire : a Combien y en a-t-il,

(1) Ténias et cysticerques observés sur l'espèce humaine et les animaux domestiques : 1° Ténias. Tœnia solium ; T. mediocanellala ; T. nana ; T. echinococcus ; T. serrata ; T. pusilla ; T. rucumerina; T.plicata; T. mamUlata ; T. per foliota; T. fistularis; T. crassicollis; T,elUptica; T. expansa; T. denticulata; T. caprœ; T. infundibuliformis; T. crassula; T. œquabilis; T. lanceolata \ T. setigera; T. sinuosa ; T. fasciala; T. maliens ; T. setigera; T. sinuosa; T. Fasclata; T. megalops; T. gracilis; T. trilineata; T. coronula. — 2° Cysticerques. Cysticercus cellulosœ ; C. tenutcollis ; C. pisiformis; C. elongatus.

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parmi ces embryons , voguant sans guide et sans boussole au milieu de leur océan, qui toucheront terre, c'est-à-dire qui trouveront leur île avec le port qui doit recevoir leur progéniture? Bien peu évidemment, même sans tenir compte des nombreux ennemis qui vont les harceler sur leur passage : ce sont des navires marchands qu'un bon vent doit pousser à travers une flotte de vaisseaux ennemis. C'est bien heureux s'il y en a un qui s'échappe (1)» ... Cela est dit à merveille; mais nous autres, froids observateurs, assis sur la plage, nous nous demandons si jamais les flots et les tempêtes amènent, dans un port lointain, plus de navires qu'il n'en est parti de la mère patrie (2) !

Déjà dans son mémoire sur la génération alternante des Cestoïdes, de Siebold émet que le cœnuriis cerehralis est une larve de Ténia (3), et quelques savants pensent l'avoir mis hors de doute expérimentalement. Kûchenmeister, après avoir fait prendre à plusieurs agneaux des proglottides de Tœnia cœnurus, vit ceux-ci, après quatorze jours, offrir les symptômes de Tournis ; et lorsqu'il les ouvrit il rencontra des Cénures dans le cerveau. Aussi, selon lui, ce serait ce Ténia, que l'on a confondu avec le tœnia serrata^ qui produisait la maladie si commune chez les mou-

(1) Van Benedkn, De l'homme et de la perpétuation des espèces, Bruxelles, 1859, p. 42.

(2) Il faudrait que cela eût lieu pour la migration des cysticerques allant chercher leurgîle de lënia.

(3) De Siebold, Mémoire sur la génération alternante des cestoïdes, Ann. se. NAT. Zoologie, 1851, t. XV, p. 213.

tons (1). MM. Haiibner, Van Bcnoden et Baillet ont exécuté de semblables expériences et obtenu les mêmes résultats (2).

Maintenant c'est M. Van Bencdcn que je choisis pour l'opposer à lui-même : je lis dans son œuvre que Ton prétend avoir rencontré des Cénures sur des agneaux qui venaient de naître (3). Il faudrait expliquer comment il se peut que ceux-ci, en naissant, soient déjà rongés par ces helminthes, quand on proteste partout que c'est seulement à l'aide de la nourriture que ces vers sont introduits à l'intérieur des moutons.

Mais dans cette hypothèse comment donc se fait la transmigration naturelle? Van Bcneden l'explique ainsi : l^e mouton en broutant l'herbe souillée des excréments du chien de berger, avale les œufs de Ténias que cet animal a expulsés. Introduits dans les organes digestifs, les embryons, après une pérégrination laborieuse à travers les tissus, pénètrent dans le crâne,

(1) KiJcnENMEiSTER, On i/ie cœnurus cerehralis of iheSheep,iheannals and magazine ofthe natwal history. Lond., 1854,1.11, p. 815.

(2) Haub.ner, Journal agronomique de Hamm. 1854, ri" 10, p. 157. — Van Bkneden, BulUtin de l'Académie royale des sciences de Bel" gique,i.XX[,n°^o et 7; il dit qu'il administra des œufsd'un ténia provenu lui-même d'un céruu'e, à deux agneaux de six semaines et qu'au bout de peu de jours ils furent affectés des Tournis. — C. Baillet, Compte rendu des expériences faites à Vécole impériale vétérinaire de Toulouse sur la reproduction des ceUoides. Toulouse, 1858.

(3) Le savant zoologiste belge ne réfutant pas celle assertion, il est évident qu'il l'accepte. Et Ton est autorisé à le penser puisque déjà il avoue, dans un autre endroit, que les cochons naissent parfois avec des helminthes dans le corps. Zoologie médicale, Paris, 1859, p. 265.

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et se transforment en Cénures sur le cerveau. Puis ces Entozoaires dclerminant toujours l'abalage des moulons, le chien de berger ronge le crâne qu'on lui jette et avale avec le cerveau le cénure qui, dans son intestin, se transforme en Ténia. Telle est l'histoire complète de ce double et extraordinaire voyage (1). Nous dirons d'abord à M. Van Beneden, qu'en Normandie les choses ne se passent nullement ainsi. Ou ne tue pas ordinairement dans les fermes, les moutons atteints de Tournis et l'on n'y jette point leur tête aux chiens. Ces moutons sont amenés sur les marchés et

(i) Voici texlnellement le rccit de M. Van Bencden : Les moutons alleinls de tournis doivent être abattus.... comme on sait que le mal résilie dans la tête, on la jette aux chiens et le co? ps est seul envo\é à la boucherie. C'est évidemment ainsi que le chien est infesté. Mais alors, comment le ver repasse-t-il au mouton? Le chien accompagne les moutons dans les prairies et dans les monlagnes, et quand il a des ténias mûrs dans le corps, il en évacue les progloltis avec leuis œufs, et sème pour ainsi dire ceux-ci sur le passage même des moutons. Ces œufs, infiniment petits, adlièrent aux herbes que Tagneau broute, et ils pénètrent dans son tube digestif, d'où ils gagnenl le cerveau. 11 est possible que rédosion ait lieu dans la panse, et que, pendant la rumination, les embryons, avec leurs six crochets n'aient à traverser que la base du ciàne lorsque la pelote alimentaire les ramène dans la bouche. Us remonteraient alors le long d'un vaisseau ou d'un nerf, pour pénétrer sous les enveloppes du cerveau. 11 résulte de là que le moyen d'arrêter le mal est très-simple. Qu'on brûle, en effet, les têtes des moutons atteints, ou qu'on les fasse suffisamment bouillir; que l'on surveille aussi avec soin les chiens de berger, pour voir, s'ils ont ou non des Ténias, et qu'on rejette hors de la poi lée des moutons ou des herbes dont ils se noui rissent les fcces portant les cucuibitains évacués par les chiens : en peu de temps on arrêtera les ravages de cette triste maladie. Zoologie médicale, 1. 11, p. 268.

vendus pour la boucherie. Mais jetât-on leur tête aux chiens, je doute très-fort que ceux-ci en brisent le crâne pour se repaître de la cervelle. Enfin, je ne conçois guère comment l'embryon pourrait pénétrer dans le crâne par les ouvertures de sa base, le tissu qui les revêt étant excessivement serré.

En terminant, je dois dire que les expériences de transmigration artificielle, qui ont été faites jusqu'à ce moment, sont presque toutes frappées de nullité, à cause de la manière dont elles ont été conduites. En effet, dans toutes, les physiologistes ont administré, à diverses re})rises, les Entozoaires, dont ils se proposaient d'infester d'autres animaux ; tandis que la première condition était que : tous fussent administrés au même moment, afin que, connaissant le mode d'accroissement de ces vers, à Vautopsie, on ait déjà une donnée assez précise, pour statuer si les helminthes découverts proviennent de ceux ingérés. Ainsi, par exemple, dans les expériences de Van Beneden, son chien Caïo a avalé ses quatre rations en un mois, et Blac en quatre mois. Je cherche en vain dans la nécropsie la taille qu'avaient les Ténias rencontrés dans l'intestin, je ne la trouve pas (1) . D'après les données de Siebold, il devait se rencontrer des vers des plus extrêmes grandeurs ; l'un des chiens pouvait présenter des Ténias de deux jours et des Ténias de quatre mois. Je le répète, pour une expérience positive, il faut partir d'une seule donnée, d'une seule administration d'helminthes.

(I) Gervais et Vais Beneden, Zoologie médicale. Paris, 1859, t. Il;, p. 268.

Dissidences fondamentales. — On découvre d'énormes dissidences relativement à la nature des helminthes, dans les œuvres des naturalistes qui se sont occupés des transmigrations artificielles, et cependant pour partir d'un point de départ assuré, il eiit fallu avant tout être fixé sur la nature des Entozoaires.

C'est ainsi, par exemple, que de Siebold et Slein (1), considèrent les Cysticerques comme de jeunes Ténias malades, hydropiques ; et qu'au contraire Kiichenmeister et Van Beneden pensent qu'ils ne représentent que l'état normal de ces jeunes vers (2). Il faudrait s'accorder.

D'un autre côté aussi, de Siebold considère les Ténias de l'homme, du chien et du renard, comme n'étant que des variétés de la même espèce (3) ;,tandis queKûchenmeisteret Van Beneden en font autant de types spéciaux (4). Où est donc ce que l'on doit croire?

Résumé. — Les vers intestinaux ne peuvent être transmis aux animaux par leurs parents. C'est un fait incontesté.

Les plus célèbres helminthologistes, quoique connaissant les organes sexuels de certains Entozoaires, ne les ont pas moins regardés comme étant d'abord le produit de la génération spontanée.

(1) De Siebold, Zeitschrift, t. IV,., p. 407. Stein, Zeitschrift fur wiss. Zoologie, t. IV, p. 2il.

(2) KùciiENMEiSTER , On animal and vegetable parasites of the human hody. Londou, 1857, t. \, p. 27-30. — Van Beneden, Zoologie médicale. Paris 1859, t.

(3) De Siebold, Ueher Band-und Blasenw'ùrmer, 1854, p. 64.

(4) KuciiKNMEiSTER, On animal and vegetable, etc., t. I, p. 30. — Van Beneden, Zoologie médicale. Paris, 1859.

Quelques physiologistes ont récemment fait connaître des expériences d'où il résulterait que certains helmindies passeraient une des phases de leur vie sur un animal, et, par des moyens variés, se transporteraient sur un ou plusieurs autres, pour y achever leur carrière.

Mais quoique les expériences sur ces migrations artificielles aient été répétées par plusieurs observateurs, comme ceux-ci sont parfois en désaccord flagrant, on ne peut encore, selon nous, tirer aucune conclusion de leurs travaux.

Enfin, comme plusieurs de leurs observations ne peuvent supporter le moindre examen critique sérieux, et qu'il est beaucoup de vers intestinaux dont la genèse se dérobe absolument à toutes les explications, jusqu'à de plus satisfaisantes recherches, nous pensons qu'on doit encore considérer la primitive apparition de beaucoup d'entozoaires comme dérivant de l'hétérogénie.

C'était à l'hétérogénie que Buffon attribuait la formation des vers intestinaux, et, en cela, il a été le précurseur des grands physiologistes de notre époque (I).

Les hommes qui ont scrulé avec le plus de profondeur, l'histoire des helminthes, tels que Rudolphi et Bremser, ont soutenu cette opinion (2).

(1) Buffon, Histoire naturelle générale et particulière. Paris, i749, imp. royale, supplém., t. IV, p, 3 il.

(1) Rudolphi, Entozoorum historia «a/wra/is. Amsterdi m, 1808. Entozoorum sijnopsis cui accédant mantissa duplex et indices locupletissimi. Btfio.ini, 1819. — Goeze, Versuch eimr Naturgeschichte dcr Eingeweidewiirmer thierischer Kôrper. — Bremser,

DISCUSSION DE l'hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 603

M.Tiedemann regarde aussi les helminthes comme dérivant d'abord de riiélérogénie ; et il ajoute, à ce sujet, que les motifs allégués parPallas, Muller, Werner, Bloch, Goeze, Braun, Treviranus, Rudolphi et Bremser, ne permettent plus d'admettre qu'ils proviennent du dehors (1).

J. Muller, lui-même, a parfaitement senti que l'apparition primordiale de certains vers inlestinaux offrait d'irrésistibles preuves à Thétérogénie. « Toute une série d'arguments en faveur de la génération spontanée, dit-il, naît de l'impossibilité où l'on est d'expliquer autrement l'origine première des Enlozoaires. Tel est aussi ce que professe Bérard (2). Or, pour nous, jusqu'à ce que de nouvelles expériences viennent nous convaincre absolument, nous ne cesserons pas de partager l'opinion de ces physiologistes illustres.

Enfin, pour résumer tout, si en soutenant que quelques Entozoaires s'engendrent primairement par l'hétérogénie, nous sommes en désaccord avec MM. Kuchenmeister, Leuckart, de Siebold et Van Beneden; nous nous avançons avec l'appui des Buffon , des Bremser, des Burdach, des Tiedemann, des Treviranus, des J. Muller, des Bérard ; que Ton décide maintenant de quel côté doit pencher la balance.

Icônes helminthum systema Rudolphii entozoologicum illustrantes, Vienne, 182-i.

(1) Tiedemann, Traité de phijsiologie de l'homme. Paris, 1831, t. II. p. 153.

(2) J. Muller. Manuel de physiologie. Paris, 1845, p. 14. — Bérard, Cours de physiologie. Paris, 1848, t. 1, p. 99.

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